XX.* JOUR
Figuier desséché i figure de ïame stérile, et sans tonnes ofwtr^s. Matth. xxi. i8, 24. Marc. xi.
Le lendemain de son entrée , en arrivant de Bé- Hianie à Jérusalem du matin, il eut faim : ayant
I 8VE L ÉTA9GILE. i^jg
pu de loin un figuier^ il s'en appn^chmpour'ooir s'U y irouveroii du Jruit : niais njr trouvant çue des feuiUes, -parce que ce n* était pas le temps des fruits, il le maudit (0 , cx>inine oa sait. C'est une parabole de choses, semblable à celles de paroles que Ton trouve en saint Luc ^ chap. xiu* 6. II ne feut donc point demander ce qu avoit fait ce figuier, ni ce qu'il avoit mérité : car qui ne sait qu un arbre ne mérite rien 1 ni regarder cette malédiction du Sauveur par rapport au figuier ^ qui n*étoit que la matièrâ de la parabole. Il fimt voir ce qu*il repr^ntoit, c'est-àdire,, la créature raisonnable qui doit toujours dea fruits à son créateur, en quelque temps qu'il lui en demande : et lorsqu'il ne trouve que des feuilles, un dehors apparent , et rien de solide , il la maudit
Que Jamais il ne sorte de fruit de toi W. Etrange malédiction sur Famé dont Dieu se retire : jamais il n'en sort de bonnes œuvres. Qu'est-<:6 qu'un figuier sana fruit, et un homme sans bonnes œuvres ?
Quand on se sent desséché et stérile , qu'on doit craindre alors que Jésus n'ait lâché le mot fatal ! Dieu a son heure oii il attend le fruit désiré : Theure passée , si on lui manque, il laisse partir la triste sentence -, et l'arbre , sans être coupé, est desséché jusqu'à la racine. C'est la damnation avant la mort: on voit un arbre sur pied; mais il a la mort dans le sein. Fous avez le nom de vivant ^ mais vous êtes mort (3). Soyons donc fidèles et prêts à donner du fruit à notre Sauveur, toutes les fois qu'il en deman* dera.
Jésus eut faim. Selon la lettre, il jeûnoit beau*^
(0 Matth. XXI. i8. — (») Uid, 19. — P) ^poc. iiL i.
iBo MÉDITÀTIOirS
coup : selon le mystère y il avoit faim et soif quand il falloit. Il a toujours faim et soif de notre salut.
Jésus-Christ continua son voyage, et revint à Béthanie, selon sa coutume , et la matinée diaprés , ses disciples s'arrêtèrent au figuier, quils trouvèrent desséché depuis la racine : et Pierre dit au Sauveur: Maitre, le figuier que vous ai^ez maudit, est séché (0. Jésus -Christ ne vouloit pas sortir dé œ monde , sans faire voir des effets sensibles de sa malédiction, voulant faire sentir ce qu elle pouvoit; mais par un effet admirable de sa bonté, il frappe Tarbre et épargne Thomme. Ainsi quand il voulut faire sentir combien ks démons étoient malfaisans , et jusqu'oà alloit leur puissance , lorsqu'il leur lâchoit la main , il le fit paroître sur un troupeau de poorceaux que les démons précipitèrent dans la mer (s). Qu il est bon , et qu il a de peine à frapper Thomme! Ne contraigncms pas le Sauveur contre son indination, à étaler sur nous-mêmes Teffet de sa colère vengeresse.
XXL* JOUR.
Le prodige des prodiges : Vhomnie reuêtu de la puissance de Dieu par la foi et par la prière» Matth. XXI. 21 , 22. Marc. xi. 22, 24.
Les apôtres étant étonnés de Teffet soudain de la parole de Jésus-Christ sur le figuier, le furent beaucoup davantage, lorsqu'il leur dit, qu'ils en pou-
(0 Marc. \u ai.— W Matth» viii. 32.
SUR L^ÉVANGILE. l8l
soient faire autant , et même beaucoup plus ^pourvu iju'ils eussent Isifoi. Si vous tauez, leur dit-il (0, vous le pourrez pas seulement dessécher un figuier ; mais vous direz à une montagne : Déracinez - vous, et jetez-vous dans la mer, et cela se fera.
Voici le prodige des prodiges : Tbomme revêtu de la toute-puissance de Dieu.
Allez y disoit le Sauveur (^) , guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux , chassez les démons. Qui fit jamais un pareil commandement?
