IV.« JOUR
Même sujet. Lts trois morts ressuscites par notre Seigneur, figures des trois étals du pécheur. Joan. XI. I, et suiv. Matth. ix. i8, a5. Marc. r. 35^4^. Luc. vu. i^p i5.
La vraie mort de rhomme c*est le péché, parce que c^est la mort de Tame.
Dans les trois morts que le Sauveur a ressuscites, les saints ont considéré le péché vaincu en trois états : dans son commencement, en la personne de cette jeune fille : dans son pix>grès, en la personne de celui qu^on portoit en terre : dans sa consommation, et dans Fétat d'endurcissement et d'habitude invétérée , en la personne de Lazare.
La corruption dans un mort de quatre jours, fait voir un homme qui croupit , et pourrit , pour ainsi parler, dans son péché. La mauvaise odeur, c'est le scandale et la difiamation qui suit cet état. La caverne oii le mort est enterré, fait voir Tabime où le pécheur s'est enfoncé. La pierre Sur le tombeau , c*est la dureté dans le oœur. Les bandes dont le mort est lié y sont les liens du péché qu*il ne peut rompre. Il ne paroît plus de ressource ; les gens de bien même n'espèrent plus rien. Maître j disoit Marthe (0 , il sent mauvais j et iljr a quatre jours quil est mort. C'est ce qui cause dans Jésus ce frémisse-
(>) Joan, XL 39.
ment
SUR L*ÉVANCILE. Il3
. ment réitéré par deux fois , avec ces larmes amères ; ce qui signifie leffort , et comme le travail de l'Eglise, pour enfanter de nouveau ce mort tout pourri. Le grand cri de Jésus montre encore la même chose. Ressusciter un tel mort , c*est quelque chose de plus miraculeux que la résurrection de Lazare.
Ame malheureuse , ne fais point pleurer Jésus ; oe le fais point tant crier , ni tant fiémir; empêchetoi de tomber dans ce péché d'habitude. Mais si tu y es, ne perds pas toute espérance; il te reste une ressource infaillible dans les cris et les larmes de
I&us.
Déliez-le, dit le Sauveur (0 ; ôtez-lui ces bandelettes dont il est serré; c*est le ministère des apôtres. Mais il faut auparavant que Jésus ait parlé ; que le mort ait oui sa voix ; qu'il se soit déjà réveillé de son profond assoupissement, et qu il commence à vivre en recevant l'inspiration qui l'appelle à la pénitence. Les apôtres peuvent alors user du pouvoir qui leur est donné de délier : mais si le pécheur n'a déjà reçu aucun principe de vie , en un mot , s'il n'est déjà sérieusement converti : c'est en vain qu'on le délieroit ; il est tout mort au dedans; et les sacremens ne peuvent rien pour lui. Convertissez-vous donc^ 6 pécheurs , et vivez.
(0 Joan, zi. 44*
Bo$SUET. IX.
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- V/ JOUR
'JLmiUé dq Jésus modèle de la nôtre. Eûçcettenle nuuiière de prier. Joan. xi. i , et suiv.
Voilà les grands mystères de cet Evangile. Mais à ue rien regarder que Thistoire, elle est ravissante.
Lazare notre ami^ dit Jésus (0* Quel bonheur à des mortels de pouvoir avoir Jésus pour ami ! Notre ami : Lazare aimoit et lui et sa compagnie : ses disciples avoient part à son amitié.
Jésus aimoit Marthe , et Marie sa sœur y et £azare i?) , qui étoit malade. Voilà les anus dç Jésus; leur maison étoit toujours ouverte à lui et auip siens» ce sont ses hôtes et ses amis.
Puisque Jésus n*a ps^ dédaigné d'avoir des amis sur la terre, suivons ce modèle dans qos mnitiâ. Aimons ceux qui sont charitables , et qui exercent volontiers Thospitalité ; car en la personne de leurs hôtes, ç est Jésus-Christ qu ils reçoivent. Aiçions une Marthe si zélée pour servir Jésus, qu*€;lle p^çse jusqu'à un empressement excessif, et jusqu'à une inquiétude dont elle est reprise. Si nos amis ont des défauts , que ce soit des défauts fondés sur le bien. Mais aimons surtout une Marie qui est toujours aux pieds de Jésus, toujours attentive à sa parole, et à la bonne part qui ne pouvoit lui être ôtée (3). Voilà
(0 Joan, XI. II. — (>) Ibid. 5. *— C^) Luc x. $9, 4<'f 43-
SUE l'évangile. ji5
eeax que Jésus -Gu-ist houoroit d*une amitié partie culière.
