V.* JOUR
Oemier séjour de Jésus-Christ en Jérusalem ^ plus digne de remarque. Lisez Matth. xxi. lo — i5. Marc. XI. ii •— i8. Luc. xix. 4^, jusquà la fin.
TooTE la ville est émue pendant que Jésus la traverse en triomphe : Qui est celui-là ? Et les peuples m accompagnaient le nouveau roi, répondaient : Test Jésus le prophète de Nazareth de Galilée (>)•
J&us-Ghrist avoit commencé sa prédication en ralilée , à CapharnaUm et aux environs y conforlément à la prophétie d'Isaïe y rapportée en saint latthieu (^). Nazareth étoit la demeure de ses paens et la sienne; mais depuis sa prédication^ il établit avec les siens à Capharnaiim. Cette ville irec les villes et contrées voisines virent la pluart de ses miracles^ et ouïrent la plus gi^ande artie de ses instructions. G*étoit même dans la ralilée qu'il avoit choisi ses apôtres : la troupe de 3S disciples étoit presque toute de ce pays : et en ntrant avec lui dans Jérusalem , ils faisoient honleur à leur patrie du nom d'un si grand prophète.
!■) Matth. XXI. lo, II. — (>) Is, IX. 1,3. MaUh, ly. i3; \^ , i5, 16.
BoSSUET. IX. 10
l46 MÉDITATIONS
Cependant le nom du Sauveur n'étoit pas moini célèbre dans Jérusalem, où le bruit de ses miracles s'étoit porté de toutes parts : en sorte que dans le temps qu'il prêchoit en GalUée , une grande troupe avenue de Jérusalem et de la Judée le suii^oà (0.
Il ne manquoit point de venir à Pâque, selon } l'ordonnance de la loi, dans cette ville et au temple; et il y venoit aussi à d'autres solennités principales. Il y faisoit éclater sa doctrine et ses miracles d'une , manière admirable, et autant ou plus qu'en aucim , autre endroit de la terre sainte, comme dans la | viUe royale, où Dieu avoit établi son nom, et qui '. étoit le siège et le chef de la religion. La résurrection du Lazare avoit été faite à la porte de Jénuar lem en Béthanie : la troupe qui Taccompagnoit aa célèbre jour de son entrée , étoit grossie par lesfaabitans de Jérusalem, qui avoient vu cette étonnante résurrection; comme il est aisé de le conclure de saint Jean W.
Ce qui obligeoit le Sauveur à demeurer ordinairement en Galilée, c'étoit que les pontifes, et les autres qui macliinoient sa mort , n'avoient pas le même pouvoir , ni les mêmes moyens d'exécuter ce noii* dessein en ce pays-là , que dans Jérusalem et aux environs. C'est aussi ce qui donna lieu à l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe qu'on vient de voir : et tout se faisoit convenablement y puisque Jésus devoit passer toute sa vie dans la persécution, dans les périls, avec des précautions, et, pour ainsi dire, dans une fuite continuelle, à cause de la haine des Juifs. £t néanmoins quand il falloit, et
SUR LéVÀNGILE. tJ^'J
dbtns les temps les plus solennels , il paroissoit dans Jérusalem , afin que la lumière de TEvangile se répandit de là dans tout le pays, comme du chef sur ks membres.
Admirons les douces voies de la sagesse de Dieu^ qui ne veut point que son Fils fasse tout par mi« racle et par puissance : premièrement , pour accom^ plir les mystères de son humiliation : secondement, pour apprendre par son exemple à ses disciples , kl précautions et la prudence arviec laqueUe ils Anvent agir eu tontes^ choses;
Suivons JWsus à Jérusalem, où il va paroîtré pour la dernière fois, et oà aussf it va donner les ins-^ tractions, et accomplir les mystères les plus essen-^ fiels. C'est aussi pour cette raison qu'ail y entre à cette fms avec plus d*éclat que jamais ; pour rendre tes peuplés, et de ce temps, et de tous les siècles, plus attentifs à tout ce qn il y alloit dii'e et faire. Voyons donc avant toutes choses ce quil fera dans le temjde : car c'est là qu'il va descendre.
VI/ JOUR
CaracAre éCtattorité dans le îHofnphe de JésiiS" Christ, Son zèle pour la sainteté du temple. Ibid,
Jésus va descendre au temple , comme les triomphateurs le pratiquoient ordinairement , même par^ mi les peuples idolâtres. Car il y avoit une notion dans tout lé genre humain , qu'il falloit rapporter à la divinité toute la gloire : que ce qu'il y avoit
de plus élevé parmi les hommes devoit s'abaisser k ses pieds ; et qu*à vrai dire y cétoit à Dieu seii qu'appartenoit le triomplie. C'est pourquoi il est appelé y le Triomphateur d'Israël (0. Allez donc, ô Sauveur ! portez à votre Père dans son temple la gloire du plus beau triomphe qu'on ait jamais vu parmi les hommes , et la figure de tous les autres que vous devez remporter dans le ciel, sur toute la teije et sur les enfers.
Jésus-Christ devoit paroitre dans le temple ^ nonseulement pour y rendre à Dieu le culte suprême, mais encore comme son fils : comme le fils de la maison {?) : pour y ordonner ce que son Père, qui l'y envoyoit , lui avoit prescrit.
