LL* JOUR
Pratique de la charité dans VOraison dominicale^
Notre PèreW. Si nous sommes des enfans et non des esclaves , servons par inclination , et non par crainte; par volonté, et non par menace. Enfans d'adoption, aimons celui qui nous a choisis, pouf nous unir à son Fib unique.
Qui êtes dans les deux : qui vous y manifestez à vos élus ; qui nous avez donné le ciel pour notre héritage, notre patrimoine, notre ville, notre patrie , notre maison. Habitons -y donc en esprit: tournons là toutes nos pensées; svrsum corda : le cœur en haut. Purifions notre cœur, afin de voir Dieu. Unissons-nous par la foi à ceux qui le voient
(0 Lue, X. a8. — («) Maiih.yi. 9. Luc, zi. a.
268 MÉDITATIOlfS
déjà face à face ^ aux anges et aux âmes ^ntes. Cherchons partout notre Père, car il est partout; mais cherchons -le principalement dans le ciel , parce qu*il y est dans sa gloire. Aimons sa gloire, aimons son saint nom, aimons son règne et sa volonté ; c'est ce que la suite nous explique.
Votre nom soit sanctifié. Quel nom^ si ce n*est le nom de Père que nous venons de lui donner? Sanctifions ce nom ; ne portons pas indigaement le nom de fils; ne dégénérons pas d'un tel Père et d'une telle naissance. Quel nom encore? le nom de bon , en mettant en lui notre confiance ; le nom de juste , en observant ses justices, c'est-à-^ire ses commandemens ; le nom de puissant , en ne craignant rien sous ses ailes ; le nom de saint , en le glorifiant comme le Saint d'Israël, en lui disant continuellement : Saint, Saint , Saint : le ciel et la terre sont remplis de votre gloire (0; en nous sanctifiant nous - mêmes pour Tamour de lui et pour l'imiter, conformément à cette parole : Soyez saint , comme je suis saint W ; enfin , le nom de Dieu, de Créateur et de Seigneur, en lui obéissant par un chaste et invariable amour, en traitant avec révérence les choses saintes , en honorant par notre vie le nom de chrétien , en vivant de manière sous ses yeux au dedans et au dehors, qu'il soit glorifié en nous.
5* on parle , que ce soit des discours de Dieu; si on exerce quelque ministère dans r Eglise , quon lofasse comme par la vertu que Dieu donne , afin qu'il soit glorifié en toutes choses par Jésus-Christ
(0 Is. VI. 3. Apoc. lY. 8. — (■) FjcvU, xi. 44* ^' P^t. i. i6.
SUn L ÉVANGILE. HÔg
notre Seigneur, lui à gui appartient la gloire et l'empire y aux siècles des siècles^ Amën (0.
Sanctifier le nom de Dieu en cette sorte , c'est Taîmer parfaitement, et tout faire pour lui et ssl propre perfection.
Que votre règne arrivée. Ce règne dont il est écrit : Tout genou fléchira dei^ant moi , et toute langue confessera le nom de Dieu (^)... lorsque la plénitude des nations sera entrée , et que tout /iraël sera sauvé (3). O Seigneur ! que ce règne arrive y et que vous soyez glorifié par toute la terre.
Que votre règne arrive : ce règne que nous attendons y lorsque vous viendrez juger les vivans et les morts, et que vous manifesterez votre puissance. Jour terrible et plein de menaces , mais néanmoins désirable à vos saints , à qui le Sauveur a dit : Quand ces choses commenceront à se faire , regardez et levez la tête, parce que votre rédemption approche (4). Quelle conscience faut-il avoir, combien pure, combien innocente, pour désirer ce jour ! Lavez-vous, purifie z-vousi^) y soyez nets. C'est d'une telle netteté que sortent la confiance et l'amour.
Que votre règne arrive. 11 arrive ce règne parfait pour chacun de nous, lorsque notre ame, réunie à son principe , attend en son temps le corps qui lui avoit été donné; afin que l'homme entier soit soumis au règne de Dieu , et s'en ressente.
Je désire d'être séparé de mon corps , pour être avec Jésus-Christi,^).
Je ne désire pas d'être dépouillé j mais d'être
(0 /. Peu IV. 1 1. — (») /*. XLV. 24. — (3) Rom. xiv. 1 1. xi. a5, 26. — (4) Luc, XXI. 28. — C5) h, 1. 16. — (6) PhiUp. I. 23.
SgfO MÉDITATIONS
^^eyétu par" dessus; afin que ce qu'il y a de morld en moi soit englouti par la vie (0.
