‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 5 sur 189 · IL- JOUR · texte numérisé non relu

IL- JOUR

Première béatitude: Etrepauvresd'esprit.VlMi\ï.y. 3,

PouA Venir aa détail , Jésus^Ihrist commence en cette sorte; Bienheureux sont les ptuivres ^esprit, c'est -à- dire y non - seulement ces pauvres volontaires, qui ont tout quitté pour le suivre; et à qui il a promis le centuple dans cette vie , et dans la vie future la vie éternelle : mais encore tons ceux qui ont Tesprit détaché des biens de la terre ; ceux qui sont effectivement 4ans la pauvreté sans murmure et sans impatience; qui n*ont pas Fesprit des richesses , le faste , Torgueil y l'injustice , Favidite insatiable de tout tirer à soi. La félicité éternelle leur appartient sous le titre majestueux de royaume. Parce que le mal de la pauvreté sur la terre, c'est de rendre méprisable, foible, impuissant ; la félicité leur est donnée comme un remède à cette bassesse, sous le titre le plus auguste, qui est celui de royaume.

k. ce mot : Bienheureux , le ccçur se dilate , et se remplit de joie. Il se resserre à celui de la pauvreté; mais il se dilate de nouveau à celui de royaume, et de royaume des cieux. Car , que ne voudroit - on pas soufirir pour un royaume , et encore pour un royaume dans le ciel; un royaume avec Dieu, et inséparable du sien, éternel, spirituel, abondant en tout, d'où tout malheur est banni?

O Seigneur , }e vous donne tout : j'abandonne

!• IféDlTÂTIOlVS

tout pour avoir part à ce royaume! puis-je être assez dépouillé de tout pour une telle espérance ! Je me dépouille de cœur et en esprit : et quand il vous plaira de me dépouiller en effet , je m'y soumets.

C'est à quoi sont obligés tous les chrétiens. Mais rhumble religieuse se r^ouit d'être actuellement dessaisie , dépouillée y morte aux biens du monde , incapable de les posséder. Heureux dépouillement , qui donne Dieu !

IIL* JOUR.

Seconde béatitude : Etre doux. Matth. v. 4*

Bienheureux ceux qui sont doux, jipprenez de moi que je suis doux (0 : sans aigreur, sans enflure , sans dédain y sans prendre avantage sur personne , sans insulter au malheureux , sans même choquer le superbe ; mais tâchant de le gagner par douceur : doux même à ceux qui sont aigi*es : n'opposant point l'humeur à l'humeur, la violence à la violence : mais corrigeant les excès d'autrui par des paroles vraiment douces.

Il y a de^feintes douceurs, des douceurs dédaigneuses, pleines d'une fierté cachée : ostentation et affectation de douceur , plus désobligeante, plus insultante que l'aigreur déclarée.

Mais considérons la douceur de Jésus-Christ , dont le Saint-Esprit parle ainsi dans I&aïe : Mon

SUE LÉyAHGILC. II

fils y mon serviteur que foi 'élu , mon iien-^aimé ou j'ai mis ma complaisance : je mettrai en lui mon esprit, et il annoncera la justice aux nations. Il ne sera point contentieux : il ne criera point , et on li entendra point sa voix dans les places publiques ; U ne brisera pas le roseau cassé, et n'éteindra pas la mèche çui/ume encore (0. Cest ce qu'Isaïe en a TU en esprit; c*est ce que saint Matthieu a trouvé si beau, èi remarquable, si digne de Jésus-Christ, qu'il prend soin de le relever (^).

Il est doux envers les plus foibles: quoiqu'un roseau d^à foible soit rendu encore plus foible en le brisant ; loin de prendre aucun avantage sur cette foiblesse , il se détournera pour ne pas appuyer le pied dessus. Faites-en autant à votre prochain infirme. Loin de chercher l'occasion de lui nuire , prenez garde que par mégarde, et comme en passant, vous ne marchiez sur lui , et n'acheviez de le rompre. Mais quel est ce prochain infirme, si ce n'est le prochain en colère , et le prochain qui s'emporte? Il est brisé par sa propre colère , et ce foible roseau s'est cassé en frappant; n'achevez pas de le rompre en le foulant encore aux pieds. Cest encore ce que veut dire la mèche fumante. Elle brûle; c'est la colère dans le cœur : elle fume ; c'est quelque injure, que le prochain irrité profère contre vous. Gardez-vous bien de l'éteindre avec violence. Ecoutez ce que dit saint Paul (3) ; IVe vous vengez point , ne vous défendez point , mes bien-aimés ;

(0 Js. XLii. 1, a, 3. — C») Matih. xn. i8, 19, 20. — (3) Rom. XII. 19.

mais donnez lieu h la colère. Laissez-la fumer un peu y et s'éteindre comme toute seule. Si elle fume, c'est qu'elle s'éteint : ne l'éteignez pas avec force : mais laissez cette fumée s'exhaler et se perdre inutilement au milieu de l'air y sans vous blesser ni vous atteindre.

