‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 90 sur 189 · LXII.* JOUR · texte numérisé non relu

LXII.* JOUR

Docteurs juifs persécuteurs des prophètes : Leur

punition. Ibid. 39 **-* 36.

Voici le comble de l'hypocrisie : des actions de piété pour donner couleur au crime; comme de bâtir les sépulcres des prophètes. Qu'il est aisé de les honorer après leur mort, pour acquérir la liberté de les persécuter vivans ! Us ne vous disent plus mot , et vous pouvez les honorer sans qu'il en coûte k vos passions. On fait aisément les actes de piété qui ne leur font point de peine. On parera un autel; on y placera les reliques; tout y sera propre et orné; on bâtira des églises et des monas* tères : les actions de piété éclatantes, loin de rebuter, on s'en fait honneur. Venons à la pratique de la piété y et à la mortification des sens : on n'y veut pas entendre.

Les Juifs étoient prêts à faire mourir le prophète

{})Mauh. xxui. 37. — (») Ephes.Y. 12.

3lO 1ILDITÀ.TI0W»

par excellence et ses apôtres ; et 3s disoient : iSt nous eussions été du temps de nos * pères , nous n'eussions pas persécuté les prophètes. Vous êtes leurs vrais en/ans (0, puisque vous voulez ftire comme eux; et vous voulez avoir tout ensemble , et la gloire de. détester le crime , et le plaisir de vous satisfaire en le commettant. Mais vous ne tromperez pas Dieu. Au lieu de recevoir les vaines ex-' cuses que vous semhlez vouloir faire aux propbètes, il vous punira de tous les crimes que vous aurex imités y à commencer par celui de Gain, dont vous avez imité la jalousie sanguinaire (^). Le moyen de désavouer vos pères, est de cesser de les imiter. Que si vous les imitez , les tombeaux que vous érigez aux prophètes, serviront plutôt de monument pour conserver la mémoire des crimes de vos ancêtres ^ que de moyen de les éviter. C'est pourquoi il y a dans saint Luc (^) : en bâtissant leurs sépulcres , pendant que dans votre cœur vous d*ésirez d'en faire autant aux prophètes que vous avez parmi vous , vous montrez bien que cet extérieur de piété ne tend qu'à couvrir vos noirs> desseins , et à les exécuter plus sûrement en les cachant.

Remplissez la mesure de vos pères : et que tout le sang juste vienne sur vous depuis Abel (4). On mérite le supplice de ceux qu'on imite : Dieu n'îm- 'pute pas seulement le péché des pères aux enfans; mais encore celui de Gain , quand on en suit la trace : et il y aura parmi les méchans qui se seront imités les uns les autres une société de supplices,

(0 Matth. xxiii. 3o, 3i (») Ihid, 35. — (') Luc, xi. 48.—

(4) Mauh, XXIII. 35.

Stm I.*ÉVAWG1LE. 3ll

mme parmi les bons qui auront vécu en unité esprit y une société de récompenses. ^

Il prédit un supplice affreux aux Juifs : et en fet le monde n'en avoit jamais eu de semblable. Toi^ viendra fondre sur ceUe génération (0 : le mpsapprochoit, et ceux cpii étoient vivans le poncent voir.

Appliquons - nous à nous-mêmes ce que nous mens de voir. Chacun persécute le juste , lorsqu'on traverse, lorsqu'on en médit, lorsqu'on le tourente en cent façons. Et on dit en lisant la Vie H Saints, où l'on voit la persécution des fastes: t ne ferois pas comme cela; et on le fait, et on ne en aperçoit pas : et on attire sur soi la peine de rax qui ont persécuté les gens de bien.

Tout est écrit devant moi; je ne m'en tairai pas ; 9 njous rendraiXdi juste punition de vos péchés :je nettraidans votre sein vos péchés , et ensemble les léchés de ^os pères, et je mettrai dans leur sein à tleine mesure leur ancien ouvrage ip).

LXIIL' JOUR.

Lamentations , pleurs de Jésus sur Jérusalem, Ibid.

JàtiVSALEX , Jérusalem qui tues les prophètes, et mi lapides ceux qui ont été envoyés vers toi , combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfans , comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes , et tu ne l'as pas voulu ? Comme il a pleuré Jéru-

(0 Mauh. XXIII. 36. — C») Is. lxt. 6, 7.

3l9 MÉDITATIONS

salem ! Avec quelle tendresse il a présenté ses ailes maternelles à ses enfans qui vooloient périr! I7ii« pQuh, c'est la plu$ tendre de toutes, 1(^ nfères. Elle youdroit reprendre $es petits^ nop pa$ sous sey^ileSy mais dans son sein , s il^ ^ pouvoit : djgne d'être le symbole de U Q^isericorde divine*

Je trouve trois lamentations dans notre Sauveur^ dont celles de Jér^aiie n'égaleront jaauds la tendresse. A son eutré^ : ^hl si pi M^q^s ^u. mçùu en ce jour qui t'est encore donné , Cf quipeuÈ t' apporter la paix W\ Ici : Jérusalem^ Jérusalefn ! «le. M Allant au Calvaire ; filles de, féri/isaieni^ piBure% sur vous^n^iêmes...^ Heureuses le^ stérile^; l^g^reuses les entrailles qui n'ont pçint porté d'enfia,ns, ^t Us mamelles qui n'en, ont poi^ allaité (^) ! O fn^lheureuse Jérusalem! O âmes appela et rçt^çs! que vous avez été amèirement pleuréos ! Reyax\ez donc aux cris empressés de cettei mère charitable : ses ailes vous so^t €;ncore Quyertes. jàh ! pourquoi voulez-vous périr, maison d'Israël (4) î

F^ous ne me verrez point, jusquà ce que vous disiez : Bienheureux celui qui vient au nom du Sei^ gneur (5),

Ces dernières paroles depuis ces mots : Jérusalem^ Jérusalem : ont déjà été dites avant Fentréé du Sau* veur (6) ; et alors il vouloit dire qu'on ne le rêver* roit plus jusqu'au jour de cette entrée. Ici l'entrée étoit faite ; et il veut dire qu'il s en aUoit jusqu'au dernier jugement y qui n arriveroit pas que les

(0 Luc. XIX. 4a« — (*) Matth. xxiii. 37, — (3) Luc, xxiii. ad, «9.

— (4î Ezcch, xviii. 3i. — (5) 3faUh, xxiii. Z^ K^) Luc aun.

SUR L^ÉYAirGlLC. 3l3

é fassent retouroés à lui, et ne le reconnussent our le Christ.

Le Sauveur a achevé ce qu'il vouioit. U a tftabli autorité de la chaire de Moïse ; il a Êiit voir le» dus; il a expliqué le châtiment; il n'a pas tenu sa bonté qu*il$ ne Faient écouté : et ils ont voulu îrir. Q quel regret pour ces malheureux ! è quelle igmentation de leur supplice !

Apprenons à louer la miséricorde divine daas les gçmens les plus rigoureux; car ils ont toujours £ précédés par les plus grandes miséricordes.

Combien défais ai^f'evimiu! Ce n*est pas pour le fois que vous m'avez appelé , d la plus tendre i toutes les mères! et je nat pas écouté votre

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