‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 81 sur 189 · LIL* JOUR · texte numérisé non relu

LIL* JOUR

Jisus^Christ, Médiateur: Dieu: Roi: Pontife.

Matth. xxii. 4xy 44-

Quoique ce qui étoit dû à Jésus-Christ fût compris dans le précepte de Tampur de Dieu y puisqu'il est un même Dieu avec son Père et le Saint-Esprit ; néanmoins il nous falloit encore expliquer ce qui étoit dû à Jésus-Christ y en tant que Christ , média-

(0 Joan. JLX. 17..^ C*) Jhm, tui. i5. Gai nr. S,

leur et lien de Famour de Dieu envers nous , et de nous "envers Dieu ; et c*est ce qu'il fait encore avant que de mourir , de la manière la plus authentique qu'on pût souhaiter ; puisque c'est en nous expU* quant la plus célèbre prophétie du règne du Christ ^ publiée par la bouche de David qui en devoit être le père.

Puisqu'une des qualités par laquelle le Christ devoit êtvt le plus connu ^ étoit celle de fils de David f il étoit beau que ce fût David qui nous apprit à le connottre.

Qu'il est beau que le Christ ait été vu de ses pères ! d'Abraham y qui a vu son jour , et qui £en est réjoui {^) : de David, qui, ravi de ses grandeurs, quoiqu'il dût être son fils , l'avoit appelé son Seigneur (^).

Cotnme en Abraham étoient dotin^es les proxnesses de la multiplication des fidèles de Jésus- Christ : en David étoient données celles de son em* pire étemel. Puisque Dieu lui avoit promis en David, un trône qui dureroit plus que le soleil et la lune (5) : il étoit beau que David , à qui ce trône ^toit promis en figure de Jésus-Christ , fût le premier à reconnottre son empire, en l'appelant son Seigneur. Le Seigneur a dit à mon Seigneur (4), Comme s'il eût dit : £n apparence c'est à moi à qui Dieu promet un empire qui n'aura point de fin ; mais ei^ vérité, c'est à vous, ô mon Fils, qui êtes aussi mon Seigneur, qu'il est donné; et je viens en

esprit le premier de tous vos sujets, vous rendre

CO Joan. Tiii. 56. ^ («) Ps. en. I. — (3) Ps. LxxxTiii. 38. — (4) Ps, ax. 1.

sv% l'étaitgti.;. 2^9

mmage dans votre trône, à la' droite de votre jre y comme k mon souverain Seigneur. Ceèt ponr- Loi il ne dit pas en générali Le Seigneur a dit au igneur; mais, àmwn SeifneuTé S'il est le fils de David, comment Vappètte4ril m Seigneur Ml H vouloit par -là leur faire lever I yeux à une plus haute naissance de Jësus-Christ^ Ion* laquelle il n*est pas Kls de David, mais ib unique de Dieu : et ils n'avoient qn^à conti* ler le psaume, pour trouver cette naissance ëter^ Me , puisque Dieu même parle afaisl dans la suite : f 'VOUS ai engendré de mon Sein devant taurore^ ms les splendeurs des iûinis W.

Devant t aurore : devant que cette lumière qui

couche , et qui se lève tous les jodrs , èfrt comicnoé à parottre , il j avolt une lumière ëtèmelle ni fiiit la fiîlicité des saints : c'e^t dans cette lulière étemelle que je vous ai engendré.

Je vous adore, 6 Jésus, mon Seigneur! dans )tte immense et étemelle lumière. Je vous adore ^mme la lumière qui illumine tout homme venant u monde (3) : Dieu de Dieu : lumière de lumière ; rai Dieu de vrai Dieu.

Quelle joie de voir Jésus-Christ nous expliquant linnéme les prophéties qui le regardent ; et nous pprenant par - là , comme il faut entendre toutes ss autres!

Tout ce que nous devons à Jésus- Christ nous ^ it montré dans ce Psaume. Nous le voyons prelièrement comme Dieu ; et nous disons : C'est ici lotre Dieu, et il n*y en a point d'autre. Car s'il

(0 MçUh, xxu. 44. -^ C*) Pi* GIS. 3t-« ^) Jaain^ i. ^

280 XÉDITATtOHS

est engendré ^ il est Fils : s'il est Fils , il est de même nature que son Père; s'il est de même nature que sou Père, il est Dieu , et un seul Dieu avec son Père : car rien n'est plus de la nature de Dieu que çoa ui]^ité,

U est roi. Je le vois en esprit assis dans un trône. Où est ce trône ? Â la droite de Dieu : le pouvoiton placer en plus haut lieu? Tout relève de ce troue : tout ce qui relève de Dieu et de Fempire du ciel y y est soumis : voilà son empire.

