‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 38 sur 189 · III.« JOUR · texte numérisé non relu

III.« JOUR

Victoire et puissance de Jésus-Christ contre la fnort, dans la résurrection de Lazare* Joan. xi. i — i^S*

. Jésus approche de Jérusalem ; il est déjà à Bétha* nie, bourgade qui en étoit à peine à six-vingts pas, à la racine de la montagne des Oliviers. Sa mort approche en même temps; et ce qu'il va faire à cette approche , et pour nous y préparer , est admirable. La première chose c'est la résurrection de Lazare. Il alloit mourir , et il sembloit que Tempire de la mort alloit s*afiermir plus que jamais , après qu il y auroit été assujetti lui-même. Mais il fait ce grand miracle de la résurrection de Lazare , afin de noua faire voir qu'il est le maître de la mort.

(s) MtOth, XX. 3o. Marc x. 4^, 5z. Luc, xtui. 4%

Elle parolt ici dans tout ce qu'elle a de plus affivux. Lazare est mort^ enseveli , enterré, déjà poarri et puant. .On craint de lever la pierre de son tombeau, de peur d*infecter le lieu et la personne de Jésus par cette insupportable odeur. Voilà uu' spectacle horrible : Jésus en frémit y Jésus en pleure. Dans la mort de Laiai*e, son ami, il d^lore le commun supplice de tous les hommes; i, regarde la nature humaine comme créée dans Fimmortalité, et comme condamnée à mort pour son péché. Il est l'ami de tout le genre humain ; il vient le rétablir ; il commence par en pleurer le d&astre, par en frémir, par se ti^oubler lui-même h la vue de son supplice. Ce qui lui paroît si horrible dans la mort, c'est principalement qu'elle est causée par le péché ; et c'est plutôt le péché que la mort qui lui cause ce frémissement, ce trouble, ces pleurs. II est saisi d'un nouveau frémissement à m^ure qu'il approche du tombeau. En voyant cette affreuse caverne , oii le mort étoit gisant , on diix)it qu'il n'y a point de remède à tin si grand mal. Celui^ dit-on , yiii a éclairé raueugle-né , ne pouvoit-il pas empêcher que son ami ne mourût (0. On ne dit pas , No le pourroit-il pas ressusciter? C'est à quoi on ne songeoit seulement pas. On cix>it que son pouvoir n'alloit pas plus loin , que de l'empêcher de mourir; mais le tirer delà mort, quoiqu'il en eût déjà donné des exemples, on ne vouloit ni s'en souvenir , ni le croire. On croit qu'il n'a que des larmes et cette fr^ missante horreur à donner à un tel mal. Voilà tout ie genre humain dans la mort; il n y a qu'à pleurer

Io8 MEDITATIONS

son sorty on n'y voit aucune ressource. C*est le commencement de rhistoire, et comme la première pai^ tie de ce tableau : tout y est rempli d'horreur.

Mais voici la seconde, et tout y est plein an ooii<traire de consolation. Il n*y parott que puissance contre la. mort, et que victoire remportée sur elle.

Jésus dit : CeUa maladie n^est pas pouw la mort, mais pour la gloire de Dieu (0. Laiare en mounit pourtant : mais le Sauveur vonloit dire que la mort seroit vaincue , et le Fils de Dieu glorifié pai cette victoire. •

U poursuit : Lazare dort, mais je le vais ri^ %^iUer ip) : appelant la mort un sommeil plutôt qu'une mort ; et montrant qu'il lui est aussi facile de ressusciter un mort , que de réveiller un endormi.

A mesure qu'il avance , il parott de plus en plus le vainqueur de la mort. iSt vous auiez été ici, mon frère neseroilpas mort: mais je sais que Dieu v^»u accordera tout ce çue vous hd demanderez. Yops avez tout pouvoir , non-seulement pour prévenir la mort, mais encore pour lui enlever la proie qu'elle a déjà entre ses mains.

J^otre frère ressuscitera (5). Je le sais, dit Marthe, au dernier jour. £lle ne doute pas que Jésus ne puisse le ressusciter avant ce temps : mais elle ne se juge pas digne de cette grâce.

Goûtons ces paroles du Sauveur, après lesquelles

la mort n'a plus rien d'afireux : Je suis la résur^

rection et la vie ; celui qm croit en moi , quand

> il seroit mort , il vivra : celui qui vit et qui croit

en tnoi , ne mourra point éternellement (4). II nt

V) Joan. il. 4. — (>) lUJ, 1 1, aa. — (5) Ibid, a3 (4) iàUt. 25, a6.

