XXX.* JOUR
Ne se point inquiéter pour cette vie : se confier en la Providence. Matth. vi. a5, a6, et suiv.
Ne vous inquiétez point. Cela n'exclut pas une prévoyance modérée, ni un travail réglé : mais seulement l'inquiétude , et l'agitation de l'esprit.
La vie est plus que la nourriture , et le corps est plus que f habit (0. Dieu qui vous a donné la vie , et qui a formé votre corps , avant que vous
(0 Afauh. Ti. a5.
svft. l'éyavgile. 73
pnsâes en prendre aucun soin^ vous donnera tout k reste. Qui a fait le plus , ne dédaignera pas de faire le moins.
Regardez les oiseaux du cielj ils ne sèment, ni we moissonnent j ni ne recueillent... j ils ne travail'lent ni ne filent : et votre Père céleste les nourrit.. <, H les habille (0. Heureux ces petits animaux , beoreuses les fleurs, heureuses mille et mille fois toutes ces petites créatures , si elles pouvoient sentir leur bonheur! Heureuses des soins paternels fue Dieu prend délies! Heureuses de tout recevoir de sa main ! Pour nous, notre péché nous assujettit à mille travaux : mais ne les poussons pas jusqu'à Tagitation. Travaillons : car c'est là la juste peine que Dieu ait imposée à notre péché : travaillons en esprit de pénitence ; mais abandonnons à Dieu le succès de notre travail.
Gens de petite foi , votre Père sait que vous avez besoin de ces choses W. Doutez-vous qu'il ne sache ce qui vous est nécessaire ? 11 vous a faits : doutez-vous qu'il veuille pourvoir à vos besoins ? Il vous l'a promis. Lui qui vous a prévenus en tout, et qui vous a donné l'être qu'il ne vous avoit pas promis, vous refusera-t-il ce qu'il vous a promis pendant que vous n'étiez pas , après vous avoir fait? JVe vous inquiétez donc pas.
Voyez comment vous croissez : comment votre corps se nourrit. Pourriez-vous ajouter une coudée à votre taille (5) ? Pendant que vous dormiez , Dieu vous faisoit croître; et d*enfant il vous a fait homme. Croyez qu'il fera ainsi tout ce qui convient à
CO Ikfatth. VI. a6, 28 , 3o. — W Ibid. 3o, Z2 — (3) Ibid. a;.
n^ IfÉDITATIOlfS
votre corps : reposez-vous sur sa puissance et sur
sa bonté.
A ces mots , Ne vous inquiétez pas > que saint Matthieu a rapportés , saint Luc joint ceux-ci : Ne soyez point comme suspendus en Voir (0 ^ comme en péril de tomber y et toujours dans Tagitation : car c'est FelFet de l'inquiétude. Soyez donc non pas comme suspendus ; mais solidement appuy& sur la divine providence.
XXXL* JOUR.
Ne ressembler pas les païens. Matth. vi. 3a«
Les païens recherchent ces choses W. Voyez toujours comment Jésus-Christ nous élève au-dessus des vices des païens^ et même au-dessus de leurs vertus. Les puilicains le /ont bien, les gentils le pratiquent bien (3)^ nous disoit-il tout à Fheure : songeons bien en quoi nous les surpassons. Ce n'est pas sans raison que Jésus-Christ dit, que les Ninii^ites^ et tous les païens, s'élèveront contre nous au jour du fuge* ment (4). A quoi nous sert le christianisme^ si nous menons une vie païenne? Hélas, hélas! que de paganisme au milieu des fidèles ! Combien de clirétiens vivent comme s'ils ne connoissoient pas Dieu! U n'y a point en effet de Dieu pour eux. Hélas, oii trouverons-nous assez de larmes, pour déplorer notre aveuglement !
0) Luc, XII. ag. — C») Mauh. vi. 3a. — (') Matih. y. 4^, 47- T (M BfaUJi. XII. 4*
SUR L*ÉYAKGILE. ^5
XXXIL* JOUR.
Chercher Dieu et $a justice, et comment. Matth. vi.
Cbeecbez donc le rojauAie de Dieu et sa justice : et le reste ayous sera donné par surcroît (0.
Le royaume de Dieu et sa justice : non pas une
jostice simplement morale, à la manière des païens ;
mais la justice chrétienne, fondée sur Texemple de
Jésus-Christ , et sur les règles de l'Evangile , que
Vous venez de voir : une justice qui vous fasse vivre
autrement que ceux qui ne connoissent pas Dieu ;
autrement qu'on ne vivoit avant que Jésus-Christ
eût paru : une justice conforme à votre vocation ,
à votre état, et aux grâces que vous avez reçues :
car c'est là ce qui s'appelle le royaume de Dieu et sa
justice.
Cherchez : dans tout le reste dont il a parlé, il n a point dit ce mot, cherchez : car il suppose que Dieu par sa bonté nous peut tout donner,* et le fait sans que nous en prenions aucun soin. Cela arrive souvent à Tégard des biens de la terre : mais pour le royaume de Dieu cherchez : Opérez votre salut auec crainte et tremblement, comme dit saint Paul (3). C'est la seule chose qui mérite vos inquiétudes.