Je désire m' éloigner du corps et d'être présent au Seigneur (2).
Alors le Seigneur régnera : il n'y aara plus de mauvais désirs à combattre ; non - seulement le péché ne régnera plus , mais il ne sera plus. Commençons à le détruire : Qu'il ne règne plus du moins dans nos corps mortels (^} : alors nous désirerons le règne parfait de Dieu en nous.
Le dernier fruit d'une bonne conscience , et de r Union de Tame avec Dieu, est de ne pouvoir plus souffrir ce corps qui nous en sépare, et de désirer le sommeil des justes. Un secret dégoût de la vie, la séquestration de Tame par la contemplation et le désir des choses célestes, Tactuelle séparation devient alors notre plus cher objet. O Dieu ! que ce règne arrivée! Quand serai-je dans votre royaume? Mon ame désire, mon ame languit, mon ame tombe dans la défaillance , en soupirant après vos étemels tabernacles, après cette cité permanente. Tout passe , tout s'en va : quand verrai- je celui qui ne passe pas? Quand serai-je fixé en lui, en sorte que je ne puisse plus le perdre ? O que je puisse bientôt arriver à ce royaume? En attendant, régnez en moi, régnez sur tous mes désirs, régnes-y seul. On ne peut servir deux maîtres (4) , ni avoir deux rois, deux objets dominans dans son cœur. Les servir, c'est les aimer ; c'est le Fils de Dieu , la vérité même, qui l'explique ainsi : Nul ne peut servir deux mai-
(0 //. Cor. Y. 4. — C») Ibid. 6. — (î) Mom. vi. 12. — W MMk
TJ. 34.
SUA l'étamgile. aji
es : car, ajoute- t-il, ou Vhomme haïra lun et Imera Vautre : ainsi servir, c est aimer : servir sans artage , aimer sans partage : ou il supportera l'un t méprisera l*auire. Il n*y a point de milieu , aimer a haïr, supporter ou mépriser. Rëgnez donc seul.
Que 9fotre volonté soit faite. C'est Famour pur; ir qu*est-ce qu'aimer, si ce n'est avoir en tout et artout la même volonté, jusqu'à l'entière extirpaion du moindre désir contraire ; -et un total assuittissement de son cœur 7 Que votre volonté soit aùe : qu'elle soit faite partout , et par tous; que aime ; que tout le monde aime : car l'effet de cet mour est de vouloir que tous les autres y soient ntrdtnés. Que votre volonté soit faite : que toute nstice, que toute raison, que toute vérité soit acompUe : car c'est là votre volonté. Qu'elle soit faite [ans la terre comme dans le ciel ; par les hommes , omme elle l'est par les anges , ces bienheureux esprits, qui vous aiment parce qu'ils vous voient, ^'elle soit donc faite par amour, par un amour mr, par un amour constant et invariable. Elle ne se era jamais de cette sorte que dans le ciel; ni nous l'aurons autre part que dans le ciel l'accomplissenent parfait de ce précepte : Tu aimeras ; ni nous l'aurons jamais autre part l'accomplissement parfait le cette demande : Votre volonté soit faite.
Vous arrivez donc par cette demande à la perfection et au dernier efiet de l'amour divin. Absorbé lans ce saint et pur amour, vous commencez à penser à la vie mortelle; non pas comme à un objet désirable , mais comme à une charge nécessaire. Donnez ^nous notre pain. Donnez -nous de quoi
a^2 MÉDITATIONS
sustenter cette vie dont vous nous avez chargés, pour accomplir le temps de notre servitude et de notre pénitence; afin que ce temps étant accompli, nous venions à la liberté parfaite. Donnez - nous donc ce pain que nous devons manger dans notre sueur : c*est notre servitude , c'est notre supplice. Chacun doit travailler à sa manière pour gagner son pain. Que celui qui ne travaille pas , ne mange pas, disoit saint Paul (0. Travaillons donc pour avoir ce pain : Dieu ne nous le donne pas moins, parce que lui seul bénit notre travail. Donnei-lenous donc : Donnez-le-nous à chaque jour. Sentons à ce mot notre perpétuelle et iiTémédiable indigence. Donnez-le-nous : nous ne le voulons que de vous, et par les voies que vous prescrives. Hoanez - 710115 le pain : sous ce nom nous entendons toutes les choses que vous nous avez rendues nécessaires. Donnez-nous les nécessités ; ne nous donnes pas les délices. Nous demandons ce à quoi vous nous avez assujettis , parce que c'est vous qui nous avez imposé cette servitude. Donnez-le-nous aujourd'hui ce pain nécessaire chaque jour : il ne sera pas moins nécessaire demain qu'aujourd'hui ; mais je dois être content, pourvu que je l'aie aujourd'hui. Si vous me donnez davantage, à la bonne heure: mais je suis content d'aujourd'hui, jé chaque jour suffit son mal; ne "vous laissez pas troubler ni inquiéter pour le lendemain (^}.
