‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 72 sur 189 · XLII.e JOUR · texte numérisé non relu

XLII.e JOUR

Ze grand commandement de la loi, l'amour de Dieu et du prochain. Mattli. xxii. 34 y 36. Marc XII. 28 y 3o. Luc. X. 27.

Qum est le grand commandement dans la loi (0 ! On ne sait si c'est encore pour le tenter qu on loi fit cette demande y en saint Matthieu et en saint Marc; ou si c'est de bonne foi, pour être instruit: car nous voyons en saint Luc , dans une autre occasion y qu'un des docteurs de la loi lui fit une demande approchante pour le tenter W , et qu^après avoir ouï de la bouche du Sauveur la même réponse qu'il fait aujourd'hui, il continua son discours, en voulant se justifier lui-même.

Je ne sais s'il en est de même en cette occasion; car le docteur de la loi qui l'a voit interrogé, parott si satisfait de sa réponse, qu'il mérita de recevoir cet éloge du Sauveur : f^ous nêtes pas loin du royaume de Dieu (^}. Par où, s'il lui montroit qu'il n'y étoit pas encore arrivé , il lui faisoit voir en

(0 Mauh. XXII. 36. — («) Luc. x. a5, 29. — 'v') 4/«rc. xiL 3a, %

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3me temps qu'il étoit dans le chemin : comme la ite le fera peut-être mieux paroitre.

Il semble aussi que les pharisiens qui firent faire itte demande au Fils de Dieu (0 , furent bien aises i*il eût confondu les sadducéens ; et que recon- )issant en lui par ses admirables réponses une docine supérieure à tout ce qu'ils avoient jamais enndu y ils furent bien aises d'apprendre sa résolution ir la plus importante question qu'on pût faire sur 1 loi : Quel est le grand commandement de la i (3) ? ou comme saint Marc le rapporte : Quel est premier de tous les commandemens (^} 7 Jésus, qui étoit la vérité même, alloit toujours et abord au premier principe. Il étoit clair que le lus grand commandement devoit regarder Dieu, 'est pourquoi il choisit un lieu de la loi qui por- At ainsi : Ecoute j Israël : le Seigneur ton Dieu est seul Dieu^ le seul Seigneur (4). Par-là la gran* sur de Dieu étoit établie dans sa parfaite unité. e là il s'ensuivoit encore qu il lui falloit consacrer dui de nos sentimens qui le faisoit le plus régner ms nos cœurs, et réunissoit davantage en lui toutes M affections ; qui étoit Tamour. Ce qui montroit icore que Tamour qu il falloit donner à un être si airfait, devoit aussi être parfait. C'est ce qui fait loisir au Sauveur l'endroit de toute l'Ecriture, où . perfection de l'amour de Dieu , et la parfaite Fanion de tous nos désirs en lui, étoit expliquée, [ais de peur que quelque ignorant ne soupçonnât n'en réunissant en Dieu tout son amour, il n'en

(I) MaUh. XXII. 34. — C») Ibid. 36. — i?) Marc xii. a8. — {^)Deut. L 4- Mare. xu. 29.

restât plus pour le prochain ; il ajoute au premier précepte le second qui lui est semblable (0 : et il j>orte Tamour du prochain à sa perfection , en montrant encore datis la loi , qu'il faut aimer son pnh chain comme soi-même : où il met le mot de prochain, au lieu de celui d'ami , qui est dans la loi (^). Parce que le nom d'ami eut semblé restreindre Famour à teux avec qui on avoit des liaisons , et une confiance particulière : au lieu que le mot de prochain, plus général y Tétendoit sur tous ceux qui nous ton* choient par la nature qui nous est commune, ainsi que le Fils de Dieu Tavoit déjà expliqué (^.

Voilà donc toute la loi rappelée à ses deux principes généraux ; et l'homme est parfaitement instiniit de tous ses devoirs : puisqu'il voit en un clin-- ^d'oeil ce qu'il doit à Dieii son créateur , et ce qu'il doit aux hommes ses semblables. Là est compris tout le Décalogue ; puisque dans le précepte d'aimer Dieu , toqte la première table est comprise ; et dans celui d'aimer le prochain ^ est renfeJrmée toute la seconde. Et non-seulement tout le Décalogue est compris dans ces deux préceptes , mais encore toute la loi et tous les prophètes W, puisque tout aboutit à être disposé comme il faut envers Dieu et envers les hommes; et que Dieu nous apprend ici nonseulement les devoirs extérieurs , mais encore le principe intime qui nous doit faire agir, qui est Famour. Car qui aime ne manque à rien envets ce qu'il aime. Nous voyons donc la facilité que Jésus» Christ apporte ^aujourd'hui à notre instruction^

(0 3fatûi. XXII. 39. — •(») Lew. xix. 18. — {}) Luc, x. 39, Sj. — {i) JfuUh. XXII. 40.