Ainsi j d'abord qu'il y entre , il regarde tout , d de tous côtés , selon la remarque de saint Marc (?i
Comme il étoit tard , il se retire pour ce jour; mais il y revient le lendemain. Il en chasse avec autorité les vendeurs et les acheteui^ : il renverse leurs bureaux , leurs tables , leurs chaises , leurs marchandises, leur argent : il.n'épargne pas les personnes f qu'il chassa du saint lieu ; apparemment à grands coups de fouet, et avec des cordes ramassées, comme il avoit fait autrefois, et en leur disant : Otet tout cela d'ici, et ne faites pas une maison de trafic de la maison de mon Père (4). Il parle donc, et il agit encore un coup , comme le fils de la maison , et avec une pleine autorité , sans que personne le contredise.
(0 /. Reg, XT. 09.— C») Heb, m. 6. — P) Maro, xu 1 1. — WJowt^ 4;. i5, 16.
sua r.'^ÉvAi^GiLE- ^ i49
En même temps pour montrer cette autorité , il fiit dans le temple ses guérisons ordinaires : H y guérit les av^eugles et les estropiés qui se présenûreni (0. Il confirme ce qull avoit fait par l'Ecris tare : H est écrite dit-il, Ma maison est une maison de prières (^) : c'est ce que Dieu avoit dit par la boache d'Isaïe. Il y ajoute le reproche : Et vous , dît- il , a}Ous en faites une caverne de voleurs : ainsi que Jérëmie Favoit prédit (^);
Alors donc fut accompli cet oracle de David : h moi }*ai été établi de Dieu comme roi sur Sion sa sainte montagne, annonçant et préchant ses préceptes (4). On vit dans son temple le Dominateur et F Ange du testament , que Màlachie avoit prédît (5\ Jésus-Christ y exerce de plein droit toute l'autorité de son Père : Il ne souffroit pas, dit saint Marc (6}, f/u'on passât avec un vaisseau par le temple , ni qu'on fit servir de chemin public un lieu si samt L'Evangile ne dit pas qu'il le dëfendoit y mais qu il ne le soufiroit pas : et c'est-à-dire, à en jugef par le reste de ses actions , qu'il les repoussoit et les chassoit ; du moins qu'il les reprenoit avec menaces. S'il n'avoit fait qu'ordonner, ce seroit un acte d'autoiité-; mais il agit, il renverse, il frappe : ce qiii est encore un acte de zèle. Ce qui fait aussi qne saint Jean , et tous ses disciples appliquèrent à cette action , cette parole de David : Le zèle de votre maison m* a dévoré (?).
Le zèle est une ferveur de l'amour de Dieu , trop
(0 MaUh, XXI. i4' — C») Is. L7I. 7. — \^j Matth. xxi. i3. Jercm,
▼11. M. — C4) Ps. II. 6. — {'*) Malach, nu i S^) Marc, xi. 16. —
(7) Pi. Lxyiii. 10. Joan, 11. 1 7.
iSo MÉDITATIONS
vif pour attendre le secours d'autrui y ni p s'astreindre aux formes ordinaires y mais agisi par lui-même y et au-dessus de ses forcer , avec espèce d'excès , par une absolue confiance ei puissance de Dieu : c'est ce qui parott dans c action du Sauveur.
Remarquez ces pai^oles : Une cai/eme de vole ^ui doit faire trembler tous ceux qui trafique puisqu'elle leur fait sentii^, que dans l'usage comn jet si l'on n'y prend garde , le trafic n'est qu'un 1 de mensonge , de tromperie et de voL
Remarquez aussi ayec tous les interprètes , ce qu'on vendoit dans le temple , étoit des bœ des brebis , des colombes ; toutes choses qui voient aux sacrifices : et néanmoins Jésus eh tout : non que ces ventes fussent mauvaises ; : parce que ce n'étoit pas le lieu de les faire. • feroit-il des discours, des irrévérences , et de de choses infâmes qu'on fait dans le temple ?
Remarquez encore , qu'il parle en particuli< ceux qui vendent des colombes. Ce que les saints entendu des simoniaques qui vendent le Saint-Els et ses grâces ; qui entrent par d'indignes comme dans les emplois ecclésiastiques et spirituels ; et < en quelque façon que ce soit , négocient pour a les voix de ceux qui les donnent. Olez j, oiez . cela , dit le Sauveur.
Le temple alloit périr ; et Jésus qui le va préd comme nous verrons , ne Tignoroit pas : et cep dant il en défend avec tant de zèle et d'autorib sainteté y pendant qu'il subsiste. C'est donc p apprendre aux chrétiens ce qu'ils doivent aux n
SUB. 'LtVklSOlVE, l5l
veaux temples^ dont le temple de Je'rusalem n'étoit qu*une foible et impariaite figure , et infiniment audessous des mystères des dbrétiens, dont Jésos^hrist Ëiit le fond y et où se trouve son saint corps et son sang précieux. Trem]>Ions, tremblons à la seule vue et à rapproche de ce sanctuaire.
Biais nous aidons toujours un temple M. Notre ame en est un : nos corps en sont un : respectons ce temple si saintement consacre , et inséparable de BOUS- mêmes. N^ laissons entrer ^ ni même passer rien d^impur ni de profane. Gardons-pous bien de le faire servie à aucun indigne trafic. jBlespectons ce Umple^ et Je Sainjt-Esprit qui y lufbite (3).