‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 76 sur 189 · XLVIL- JOUR · texte numérisé non relu

XLVIL- JOUR

Second commandement semblable au premier : l'oïïnour du prochain. Matth. xxii. Jg.

Revenez à la lecture de F Evangile, et appuyez ior cette parole : Et voici le second qui lui est xemblable ' : Vous aimerez votre prochain comme vous-mêmes (0.

Quelle dignité de l'homme ! L'obligation d'aimer ion frère est semblable à celle d'aimer Die .

Ces deux préceptes vont presque d'égal à la tête le tous les commandemens , ou plutôt les renfernent tous; mais le premier est le modèle de l'autre.

Comme l'homme est fait à la ressemblance de 3ieay ainsi le commandement d'aimor Thomme, est ait à la ressemblance du commandement d'aimer Dieu : Le second qui lui est semblable.

Il faut aimer l'homme, oii Dieu a imprimé sa ressemblance, parce qu'on aime Dieu.

Parce qu'on aime Dieu, il faut aimer l'homme ]ui est son temple , où il habite.

Parce qu'on aime Dieu , il faut aimer l'homme ]u'il a adopté pour (ils, et à qui il se veut commuliquer tout entier.

Avec quelle pureté, avec quelle sainteté, avec pelle perfection , avec quel désintéressement , faut- 1 aimer l'homme, puisque l'amour qu'on a pour ui, est semblable à celui qu'on a pour Dieu!

(■) MaUh. zxix. 39.

s58 XÉBITÀTIOHS

Loin de cet amour , la chair et le saD|f : loiii de cet amour y Fesprit d^intérét, et toute corruption.

Il faut aimer tous les hommes, parce que tous sont chers à Dieu : ils sont ses amis et ses enfans.

Comme vous-même : en leur souhaitant le même bien , la même félicité , le même Dieu qu*à soimême. Nulle envie , nulle inimitié ne doit troubler cette union , ni la joie qu*on doit avoir de tous les progrès de son frère.

Lorsque la possession ou la recherche de quelque bien particulier nous divise, comme celui d'une charge , d'une dignité , d*une terre ; il se faut bien garder d'en aimer moins notre frère. Ce qu*fl faut moins aimer, c'est lé bien qui nous fait perdre notre frère, qui doit nous être cher comme nousmêmes à nous-mêmes.

Fous aimerez votre prochain comme vous-même. Il ne dit pas vous aimerez Dieu comme vous-même; car il le faut aimer plus que soi-même, et ne s*aimer soi-même que pour Dieu.

Il ne dit pas aussi : Vous aimerez votre prochain de tout votre cœur , de toute votre pensée, de toute votre force : cela est réservé à Dieu. C'est un transport de Famé qui sort d'elle - même toute entière pour s'unir à Dieu ; qui est heureuse de ce que Dieu est , et de ce qu il est heureux ; qui ne s'aime que pour Dieu , comme elle n'aime son prochain que pour Dieu. C'est s'aimer véritablement, que d'aimer Dieu de cette sorte.

Aimez comme vous - même : c'est un amour de société et d'égalité : c'est ainsi qu'on aime son prochain. L'amour de Dieu est un amour de sujétion

sua L^évÀNOiLE. aSg

et de dépendance; mais de dépendance douce, pais<)ue c^est dépendre du bien , et s'unir à lui.

n faut s'aimer soi-même pour Dieu , et non pas Dieu pour soi. S'il falloit pour plaire à Dieu, s'anàmtir, et qu'on sût que ce sacrifice lui fût agréable, il faudroit le lui offrir sans hésiter.

L'amour est un consentement, et une union à ce qui est juste et à ce qui est le meilleur. 11 est meilleur que Dieu soit, que nous.

Prenons-y garde. L'amour-propre est le vrai fond ^e laisse en nous le péché de notre origine : nous rapportons tout à nous, et Dieu même; au lieu de nous rapporter à Dieu , et de nous aimer pour Dieu.

Qui n'aime pas Dieu , n'aime que soi. Pour aimer son prochain comme soi-même, il faut être auparavant sorti de soi-même, et aimer Dieu plus que soimême. L'amour une fois uni à cette source, se répand avec égalité sur le prochain. Nous l'aimons en société comme notre frère y et non pas par domination comme noti^ inférieur.

L'amitié est la perfection de la charité. C'est une liaison particulière, pour s'aider à jouir de Dieu. 7oate autre amitié est vaine.

Autre est l'amitié de besoin, autre l'amitié de société : Celle-là vient de l'intérêt, celle-ci de la charité.

Les hommes doivent s'aimer les uns les autres, comme les parties d'un même tout, et comme fe** roient les membres de notre corps , si chacun avoit sa vie particulière. Ils s'aimeroient l'un Tautré en société, comjne soi-même : les deux yeux et les

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deux mains auroient toutefois une liaison particulière, à cause de la ressemblance. C'est le symbole de Tamitié chrétienne.

Oui^ monfrcre^ que je jouisse de vous en notre Seigneur : Faites reposer mes entrailles en notre Seigneur, disoit saint Paul (0 : C'est Famitié chrétienne. Toute cette lettre à Philémon en est pleine.

Conclusion et abrégé. L'ordre est parfait , si on aime Dieu plus que soi-même: soi-même pour Dieu: le prochain non pour soi-même^ mais comme soimême pour Tamour de Dieu. O que cela est di*oit! que cela est pur! Toute vertu est là-dedans.

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