‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 23 sur 81 · SUR L'INTÉGRITÉ DE LA. PÉNITENCE · texte numérisé non relu

SUR L'INTÉGRITÉ DE LA. PÉNITENCE

Trois caractères opposes des véritables et des fausses conyersioDs. eintes douleurs par lesquelles le pécheur trompe les autres ; douars imparfutes par lesquelles il s^impose à lui-aiéme : cause proiide d^nae séduction si snlitile. Confusîou nécessaire à un Trai hiitent : quelle est cette confusion : pourquoi est-elle due an pélenr. Comment les pécbeurs superbes et indociles cherchent à se ébarrasser de la honte qu*ils méritent : inutilité de tous leurs faux rémttes. Qui sont cens qui doivent entrer plus profondément ans cet état de confusion. Remèdes nécessaires pour conserver la race de la pénitence : combien ils sont méprisés ou né|;ligés.

îtans rétro secas pedes ejus, lacrymis cœpit rigare pedes ejus.

Madeleine se j'eUirU aux pieds de Jésus f commença à les layerde ses larmes. Luc. vu. 3%

Cjst-ce une chose croyable que Fesprit de séduction ioit si puissant dans les hommes, que non*seulement ils se plaisent à tromper les autres, mais qu'ils se

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liompent eux-mêmes, que leurs propres pensées les déçoivent, que leur propre imagination leur impose? Il est ainsi, clii-tf tiens , et cette erreur paroît piîncipalemenl dans l'affaire de la pénitence.

11 y a de certains pécheurs que leurs plaisirs engagent, et cependant que leur conscience inquiète; qui ne peuvent ni approuver ni changer leur vie ; qui n'ont nulle complaisance pour la loi de Dieu, mais que ses menaces étonnent souvent, et les jettent dans un trouble inévitable qui les incommode. Câ sont ceux-là, chrétiens, qui se confessent sans utilité, qui font par coutume un amusement sacrilège du sacrement de la pénitence ; semblables à ces malades foibles d'esprit et de corps, qui, ne pouvant jamais se résoudre ni à quitter les remèdes ni à les prendre de bonne foi, se jettent dans les pratiques d'une médecine qui les tue. C'est une semblable illusion qui nous fait voir tous les jours tant de fausses conversions, tant de pénitences trompeuses, qui, bien loin de délier les pécheurs, les chargent de nouvelles chaînes. Mais j'espère que Madeleine , ce modèle de la pénitence , dissipera aujourd'hui ces fantômes de péoitens, et amènera au Sauveur des pénitens véritables. Implorons pour cela le seconn d'en-baut par les prières de la sainte Vierge.

Lb cœur de Madeleine est brisé, son visage tout couvert de honte, «on esprit profondément attentif dans une vue intime de son état , et dans unç forte réflexion sur ses périls. La douleur immense qui la presse, fait qu'elle court au médecin avec àncérité i la honte qui l'accompagne , fait qu'elle se jette

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jette à ses pieds avec soumission ; la connoissance de ses dangers fait qu'elle sort d'entre ses mains avec crainte , et qu elle n est pas moins occupée des moyens de ne tomber plus y que de la joie d'avoir été si heureusement et si miséricordieusement relevée.

De là y Messieurs, nous pouvons apprendre trois dispositions excellentes , sans lesquelles la pénitence est ibfrUctueuse. Avant que de confesser nos péchés , nous devons être affligés de nos désordres ; en confessant nos péchés, nous devons être honteux de nos foiblesses ; après avoir confessé nos péchés , nous devons être encore étonnés de nos périls et de toutes les tentations qui hotis menacent.

Âmes captives du péché , mais que les reproches de vos consciences pressent de recourit* au remède \ Jésus a soif de votre salut : il vous attend avec pa« tience dans ces tribunaux de miséricorde que vous voyee érigés de toutes parts à Fentour de ses saints autels; mais il faut en approcher avec un cœur droit. Plusieurs ont une douleur qui tie les change pas y mais qui les trompe; plusieurs oht une honte qui veut qu'on la flatte, et non pas qu*on l'humilie; plusieurs cherchent dans la pénitence d'être déchargés du passé, et non pas d'être fortifiés pour l'avenir: ce sont les trois caractères de fausses conversions. La véritable pénitence a trois sentimens opposés : devant la confession sa douleur lui fait prendre toutes les résolutions nécessait-es ; et dans la confession sa honte lui fait subir toutes les humiliations qui lui sont dues ; et après la confession sa prévoyance lui

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&it embrasser toutes lejs précautions qui lui sont utiles : et c'est le sujet.de ce discours. <

FBEMIER POINT.

