LV.' JOUR
L'autorité de la sjrnagague cesse à la destruction du temple^ et du peuple de Dieu, Immobilité de l'Eglise chrétienne.
En cherchant donc soigneusement dans l'Ecriture, je trouve que la synagogue ne devoit être
(OifcfaO/i. XXVI. 65, 66. — (») Joan. ix. aa.
absolument
lent réprouvée , qu'après qu elle auroit ac- ;nt fait mourir J&us- Christ. Bien plus,
vouloit encore attendre y jusqu'à ce qu elle prisé le grand signe qu'il lui devoit enpour reconnoitre le Christ ^ qui étoit celui 5surrection. Cette race infidèle cherche un ?t il ne lui en sera point donné d autre, que de Jonas le prophète, et le reste (0.
étoit pas assez que le Christ fût ressuscité ; ; que sa résurrection fût publiée^ et que la :e eût été préchée en son nom , en commenr Jérusalem ; ce qui ne se commença qu à fcôte.
étoit pas encore assez : car les apôtres ne se i pas encore de la communion du reste du
et quoiqu'ils fissent déjà un corps à part uns disciples , ils alloient au temple comme », et ils étoient reçus à y rendre le même ar encore qu'ils s'assemblassent dans la ga-* Salomon , et que personne n'osât se joindre léanmoins le peuple les glorifioit (^) , et on voit pas publiquement excommuniés, eut doac voir maintenant que ce qui est dit
Jean : çuils auoient conspiré entre eux , de de la sjnagogue ceux qui reconnottroient \ur Christ 0) : étoit plutôt une conspiration qu'un décret public. Il en étoit de même du de le faire mourir. Et en effet , tant s'en faut apôtres fussent excommuniés et exclus du
Jésus- Christ lui-même y prêchoit, y or-
A. XII. 39, 40' — ^^) AcU T* 12, i3y efc.-*(3)/(Mm. ix. 33. UET. IX, 19
donnoit, y iJtoit reçu, consuUé, écouté de tout le monde. Et tout ce qu on lit après contre les apôtrei par voie de fait , ne falsoit pas qu'ils fussent privés du culte public, ni queux-mémes s'en séparassait, comme on vient de voir. Cétoit un temps d'attente , oh plusieui*s gens de bien, qui pouvoient n'avoir pas vu les miracles de Jésus-Christ, demeuroient comme, en suspens. On venait cependiuU de toulm les villes à Jérusalem j pour y apparier les malades aux apôtres : an les expasoit à Vombre de saint Pierre (0; et la synagogue, quoique d^ sur le penchant de sa ruine , n'avoit pas encore pris absolument son parti.
C'est une chose admirable , comme Dieu la supportoit en patience, et combien de formalitéis et de dénonciations, pour ainsi dire, il pratiqua, avant que de répudier entièrement cette Epouse infidèle. Il semble que loi^qa elle en vint à répandre le sang de saint Etienne , elle eût rompu tout-à-fait avec " Dieu , et Dieu avec elle. Mais non ; car l'infidélitë de la ville de Jérusalem n'empéchoit pas que les Juifs de la dispersion n'écoutassent encore les apôtres. Ils entroient dans les synagogues où on leur of&oit la parole, comaie on faisoit à des frères et à de vrais Jui£i. On écoutoit paisiblement ce qu'ils disoient de Jésus, et on les invitoit à en parler encore une autre fois dans l'assemblée suivante. Et le samedi étant venu, toute la ville accourut pour entendre *la parole de Dieu de leur bouche. Alors les Juifs s'é« murent , et contraignirent les apôtres à leur décbh rer qu'ils alloient porter aux gentils la parole qu'ils
CO-rdfcf.v, i5, 16.
SUR LÉVANGILE. 29I
refusoient de recevoir : ce qui ëtoit une espèce de
rupture , puisque les apôtres s*en allèrent , secouant contre eux la poussière de leurs pieds. Voilà ce qui arriva à Antioche de Pisidie (0.
Mais la rupture nVtoit pas encore universelle; car ils continuoient à entrer dans les autres synagogues à leur ordinaire, et on leur y offroit encore la parole W. Ils alloient aussi comtne les autres à la prière commune dans Foratoire destiné à cet usage (3). Saint Paul parla paisiblement dans la synagogue à Thessalonique, durant trois samedis consécutifs (4). Il étoit écouté; et parloit aussi à Corinthe tous les samedis (^), prêchant toujours le Seigneur Jésus dans ses discours ; et ne s*en retiroit que lorsqu'il voyoit leurs blasphèmes manifestes , leur dénonçant toujours qu'ils alloient aux gentils , qui étoit comme le signal de la rupture : saint Paul demeurant pourtant toujours auprès de la synagogue, sans doute pour la fréquenter à son ordinaire, autant qu'on Ty recevroit (6).
