‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 41 sur 189 · VIII.» JOUR · texte numérisé non relu

VIII.» JOUR

Profusion des parfums sur la tête et les pieds de Jésus ^ en différens temps. Joan. xu. i ^ 12.

Comme le temps approchoit , Jésus sort de sa retraite autour d'Ephrem (0, et revient à Béthanie, c'est-à-dire , comme on a vu , aux portes de Jérusalem , six jours devant Pâque.

Ce qui s'y passa d'abord de plus remarquable ^ fut un festin , où Lazare étoit à table avec lui dans sa maison. Marthe gardoit son caractère , et servoit. Marie aussi, pour garder le sien, se mit selon sa coutume aux pieds de Jésus , quelle oigriit d'un parfum exquis^ et les essuya de ses cheveux W.

(0 Joan. XI. 54-"-* CO Ihid, ui. 3.

SUR L^ÉVÀNGIIiE. 12$

Il est arrivé trois fois au Sauveur d'être oint par de pieuses femmes. Ce qui paroît non -seulement dans saint Jean, comme nous venons de le voir, mais encore dans saint Luc, ch. vu. 87, etsuiy.; dans saint Matthieu , ch. xxvi. 6 , et isui%f. , et dans saint Marc y ch. xiv. 3 ^ et suw.

En saint Luc la femme n'est pas nommée : et il parott seulement cjue c'ëtoit une pécheresse pénitente. Ses larmes y dont elle arrosoit les pieds de Jésus , sont le caractère de sa pénitence ; et Jésus - Christ loi ayant donné expressément la rémission de ses péchés, confirme ce caractère. C'en est aussi une belle confirmation, d'avoir expliqué comme il a fait', la nature et les devoirs de l'amour pénitent , et de montrer jusqu'où le porte la reconnoissance.

Ce caractère d'amour pénitent ne se trouve point dans ce chapitre de saint Jean , oh il est dit seulement que Marie répandit son parfum sur les pieds de Jésus, et les essuya de ses cheveux; mais sans y parler de larmes , ni des doux et pieux baisers de la pénitente. Il n'y en a rien non plus en saint Mattliieu, ni en saint Marc. Ces deux évangélistcs marquent le parfum répandu sur la tête j pendant que Jésus étoit à table : ce qui étoit tiès-facile en ces temps où les conviés étoient à table couchés. Il est dit dans saint Jean^ que la maison fut toute remplie de la bonne odeur du parfum (0. Les lieux coiùme les temps de ces onctions sont marqués. La pécheresse pénitente fit son onction long-temps avant la dernière pâque, dans la maison de Simon le

0) Joan. un. 3.

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pharisien y comme le raconte saint Luc. La «• conde onction qai est clairement attribuée à tlbt rie, sœur de Lazare et de Marthe , se fit à Béthanie, six jours devant Pâque, dans la maison de Lazare et de ses sœurs y selon saint Jean. Et la troisième encore à Béthanie, mais chez Simon le lépreux, et seulement deux jours avant Pâque, comme le marquent S. Matthieu et S. Marc (0. Dana la première et dans la troisième ouction , la femme n'est pas nommée. Dans la seconde, il est porté expressément dans saint Jean, que celle qui la fit, fut Marie, sœur deLa* zare. Et soit que les trois différentes onctions aient été faites par différentes personnes , selon l'opinion de quelques-uns, ou par la même, seloniquelqnet autres, en divers temps, et avec différentes circonstances, il faut profiter de chaque caractère qui nous y paroît.

Il faut aussi remarquer que ces profusions de parfums scandalisèrent deux fois les hypocrites, et même les disciples qui n'en savoient pas le mystère ; et que Jésus aussi prit deux fois la défense de ces pieuses profusions.

Parfumer Jésus, c'est lui donner des louanges: parfumer la tête de Jésus, c'est louer et adorer sa divinité : car la téie de Jésus-Christ , comme parle saint Paul (^) , c*est Dieu. Parfumer ses pieds , c'est adorer son humanité et ses foiblesses. Elssujrer les pieds de Jésus avec ses cheveux, c'est mettre à ses pieds sacrés soh ornement , et sa tête mê^ie , avec toutes les vanités et la parure du siècle. Tout est sa-

(0 Joan, XXI. 4* Matth^ sxti. S. iXforc. xir. 8. — » /. Cor. XL 3.

SUR l/évÀHGILE. 127

ertfié à 3ésus : on ne veut plaire qu'à lui : des cheveux qui ont touché les pieds de Jésus y>pourront-ils jamais servir à la vanité 7 C'est ainsi que Jésus veut être aimé. U est seul digne d'un tel amour , et de tels hommages.

On ne répand pas seulement ces riches parfums sur Jésus : on rompt la boite dalbdtre où ils étoiènt lealermâ, dit- saint Marc (0^ afin qu'il ait tout. Sa tête et ses pieds ruisselèrent donc de ces admirables parfums : et toute la maison en fut embaumée. L'exemple de la piété de ces saintes femmes a rempli toute l'Eglise de sa bonne odeur.

