‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 57 sur 189 · XXII.- JOUR · texte numérisé non relu

XXII.- JOUR

La prière persévérante ; elle tient de la plénitude

de la foi, Ibid.

Pesez les qualités de la foi et de la prière. Qu^on la fasse sans hésiter , pour peu que ce soit, avec une pleine persuasion : c'est ce que saint Paul appelle , plénitude de persuasion : que la Vulgate a traduit simplement : In plenitudine multd : avec une grande plénituile W, Ce que le même saint Paul appelle ailleurs : plénitude d'intelligence (?) ; et ailleurs en termes formels : plénitude de l'espérance , et plénitude de la foi (4). C'est donc à dire , qu'il faut avoir une foi si pleine qu'elle ne se démente par aucun endroit , et qu'on n'ait nulle défiance du côté de Dieu 5 comme le même saint Paul le dit d'Abraham , qu iZ n hésita point par défiance , mais se fortifia dans la. foi, donnant gloire à Dieu; pleinement persuadé eC" convaincu qiiil est puissant pour accomplir tout c^

(») MaïUi. xm. 3 1 , 3a. — («) /. Tfiess, i. 5. — (3) Coloss. ii. a. -r— (^>) Heb, VI. II. z. aa.

SUR l'évangile. i85

^u*il promet (0. Voilà donc la foi qui obtient tout, et la foi çui nous justifie , selon le même saint Paul dans le même endroit C^),. Telle est donc la première condition de la prière marquée dans notre évangile, qu'elle se fasse avec une pleine foi. La seconde y est encore marquée : Quon pardonne sinchrement h son frhre , si on a quelque chose contre lui (3). On obtient donc tout ce qu'on demande , si on le demande avec un cœur plein de foi en Dieu, et en paix avec tous les hommes. Voilà ce que Dieu demande, un cœur sans aigreur et sans défiance : on a tout de lui à ce prix.

Mais peut-on ne se pas défier, et ne doit-on pas le faire ? Oui , de soi ; puisqu'on est si foiblc , et qu'on ne sait même si on a une foi vive , encore moins si on y persévérera : mais avec toute cette incertitude , l'ose dire qu'il ne faut pas s'en inquiéter ; et sans tant de retour sur soi-même, il faut dans le temps que la prière s'allume , oser tout attendre et tout demander ; et être si plein de Dieu , qu'on ne songe plus à soi-même.

Elst-ce là cette téméraire confiance que les hérétiques prêchent? Point du tout. Mais sans éteindre les réflexions qu'on peut faire sur sa foiblesse , c'est dans la ferveur de la prière s'oublier tellement soimême, qu'on ne demeure occupé que de ce que Dieu peut, et de l'immense bonté avec laquelle il a tout promis à la prière persévérante.

(") Jtom, IV. ao, 21. — C') Ibid, aa. — C^) Mtirc. xu 24, 25.

l66 MÉDITATIOirS

XXin.- JOUR.

Distinction des jours de la dernière semmne du Smk^ veur. Matière de ses derniers discours. Marc su 1 1 — 33. Matth. XXI. 23-* 32. Luc xx. k —8b

En comptant avec saint Marc, c*est ici le quatrième jour de la dernière semaine de notre Sauveur. Le premier est celui de son entrée , qm est le cinquième avant Pâque. Le second jour de cette semaine y fut le lendemain matin , lorsque Jésus , venant de Bethanie à la ville , eut faim, dessécha le figuier, et nettoya le temple de voleurs , comme il les appelle. Le troisième est celui, où repassant sur le matin devant le figuier , on le vit flétri et séché; et c^est celui où nous avons entendu tant de merveilles sur la foi. Le quatrième est celui dont saint Marc dit, après tout ce que nous venons de voir : Jésus "vint encore une autre fois à Jérusalem (0; et c'est celui où il objecta aux Juifs le baptême de saint Jean, comme on va voir.

Après cela je ne vois plus de distinction de jours. Nous apprenons seulement de saint Luc, que Jésus- Christ venoit tous les jours au temple pour y ensei-^ gner , et que le peuple Vy venoit entendre dès le matin W. En sorte qu'il faut partager ce qui reste de ses discours entre le mercredi et le jeudi durant le jour; car il fut pris la nuit, et fut crucifié le lendemain.

(0 Marc. xi. 37, — (») Luc. tlxi. 37 , 38.

5U& l'ÊVAHGILE. , 187

fiuB nous approchons de la fin de Jésus , plus nous

derons être attentifs à ses discours. Hier^ qui fut le

mardi , il nous fit voir dans la foi le fondenient de la

prière et de toute la vie chrétienne. Il n'y avoit rien

de plus essentiel à la piété. Mais dans la suite il va

âablir la foi, et autoriser sa mission d'une maniera

aèoirable : premièrement par le témoignage de saint

Jean-Baptiste , et ensuite par celui de David , et par

beiQcoup d'autres choses cfue nous allons voir les unes

après les autres; fermant la bouche à tons les contre*-

dinns; et laissant ce tânoignage au monde ^ que sa

doctrineétoitabsolument irrépréhensible, puisque ses

plus grands ennemis demeuroient muets devant lui.

Méditons cette vérité : considérons de quelle sorte

Jésus-Christ répond à ceux qui Finterrogeoient avec

un esprit de contradiction ; et apprenons comment

il faut consulter la vérité étemelle.

XXIV/ JOUR

Jésits refuse de répondre aux questions des Juifs superbes et incrédules; et répond aux esprits humbles et dociles, Matth. xxi. 27. Marc. xi. 33. Une. XXI. 1,2, 8.