Mais cet empire est sacré ; c'est un sacerdoce , et im sacerdoce établi avec serment; ce qui n'avoit |amais été. Dieu voulant par une déclaration plus particulière de sa volonté , nous marquer la singularité de ce sacerdoce : Dieu jure, et il ne s*en repentira jamais^ Il n'y aura point de changement à cette promesse : le sacerdoce de Jésu&- Christ est éternel : Vous êtes pontife a jamais selon l'ordre de Melchisédech (0. Vous n'avez ni commencement ni (in : ce n'est point un sacerdoce qui vienne de vos ancêtres^ ni qui doive passer à vos descendans. Votre sacerdoce ne passe point en d'autres mains : il y aura sous vous des sacrificateups et des prêtres; mais qui seront vos vicaires, et non point vos successeurs. Vous célébrez pour nous un office Cît une fête éternellement , a la droite de votre Père. Vous lui montrez sans cesse les cicatrices des plaies qui Tappaisenty et nous sauvent. Vous lui offrez nos prières.; vous intercédez pour nos fautes; vous nous, bénissez y vous nous consacrez. Du plus haut des cieux vous baptise? vos enfans; vous changes

(') Ps, cix. 4- Ueb,y, 6. vu. 17.

dons terrestres en votre corps et en votre sang; remettez 1^ péchés; vous envoyez votre Sainte it; vous consacrez vos ministres; vous faites ce qu'ils font en votre nom. Quand nous naisy vous nous lavez d une eau céleste; quand nous ronsy vous nous soutenez par une onctioa con- f

tive : nos maux deviennent des remèdes , et e mort un passage à la véritable vie. O Dieu! ô ô Pontife ! je m'unis à vous en toutes ces au* ^s qualités ; je me soumets à votre divinité , à 3 empire y k votre saderdoce, que j'honorerai Uemçnt et avec foi , dans la personne de ceux qui il vous plaît de l'exercer sur la terre. bus ^os ennemis , ô mon Roi ! doivent être Ves^ au de ^os pieds W, Us seront réduits; ils seront eus; fls seront forcés à baiser vos pas, et la Ksière oii vous ^urez marché. Qu'attendonsi? Mettons-nous volontairement sous les pieds :e roi vainqueur, de peur qu'on ne nous y e par force ; de peur qu'il ne dise du haut de trône : Pour ceux qui n'ont pas voulu que ignasse sur eux, qu'on les fasse mourir à m^s ;(^); devant ma vérité; devant ma justice éteru Car ce sera leur juste supplice, que la justice i vérité les condamneront à jamais : et ce sera ort éternelle.

sseyez^vous en attendant dans votre trône, 6 de gloire! jusquà ce que le temps vienne de re tous vos ennemis à vos pieds (5) ; c'est-à-dire , eurez dans le ciel, jusqu'à ce que vous en veniez

Ps, cix. 1. /. Cor. \y. a5. He6. i. i3, x. i3. — (•) Luc, xix. 27. JPjr. cix. 1. /. Cor. xy. a5*.

28a MÉDITÀTIOIVB

encore une fois^ pour juger les vivans et les morts. C'est prëcisément ce que nous disons tous les jours dans le symbole : // est assis à la droite de Dieu; d'où il viendra Juger les vivons et les morts. AlttS donc il en sortira pour lès venir juger. Mais il re- I tournera bientôt prendre sa place avec tous les

prédestines qui ne feront qu'un avec lui; et il donpera à Dieu ce royaume entier ^ tout le peuple sauve; c est-à-dire, le chef et les membres : Et Dieu sera tout en tous (0.

En attendant, il ne laissera pas d*exercer son empire sur là terre : il brisera la tête des rois : un Néron, un Domitien attaqueront son Eglise; mais il brisera leur tête superbe. Un Dioclétien, un Maximien, un Galère, un Maximin tourmentei^nt les fidèles : mais il les dégradera , il les perdra , il les frappera d'une plaie irrémédiaUe, comme il^fit un Antiochus. Un Julien TApostat lui déclarera la guerre; mais il périra d'une main inconnue, peutêtre par celle d'un ange , certainement par un coup ordonné de Dieu. Tremblez donc, ô rois, ennemis dé son Eglise! Mais vous, petit troupeau, ne craignez rien W : votre Roi mettra à ses pieds tous vos ennemis, fussent-ils les plus puissans de tous les rois. // boira du torrent dans la voie. Il boira le calice de sa passion, mais ensuite il élesfera la tisfee (3). Buvons avec lui les afflictions ^ les mortifications, les humiliations, la pénitence , la pauvreté, les maladies. Buvons de ce tonxnt avec courage : que ce torrent ne nous entraine pas, ne nous abatte pas, ne nous abîme pas, comme le reste des hommes.

[}) L Cor, XV. 28. — (») Luc. xii. 3a. — W Ps. cix, 7.

Alors nous lèverons la tête : les iétes orgueilleuses seront brisées ; nous le venons de voir : mais les têtes humiliées par un abaissement volontaire seront ex^tées avec Jésus-Christ.

lEtjpersonne n*osaVinterrog€r{}). Aveuglés; parce que la lumière venoit trop claire à leurs yeux , ils n'osoient plus l'interroger. Il falloit Tinterroger^ non par un esprit superbe et contentieux, mais» pour être instruit. Yenerdonc^ interrogez; profites du temps; il ne sera plus guère avec vous. La lur nuere nest plus avec vous que pour peu de temps : Marchez^ intent>geZy pendant que vous avez la lu* mière, de peur que les ténèbres ne vous environnent : celui qui est dans les ténèbres ne sait ôii il va W,

Mab nous y pour qui Jésus-Christ ne s*en va pas, ne cessons de l'interroger, et de consulter sa vérité éternelle I pour le connoitre, et pour nous connoître. Approchons^nous de lui, et soyons illumi* nés (3) : fussions-nous dans les ombres de la mort : écoutons TApôtre , qui nous dit : O vous qui dor* mez parmi les morts ! sortez de votre tombe^au , et Jéstts^Christ vous éclairera (4). Amen , Amen.

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