A vu L ÉVA3IOILE. ^45

puisque sans nous obliger à lire et à pénétrer toute la loiy ce que les foibIe$ et les ignors^qs xkç pourroient pas faire , îl réduit toute la loi ^ six lignes : et que pour ne point dissiper notre attentioo , s% nous falloit parcourir en particulier tous np§ de- L Toirs, il les renferme tous , et envers Dieu et envers ks hommes, dans le seul principe d'un amour sin* cère y en disant qu il faut aimer Dieu de tout son cœur^ et son prochain comme soi-même. De cei deux préceptes j dit -il, dépendent toute la loi et tous les prophètes (0.

Adorons la vérité éternelle dap^ cet admirable abrégé de toute la loi. Que je vqjms suis redevable , ô Seigneur ! d'avoir tout ramassé en pn ; en sorte que sans avoir toujours à me fatiguer dans une immense lecture , je tiens en sept ou huit mots toute la substaiice de la loi. Et lorsque pour donner à mon esprit un exercice convenable, je lirai avec afiection et attention le reste de votre Ecriture : vous m'avez mis en main dans ces deux préceptes , le fil qui me conduira dans toutes les difficultés que je trouverai dans une lecture si profonde ; ou plutôt la résolution et le dénouement de toutes les difficultés : puisque je suis assuré qu'en entendant ces deux préceptes, je n'ignore rien de ce qui m'est nécessaire. O Dieu ! je vous loue : ô Jésus ! soyez béni : ô Jésus ! je vais m'appliquer à méditer cet admirable abrégé de la doctrine céleste. Je me veux parler à moi-mcme sans paroles , de ces paroles si pleines de lumières : c'est-à-dire, je veux tâcher de les pénétrer plutôt par ralTeclion que par

(«) MaUh, XXII. 37, 38, 39.

le discours. JTen contemplerai la vërité, afin d*en sentir la force et de m'en remplir tout entier au dedans et au dehors. O Jésus I donnez-m'en la grâce : ô Jésus ! répandez dans mon ame votre Saint-Esprit, qui est l'amour étemel et subsistant de votre Père et de vous : afin qu'il m'apprenne à vous »mer tous deux, et à aimer avec vous comme nn seul et même Dieu, l'Esprit qui procède de Fan et de Vautre.

Et personne n'osoitplus Vinterrogeri^). Celte r^ flexion de saint Marc fait soupçonner que ceux qui lui firent faire cette dernière demande , ou du moins quelques-uns d'eux , ne le consultoient que pour le tenter. Car s'ils eussent consulté , pour s'instruire de bonne foi , un maître dont la doctrine étoit si remplie de vérité et de grâce , il y avoit à l'interroger jusqu'à la fin. Mais comme ils l'interrogeoient dans le dessein de le surprendre, et pour voir s'il répondroit mal , ou s'il demeureroit court dans quelque question, ils cessent de le consulter aussitôt qu'ils sentent qu'ils n'ont aucun avantage à tirer contre lui de ses réponses.

Apprenons de ceux qui consultent mal la vérité étemelle , comment il la faut consulter, c'est-à-dire, non pour la tenter, ou la contredire, ou méihe pour satisfaire une vaine curiosité : mais pour se nourrir de sa substance, y conformer tous nos sentimens^ et vivre de la véritable vie, selon cette réponse du Sauveur : Faites ceci , et vous vivrez ip). Faites ceci : aimez Dieu de tout votre cœur, et votre prochain comme vous-même. Faites ceci : Ne vous

(0 Mare. xii. 34» •-• C») Luc, x. a8.

SUA L*éVAHGILE. 34?

contantex pas de discourir, et de faire une matière de spéculation de ce qui est la règle de votre pratique : Faites ceci, et vous vivrez : vous vivrez de la véritable vie : vous vivrez de la vie qui ne meurt lainais. Car les prophéties s*iyaneuissentdans le ciel: les énigmes se dissipent par la manifestation de la vérité : la foi se change en claire vue, et Tespétance en possession. Il ny a que la charité qui consiste en ces deux préceptes; il ny a, 'dis-je, fue la charité qui ne finit pas et ne se perdra ja^ mais, comme dit saint Paul (0. Commençons donc de bon cœur à entendre , et à pratiquer ce que nous pratiquerons éternellement. Âmen. Amen.

XLIIL^ JOUR.

Réflexion sur le même commandement dans la Loi.

Deut. VI. 4> 5 9 10.

