‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 22 sur 189 · XXIX/ JOUR · texte numérisé non relu

XXIX/ JOUR

Trésor dans le ciel : œil simple : impossibilité de servir deux maîtres. Matth. vi. ig, ao^ ^4.

Jé5us-Ghrist déracine l'avarice y et empêche de craindre jamais la pauvreté. A\foir son trésor dans le ciel (0 ; c'est y mettre son affection et son espérance : avoir son trésor dans le ciel , c'est y envoyer ses richesses par les mains des pauvres.

Oh est votre trésor ^ là est votre cœur (?). Cette parole est grande. De quoi étes-vous rempli ? Où se tournent naturellement vos pensées, c'est là votre trésor : c'est là qu'est votre cœur. Si c'est Dieu f vous êtes heureux : si c'est quelque chose de mortel, que la rouille, que la corruption, que la mortalité consume sans cesse; votre trésor vous échappe, et votre cœur demeure pauvre et épuisé.

Cet œil simple (5) , c'est la pureté d'intention. L'œil est simple, quand l'intention est droite : et l'intention est droite , quand le cœur ne se partage pas. C'est ce qu'on appelle simplicité et droiture. L'intention, c'est le regard de Tame. L'œil ne regarde jamais fixement qu'un seul objet ; et

(0 MaUh. VI. 20.— W IhiJ, ai. — 0) lUd. a a.

SUR l'évangile. 7^

l'ame ne peut s'arrêter qu à un seul bien. Lorsque les regards sont vagues et dissipés, on voit tout, et on ne voit rien. Ainsi quand Tame se dissipe en vagues désirs, elle ne sait ce qu'elle veut, et elle tombe dans la nonchalance. Dieu veut un regard arrêté et fixe.

Cela se confirme par les paroles suivantes : On ne peiU servir deux maîtres (i) , ni aimer deux chosc!s Il la fois. Quand on ne sait ce qu'on aime, et qu'on se partage entre Dieu et la créature , Dieu refuse ce qu'on lui offre , et la créature a tout. Il Êiut donc se déterminer, s'appliquer, agir avec efficace dans la voie de la piété.

La bonne intention sanctifie toutes les actions de famé, comme le regard arrêté assure et éclaire tous les pas du corps.

C'est cette bonne intention qu'il faut renouveler souvent pendant le jour; et continuellement prier Dieu de la foitifier. Il faut sans cesse se redresser , et se réduire tout entier à un regard simple.

f^ous ne pouvez sentir Dieu et les richesses C^). Selon saint Paul , l'avarice est un culte des idoles (^). Ceux qui aiment la bonne chère ont leur ventre pour leur Dieu (4), selon le même apôtre. Nous nous faisons un Dieu de tous les objets de notre amour. Tout attachement vicieux est une idolâtrie. Qui est-ce qui voudroit servir une idole , transporter la gloire de Dieu à une fausse divinité ? Cela fait horreur à penser. C'est néanmoins ce que font tous ceux qui aiment quelque chose plus que Dieu. Les pensées, les affections, le plus pur encens du cœur,

0) âfatth. Yi. 2^ — W Ibid. — \?) CoL m. 5 — (4} PhiUp. m. uj-

^a HÉDITÀTIOHS

toute son adoration va là. Hëlas qu'on est misérable! Eh ! une créature raisonnable se peut-^lle donner elle-même y mais se peut-elle sacrifier à autre qu'à

Dieu?

Déracinez Fa varice, déracinez Fambition , déracinez Tamour du bien sensible, et tout amour de la créature : c'est autant d'idoles que vous abattes dans votre cœur. Que la créature, loin d'avoir tout le cœur, n'en occupe pas la moindre partie. Donnez tout à Dieu : fouillez jusqu'au fond, et videz votre cœur pour Dieu: il saura bien l'occuper, et le remplir.

Se remplir de la créature, c est se remplir de ces viandes qui chargent, et qui gonflent sans nourrir; et qui aussitôt vous aifament , parce qu elles n'ont aucun suc, et que rien ne s'en tourne en votre substance. Qu'on est vide quand on n'est plein que • de cette sorte!

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