Celui que vous aimez est malade (0. Cest ce que mandent à Jésus les sœurs de Lazare. Excellente manière de prier ; sans rien demander y on expose à celui qui aime , le besoin de son ami. Prions ainsi; soyons persuadés que Jésus nous aime ; présentonss<Nis à lui comme des malades , sans rien dire , sans rien demander. Prions ainsi' pour nous-mêmes: prions ainsi pour les autres. C'est une manière de prier des plus excellentes.
Souvent on dit à Jésus dans son Evangile : Venez^ Seigneur y et guérissez; imposes vos mains; touchez le malade : ici on dit simplement : Celui filé vous aimez est malade. Jésus entend la voix du besoin, d'autant plus que cette manière de le prier a quelque chose , non-seulement de plus respectueux et de plussoumis , mais encore de plus tendi^e. Qu'elle est aimable cette prière !• Pratiquons-la principalement pour les maladies de Tame.
Marthe et Marie conservent toujours leur caractère. Marthe est toujours la plus empressée ; elle parle plus ; elle agit plus. Marie arrive : d'abord eUe se prosterne aux pieds de Jésus (^) ; elle ne dit qu un mot y et c'est assez. '
LeMaUre vous demande , lui. disoit Marthe (3). Jésus étoit content de la foi de Marthe : mais pour achever d'être touché , il vouloit voir les pleurs , la tendresse intime et la douceur de Marie toujours attachée du fond de son cœur à sa parole.
Jésus pleura (4). Où sont ces faux sages qui veulent
(«) Joan. XI. 3. — W Ihid. 3a. — (3) lUd. a8. ^ (4) Ihid. 35.
Il6 MÉDITATIONS
qu'on soit insensible ? Ce n*est pas là la sagesse de
Jésus.
Voyez comment il Vaimoit (0. Soyez loué, 6 Seigneur Jésus ! d'avoir bien voulu qu'on pût remarquer la tendresse que vous avez pour vos amis. Qu'il nous soit permis de l'imiter , et d'aimer à votre exemple : les cœurs durs et insensibles ne sont pas ceux qui vous plaisent. Mais réglez nos amitiés y et soyez-en le modèle. Ne flattons point nos amis ; corrigeons-en , comme vous, les* empressemens inconsidérés : aimons dans nos amis le bon et le solide comme vous.
O Seigneur ! que je sois du nombre de ceux à qui vous dites : Vous êtes mes amis ip) ; et encore : Je vous dirai à vous ^qui êtes mes amis (3). Obon et parlait ami , qui pour exercer envers eux l'amour que vous avez dit vous-même être le plus grand de tous, avez donné votre vie pour eux : je ne veux d'ami que vous ou qu'en vous. O bon ami, ressuscitez-moi; je suis plus mort que Lazare.
Marthe appelle Marie en secret. Le Maître ^ ditelle (4), vous demande. Il y a un certain secret entre Jésus-Christ, et les âmes intérieures qui sont figurées par Marie. Il faut entrer dans ce secret , et ne le pas troubler en y mêlant le monde. Entends , chrétien , ce doux secret , ce secret entre le Verbe et Famc détachée des sens, qui l'écoute au dedans, et qui ne connoît que sa voix.
A l'instant Marie se lève , et vient a Jésus (5), ()uand il appelle , on ne peut y apporter trop de
(•; Joan. XI. 36.— (») Ibid. jlt. i4, i5. — O Luc. xu.4-— (4)«/oaii. XI. a8. — (5) Ibid, ag, 3i.
SUA lévaugile. 117
nptitude. Les Juifs les voyant partir si vîte , diitiEUe va pleurer au tombeau. On connoissoit [ion naturel et son cœur tendre; mais Jésus ayoit i ses tendresses^ dont le principal objet étoit sa
lie.
^éliez-kj et laissez-le aller (0. On n a point dit ik il alla , ni ce qu il fit, ni ce qu'il dit, ni ce n lui dit, ni oil il avoit étë, ni comment il se voit : toutes questions superflues. Dieu qui , dès loment de sa mort, savoit ce qu'il en vouloit , avoit tout réglé; il savoit par où nous dent venir le& vérités de l'autre vie. Jésus notre docsavoit tout y et avoit tout vu dans la source. La ilicité du narré nous apprend ce qu'on doit idérer dans les gi*andes choses ^ et comme il y mépriser les minuties.