// les envojra prêcher et guérir les malades (^). Qui jamais envoya ses ministres avec de tels ordres? Allez, dit-il, entrez dans cette maison, et guérissez tous les malades que vous y trouverez. Tout est plein de pareils commandemens. Mais ici il pousse la [^hose encore plus loin : Tout ce que vous demanderiez, vous V obtiendrez (4). Vous pourrez tout ce que e puis : vous ferez tout ce que vous m'avez vu faire ie plus grand, et vous fierez même de plus grandes choses. En effet, si on est guëri en touchant le l)ord de la robe de Jésus-CUrist , pendant qu'elle c^toit sur lui ; ne se fait-il pas quelque chose de plus dans saint Paul, lorsque les linges qui avoient seulement touché son corps , guérissoient les malades à qui on les portoiti^). Et non-seulement les linges qui avoient touché les corps des apôtres avoient cette vertu: mais leur ombre même : Fombre ([ui n'est rien , quand elle passoit sur les malades, ils étoient guéris (6).
Voici donc le grand miracle de Jësus-Christ. C'est que, non-seulement il est tout-puissant, mais il rend
(0 Mauh. XV. 21. — (*) /A/J. X. 8. — \}) Luc. ix. a. x. 3, 9. — i4) Joan, XIV. la, i3. — C^ Act. xix. 12. — ÏK Ibid. v, i5.
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encore rhomme tout-puissant, et, s'il se peut, pluj puissant que lui , faisant du moins constamment plus grands miracles : et tout cela par la foi et pac^ la prière : Tout ce que vous demanderez, en crojran:^ sans hésiter ipiil vous sera donné , il vous arr£^ vera{^). La foi donc et la prière sont toute- puissantes, et revêtent lliomme de la toute-puissaùce de Dieu. Si vous pouvez croire, disoit le Sauveur (^), tout est possible h celui qui croit.
La difficulté n*est donc pas de fairç des 'mirades : la difficulté est de croire. «Si vous pommez croire: c'est là le miracle des miracles, de croire parlaite* ment et sans hésiter. Je crois. Seigneur, aidez mon incrédulité (3), disoit cet homme, à qui Jésus dit : «Si vous pouvez croire. Seigneut, augmentez-^ous Im foi, disoient les apôtres (4). Nous n avons besoin que de la foi , car avec elle nous pouvons tout. O, si vous en aviez , dit le Seigneur (^) , comme un grain de sénevé, le plus petit de tous les grains, vous di* riez à ce mûrier: Déracine-toi , el te plante dans ta mer, et il vous obéiroit : et il trouveroit un fond sur les flots pour y étendre ses i^cines.
Ainsi le grand miracle de Jésus -Christ n*est pas « de nous faire des hommes tout-puissans ; c'est de ^ nous faire de courageux et de fidèles croyans^ qul^ osent tout espérer de Dieu, quand il s'agit de gloire.
Il faut donc entendre que cette foi qui peut tont^ nous est inspirée. Pour oser faire cet acte de foi qu/ peut tout, il faut que Dieu nous en donne le mou-
(«) Matth. XXI. aa. Mare, xj, %^, — (») Mort. ix. aa. — (5) Md. al — (4) Imc, XVII. 5. -• W IM. 6.
SUE L*ÉVAHGILE. l83
Tement. Et le fruit de ces préceptes de ÎEvangile , que nous lisons aujourd'hui; c'est de nous abandonner à ce mouvement divin , qui nous fiiit sentir que Dieu veut de nous quelque chose. Quelque grand qu'il soit, il faut oser, et n*hésiter pas un seul moment.
Lorsqu'il s*agit de demander à Dieu les choses nécessaires pour le salut, nous n'avons pas besoin de ce mouvement particulier de Dieu, qui nous apprend ce qu'il veut que nous obtenions de sa puissance. Nous savons très -clairement par l'Evangile, que Dieu veut que nous lui demandions notre salut et notre convei^ion. Demandons-la donc sans hésitei-; assurés, si nous le faisons avec la persévérance qu'il faut, que tout nous sera possible. Quand nos mauvaises habitudes auroient jeté dans nos âmes de plus profondes racines, que les arbres ne font sur la terre , nous leur pouvons dire : Déracine-toi. Quand nous serions plus mobiles et plus inconstans que des flots, nous dirons à un arbre : Va te planter là ; et à notre esprit : Fixe-toi là; et il y trouvera du fond. Quand notre orgueil s'éleveroit à l'égal des plus hautes montagnes , nous leur pourrions ordonner de se jeter dans la mer , et de s y abîmer, tellement qu'on ne voie plus aucune marque de leur première hauteur. Osons donc tout pour de tels miracles, puisque ce sont ceux que nous savons très- certainement que Dieu veut que nous entreprenions. Osons tout , et pour petite que soit notre foi, ne craignons rien; car il n'en faut qu'un petit grain, gros comme du sénevé, pour tout entreprendre. La grandeur n'y fait rien, dit le
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Sauveur : je ne demande que la vérité et la sino^ rite : car s il faut que ce petit grain croisse, Dien qui Fa donné le fera croître. Agissez donc avec peu, et il vous sera. donné beaucoup : et ce grain de sénevé, cette foi naissante, deviendra une grande plante , et les oiseaux du ciel se reposeront desr sus (0. Les plus sublimes vertus n*y viendront pas seulement , mais y feront leur demeure.