C'est ce que fait le Sauveur ^ lorsqu'il souffre tant d'injures sans s'aigrir. Kous êtes possédé du malin esprit, lui dit-on. QiU est-ce qui songe à vous faire mourir (0 ? Et il répond sans s'émouvoir : Je ne suis point possédé du malin esprit; mais je rends honneur à mon Père , et vous me déshonorez ("2). Et encore en un autre endroit, lorsqu'on lui fait le même reproche : Fous vous fâchez contre moi; parce que f m fait un miracle le jour du sabbat, pour guérir un homme P). Vous le voyez ; il n'éteint pas la mèche fumante , mais il la laisse s'éVa* porer, pour voir si ces malheureux, lassés d'accabler d'injures un homme si humble et si doux, ne reviendront point en leur bon sens.

Telle a été en général la conduite du Fils de Diçu ; en particulier dans sa passion. Quand on le fnaudii, il ne maudit pas-: quand on lé frappe, il ne se plaint pas (4).

Si fai mal parlé, dit -il à celui qui lui donnoit un soufflet i^) ^ faites-le-moi connoitre : si j'ai bien ^it, pourquoi me frappez-vous ? Il lui appartient de dire : apprenez de moi, que je suis doux (6). 11 est comparé à un agneau, le plus doux des ani-

(«) Joan, ?ii. ao. — î>) Ihid. viii. 49- — (') Joan, vu. a3. — (4) /. Petr, u. 23. — '5) Joan, X7iii. a3. — \^) Malth, w. 29.

SVK l/éVAHGILE. ' l3

fnaax, qui se laisse non-seulement tondre^ mais encore mener à la boucherie sans se plaindre (0.

On est bienheureux dans sa douceur^ et on possède la terre. La terre sainte promise à Abraham est appelée une terre coulante de lait etdemielW, Toute douceur y abonde ; c est la figure^ du ciel et de TEglise. Ce qui rend Fesprit aigre , c'est qu*on répand sur les autres le venin et Tamertume qu'on a en soi-même. Lorsqu'on a Tesprit tranquille par la jouissance du vrai bien, et par la joie d'une bonne conscience -, comme on n'a rien d^amer en . soi, on n'a que douceur pour les autres; la vraie marque de Tinnocence , ou conservée , ou recouvrée, c'est la douceur.

L'homme est si porté à l'aigreur, qu'il s'aigrit très-souvent contre ceux qui lui font du bien. Un malade y combien s'aigrit - il contre ceux qui le soulagent? Presque tout le monde est malade de cette maladie-là : c'est pourquoi on s'aigrit contre ceux qui nous conseillent pour notre bien , et encore plus contre ceux qui le font avec autorité , que contre les autres. Ce fond d'orgueil qu'on porte en soi en est la cause. Bienheureux donc ceux qui sont doux , ils posséderont la terre , où abonde toute douceur, parce que la joie y est parfaite.

(>) If. uiL 7. — C*) Exod. m. 8^ el ailleurs.

l4 MÉDITATIONS

/ IV.- JOUR

Troisième béatitude : Etre dans les pleurs*

Matth. V. 5.

SiENHEUBEVx ceux çui pleureHt (0^ soit qu'ils pleurent leurs misères^ soit qu'ils pleurent leurs pé^ chésj ils sont heureux, et ils recevront la con* solation véritable , qui est celle de Fautre vie , où toute affliction cesse j ou toutes les larmes sont essuyées (^).

Abraham disoit au mauvais riche (^) : Tu €is reçu tes biens en ce monde ; et Lazare a reçu ses maux : c'est pourquoi il est consolé , et tues dans les tourmens. Il est heureux ^ car il a souffert avec patience : son état pénible le forçoit souvent à pleurer des maux extrêmes, et il n avoit point de consolation du côté des hommes : le riche impitoyable ne daignoit pas le regarder. Mais parce qu'il a souffert avec patience , il est consolé : Dieu Ta reçu dans le lieu oii il n'y a point de douleur et de peine.

Le monde se réjouira ^ et vous serez affligés : mais votre tristesse sera changée en joie (4). C'est la promesse du Sauveur à ses disciples. La tristesse et la joie viennent tour à tour : qui s'est réjoui sera affligé; qui s'est affligé sera réjoui: Bienlieureux donc ceux qui pleurent^ car ils seront consolés.

(0 3faUh. V. 5. — (*) ^poc. xxi. 4 — P) Luc. xvi. aS. — (4) Joan.

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