Comme il enseignoit aans le temple, les princes des prêtres , et les docteurs de la loi, et les sénateurs du peuple s'assemblèrent, et lui firent cette demande : En quelle puissance faites - vous ces choses (0? 11 paroit que cette demande regardoit

(0 Luc. xz. I , a.

l88 MÉDITATIONS

principalement la puissance qu'il se donnoît d'enseigner; car ils vinrent à lui comme il enseignoit* Mais la demande s'étend aussi à tout le reste que venoit de faire Jésus : et c'est comme si on lui eût demandé : En quelle puissance étes-vous entré si solennellement dans le temple? en quelle puissance y enseignez-vous? en quelle puissance en chassezvous les vendeurs et les acheteurs , et y exercezvous tant d'autorité ? Ce seroit à nous à vous donner cette puissance ; nous ne vous l'avons point donnée; d'où vous vient-elle ? Voilà une demande faite dans les formes par l'assemblée et par les personnes qui sembloient avoir le plus de droit de la faire. Et néanmoins Jésus ne leur donne sur ce sujet aucune instiTiction. Je ne vous dirai pas non plus ^ leur dit-il, en quelle puissance j'agis (0. Mais il se contente de les confondre devant le peuple, de mauvaise foi et d'hypocrisie, comme l'on va voir.

Jésus se communique si facilement aux esprits dociles et humbles. La Samaritaine, une pécheresse, lui parle bonnement du Christ : Je le suis ^ moi qui vous parle, lui dit-il sans circuit (^). Croyez-^ous au Fils de Dieu, dit-il à l'aveugle-né? Qui est-il , Seigneur , afin que j'y croie? Vous ïavez vu^ et c^ést celui qui vous parle. J'y crois , Seigneur ; et il T adora (3). Ainsi en ^'autres endroits. Quand donc il ne répond pas de cette manière simple, si digne de lui, c'est que les hommes ne sont pas dignes qu'il, se manifeste à eux en cette sorte.

En quelle puissance faites^vous ces choses (4) ? Il

CO Luc, XX. 8. — W Joan, iv. a6. — (î) Ibid. ix. 35, 36, 3;, 38. — (4) Matth, XXI. a3.

, SUR L*ÉyAVGILS. 189

leur âvoit déjà rëpondu sur un cas semblable , ou plus forty eu présence de tout le peuple: Car ayant dit à un paralytique qu'on lui présentoit pour le guérir : Homme-, tes péchés te sont remis (0 ; ce qui dans le fond étoit beaucoup plus grand que tout ce ([tt'il . avoit jamais fait : comme les docteurs de la loi le trouvoient étrange y il leur parla en cette forte (^) : Lequel des deux est le plus facile, ou de dire : Je vous remets vos péchés; ou dé dire à un parafytigue : Lei^ez-^ous, et marchez? Or, afin que 'VOUS sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés : Homme, c'est à toi que je parle^ lèçe^oi, et marche, 11 avoit donc clairement établi le pouvoir qu'il avoit de remettre les péchés , qui étoit le plus grand qui pût être donné à un homme. Il n y avoit plus à l'interroger sur le reste ; il n'y avoit autre chose à faire qu'à se soumettre. Gomme ils ne pouvoient s'y résoudre , ils viennent encore lui demander : De quelle puissance faites-vous ces choses (^) ? Comme s'ils eussent dit : De quelle puissance guérissez - vous tous les malades ? de quelle puissance rendez -vous la vue aux aveugles? de quelle puissance ressuscitez-vous les morts? Il étoit trop clair que c'étoit par la puissance divine ; et ils De l'interrogeoient sur une chose si claire que par un mauvais esprit.

Ailleurs on lui demande dans le même esprit : Jusquà quand nous tiendrez - vous en suspens ; et nous arracherez-vous lame ? Si vous êtes le Christ^ dites-le-nous franchement (4) ? Aies entendre parler

(0 MaUh. IX. 2. — C») Ibid. 5, 6. — (3) Luc. xx. a. ^ (4) Joan. X. a4*

igO MtDITATIOVS

avec cette force , on diroit qu'ils veulent savoir iâ bonne foi la vérité; mais la réponse de Jésus fait lair le contraire. Vous demandez que je vous dise ouvertement qui je suis : je vous le dis ^ et tfous ne mm croyez pas : cependant les œuvres que je fais Ok nom de mon Père^ parlent assez, et me rendent m assez grand témoignage (0. Ils avoient donc deui témoignages ; celui de sa parole , et ce qui étoit en* core plus fort, celui de ses miracles. S'ils consultoieni après cela , au lieu de croire , un mauvais esprit lei poussoit. La vérité étemelle , qu ils consultent mal] n a rien à leur répondre , et n'a plus qu'à les oonfondre devant tout le peuple. Ainsi nous arrivent t-ily quand nous la consulterons contre notn propre conscience sur des choses d^à r&olues : nous ne cherchons qu'à tromper le monde , ou i nous tromper nous-mêmes. Cessons de nous flatter : cessons de chercher des cxpédiens pour nous perdre. Rompons ce commerce dangereux et scandaleux : rendons ce bien mal acquis : soyons fidèles aux devoirs de notre profession : ne reculons point en arrière contre le précepte de l'Evangile : ne dierchons point à nous relâcher et à tout perdre.

(*) Joan* X. 25.

aVK L'ÉTAn&ILE.

Page 1