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PLVsiEums frappent leur poitrine , plusieurs disent de bouche et pensent quelquefois dire de coeiur ce Pecam tant vanté, que les pécheurs trov^ent si facile. Judas Ta dit devant les pontifes; Saûl la dit devant Samuel \ David Ta dit devant Nathan : mais des trois il n*y en a qu*UB qui Tait dit d*un cœur véritable* Il y a de feintes douleurs par lesquelles le pécheur trompe les autres , il y a des douleurs imparfaites par lesquelles le pécheur s^iinpose à luimême; et je pense qu^il n'y a aucun tribunal dc^vant lequel il se dise plus de feussetéS| que devant celui delà pénitence.

. Le roi Saiil, reprb hautement par Samuel l^ prophète d'avoir désobéi à la loi de Dieu , confesse qu'il a péché. « J'ai péché , dit-il , grand prophète , » en méprisant vos paroles et les paroles du Seigneur; » mais honorez-moi devant les grands et devant mon 3» peuple y et venez adorer Dieu avec moi » : Pec'cai/i} sed nunc honora me coram senioribus populi mei et coram Israël (0. Honorez- moi devant le peuple ; c'est-à-dire , ne me traitez pas comme un réprouvé, de peur que la majesté ne soit ravilie. C'est en vain qu'il dit , J'ai péché ; sa douleur , comme vous voyez, n'étoit qu'une feinte et une adresse de sa politique. Âh ! que la politique est dangereuse , et que les grands doivent craindre

(0 i* Jtog* XY. 3o.

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qu'elle ne se mêle toujours trop avant dans le culte qu ils rendent à Dieu ! elle' est de telle importance , que les esprits sont tentés d'en faire leur capital et leur tout. Il faut de la religion pour attirer le respect des peuples : prenez garde , ô grands de la terre , que cette pensée n'ait trop de part aux actes de piété et de pénitence que vous pratiquez. Il est de votre devoir d'édifier les peuples ; mais Dieu ne doit pas être frustré de son sacrifice ^ qui est un cœur contrit véritablement et affligé de ses crimes.

Mais je vous ai dit^ chrétiens, qu'il y a encore une tromperie plus fine et plus délicate , par laquelle le pécheur se trompe lui-même. O Dieu , est-il bien possible que l'esprit de séduction soit si puissant dans les hommes , que non - seulement ils trompent les autres , mais que leurs propres pensées les déçoivent ? il n'est que trop véritable. Non- seulement , dit TertuUien , nous imposons à la vue des autres , <c mais même nous jouons notre conscience » : Nostram quoque conscientiam ludimus (0. Oui j Messieurs, il y a deux hommes dans l'homme, aussi inconnus Vnn à l'autre que seroient deux hommes différens : il y a deux cœurs dans le cœur humain ; l'un ne sait pas les pensées de l'autre; et souvent, pendant que l'un se plaît au péché , l'autre contrefait si bien le pénitent , que l'homme lui - même ne se connoit pas, « qu'il ment, dit saint Grégoire, à son M propre esprit et à sa propre conscience » : Sœpe sibidese mens ipsa mentiturW. Mais il faut expliquer ceci et exposer à vos yeux ce mystèie d'iniquité.