Quand la pécheresse approcha des pieds de Je* sas y on disoit W : S'ilétoit prophète y il ne Sid laisseroit pas toucher par cette pécheresse. Ici on ne lui reproche rien contre celles qui le touchent; soit qu'elles n'eussent jamais été pécheresses; soit qu'il y eût dé)|i si long-temps que la mémoire en fi^t effacée par leur pénitence. On leur fit ici un autre reproche , et c'est celui de leur profusion : On pouyoit vendre ces parfums trois cents deniers etplus : tant ils étoient précieux, tant l'effusion en fut abondante : et les donner axuç pauvres (3). L'amour des pauvres fut le prétexte dont on se servit , pour condamner la piété de ces femmes qu'on appeloit indiscrète; et pour couvrir l'envie qu'on avoit contre Jésus , et des honneurs qu'on lui (aisoit : et Judas se signala parmi ces faux charitables , et ces faux dévots. Les plus méchans senties plus sévères censeurs de la conduite

(0 Marc, xir, 3. — (•) Luc. tu. 39. — (') Joan. xil 5. âfarc.

des autres ; soit par le dérèglement de leur esprit , soit par leur hypocrisie , ou par un faux zèle. Judas avoit encore une autre raison, c*est qu il gardoitet voloit ce qu'on donnoit au Sauveur ^ et il croyoit qu'on ôtoit à son avarice, ce qu'on ne mettoit pas entre ses mains. Que Favarice parle haut, quand elle peut se couvrir du préte^xte de la charité I

Ses insolens discours n'attaquoient pas seulement les femmes dont il accusoit la profusion, mais encore Jésus-Christ qui la souffroit ; mais il prit en main leur défense, en disant, qu eïLes Y ayoieni Jàit pour Tense\felir (0, se considérant comme mort , à cause que l'heure approchoit , et qu'il s'étoit mis dans Tesprit et dans l'état de victime.

11 vouloit en même temps nous faire considérer de quel honneur étoit digne ce coi7)s virginal, formé par le Saint-Esprit, et où la divinité habitoit^ par lequel la mort devoit être vaincue , et le règne du péché aboli. Quels parfums assez exquis pouvoient en marquer assez la pureté !

Il vouloit aussi que les parfums qui sei^oient à la mollesse et au luxe , servissent à cette fois à la piété; que la vanité fût sacrifiée à la vérité.

Vous aurez toujours des pcmures avec vous; etçuand 'VOUS voudrez , vous leur pouvez faire du bien (a).

Les onctions étoient salutaires au corps : on s'en servoit non-seulement par délicatesse , mais encore par précaution et par remède. On faisoit nager les corps morts dans le baume et dans les parfums ^ pour les conserver et en prévenir la corruption ,

C») Mare. xxt. 8. Joan, xii. 7.— (») Marc, xiv. 7.

même

SUR L*ÉyÀ1fGILC. 129

léoie^ après la mort : et cVtoit tout le bien dont le Mrps étoit capable aIoi*s. On pouvoit toujours faire 5t sortes de biens aux pauvres ^ disoit le Sauveur : uns pour lui on n'auroitpas toujours son corps pré-- M pour lui faire ee bien. Il falloit donc le lui faire endant qu on Ta voit : et quand on ne Tauroit plus, i consoler en le faisant aux pauvres, dont il impuni le soulagement et le bien , comme fait à sa permne. Combien donc les pauvres nous doivent-ils tre cherSy puisqu'ils nous tiennent la place de Jett-Christ ! Baisons leurs pieds ; prenons part à leurs uniliations et à leurs foiblesses : versons des larlei sur leurs pieds ; pleurons leur misère ; comatissons à leurs souffrances : répandons des parfums tir leurs pieds , des consolations sur leurs peines et ir leurs infirmités, un baume adoucissant sur leurs ouleurs: essuyons- les de nos cheveux; donnonstnr notre superflu ; et privons-nous des vains omelens pour les soulager.

En même temps parfumons Jésus ; laissons exaler de nos cœurs de tendres désirs . un amour baste, une douce espérance, de continuelles louanes. Et si nous voulons Taimer et le louer dignelent, louons-le par toute notre \ie : gardons sa arole.

Disons-lui dans Tépanchement de nos cœurs ce ne lui disoit saint Paul (0, qui/ nous est justice^ ûnteté, sagesse, rédemption, et toutes choses : >mme il est dit aux Corinthiens. Disons-lui tout f que dit le même saint Paul aux Colossiens {^).

CO /. Cor, I. 3o. — (») Coloss. 1. 13 , 1 3 , c£ setf.

Chantons-lui tous les doux cantiques que lui cliantii dans TÂpocalypse tout le peuple racheté : L'jignet^^ qui a été immolé pour nous est digne de recei^ir la vertu j la divinité , les richesses^ la sagesse, la force, la gloire , la bénédiction (0. C'est ce que lui doit chanter toute créature : c'est là le parfum que nous répandons sur lui dans Tépanchement de nos cœurs.

(0 ApQÇ,r, 19, l3.TII. 10, II» I2«

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SUR l'évàugile. i3i

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