Donnez-nous le pain de vie : donnez-nous Teucharistie. Donnez à notre ame sa nourriture; nourrissez-la de la vérité et^de votre volonté sainte. Car
(0 //. Tkess. lu. lo. — («) 3faUh, yi. 34.
notre
SUm L*ÉTA]fGIlB. 373
tre noMtrriiure , comme cdle de notre Sauveur^ de t accomplir W. Noarrissez-nous donc de ce in qui n*est pas moins nécessaire à Tameque atre Test au corps ; que nous n'avons pas moins soin de recevoir journellement de votre main^ nmez-le-nous aujourd'hui; donnez*le-nous dans joiir qui ne finit point. Que je commence aujour^ loi ce jour bienheureux ! que je commence à rre pour Fëtemité !
Il fidloit joindre à ces exercices de Famotur, deltii
f amour pénitent. Et le voici : Pardonnez-^nousà M je puisse y comme la pédieresse, entendre de bouche du Sauveur cette douce et consolante irole : Plusieurs péchés lui sont remis, parce imUe a beaucoup aimé : celui à qui on remet plus, me plus: celui à qui on remet moins , aime moins{^). est la yérité étemelle qui l'a ainsi prononcé. Par^ ^nnes-moi donc; et faites que je vous aime autant le j'ai besoin de votre pardon.
Songeons aux larmes de cette sainte pénitente ; ogeons à ces baisers qu'elle ne cessoit de donner IX pieds de Jésus. Le Publicain n'osoit lever les nix au ciel : celle-ci n'ose pas même tenir la tête rvée* Prosternée de tout son corps aux pieds du anvenr, elle ne met point de fin à ses regrets ^ aroe qu'elle n'en mettoit point à son amour. Disons ans le même esprit et avec les mêmes sanglots ; ^ardonnez'-nous.
Comme nous pardonnons. Afin que rien ne manne, voici encore la charité fraternelle. Bien n'em-
(«) Joan-'w. 34.— W Lue, yii. 4^^ 47»
a^4 MÉDITATIONS
pèche notre union avec nos frères , si les offenses mêmes ne fempecUent pas. Nous les pardonnons ^ 6 Seigneur ! comme nous voulons obtenir notre pardon, avec la même sincérité. Nous ne réservons rien, comme nous né voulons pas que vous réserviec rien à notre égard. Nous lui rendrons noti^ amour , comme nous voulons que vous nous rendiez le vôtre.
Et ne nous induisez pas en tentation^ On nous a donné le remède aux péchés passés , en voici un pour lavenir. O Seigneur ! ne nous livrez pas entre les mains du tentateur. O Seigneur ! vous pourries avec justice lui permettre tout sur nous, par une juste punition de nos péchés : ne le faites pas, nous vous en prions , à cause de votre bonté.
Il ne suffit pas de dire : que nous ne succombions pas à la tentation. Prions que nous n*y soyons jamais induits. Car notre foiblesse est si grand» , que si nous étions tentés , nous succomberions ; ou du moins si nous n étions pas tout -à-fait vaincus, nous recevrions quelque blessure. G*est pourquoi le même Sauveur qui a dit : F^eillez et priez ^ de peur que vous n entriez en tentation (0, nous fait demander ici, non pas seulement que nous n'y succombions points mais que nous n'y soyons point induits, que nous n'y entrions point.
Que nous sommes aveugles ! hélas ! si pendant que nous demandons à Dieu qu'il ne nous induise pas en tentation , nous nous y jetons nous-mêmes : si nous nous jetons dans ces occasions, oik notre chute a toujours été trop certaine ! Fuyons, fuyons^ et nous pourrons faire sincèrement ce^te demande.
C») Matth. x&vi. 4i.
