X.' JOUR
Vrai caractère du chrétien dans les huit béatitudes ^ avec les caractères opposés. Matt. y. 3, 12. Luc.
¥1. ao, 27.
Que la semaine s^est heureusement écoulée , en parcourant sept béatitudes, et revenant au commencement dans la huitième : la belle octave ! où Ton tâche d'imprimer en soi-même huit caractères du chrétien , qui enferment un abrégé «de la philosophie chrétienne ! La pauvreté , la douceur , les larmes ou le dégoût de la vie présente , la miséricorde, Tathour de la justice, la pureté de cœur, Tamour de la paix, la souffrance pour la justice.
Trois de ces caractères paroissent assez semblables, la douceur , la miséricorde , l'amour de la paix : néanmoins ils ont chacun leur propriété. C'est autre chose d'être pacifique , et de savoir finir toutes les querelles qu'on nous fait , et qu'on fait àux autres : autre chose , d'être doux sans jamais
i})MaUkr, XI, 12.
a6 xÉDiTJLTions
offenser ni aigrir personne : autre diose ^ d*étre bienfaisant et miséricordieux.
Les caractères opposés aux huit qu*on vient de voir , sont : fesprit de propriété ou de richesses , Taigreur y iamour du plaisir , Tinfustioe , la dureté , la coiTU{rtion du oœur y Tesprit de querelle et de brouîUerie , Fimpatience dans les afflictions , et la crainte qui fait abaodomi^ le règle de la vérité et de la justice.
Nous trouverons dans saint Luc (0 Fabrégé des béatitudes réduites à quatre : d^étre pauvre , d*étre affamé, de pleurer, d*étre haï et persécuté pour Tamour du Fils de Dieu. A ces quatre béatitudes , Jésus-Ohrât joint quatre malédictions contre les hommes du monde (^) : Malheur à vous, riches ; car vous avez votre consolation. Malheur h vous qui êtes contens et rassasiés des Biens de la terre; parce que viendra le temps que vous aurez faim , et que vous manquerez de tout. Malheur h vous qui riez j et qui vous laissez emporter aux joies du siècle; car vos Joies seront changées enpîeurs. Malheut à vous, lorsque les hommes vous applaudissent ; c*est ainsi quùn faisoit aux faux prophètes. Craignons donc d*avoir notre consolation sur la terre , craignons de la chercher, craignons de la recevoir, craignons les louanges et les applaudissemensdu monde. Aimons cet enchaînement de béatitudes, qui delV mour de la pauvreté nous pousse jusqu'à celui des souflfVances; et par celui dessouffrances nous ramène jusqu'à celui de la pauvk*eté et nous fait trouver le ttii&me royaume des deux dans Fuh et dans Faiitre.
(>) Luc, yi. 3o, ai y aa, a3. — (*) Ibid, a4> ^^*
SUR LÉTÀNGILE. S^
Poor condasien y la doctrine des béatitudes 'est renficnnée dans ces trois mots, ^e \e vous kisse à peser*
Toute la doctrine des mœurs tend uni^fuement à nous rendre heureux. Le maître céleste eommence par-là. Apprenons donc de lui le chemin du vrai et étemel honheùr.
Xî/ JOUR.
Quatre caractères du chrétien* Matth. y. iS^ ao.
cet abrégé du christianisme , ^ue Jésus-* Christ prépare à ses disciples^ il nous marque trois caractères éminens de ses disciples (0 : D'être le sel de la terre : d'être la lumAre du monde : d'être d'une extrême exactitude dans l'observance des centmandemens : le goût vif de la piété , l'exemple, la régularité et Texactitude. Il en ajoute après un quatrième, qui est Téminence et la perfection : &* votre justice n'abonde : et voilà 1 idée entière de la justice chrétienne.
Le sel assaisonne les viandes ; il en relève le goût; il en empêche la fadeur ; il en prévient la corruption. Ainsi la conversation du vrai chrétien doit ranimer dans les autres le goût de la piété. C'est ce qui a fait dire à saint Paul (^) : Que votre discours soit plein de grâce ^ et assaisonné de seL Et c'est de quoi sont bien éloignés ceux qui n'ont que de la langueur et de la mollesse dans toute leur conduite.
