‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 70 sur 189 · XL.' JOUR · texte numérisé non relu

XL.' JOUR

Question des sadducéens sur la femme qui a eu sept maris l'un après Vautre. Jésus-Christ détache le chrétien de tout le sensible. Lisez Matth. xxii. 23, a4« Marc. xu. i8, 19 : et plus particulièrement Luc XX, 27, jusqu'au 4o> où tout est expliqué plus au long.

Voici le jour des interrogations; mais le jour des résolutions les plus admirables que la sagesse incarnée ait données aux hommes.

Ce jour-là les sadducéens qui nient la résurrection^ le vinrent trouvier , et lui proposèrent une question , en lui disant : Maître j^ Moïse a ordonné que si quelqu'un mouroit sans enfans ^ son frère épousât sa femme , et qu'il suscitât des enfans à son frère mort. Or il y avoit sept frères parmi nous, dont le premier ayant épousé une femme j est mort,

0) 3faUh. zzT. 4i«

a34 MÉDITATIONS

^t n ayant point eu d'enjans il a laissé sa femm à son/rère. La même cliose arriva au second ^d au troisième j et à tous les autres jusqu toi septième» Enfin cette femme est morte aussi ^rès eux tous. Lors donc que la résutrection arrivera , duquel de ces sept sera ^t' elle femme j puisqu'ils Vont foui

Moïse nous a commandé. Voyez comme ceux qui errent cherchent toujours à s'appuyer sur les EeritureSy et font semblant de Touloir obéir à la loi.

De qui des sept sera-t-elle femme : car elle ta été de tous? 11 faut encore ajouter , selon saint ^Marc et selon saint Luc, quelle na point laissé ttenfans au septième , non plus qiitmx autres : de sorte qu'il n'y a rien qui détermine en sa lavear.

De qui serait-elle femme? Admirez combien les hommes sont charnels. Ils ne peuvent comprendre une vie ni une félicité , sans les objets qui flattent les sens , et sans les choses corporelles auxquelles ils sont accoutumés. Ainsi ils n'entendent pas comment les saints sont heureux. Toute cette vie incorporelle leur paroit un songe , une vision des spéculatifs, une oisiveté impossible à soutenir. Si on ne va, si on ne vient, comme en cette vie; si on n'y contente les sens à l'ordinaire, ils ne savent ce qu'on peut faire, et ne croient pas qu'on puisse vivre. C'est pourquoi une telle vie ne les touche pas ; et la croyant impossible , ils croient que tout meurt avec le corps. Tels étoient parmi les païens les disciples d'Epicure. Tels étoient les sadducéens dans le peuple de Dieu. Tels sont en-

K*) I^fatth, xxn. îi3, et suit*. Luc. xx. 07, et jmV.

SUK l'évangile. 235

rmi nous les impies et les libertins qui ne sent que la vie des sens. Ils sont pires que lucéens ; car ceux-ci se piquoient d'être *s de la loi; et* nos impies n'ont aucun prin-

r "VOUS trompez (0. Cest ainsi qu41 faut i ces gens qui mesurent tout à leurs sens s et grossiers : vous vous trompez. Quelle plus grande que de suivre toujours les sens, iger qu'il j a en nous un homme intérieur, ame que Dieu a Êûte à son image? C'est Di Jésus-Christ leur dit encore à la fin , selon arc : Vous vous trompez donc beaucoup C^). vous trompez, Jaute d'entendre les Ecritures issance de Dieu (3). C'est la source de toutes !urs. On ne veut point entendre que Dieu Étire des choses au-dessus du sens et du rai*' ent humain y ni autre chose que ce qu'on est pourquoi on n'entend pas les Ecritures : ue pour ne vouloir pas étendre ses vues sur isité de la puissance de Dieu, on abaisse les es à des sens proportionnés à notre foiblesse. veut croire ni incarnation, ni eucharistie, Tection , ni rien de ce que Dieu peut , et de veut bien faire polir l'amour de ses servikinsi les sadducéens ne vouloient pas croire, pût conserver Tanie sans le corps , ni qu'il réunir de nouveau , ni qu'il le lui pût rendre plus nobles qualités qu'en cette vie ; ni enfin à rhomme d'autres plaisirs que ceux qu'il ime de sentir.

h, XXII. 29. — C*) Marc. xii. 27. — (') Mattk. zxii. 29.

