XLVIII/ JOUR
Réflexions sur notre amour pour Dieu et pour le
prochain. Ibid.
Faisons réflexion sur nous-mêmes. Est-ce aimer Dieu de tout son cœur, que de partager son cœur entre lui et la créature ? Peut-on aimer deux choses souverainement? ou peut -on aimer de tout son cœur, si on n'aime qu'à demi? Ne faut-il pas aimer parfaitement, et du tout le tout parfait? Peut-on avoir deux maîtres^ et sentir Dieu et F argent (^), ou quelque autre créature que ce soit, contre la parole expresse du Fils de Dieu?
Si j aime Dieu de toute ma pensée, et de toute mon intelligence^ d'où vient que j'y pense si peu? Peut -on ne pas penser à ce qu'on aime? ce qu'on
(0 Philem. 30. ^ («) Matth. vi. 94.
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aime ne revient -il pas naturellement et continuellement à Tesprit? Faut-il se tourmenter pour s*en souvenir? mais du moins peut - il échapper , quand on se met exprès en sa présence ^ et pour avoir avec lui une douce communication? O mon Dieu ! comment donc suis - je si distrait dans la prière? D'où vient que j y ai si peu de goût? que mon cœur m'échappe, et que j'ai tant de peine à le retrouver y afin de dire avec David : O mon Dieu! votre serviteur a trouvé son cœur pour vous faire cette prière? O mon Dieu! si je ne puis penser à vous, comment est-ce que je vous aime de toute ma pensée ?
Mais comment est-ce que je vous aime de toute ma force et de toute ma puissance , pendant que je me trouve si foible et si languissant, si lâche , si découragé dans ce que je fais pour vous! Pourquoi aije si peu de soin de vous plaire? A votre seul nom tous mes s^ devroient se réveiller , et toutes les forces de Tame et du corps se réunir pour faire votre ouvrage : et si je ne le fais pas, comment est-ce que je vous aime de toute ma force ?
O Seigneur! si je vous aimois de toute ma force, par la force de cet amour j*aimerois mon prochain comme moi-même. Mais je suis si insensible à ses maux, pendant que je suis si sensible au moindre des miens. Je suis si froid à le plaindre , si lent à le secourir, si foible à le consoler; en un mot, si indifférent dans ses biens et dans ses maux. Où est cette ardeur et cette tendresse d'un saint Paul ? Pleurer avec ceux qui pleurent , se réjouir avec
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ceux qui se réjouissent (^) y être /bible auec les foi" blés (^) , souffrir comme dans le feu , et être brûlé, lorsque quelquun est scandalisé (^). O mon Dieu ! si rien de cela n*est dans mon cœur, ni je n*aime mon prochain comme moi-même , ni je ne vous aime de toute ma force et de tout mon cœur.
Encore y si en connoissant mes foiblesses et mes distractions, mes langueurs , mon indifférence, mon insensibilité et mes froideurs , je pouvois verser à vos pieds un torrent de larmes : je commencerois à aimer, en déplorant la privation et la perte de Famour. Mais, 6 Dieul tout est foible en moi, et même la douleur de n aimer pas.
Est-ce donc que je ne veux pas aimer ? ou est-ce que je ne le puis pas , et que je n*cn ai pas la force ? En effet, n'aime pas qui veut, et on naime pas ce qu'on veut ; et il faut être attiré. Mais , ô Dieu ! si je ne pouvois pas aimer , vous ne me diriez pas : Aime : si je n avois point de force pour aimer , vous ne me diriez pas. Aime de toute ta force. Mais, 6 Dieu! si je le pouvois, et si j'en avois la force, ne leferois-je pas, maintenant, quêtant devant vous, ou je le veux, ou je tâche de le vouloir sincèrement ? Est-ce que je veux, et ne veux pas tout à la fois? Est-ce qu'aimer est autre chose qu'un bon vouloir? O mon Dieu ! expliquez-moi ma maladie, et le besoin que j*ai de vous, pour me servir de mes forces, pour vouloir ce que je veux, ou pour commencer à le vouloir.
Il est vrai, comme je l'ai dit : n'aime pas qui
(>) Rom, XII. i5. — (0 /. Cor, ix, aa. — '?) IL Cor, xi. 29.
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veut ; et on n*aime pas ce qn'on veut ni autant qu'on vent : il faut être attiré ; et surtout on n'aime pa» Dieu , que Dieu n'attire. Personne ne ment à moi que mon Père ne le tire,... Quand Je serai élevé de terre ^ je Userai tout à moi (0. Et de là vient que rEpouse disoit : Tirez^moiet nous courrons (^). Et pour dire y Tlrez^moi, de tout son cœur , et comme il fiiut ; il faut déjà commencer d'être tiré. O Seigneur ! tirez-m(H donc : commencez , et faites*moi suivre : commence»; et je trouverai mon cœur et forces y pour tout employer à vous aimên