Et toutefois, je l'oserai dire : il faut encore ban*nir l'agitation et Tinquiétude de cette recherche.
vO Malth, VI. 33. — W Philip. 11. la.
Car comme ajoute le même saint Paul (0 : Z)i opère en vous le vouloir et le faire, selon sa bon volonté. Tremblez donc en opérant votre salut : toutefois ne vous défiez pas trop de vos forces ; i Dieu travaille avec vous : c'est lui-même qui 1 avec vous tout ce que vous faites. Espérez donc son secours : abandonnez-vous entre ses bras. Il bon : il aura pitié de votre foiblesse : il opérera vous par sa bonne volonté, ce qu'il faut aussi c vous opériez. Opérez donc votre salut : travaille avec soin , et même avec tremblement : mais 1 vaillez-y toutefois avec une espèce de repos, com celui qui attend tout secours d*un Dieu tout-puiss et tout bon.
Ne vous inquiétez pas du lendemain : le len main sera inquiet pour lui-même : à chaque / suffit son mal ip). Ce précepte si important pour t les soins de la vie , Test encore plus pour les afia du salut. Il y en a qui se tourmentent en disa Voilà qui est bien : je me suis confessé : j'ai c< mencé à me convertir : mais que de peines viendr dans la suite, que de tentations, que d'ennuis n*y pourrai résister : la vie est longue : je succ< berai sous tant de travaux. Allez, mon fils; ail ma fille ; surmontez les difficultés de ce jour : vous inquiétez pas de celles de demain : les unes a[ les autres vous les vaincrez toutes. A chaque j suffit son mat. Celui qui vous a aidé aujdurd'l! ne vous abandonnera pas demain : trop de ] voyance et d'inquiétude vous perd.
(0 PhiUp, II. i3. — » 3îaHh. VI. S-t.
sun l'évahgile. ^7
XXXIIL* JOUR.
Encore de Vainuice et des richesses. Ne mettre pas sa confiance en ce qu'on posshde. Luc. xii. i5, 16, etsuiv.
Joignons ici ce qui est dit dans saint Luc : Dùnrnez-^ous de garde de toute avarice (0. Déraciner un si grand mal tout entier ^ et jusqu'à la moindre iibre : n'en souffrez pas en vous le plus petit sentiment.
Quelque riche que vous soyez , il vous manque toujours quelque chose ; ou dans les biens , ou dans h santé, ou dans la fortune ^ et dans la grandeur. Réjouissez-vous de ce manquement : acceptez avec joie et consolation cette partie de la pauvreté qui vous est échue. Aimez-la comme un caractère du christianisme ; comme une imitation de Jésus-Christ. Aimez votre pauvreté, votre dépouillement. Renoncez à tout esprit de propriété, si vous êtes religieux : r^)Ouissez-vous en notre Seigneur, de ce que non-seulement vous ne possédez aucun bien ; mais encore de ce que vous êtes par choix et par état incapable d'en posséder.
En quelque abondance quon soit , la vie ne consiste pas en ce quon possède (^). Vous avez beau dire : J'ai de quoi vivre. Vous n'en vivrez pas davantage. Vous avez beau dire : Je n'ai rien à craindre; j'ai tout avec abondance. Insensé ^ vous
vO Luc. xii. i5.— W IbiJ. i5.
mourrez cette nuit. Maïs comment ? expliquela mort? On vous redemandera votre ame (0 : n'est pasà vouSy vous n*avez la vie que par empr On vous la redemandera : on vous en deman compte. Et quand ? Cette nuit. On vous trou demain mort dans votre lit : sans que tout ce gi bien que vous vantiez , vous ait pu procurer le m dre secours^ ni prolonger votre vie d'un morne
Que/erai-je, dit cet homme riche (^), dans si grande abondance de toutes sortes de biens ? V le premier eflet des grandes richesses : Tinquiét Que ferai-je ? Où les mettrai-je ? Comment les der ? Mes greniers ny suffisent pas : fen J d'autres j et je dirai à mon ame : Réjouis-toi : grand*chère (3) : ne refusé rien à tes sens : B mange, repose^ioi dans ton abondance. Et ] dant que tu t'imagines pouvoir te reposer dan richesses y on t'ôte y non pas ces richesses, mais c ame même que tu invitois à la jouissance. Et û sera ce grand bien que tu auois acquis (4) ? Qui ei qui en jouira pour toi quand tu n'y seras plus [ en jouir ?
Ainsi est celui qui amasse des trésors sur la te et qui n est pas riche en Dieu (5); qui ne met pa lui toutes SCS richesses. Telle est son aventure : est son état : telle est la fin de sa vie : c'est à qu'aboutissent toutes ses richesses.
Après toutes ces réflexions , revenez encore paroles du Fils de Dieu : relisez-les , savoure: encore une fois : vous les trouverez sans compa
(«) Luc, XII. ao. — C») Ibid. 17. — (3) lUd. 18. — C4) lUd, a (5}/^Uai.
ftUft L^ÉVABGILB. ^9
ion plu$ fortes par elles-mêmes , que tout ce que Hong avons pu dire ou penser , pour vous en faire sentir la vertu*