â3G MÉDITATIONS

Dcms ce siècle > les hommes prennent des femmes, et les Jemmes prennent des maris : ma^s dans la résurrection ^ ou comme il est porté dans saint Luc (0, parmi ceux qui seront jugés dignes du siècle à venir et de ressusciter des morts ; ni Us hommeé ne prendront des femmes , ni les femmes des maris; et ils seront immortels j égaux aux anges de Dieu dans le ciel. Ainsi , pour conserver un tel peuple, il ne faudra ni de génération ni de mariage : et on n'en aura non plus besoin pour les hommes que pour les anges. Tout ce qui est établi pour soutenir la mortalité, cessera : Thomme sera renouvelé dans son corps et dans son ame : nous serons enfans de Dieu ', parce que nous serons enfans de résurrection ip) : ce ne sera plus de la chair et du sang que nous naîtrons comme en cette vie : il n'y aura plus rien de corruptible. Avec une nouvelle naissance Dieu donnera à nos corps de nouvelles qualités; et nous serons , non enfans des hommes , mais enfans de Dieu ^ et égaux aux angeS; parce que nous serons enfans de résurrection.

Le corps est maintenant conçu et semé dans la corruption; il ressuscitera dans V incorruptibilité : // est conçu dans la difformité ; il ressuscitera dans la gloire : il est conçu dans la foiblesse ; U ressuscitera dans la force : il est conçu pour une vie animale; il ressuscitera pour une vie spiri' tuelle (3). Ne vous étonnez donc pas s'il n'y aura point alors de mariage , comme il n'y aura point de festins. On sera comme les anges , sans aucune infirmité des sens^ et sans avoir besoin de les satis*

CO lue, XX. 34, 35. -.» Uid. 36. — ;3) /. Cor. xr. 42, 43, 44.

SOK L ÉVANOILE. ^87

ire : Et Dieu sera tout en tous (0. On n^aura esoin que de lui.

Commençons donc dès cette vie ce que nous TOUS dans toute Téternité. Commençons à nous ëtacher des sens, et à vivre selon cette partie diine et immortelle qui est en nous. Nous qui vivons ans le célibat, puisque nous voulons dès à prdsnt imiter les anges , soyons purs comme eux. \e vivons que pour Dieu , comme saint Paul ordonne : Car Thomme gui a une femme ^ et la emme qui a un mari , a le cœur pcwtagé. Qui »t seul ne pense qu'à Dieu ip). Ceux qui mènent me vie commune, ne laissent pas d^étre obligés lans le fond au même détachement : et c'est à eux {ue le même apôtre adresse cette parole : Au reste, nés frères > le temps est court : ainsi que ceux qui \nt des femmes soient comme n'en ayant pas , et l'y soient point attachés : Que ceux qui pleurent, ?l qui sont affligés, soient comme s'ils ne Tétoient las (3), et quils conçoivent que leurs larmes seront bientôt essuyées. Que ceux qui se réjouissent conçoivent la fragilité et l'illusion de leur joie, et ne s'y abandonnent pas : Que ceiLV qui aclietent ment comme ne possédant point ; et qu'ils cessent ie s'imaginer que ce qui tient si peu à eux, soit réritablement en leur puissance : Enfin que ceux ffui usent des biens de ce monde , soient comme s'ils n'en usoient point : car la figure de ce monde passe... Considérons ce qu'on ne 'voit pas ^ et non pas ce qu'on 'voit, parce que ce quon voit passe,

(0 /. Cor. XT. a8. — W Ibid. vu. 3a, 33, 34. — i}) lUd. 39, 3o, 3i.

et ce qu*on ne voit peu est éternel (0. Passons donc, et prenons tout comme en passant ; sans y attacher notre cœur lorsqu'on le possède, ni se troubler quand on le perd. Car le temps de jouir des biens de la terre est court : ce n'est qu'un momenl, et ce n'est pas la peine de s'y arrêter. S'y arrêter, c'est renoncer au christianisme , et à l'espérance du siècle à venir.

Mais si nous sommes chrétiens , pour nous détacher des choses même permises, combien est grand notre crime, si nous demeurons attachés à celles, qui ne doivent pas même être nommées parmi les chrétiens ! selon ce que dit saint Paul : Que tim" pureté et Vavarice ne soient pas même nommées parmi vous , ainsi quil est convenable parmi les saints. Et encore : Ce quils font dans le secret, est honteux même à dire (^),

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