Ce qui se passa à Ephèse sent un peu plus la rupture : car saint Paul y ayant prêché trois mois durant dans la synagogue avec une pleine liberté ; le blasphème de quelques-uns qui entraînèrent les antres, fit qu'il sépara ses disciples , et continua ses discours dans l'école d'un certain, nommé Tyran (?). Mais ce n'étoit rien iQoins encoi'e qu'une rupture absolue avec la synagogue, puisqu'après tout cela le même saint Paul étant arrivé à Jérusalem , par le conseil de saint Jacques et de tous les prêtres, se
(0 A€t.xiu. 5, et suiv. — W Act. xiii. i5. — k^) Ad. xvi. 1 3, 1 6. — (^ Aci, xTii. a. — . v5) AcL xviii. 4» — ^) ^*«^' 7- — {"HAct. xix. S, 9.
f%()a MÉDITATIONS
joignit à quatre fidèles qui avoient fait un vœu, et se sanctifiant avec eux, entra dans le temple, oùib oiTrirent leurs oblations , et accomplirent leur vœu, en témoignage de leur communion avec le service du Temple, et le peuple qui le fréquentoit (0, qui par conséquent nétoitpas encore manifestement réprouvé. Et pour pousser tout d*un coup la chose jusqu'à la fin des Actes, les Juifs que saiùt Paul trouva à Rome , lui déclarèrent que les frères de Judée coD* tens alors de l'avoir chassé du pays, ne leur aîHiieni rien écrit j ni rien fait dire contre luL Ce qui fit qa^ils Fécoutèrent encore un jour entier, depuis le matin jusqu'au soir (^).
Pendant ce temps -là, les gentils venoient en foule à TEglise , qui se formoit tous les jours de plus en plus. La persécution s'éleva de tous côtés à l'instigation des Juifs qui alloient partout pour animer les gentils , jusqu'à ce qu'ils excitèrent Néron à cette première et grande persécution , oik les deux apôtres saint Pierre et saint Paul moururent. Ce fut là comme le terme fatal marqué à la synagogue : car elle avoit pris alors universellement parti ccMitrc les fidèles. Les apôtres en allant au supplice, leur dénoncèrent le châtiment qui leur alloit arriver; Dieu setnbloit les avoir attendus jusque-là en patience, et leur avoir donné tout ce temps-là pour faire pénitence du déicide commis en la personne du Fils de Dieu. Mais enfin, n'ayant écouté ni lui, ni ceux qu'il leur envoyoit pour les obliger à se repentir, il lança le dernier coup, où l'on sait que la cité sainte fut mise en feu avec son temple^ avec
(■) Act. zxi. a3« eC #cuV.— \*) Ad, xxyiii. ai , aSv
SUR L*ÉVA]fGILE. SqS
toutes les marques de la dernière extermination qne Daniel avoit prédite. Ce fut alors que le peuple juif cessa absolument d*étre peuple, conformément à ce qu'avoit dit le même prophète : Et il ne sera plus le peuple de Dieui^).
On voit donc Fétat de TEglise dans cet intervalle. L'Eglise chrétienne commençoit par la prédication de la vérité , que Jésus-Christ et ses apôtres établirent par tant de miracles , et surtout piar celui de la résurrection de Jésus-Christ , qui étoit, quil le falloit reconnottre pour le vrai Christ. Aloi*s cependant la synagogue n'étoit pas encore entièrement répudiée, ni navmt pas tout-à-fait perdu le titre d*église, puisque les apôtres communiquoient encore avec elle, à son temple et à son service. C*étoit comme un temps d'attente , durant lequel se faisoit la publication de TEvangile. Il y en avoit alors ^ qui peut-être n*ayant pas vu par eux-mêmes les miracles de Jésus -Christ et de ses apôtres, et ne sachant encore que penser, voyant aussi qu'il se remuoit dans le monde quelque chose d'extraordinaire, demeuroient comme en- suspens, attendant du temps le dernier éclaircissement , et disant comme Gamaliel : Si ce conseil n est pas de Dieu, il se dissipera de lui-même ; s* il est de Dieu , vous ne pourrez pas le dissiper W. Ceux qui- demeuroient dans cette attente, dociles à recevoir la vérité quand elle seroit entièrement notifiée, pouvoient encore être sauvés , comme leurs prédécesseurs , en la foi du Christ à venir; parce qu'encore qu'il fût arrivé, la promulgation do sa venue n'avoit pas encore été
