SERMON
DÉ NOTRE SnGNEUR SUR LA MONTAGNE.
Maiih. chap.y^ vi^ vu.
PREMIER JOUR
Abrégé du sermon. La félicité étemelle proposée sous divers noms dans les huit béatitudes. Matth. T. ly la.
1 ouT le but de lliomme est d'être heureux. J&us- Christ n*est venu que pour nous en donner le moyen. Mettre le bonheur oii il faut , c'est la source de tout le bien ; et la source de tout mal, est de le mettre où il ne faut pas. Disons donc : Je veux être heureux. Voyons comment : voyons la fin où consiste le bonheur : voyons les moyens d'y parvenir. La fin est à chacune des huit béatitudes; car c'est partout la félicité éternelle sous divers noms. A la première béatitude^ comme royaume. A la
seconde y comme la terre promise. A la troisième , comme la véritable et parfaite consolation. A la quatrième y comme le rassasiement de tous nos désirs. A la cinquième y comme la deniière miséricorde qui ôtera tous les maux , et donnera tous les biens. A la sixième^ sous son propre nom y qui est la vue de Dieu. A la septième, comme la perfection de notre adoption. A la huitième y encore une fois , comme le royaume des cieux. Voilà donc la (in partout ; mais comme il y a plusieurs moyens , chaque béatitude en propose un ; et tous ensemble rendent Fhotnme heureux* •
Si le sermon sur la montagne est Tabrégé de toute la doctrine chrétienne ; les huit béatitudes sont Fabrégé de tout le sermon sur la montagne.
Si Jésus-Christ nous apprend que notre justice doit surpasser celle des scribes et des pharisiens , cela est compris dans cette parole : Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice. Car , s^ils la désirent comme leur véritable nourriture y s'ils en sont véritablement affamés ; avec quelle abondance la recevront-ils y puisqu'elle se présente de tous côtés pour nous remplir 7 Alors aussi nous garderons jusqu'aux moindres des préceptes y comme des hommes affamés qui ne laissent rien et pas même, pour ainsi parler y une miette de leur pain.
Si Ton vous recommande de ne pas maltraiter votre prochain de parole; c'est un effet de la douceur y et de cet esprit pacifique à qui est promis le royaume et la qualité d'enfant de Dieu.
Vous ne regarderez pas une femme avec un mau^ vais désir -.Bienheureux ceux, qui ont le cœur pur :
suit L éVÀHGILE. ^
et TOUS Faarez parfaitement pur, lorsque vous l'aurez purifié de tous les d&irs sensuels.
Ceux-là sont heureux , qui passent leur vie plutôt dans le deuil et dans une tristesse salutaire , que dans les plaisirs qui les enivrent.
Ne jurez point ; dites : Cela est, cela n'est pas* (Test encore un effet de la douceur : qui est doux, est humble : il n*est point trop attaché à son sens, ce qui rend Thomme trop af&rmatif : il dit simplement ce quil pense, en esprit de sincérité et de douceur.
On pardonne aisément toutes les injures , si Ton est rempli de cet esprit de miséricorde , qui noua attire une miséricorde bien plus abondante.
On ne résiste pas à la violence , on se laisse même engager à plus qu'on n'a promis ^ parce qu'on est doux et pacifique.
On aime ses amis et ses ennemis , non-seulement à cause qu'on est doux , miséricordieux , pacifique ; mais encore parce qu'on est affamé de la justice y et qu'on la veut faire abonder en soi-même , plus qu elle n'est dans les pharisiens et dans les gentils.
Cette faim qu'on a pour la justice , fait aussi qu'on la veut avoir pour le besoin , et non pour l'ostentation.
On aime le jeûne , quand on trouve sa principale nourriture dans la vérité et dans la justice.
Par le jeûne , on a le cœur pur , et on se purifie des désirs des sens.
On a le cœur pur , quand on réserve aux yeux de Dieu ce qu'on fait de bien : qu'on se contente d'être vu de lui j et qu'on ne fait pas servir la vertu
comme d'un fard pour tromper le monde , et s'attirer les regards y et Tamour de la créature.
Quand on a le cœur pur, on a Tœil lumineux , et rintention droite.
On évite Favarice et la recherche des biens, quand on est vraiment pauvre d'esprit.
On ne juge pa3 , quand on est doux et pacifique : parce que cette douceur bannit Torgucil.
La pureté de cœur fait qu'on se rend digne de
l'Eucharistie ; et qu'on nç prend pas comme un chien ce pain céleste.
On prie y on demande, on frappe, quand on a faim et soif de la justice : on demande à Dieu les vrais biens , et on les attend de lui , quand on n'as^ pire qu'à son royaume et à la terre des vivans.
On entre volontiers par la porte étroite , quand on s'estime heureux dans la pauvreté, dans les pleurs, dans les afflictions qu'on souffre pour la justice.
Quand on a faim de la justice, on ne se contente pas de dire de bouche : Seigneur, Seigneur^ et on $e nourrit au dedans de sa vérité.
Alors on bâtit $ur le roc , et on trouve le solide pour affermir dessus tout son édifice.
Lès béatitudes sont donc l'abrégé de tout le sermon; mais un abrégé agréable : parce que la récompense çst jointe au précepte; le royaume des cieux, sous plusieurs noms admirables, à la jostice ; la félicité, à la patique«
8D& l'évàugile. d