VI.« JOUR
S' Christ mis en signe de contradiction : incrédité des Juifs après la résurrection de Lazare. lan. XI. 469 et suiv.
E qui fut dit du Sauveur à sa bienheureuse Mère , le saint vieillard Siméon , est bien vrai : Celui-ci ?osé en ruine et en résurrection à plusieurs en Is- , et en signe de contradiction ; afin que les pende leurs cœurs soient décou\ferles i.'^). On n'avoit t encore vu la profonde malice du cœur de nme^ ni jusqu'à quel point il est capable de iter à Dieu.
Il8 MÉDITATIONS
Après un si grand miracle , il semble qn^il ne finti pas sVtonner que plusieurs crusisent. La rësurreo tion de Lazare ëtoit arriyëe en présence de tout le monde y à la porte de Jérusalem, arec le concoun qu attire un deuil dans les maisons considérables: Plusieurs crurent, dit Févangâiste (0. Cétoit U reflet naturel d'un si grand miracle. Mais d^autrci qui savoîent la haine des pontifes et des pharisîeAi contre Jésus , et qui y entroient, leur allèrent din ce qu'ils avoient vu. Sur cela , on assembla le couseil y et la résolution en fut étrange.
Cet homme f eut beaucoup de miracles (^). Ils IM nient point le fait ; il est trop constant. Que ferons nous? La réponse paroft aisée , croyez en hii : mai leur avarice y leur faux zèle , leur hypocrisie , leu ambition , leur domination tyrannique sur les con sciences, que Jésus découvi^it , encore qu ils la ca chassent sous le masque du zèle de la religion , le aveugloit. En cet état , ils ne peuvent croire (3) comme nous verrons bient&t; et ils aiment mieo] résister à Dieu, que de renoncer à leur empire.
Ailleurs ils disent encore : Que ferons^nous à ce hommes : car le miracle quils viennent défaire es public. Tout Jérusalem en est témoin , et nous m saurions le nier (4). La réponse naturelle étoit, Il } faut croire : Mais si nous y croyons , nous ne serons plus rien : et c'est à quoi ils ne pouvoietit » résoudre.
Les incrédules sVcrient : Comment tout le mondi n'a-t-il pas cru , s'il y a eu tant et de si grands mi
(0 Joan. XI. 45. - W Ibid, 4;. — P) Ibid, xn. 3;, 38, 39. - (4; AcL IV. 16.
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ndes ? Ils n^entendent pas le profond attachement da cœur humain à ses sens ^ et aux affaires qui les flattent ; d*où suit une indifférence prodigieuse pour k sâlut. Ce qui fait qu'on ne daigne pas s appliquer à ce qui se passe qui y a rapport, ni s*eh enquérir ; et que ceux qui Font vu , s'étourdissent eux-mêmes pour n'y paâ croire ; de peur qu'en y croyant ils ne soient forcés de renoncer à tout ce qu'ils aiment , et d'embrasser une vie qui leur paroU si insuppor^ table et si triste.
Il faut donc entendre, qu'outre les miracles du dehors, il en folioit uii au dedans, pour y changer la mauvaise disposition des cceurs : et c'est là l'eflèt de la grâce. De là vient que si peu de gens ont cru; encore qu*on ait vu tant de prodiges , et qu'ils eussent été écrits dès le commencement avec des circonstances si particulières, qu'il n'y avoit rien de plus aisé que d'en découvrir la vérité ; comme il n'y eût rien eu de plus impudent, ni de plus capable de détromper les plus crédules , que de leur avancer tant de faits positifs, dont le contraire eàt été si constant. Il n'y a eu que ceux qui ont assez aimé leur salut et la vérité, pour prendre soin ou de s'enquérir des choses qui se passoient en Judée à la vue de tout le monde, ou d'y faire, s'ils les voyoient, les réflexions nécessaires, afin de les voir d'un autre œil que le vulgaire attaché aux sens et aux préventions.
Ce qu'il y a ici de plus étonnant , c'est que ceux qui ne voient pas la volonté de Dieu dans les miracles qui la déclaroient si évidemment, sont les plus savans du peuple, les pontifes, les pharisiens et les
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docteurs de la loi; parce que des hypocrites comme eux y qui n'employoient le nom de Dieu qu'à trom* per le monde , des avares , des orgueilleux ^ qui faisoient servir la religion à leurs intérêts , dévoient être naturellement les plus opposés à la vérité , et leis plus incapables de ses secrets. Cest donc ainsi que les pensées de plusieurs furent découvertes^ parce qu on devoit voir jusqu'à quel point Tintérét devoit animer les hommes les plus sages en appa* rence, comme les plus considérables du peuple, contre Dieu et la vérité.
Loin de profiter du miracle de la résurrection de Lazare, ils résolurent, non -seulement de tuer Jésus, qui étoit Fauteur du miracle , mais encore Lazare méme(i), en qui il s'étoit accompli. Trop de monde le venoit voir, et c'étoit un témoin trop vivant contre eux. Ils voulurent donc le tuer, croyant obscurcir par -là le miracle de sa résurrection , en montrant du moins que le Sauveur n'avoit pas pu le faire vivre long-temps. Ils songèrent donc à le tuer, comme si par celte sorte de mort ils pouvoient lier les mains à Dieu. Et il falloit encore que la gloire de Jésus-Christ révélât au monde ce prodige de malignité et de folie.
Il ne faut donc plus s'étonner de l'aveuglement des Juifs. Celui des impies et des hérétiques est à peu près de même genre : les secrètes dispositions de tous ces gens -là, dévoient être découvertes. C'est que l'effort qu'il faut faire contre ses sens et contre soimême , pour se donner tout entier à la vérité et à
(■) Joan. XI. 5o, ^3. XII. lo, ii.