SUR L*ÉVAHGILE« IO9

nourra point pour jamais : la mort ne sera pour lui qa*an passage : il n'y demeurera pas , et il vîen* dra à un état où il ne mourra jamais. -

La foi de Marthe est grande. Les Juifs disoient de Jésus : Ne poui^it-il pas faire que Lazare ne mourût pas? Celle-ci dit, non- seulement qu'il le pçavoit faire , mais qu'il Tauroit ùit ; et qu il pouvoit encore le ressusciter s'il vouloit. Elle voit en ciprit la résurrection générale , et confesse Jésus*- Christ j comme celui qui , étant au ciel et dans le irin de son Père^ est venu au monde. Jésus , Fils èk Dieu vivant , est vivant de la même vie que son Père. Comme le Père , dit-il (0 y a la vie en soi, aùui a^'il donné au Fils d'avoir la vie en soi. Il a donc raison de nous dire , qu il est la résurrection et la vie W ; et encore : Je suis la vie ; et encore : Comme le Père ressuscite et vitrifie, ainsi le Fils wifie qui il lui platt (3). U est une source de vie , il est la vie même comme le Père. La vie est venue à nous y quand il s'est fait homme. Nous vous an-nonçons la vie éternelle qui était dans le Père , et qui nous est apparue pour se répandi*e sur nous^ disoit saint Jean (4).

Les larmes mêmes de Jésus nous remplissent d'espéranœ : si le médecin tout-puissant est touché de nos maux, s*il les pleure y s'il en frémit ; il les guérira.

Otez la pierre & y ouvrez le tombeau y enlevez la porte de cette éternelle prison. G est sans doute pour en délivrer ceux qui y sont détenus.

Père , je sais que vous ni écoutez toujours (^}.

(0 Joan. X. tô. — (•) Ihid. xi. îi5. — i}) Ibid. t. a l . — (4) /. Joan. 1. a. - C*) Ibid. XI. 39. — ^6) iUd. 4a.

IIO MÉOITATIOHS

Nous sommes donc délivrés , puisqu^un tel intercesseur parle pour nous. Lazare, sortez, paroisses. Les prophètes avoient ressuscité quelques morts; mais on n'avoit point encore traité la mort d*ooe manière si impérieuse. C'est que le temps deifaà venir, et déjà il étoitvenu, disoit le Sauveur, tfae ceux qui sont dans le tombeau entendront la v<hx du Fils de Dieu ; et ceux qui l'entendront , rece^ vront la vie (0. Ce qui se fait maintenant pour le seul Lazare , se fera un jour pour tous lei hommes.

Lazare sortit à l'instant, quoique lié de 6anie^ lettes, à peu près comme un enfant dans le berceau, le visage enveloppé d'un linge (^). Un homme vivant ne pourroit se remuer en cet état : cependant ua mort se lève, et paroît : tant il y a d'-efficace dans la parole du Sauveur.

Il importe de bien méditer toutes ces choses, afin de nous affermir contre la crainte de la mort , qui est si extrême dans les hommes, qu'elle est capable de leur faire perdre Tesprit , quand on leur annonce qu'il faut mourir ; comme l'expérience le fait voir. On a grand besoin de se munir contre cette crainte. Ce qui se fait principalement, en méditant les pro> messes de l'Evangile contre la mort , et s'attadiant par une vive foi à la vie que nous attendons. On a besoin d'une grande grâce contre une si vive terreur. On ne la sent pas, tant qu'on a de la santé et de l'espérance : mais quand il n'y en a plus , le coup est terrible. Il est foible pouvant , si nous croyons bien que Jésus a vaincu la mort.

{})Joan. Y. a5. -— C*) Ibid, xi. 44*

SUE L'éTAlfGlLE. III

Il Ta encore vaincue dans une jeune fille de douze ans^ qui ne faisoit que d^expirer , et qui étoit encore dans son lit (0. Il Ta vaincue dans un jeune homme qu'on portoit en terre W. Enfin , il Ta vaincue dans le tombeau y et au milieu de la pourriture^ en la personne du Lazare (3). Il restoit qu'il empédiât même la corruption. Il avoit vaincu la mort en des personnes qui étoient mortes naturellement : il blloit encore la vaincre lorsqu'elle seroit venue par violence. Ceux à qui il avoit rendu la vie y demeuroient mortels ^ il restoit qu'avec la mort , il vainquit même la mortalité. C'étoit en sa personne qu'il devoit faire voir une victoire si complète. Après ^'on l'eut fait mourir, il ressuscite pour ne mourir plus , sans même avoir jamais vu la corruption , comme avoit chanté le Psalmiste : F^ous ne permet* trez pas que votre Saint voie la corruption (4). Ce qui s'est fait dans le chef s'accomplira dans les membres. L'immortalité nous est assurée en Jésus-Christ à meilleur titre qu'elle ne nous avoit d'abord été donnée en Adam. Notre première immortalité étoit de pouvoir ne mourir pas : notre dernière immortalité sera de ne pouvoir plus mourir.

C*) MauK. ix. i8, a5. Marc»y, 35, 4o, ^2, — (•) Lue. vu. la, i4» x5..^ ^S) /oon. XI. 4>> 4>> 4^> 44* — (^^ ^'- ^^' 'o, II. Ad. a. 2j.

lia MÉDIT ATioirs

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