10 Dan. IX. 26. — C») Au. v. 36, 39.
294 MÉDTTATIOIV'S
faite jusqu*au point que Dieu avoit marque? , et api^ laquelle il ne vouloit plus tolérer ceux qui n'ajouteroient pas une foi entière à TEvangile. En attendant rÈglise judaïque demeuroit encore en état. Le Fils de Dieu itii donnoit toujours la même autorité qu^elle avpity pour soutenir et instruire les enfans de Dieu ; ne lui dérogeant la créance j que dans le point que Dieu avoit révélé par tant de miradeé. Car la croyance qu*il donnoit par ces miracles à TEglise chrétienne , ne dérogeoit qu*à cet égarj \ la foi de TEglise judaïque. L'Eglise chrétienne naissoit encore y et se formoit dans le sein de Féglise judaïque , et n étoit pas encore entièrement enfan* tée, ni séparée de ce sein maternel. G'étoit comme deux parties de la même Eglise , dont Tune plus éclairée répandoit peu à peu la lumière sur Fantre. Ceux qui résistoient ouvertement et opiniâtrement à la lumière , périssoient dans leur infidélité ; ceux qui demeuroient comme en suspens, en attendant le plein jour, disposés à le recevoir aussitôt qu'il leur apparoîtroity se sauvoient à la faveur de la foi au Christ futur, à la manière qu'on a vue ; la synagogue leur servoit encore de mère, et tenoit encore la chaire de Moïse jusqu'à un certain point Qu'on demandât : Quel Dieu faut -il a'oire? Les docteurs de la loi vous répondoient : Celui d'Abraham , qui a fait le ciel et la terre. Que faut-il faire pour son culte , et qu'en ordonne Moïse? Telle et telle chose. Faut-il attendra un Christ? Sans doute. Où doit -il naître? En Betliléem (0, tout d'une voix. De qui doit- il être fils? De David, sans hé-
(0 Match, II. 5.
SUR LÉVÀNGILE. SgS
8iter(0. Mais ce Christ, est-ce Jésus? Dieu le décla- Toit ouvertement; et on n'avoit pas besoin à cet égard de Tautorité de la synagogue : car il s*élevoit une autorité au-dessus de la sienne, qu il n*y avoit pas moyen de méconnoitre absolument. Ceux qui attendoient néanmoins ce que le temps devoit faire, pour la déclarer davantage , et qui se gardoient en attendant , à l'exemple d'un Gamaliel , de participer anx complots des Juifs contre Jésus - Christ et ses apôtres, faisoient ce que disoit le Sauveur : Faites ce qu'ils disent ; suivez ce qui a passé en dogme constant : mais ne faites pas ce quils font. Ne sacrifiez pas le juste à la passion et à l'intérêt de vos docteurs corrompus. L'autorité naissante de l'Egiise chrétienne suffit pour vous en empêcher. La synagogue elle - même n'a pas encore pris parti en corps , puisqu'elle écoute tous* les jours les apôtres de Jésus- Christ , et demeure comme en attente : Dieu le permettant ainsi, pour ne laissai* pas tomber tout-à-coup dans la synagogue le titre d'Eglise, et pour donner le loisir à l'Eglise chrétienne de se former peu à peu. La synagogue s'aveugle à mesure que la lumière croît : les enfans de Dieu se séparent. La lumière est-elle venue à son plein, par la destruction du saint lieu, par Texterminatidn de l'ancien peuple, et l'entrée des gentils en foule, avec un manifeste accomplissement des anciens oracles : la synagogue a perdu toute son autorité, et n'est plus qu'un peuple manifestement réprouvé. Cest ce qui devoit arriver 5elon les conseils de Dieu, dans cet entre - temps qui se devoit écouler entre
agS XÉDITÀTIOKS
la naissance de Jésus-Christ et la réprobation dé« clarée du peuple juif.
Mais cette diminution et cette déchëauce dW torité ne doit jamais arriver à l'Eglise chrétienne. On dit donc absolument à ses enfans : Vos pastenn et vos docteurs sont assis , non plus sur la chaire de Moïse y qui devoit tomber; mais sur la chaire de Jésus-Christ , qui est immobile. Faites donc ai tout et partout ce quils vous enseignent* Mais prenez garde seulement y s'ils sont mauvais , de séparer les exemples des particuliers , des préceptes et enseignemens soutenus^ur leur ministère.
Admirons donc cette autorité de TEglise diretienne, qui est en vérité le seul soutien des infirmes et des forts. Et admirons aussi comment Dieu a ôté rautorité à TEglise judaïque , plutôt par les choses mêmes , et par la destruction du temple et du peu* pie y que par aucun décret passé en dogme qui lui ait fait perdre créance.