8um L*ÉvAircii.B« 2175
DélivregHious du mal : (Test notra pv^tO déU* VFtiice qqe nous demandoiu. I)âivres -noùi da pécbéy de ses causes, de ses eflS^, de ses peines. Ainsi y libres de tout mal , nous serons des enfans pai^ts, et nous pourrons dupe véritablement et parfidlemeiit : Notre Phre. En attendant cette par? fiole dâivrance , qui n*est autre diose que le saint ëtemel, déUvrçs-nous du péchés q«'il ne règne point en nous. Délivres- nom des mauvais désirs } que nous cessions de lef conibi^t^ et de lefli vaincre. IMKvrec-AOus des'peines du péché» ^e la mort^ d^ maladieSi des autres peii|e&i Pélivrea-nous de la crainte et de la servitude où elles nous jettent* Dé* UvretHDOnui 4^ Wpr malignité^ et fiâtes qu'elles nous tpament à remède. Délivren-nous des maua de cette vi<) 9 ou donner - npua la grftoe qu'ils nous servent à Feutre , oh nous serons p^rfSûtement li? bres. HAtez-vous de nous déliyrer : nous soupirons après cette bienheureuse délivrance. L'amour divin est notre liberté : c*est lui qui nous délivre de l'amour du monde. Régnez donc» 6 amour divin ! |e vous livre mon cœur : Délwrez-nous de tout
Ainsi dans toutes oe^ demandes , on ne demande et op n'ejerce que l'amour divin. Biais remarquons bien qu'on ne Vexerce que comme une chose qu'on demande à Dieu. Car , que lui demandons^nous ,1 lorsque nous disons : Que votre nom soii sanctifiif que voire rhgn/e arri%>e; que votre volonté soit faite ; diliirezrnous 4i| mal: que lui demandons- nous , sinon dans un amour chaste» le saint et parfait usage de nqtre volonté ? Et cela même doit encore
276 MÉDltÀTIONS
redoubler notre amour, puis({ue notre amour ëtant un don de Dieu, il nous oblige toujours à une nouvelle reconnoissance ; ce qui enGn le doit multiplier jusqu'à Finfini.
Certainement c^est un don de Dieu , que d^aimer Dieu : Celui qui nous a aimés ^ lorsque nous ne sotir gions pas à F aimer ^ nous a donné la grdce de raimer^ dit saint Augustin. Aimons-le donc de tout notre cœur , sans fin et sans cesse.
On se tourmente à demander , quand est-ce qu'il faut es:ercer l'acte d'amour : la réponse est claire. U faut l'exercer autant qu'on peut : autrement on n aime pas de tout son cœur. Quand l'amour est sincère , et dans le cœur , il s'exerce assez par luimême y et il ne lui faut point d'autre loi que lui* même pour son exercice. U faut l'exercer tontes les fois qu'on dit le Palier ^ puisque si on l'entend, et qu'on le dise en esprit ,>[on ne le peut dire sans aimer.
Rien ne manque dans cette divine oraison : lamour de Dieu et celui du prochain , où rëside laccomplissement <le la loi, y sont accomplis dans lem* perfection.
On demandera, pourquoi Jésus-Christ ne nous y fait pas parler de lui-même, ni prier en son nom, comme il l'ordonne si souvent ailleurs. Mais pouvoit-on plus prier par lui , et en son nom , que de dire la prière qu'il nous dicte par sa parole, et qu'il nous inspire par son esprit ?
Pouvons-nous seulement nommer notre Père^ sans songer au Fils unique , à qui nous sommes unis j>ar cette nouvelle qualité?
J^e nien vais , dit-il > h mon Père, et à votre
Phre (>}. n n*e8t pas -fils comme noiiSy c*ert pourquoi S use de cette, distinction : à mon Phre, et à, ^otre Père, Cest le premier qui a droit de dire ^ Mon Père y parce qu'il est le fils par nature : c'est en lui et par lui que nous Tavons , parce que nous * sommes £ûts en lui enfans d'adoption. CTétoit donc aussi à lui à nous apprendre , comme il fisût dans cette admirable oraison, à appeler Dieu notre Père. Cest en envoyant en nous Fesprit de son Fils , qiie Dieu même nous &it dire : ji66a : Père W^ Cest donc en toutes façons , et au dedans et au dehors f qu'il nous forme à parler à Dieu comme ses enfans. Aimons le Père en Jésus-Christ son Fils unique , par leur esprit qui est en nous. Aimons aussi touji ceux qui sont appelés à la même grâce , et qui peuvent dire comme nous dans le même esprit : Jfotre Phre. Ainsi toute la Trinité sera adorée et aimée ; la fraternité chrétienne sera exercée : et en disant de bon cœur dans le Saint-Esprit ce seul mot 9 'Notre Phre j nous accomplirons toute justice.