‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 82 sur 189 · LUI.' JOUR · texte numérisé non relu

LUI.' JOUR

Chaire de Moïse : Chaire de Jésus-Christ et des apôtres. Matth. xxiii. i, 2^ 3.

Après avoir confondu les pharisiens et les docteurs de la loi par ses réponses ; il commence à

(0 Matth, XXII. 45. — (») Joan. xii. 35. — (?) Ps. xxxiii. 6. — (4) Ephes. y. 14.

dccoavrir au peuple leur hypocrisie, pour deux raisons. La première ^ a6n que le peuple fût pt^ muai contre leurs artifices ; puisque ce devoit être ^ là le plus gi*and obstacle à leur foi. La seconde, poui* Tinstruction des maîtres et des docteurs de l'Eglise ', afin qu'ils évitassent soigneusement cette hypocrisie pUarisaïque^ qui avoit fait une si grande opposition à TEvangile , et avoit mis à la fin le Fik de Dieu sur la croix. Le Sauveur ne devoit pas sortir de ce monde , san3 y laisser une instruction si essentielle.

Alors donc , après avoir confondu tous les docteurs de la loi et les pharisiens y Jésus s'adressa aux troupes que ces hypocrites séduisoient , afin de les détromper ^ et à ses disciples , de peur qu'ils n'en suivissent un jour les mauvais exemples ; et leur parla en cette sorte : Les docteurs de la loi et les pharisiens sont as^is sur la chaire de Moïse (0 : et le reste ; oà il fait trois choses ; i. il établit leur autorité : a. il en déclare l'abus. : 3. il en prédit le châtiment.

Arrêtons-nous ici, et préparons-nous seulement à bien profiter du discours de notre Seigneur, en sorte que nous soyons véritablement purgés du pha* risaïsme ; conformément à cette parole du Sauveur: Donnez ""VOUS de garde du leuain des pharisiens, çui est Vhjpocrisie (^). Hélas ! hélas ! qu*il n'est que trop passé de ce levain jusqu'à nous! Nous Talions voif.

Jésus-Christ parle aux troupes et à ses disciples, au peuple et aux docteurs. Que chacun soit atten-

^«) 3îauh. xxwi. a, 3.-» W JUattL xvi.6. Zttc.xu. i.

[ttfy el prenne ce qui lui convient dans cette ins* 'traction^

La première chose qui est à observer dans le ser*

i WK0t de notre Seigneur, c'est qu'ayant à découvrir

^'las ;alms et les corruptions qui ëtoient ' en vogue

l ito» la ^ABgogue et dans ses docteurs , il corn-*

Énioe par établir Fautorité de leur ministère /de la

iÉÉBière -du monde la plus forte. Car autrement, en

îtpreAamt les abus, on en introduiroit un plus

fnxÊà 'que tous les autres ; qui seroit de se retirer

de la société, et de mépriser le ministère qui est de

Dieu, à cause des vices de ceux qui Texercent. Le

docteur du genre humain ne vouloit pas sortir du

monde sans établir ce fondement, qui est le remède

1 tons les schismes futurs : et on ne peut pas Téta-*

bUr avec plus de force.

Jjes docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse (<). Assis pour eniseigner : ils en ont Tautorité. Sur la chaire de Moïse. H n*y ivoit rien de plus grand pour Fancien peuple, que d'être assis sur la chaire du législateur; de celui que Dieu avoit établi alors, pour être le médiateur entre lui et son peuple, comme Tappelle saint Fàul W. Cest sur cette chaire que sont assis les docteurs de la loi et les pharisiens : ils représentent ces sœxantCKlix sénateui*s qui partagèrent Tesprit de Moïse , pour juger le peuple.

' Après avoir établi leur a utorité sur celle de Moïse^ 3 condut : Gardez donc, et faites tout ce qu'ils ^/ous dàvnt (?). Il attribue clairement à la synagogue une vérité infaillible ; en sorte qu il falloit tenir pour

l») Matth. xwu. a. — C») Gai, ni. 19. — P) 3faitb. xxin. 3.

2t86 MÉDITàTIONS

certain tout ce qui avoit passé en dogme constant de la synagogue. Car il ne donne à personne le droit de juger au - dessus d'elle ; et le partage dn peuple est robéisi»ance : Gardez et faites.

Songeons donc à Tautorité que doivent avoir ki docteurs de l'Eglise chrétienne; puisqu'ils sont asBi^ non pas sur la chaire de Moïse, mais sur cette ie Jésus'Chrùt, et des apôtres (0; et qu'ils y sont établis avec une promesse bien plus authentique , qae les docteurs de la synagogue , puisque la synagogue devoit passer, et n'avoit que des promesses tem^ porelles : au lieu qu'il a été dit à l'Eglise : Je sms avec vous jusqu'à la fin des siècles W.

Gardez donc, et faites ce çuils vous diront. Mail parce que l'assistance qui leur est promise pour bien enseigner en corps, n'empêche pas la corrup lion c^i peut être dans les mœurs das particuliers, et même la plupart : il ajoute : Mais ne faites pas selon leurs œuvres : car ifs disent et ne font pas C^). Prenez donc bien garde à vos docteurs.Us n'oseront vous décider que ce qui a passé en dogme certain de la synagogue ; et s'ils ne le font , ils seront redressa par l'autorité de la chaire, par toute l'unité de U synagogue. Mais la discipline pourra être si corrompue, qu'on ne réprimera pas les mauvaises mœurs; l'avarice, l'hypocrisie, les conduites particulières de ceux qui chercheront leur intérêt , sous couleur de religion. Ainsi, en faisant ce qu'ils disent, ne faites pas ce qu'ils font : Et prenez garde ^ comaie disoit saint Augustin , quen cueillant la bonne doc* trine comme une fleur parmi les épines, vous' ne

(0 Ephcs. II. ao. — (») 3fatth. xxyui. 2q.— C^) Ibid. xxuu 3.

svmL*iyAaGiLS. 387

vous laissiez écorcher la main par le mamnas exem^ pfe (0.

Yoilà Tabrégé 4e rinstnietion da Sauveur. Il s*ez- ]iligiiera davantage dans la siiite. Airétons-noitt id, ^ comidéroDs la m^rveilleuie conduite de Dieu^ «^^ qui gouvernera tellement le corps des docteurs ^ fu*ib soutiendront 1^ saintes nuuûmes plus qu'ils ne les pratiqueront} et qu'ils ne passeront pas leur CQrruption en dogme : le dogme ayant par luimême une racine si forte , qu'il se soutient oomme

4a toi* |ési)S-Cbrist nous prémunit donc contre Içs sâm-

dale$ qui ne seront jamais plus grands , que lorsqu'on les verra d^ns les docteurs et dans les pas-» tenrf. Et il ve^t que nous apprenions à honorer le miniat&re, même dans des mains indignes : parce qu^ rindignité de$ ministres est de leur fidt parti-» cuU^ i et le ministère est de Dieu.

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