(>) 3fatth Y.i3, et êuiv, — C») Colos, iy. 6.
a8 MÉDITA.TIOHS*-
II faut dans les paroles du clu étien une sainte vivacité; il faut reprendre avec force, et quelquefois piquer jusqu'au vif , comme fait un grain de seL Mais ne mettez point trop de sel ensemble : au*liea:de piquer la langue pour réveiller Tappëtit , vous met*" triez en feu toute la bouche.
Etre la lumière du monde , est un degré encore au-dessus du précédent ; car il emporte Texemple qui édifie et qui éclaire la maison de Dieu. (Test ce que nous nous devons les uns aux autres. Et au contraire , si nous nous sommes à scandale les uns aux autres y cette malédiction du Sauveur- tombera sur nous : Malheur au monde à cause des scandales qui arriveront // est impossible çuUl n'arrii^e des scandales : mais malheur à celui par qui ils arri^ vent : il vaudroit mieux pour lui qu'onle jetât dans la mer avec une meule de moulin autour du col (0. Pesez y pesez ces paroles , chrétiens , qui ne craignes pas de scandaliser les infirmes et les petits de TEglise.
Vous êtes la lumière du monde : cela s'entend , non-seulement des pasteurs , mais encore de tous les chrétiens. Saint Paul le dit ainsi i^) : Vous dei^z. luire au milieu d'une nation mauvaise et corrom^ pue, comme étant les luminaires dont le monde doit être éclairé. Si quelqu'un parle j comme dit saint Pierre (5), que ce soit comme des discours de Dieu : comme si Dieu parloit par sa bouche. Saint Méthias disoity ainsi que le rapporte saint Clément d'Alexandrie, que lorsque quelqu'un faisoit mal dans le voisinage d'un chrétien , il falloit 's'en prendre à ce
(<) Ilfaith. XYiii. Hfarc ix. 4x* l^c XYU. i. — . (>) PMip, u. i5. — {^)LPeL IV. II.
voisifi, :^i ne lui donnoit pas assez bon exemple.
Epfin, la vie cbrétienne demandé une extrême exactitude. Il faut prendre garde aux moindres pré« ^tes^ et p*en mépriser aucun; Lé relâchement commence par les petites choses , et de là on tombe dans les plus grands maux. Qui mépnse les petites choses j tombe peu à peu (0.
Pour établir cette exactitude de la justice chrétienne^ Jésus-Christ pose un beau principe : que la parole de Dieu est inviolable ^ ets' accomplira jus^^ fu'au moindre trait..
Il regarde ici en particulier ce qui avoit été prédit de lui dans la loi et dans les prophètes y et c'est pourquoi il dit : Je viens tout accomplir. Dans ce qui a été. prédit dans la loi; il y a les grands traits : la naissance de Jésus-Christ, sorti d'une vierge , ses soufirances^ sa croix, sa résurrection, la conversion du monde et des gentils , avec la • réprobation et le juste châtiment des Juifs. Voilà les grands traits ; mais ce n'est pas tout. Il y a Y iota ^ et les moindres traits qui doivent aussi s'accomplir. Il faut qu'on * divise ses vétemens : il faut qu'on 'joue sa tunique sans couture. Voyez quelle précision dans une distinction à subtile et si exacte : c'est Y iota , c'est le petit trait. Il sera vendu ; ce peut être un grand trait : mais ce sera trente deniers ; mais on achètera le champ d'un potier : c'est \iota, c'est le petit trait, qui ne doit point échapper non plus que les autres. C'est ainsi qu'il faut qu'il ait soif, et qu'il soit abreuvé de vinaigre. Il souffrira : voilà le grand trait; mais ce sera hors la porte de la ville : voilà ïioia* 11 sera immolé
3o 1IÉD1TA.TIOVS '
comme Fagoean pascal; mais ses os ne seront pat brisés sur la croix ^ non plus que ceux de cet agneau: voilà Xiota , et ainsi du reste. Jésus-Christ teut dirs encore plus généralement , que tout ce qui est dît en figure et en ombre dans la loi , sera acconqili en ▼érité dansFEvangile, jusqu^aux moindres circoni» tances. Tout jusqu'aux moindres choses , est signifi» catif dans la loi : tout jusqu'aux moindresdioses, sera accompli dans FEvangile. Vous ne lierez pas laèoft' che du bœuf tfuifotde le grain W. Saint Paul FapjdiFqueaux prédicateurs (^). Il en est ainsi de cet antres traits : Fous ne Jerez point cuire l'agneau dans le lait de sa mère. Quand vous prendrez la mhre dans le nid, vous la laisserez aller en gardant ses pe^ tits (?). Que vos habits ne soient point tissus de laine et de lin. Ayez des bordures et des franges dans vos habits {Q. Tous ces petits traits ont de grandes signifiacations , pour inspirer aux chrétiens la douceur , la modération , la simplicité , la droiture , et toutes les autres vertus.