Ecoute, Israël: le Seigneur ion Dieu est le seul Dieu; le seul Seigneur : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton ame , et de toute ta force (^) : c*est ainsi que nous lisons dans la Loi. Et TEvangile interprète : de tout ton esprit^ de toute ton intelligence, de toute ta pensée, de toute ta puissance (^). Il ne sf faut pas tourmenter Tesprit à distinguer la vertu de chacune de ces paroles ; ni à distinguer par exemple le cœur d'avec Vame, ni Tun ni l'autre d'avec l'esprit et rintelli*-

(O II. Cor. xni. 8, lî. — '») Deut. vi. 4, 5. — (3) Matth. xxw. 3?. Marc xii. 3o. Lue. \. 37.

a48 iiÉDiTATiojrs

gence , ni tout cela d'avec la force dej Famé , la force d'avec la puissance : encore que tout ce se trouve expliqué par des paroles expresses et d tinguées. Mai^ il f^ut seulement entendre, que langage humain étant trop foible pour expliqu Tobligation d'aimer Dieu , le Saint-Esprit a ramaf tout ce quil y a de plus fort, pour nous faire e tendre qu'il ne reste plus rien à Thomme qu*il puis se réserver pour lui-même; mais que tout ce qu a d'amour et de force pour aimer, se doit réui en Dieu. Pesons donc toutes Ijps paroles dans cet i prit, et par le cœur et TafTection, plutôt que p la méditation et par la pensée. Et lisons encore suite de ce précepte divin dans le Deutéronome, d* il est pris. Ecoute donc , Israël : Ecoute du cœn impose silence à toute autre parole ^ et à toute aul pensée. Ecoute, en un mot, comme ilfautécoul Dieu quand il parle ; et encore quand il parle de principale chose qu'il exige de l'homme. Ecoute, vrai Israël : ô chrétien ^ ô juste, ô fidèle ! LeSeigm tpn Dieu est le seul Seigneur : il n y a pas plusiei dieux en Israël, comme dans les autres nations. II i a pas aussi plusieurs objets entre lesquels on pui partager son cœur : en un mot, il n'y a pas plusiei personnes ni plusieurs choses à aimer. Tu aimei le Seigneur ton Dieu y ce Dieu, ce Seigneur uniqu de tout ton cœur, de toute ton ame, de toute force : uniquement , comme il est unique : parfait ment, comme il est parfait; en consacrant à premier étre^ principe et moteur de tout^ ce q est aussi le principe et le moteur en toi-même toutes tes aiTections. Je le veux. Seigneur : et si

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le veux j )e le fais : car le vouloir, c est le faire : le vouloir imparfaitement , c'est le faire imparfaitement ; le vouloir parfaitement , c'est le vouloir dans U perfection que vous voulez. Rien n'est plus facile; rien n'est plus présent à 1^ volonté que le vouloir : Ce précepte nest pas aurdessus de moi , ni loin de moi : il ne faut point monter au ciel, ni passer les ^rs pour le trouuer. Mais la parole est fort proche de toi, dit le Seigneur, dans ta bouche et tlans ton Coeur pour l'accomplir W. Dans ta bouche, c'est encore trop loin ; car pour cela il faut parler, et la l)ouche et le cœur sont deux : mais dans le cœur ; le cœur te sufEt : rien n'est plus proche du cœur que le cœur même : et ce précepte d'aimer, qui est le précepte du cœur, est vraiment fort proche de nous. Si je veux donner l'aumône, et exercer les œuvres de miséricorde, il faut sortir. Si je veux me réconcilier avec mon frère, et réchauffer en loi la charité éteinte , il faut le chercher. Si je veux chanter des psaumes, il faut du moins ouvrir la bouche. Mais pour aimer, que faut-il faire , sinon aimer? O Dieu ! que ce précepte est près de moi ! fais-le donc ; accomplis-le dans ce moment , ô cœur humain ! Il est Trai que pour l'accomplir j^ai besoin de vous , ô Dieu vivant, qui êtes le seul moteur des cœurs, qui seul y inspirez votre saint amour ! Mais , ô Dieu ! vous êtes présent, plus présent à moi-même que moimême. O Dieu ! que ce précepte est encore proche de moi par cet endroit-là! Qu'attends-tu donc, ô mon ame ? Mon ame , bénis le Seigneur : et que tout ce gui est en moi célèbre son saint nom (2)... O Sei^

CO Z)eM£. XXX. 1 1 , 13, i3, ij. — 'yj Ps. eu. I.

!25o MÉDITATIONS

gneutj çui êtes nia force ^ Je vous aimercU ('). Mais, 6 Seigneur ! pourquoi dire ^ je vous aimerai ? Disou dès à présent , je vous aime. O que ce précepte est proche de moi ! Mais^ ô Dieu , qu'il est loin de moi d'une autre manière : et quelle est ma maladie! Mais nous n'en sommes pas encore là : nous avons à lire le précepte , ainsi qu'il est écrit dans la loL lisons^ mais lisons du oœur^ et non des yeux.

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