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IXea y est si grand , que plutôt que de le faire , ils aiment mieux étonfier la grâce et Tinspiration qui les y porte y et s^ayeugler eux-mêmes.
Nous sommes aussi de ceux pour qui Jésus-Christ est un signe de contradiction ; et une de ces pensées du cœur humain , que Jésus-Christ venu au monde devoit découvrir^ c'est là prodigieuse insensibilité de ceux quiy élevés dans la foi, et au milieu des lumières^ préfèrent encore leurs sens et les plaisirs qui les enrchantent, à la vérité qui luit dans leur cœur-, et ne craignent pas de vivre comme les impies et les infidèles.
VIL' JOUR
Fausse et aveugle politique des Juifs dans la mort de Jésus-Christ, fig^^^ ^ ^ politique du siècle. Joan. XI. 48 ? et suiv.
Les Romains viendront, et ils détruiront notre ville , notre temple et toute notre nation (0. C'est le prétexte dont ils couvroient leur intérêt caché et leur ambition. Le bien public impose aux hommes ; et peut-être que les pontifes et les pharisiens en étoicnt véritablement touchés; car la politique mal entendue est le moyen le plus sûr pour jeter les hommes dans Taveuglement, et les faire résister à Dieu.
On voit ici tous les caractères de la fausse politique, et une imitation de la bonne, mais à contre-sens.
iO Joan. XI. 48.
La véritable politique est prévoyante , et par «18 se montre sage. Ceux-ci font aussi les sages et les prévoyans : Las JRonunns viendront. Ils viendront; il est vrai , non pas comme vous pensez , parce qu'on aura reconnu le Sauveur ; mais au contraire, parce qu'on aura manqué de le reconnoître. La nation pi" rira : vous Favez bien prévu ; elle périra en efièt ; mais ce sera par les moyens dont vous prétendiez vous servir pour la sauver : tant est aveugle votre politique et votre prévoyance.
La politique est babile et capable : ceux-ci font les capables. Voyez avec quel air de capacité Caïphe disoit : f^ous ny entendez rien : il n*y entendoit rien lui-même. H faut quun homme meure pour le peuple (0 : il disoit vrai*, mais c'étoit d'une autre façon qu'il ne Tentendoit.
La politique sacrifie le bien particulier au bien public : et cela est juste jusqu'à un certain point* Il faut qu'un homme meure pour le peuple : il entendoit qu'on pouvoit condamoer un innocent au dernier supplice , sous prétexte du bien public : ce qui n'est jamais permis. Car au contraire le sang in* nocent crie vengeance contre ceux qui le répandent.
La grande habileté des politiques, c'est de donner de beaux prétextes à leurs mauvais desseins. Il n'y a point de prétexte plus spécieux que le bien public , que les pontifes et leurs adhérens font semblant de se proposer. Mais Dieu les confondit ; et leur politique ruina le temple , la ville , la nation qu'ils faisoient semblant de vouloir sauver. Et Jésus -Christ
(0 Joan. XI. 49 1 5o.
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leur dit à enz-mémes : Fos maisons seront aian^ ionrtées, vous et vos enjans porteront votre ini" çuité (i) ; et tout périra par les Romains que vous Eûtes semMant de vouloir ménager.
Sans dtre dans les affaires publiques , chacun peut id considérer ce que c'est que la fausse prudence , ou la prudence de la chair : ses artifices pour cacher niz -antres , et souvent à elle-même ses mauvais desseins : les vains prétestes dont elle se sert pour cela : la présomption à faire Thabile , pendant qu'en effet eUe est dans la souveraine ignorance : ses fausses maximes pour décider de ce qu'on appelle cas de conscience y et l'abus qu'elle fait des bonnes : Tabus qu'elle fait aussi de son autorité, lorsqu'elle en a; et même quelquefois de la grâce de son ministère, comme fitCaïpheefe la prophétie iv^ en quelque sorte annexée au pontificat , comme saint Jean le remarque. Tout cela peut découvrir à chacun les fautes qu'il fait dans la conduite de sa fa* mille, de sa communauté, de soi-même en particulier : comme on s'entête du bien des communautés à qui souvent on sacrifie des particuliers innocens.
Encore croit-on rendre service à Dieu ; comme Jésus-Christ le dit distinctement des pontifes (^) , et 'des autres ennemis de la vérité.
Pour venir à quelque chose de plus tendre, unissezvous en esprit à tous ces enfans de Dieu dispersés par tout Vuni\fers , que la mort du Sauveur devoit recueillir (4).
(0 Mauh. XXIII. 38. Luc. XIX. 43 , 44* ^^i* ^o, a3, ^l^,'^(fiJoan, XI. 5i. — (3) Joan. XVI. 2. — (4) Joan, «i. 5a , et teq^.
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Le '^, 53 nons fait voir le résultat da conseil , êC la mort du Fils de Dieu résolue : ce qui l'obligea à se cacher jusqu'au temps qu'il avoit résolu.
Cependant la pâque approchoit, vers le temps de laquelle il devoit mourir. Tout se préparoit à cette pâque, et en même temps à la mort du Sauveur : puisque déjà Tordre étoit donné à tous ceux qui sauroient où il étoit, de le déclarer , afin qu'on le prit.
Demeurez en attente de ce qui doit arriver à' Jésus. Et en ^voyant comment on venoit plusieurs jours devant la pâqùe pour s'y disposer ; considères la disposition que vous devez apporter à la pâque véritable, qui est la communion*