Et ce que Jésus-Christ conclut de là ^ c^est qu'il ne faut pas oublier les moindres préceptes : car êl tout ce que Dieu dit pour son Fils, doit étreaccom^ pli jusqu'au moindre trait, et qu'il n'en doive ^hap» per aucun ; il faut aussi accomplir tout oe qu'il a dit pour nous.
Et voyez jusques à quel point» Le ciel et la ierre passeront : mais mes paroles ne passeront pas (^). Si le soleil tout d'un coup alloit disparoUre; et que ce flambeau du monde s'éteignit au milieu du jour : si
(0 DeuL xxY. 4 (*5 ^- Tim. y. i8. — O DetU, xir. ai. -^
— (4) XXII. 6, 7 , II, 12. — v5) âfauh. xur, a5.
SUR L'tVAcMaiLB. 3t
h cmI se meltoil en pièee&, ou se i^etiroit oomme QA rouleau ^i se renveloppe en luHi«Sme : s» la terre ittanquoil sous nos pieds , €^ quvn fondement M solide flki UhU d'un coup réévdi en poAidre : qud mnlheijir ! to^ft seroît perdu pour noMS. (le i^albeur est bien plus grand, et tout est p^rdu bien davas^ lage si le moindre des commandement de Jâns* Christ n'est pa§ observe.
Que si on ne les observe pas, Jésus-Christ qui a dit qu ils seroient inviolablement observés , sera-t-il menteur? A Dieu ne plai$e : car il y a une condition, que si on man<|ue à les observer, on sera puni. Donc si vous faites la faute, et que vous évitiez le châliasieat , Jtfsus-Christ «s sera trompé: mais si vous ne Êdles pas la moindre fitute , dont il ne soit parlé au jugement , et qu il y faille rendre raison , non» âeidefment des paroles d'injustiee et de médisance , mais 'encore des inutiles : la vérité de Jésus<3hrist demeure ferme.
La peine rectifie le désordre : qu'on pèche, c'est un désordre) mais qu'on soit puni quand on pèche, c'est la règle. Vous revenez donc par la peine dans Tordre que vous éloigniez par la feule. Mais que Ton pédie impunément, c'est le comble du désoi^ dre : ce seroit le désordre, non de l'homme qui pé« che , mais de Dieu qui ne punit pas. Ce désordre ne sera jamais, parce que Dieu ne peut âtre déréglé en rien , lui qui est la règle.
Comme cette règle est parâiite , droite parfaitement , sans la moindre courbure : tout ce qui n'y convient pas , y est brisé ; et sentira TeiFort de l'invincible et immuable rectitude de la règle.
3^' MÉDiTirioirs
Mais si les menaces sont accomplies, les prèmesseï le seront aussi. Viens, chrétien, à ton crucifix regardes -y toutes les prédictions accomplies jo^ qu'aux plus petites. Dis donc en toi-même : Tout s'accomplira, et le bonheur qui m'est proinis m me manquera pas. Je verrai Dieu , je l'aimerai, et je le louerai durant les siècles des siècles : et tous mea désirs seront rassasiés , toutes mes espérances accomplies : Amen , amen.