(0 Ad Nation, Li,n. 16,-^ C») Pastor, /. ptwt, cap. ix, tom. 11,

t^8 fVK LIMTÈCRITÉ "

Le grand pape saint Grégoire nous en dontirra l'ouverture par une excellente doctrine, dans la troisième partie de son Pastoral. Il remarque judicieusement à son ordinaiie , que comme Dieu , dans la profondeur de ses miséricordes, laisse (luclquefois dans SCS serviteurs des désirs imparfaits du mal, pour les enraciner dans l'humilité; aussi l'ennemi de noire salut, dans la profondeur descsmalici^, laisse naître souvent dans les pécheurs tin amour imparfait de la jiisrice , qui ne sert qu'à nourrir leur présomption. Voici quelque chose de bien étrange, et qui nous doit faire admirer les terrildes jugcmens de Dieu. Ce grand Dieu, par une conduite impénétrable, permet que ses élus soient tentés, qu'ils soient attirés au mal, qu'ds chancêlent mûme dans la droite voie ; ils croient assez souvent que leur volonté leur est éciiappée , et il les alTermit par leur foiblesse ; et quelquefois il permet aussi que les jiécheurs se sentent attirés au bien , qu'ils semblent même j donner les mains, qu'ils vivent tranquilles et assort; et par un juste jugement , c'est leur propre assurance qui les précipite. Qui ne trembleroit derapt Dieu 7 qui ne redouteroit ses conseils? Par un cooteil de sa miséricorde , le juste se croit pécheur, et il s'bamilie ; et par un conseil de sa justice, le pécheur w croit juste , et il s'enfle et il marcbe sans o-ainte , et il périt sans ressource. Ainsi le malheureux Balaam, admirant les tabernacles des justes, s'écrie, comme touché de l'Esprit de Dieu : « Que mon ame meare n de la mort des justes (') » '. est-il rien de pins pieox que ce sentiment ? Mais après avoir prononcé leur

(■)iKtt/n.umi. lo.

BB LA PÉNITENCE. l49

mort bienheureuse , il donne aussitôt après des conseils pernicieux contre leur vie : « Ce sont les pro- » fondeurs de Satan » ; Altitudines Satanœ (0, comme les appelle saint Jean dans TApocalypse^ Tremblez donc, tremblez , ô p^fcbeurs, qa'une douleur imparfaite n'impose à vos consciences ; et que « comme il arrive souvent que les bons ressentent » innocemment l'attrait du péchë, auquel ils crai* » gnent d'avoir consenti ; ainsi vous ne ressentiez » en vous-mêmes un amour infructueux de la péni- «-tence, auquel vous croyez faussement vous^étre » rendus ». lia plerumque mali inutiliter compunguntur ad justitiam , sicut plerumque boni innoxih tenianiur ad Cidpam^ dit excellemment saint Gré* goire W.

Que veut dire ceci, chrétiens? quelle est la cause profonde d'une séduction si subtile? il faut tâcher de la pénétrer pour appliquer le remède, et attaquer le mal dans sa. source. Pour l'entendre , il faut remarquer que les saintes vérités de Dieu et la crainte de ses jugemens font deux effets dans les âmes ; elles les chargent d*un poids accablant , elles les remplissent de pensées importunes : voici , Messieurs, la pierre de touche. Ceux qui veulent se décharger de ce fardeau ont la douleur véritable ; ceux qui ne songent qu'à se défaire de ces pensées ont une douleur trompeuse. A.h ! je commence à voir clair dans l'abîme du oœur humain : ne craignons pas d'entrer jusqu'au fond à la faveur de cette lumière.

Par exemple , il y a de certaines âmes à qui Ten-

(•) ^poc. ir. i\. — i?) Pastor. part, m, cerp. x\x , tom. ii, col 87.

i5o SUE l'imtégrité

fer fait horreur au milieu de leurs attaches criminelles, et qui ne peuvent supporter la vue de. la main de Dieu armée de ses foudres contre les pécheurs impénitens. Ce sentiment est salutaire; et pourvu qu'on le pousse où il doit aller, il dispose puissamment les cœurs à la grâce de la pénitence. Mais voici la séduction : Tame troublée et malade , mais qui ne sent sa maladie que par son trouble, songe au trouble qui l'incommode, plutôt qu'au mal qui la presse : cet aveuglement est étrange ; mais si vous avez jamais rencontré de ces malades fôchenx qui: s'emportent contre un médecin qui veut arracher la racine du mal , et qui ne lui demandent autre chose; sinon qu'il appaise la douleur, . vous avei vu quelque image des malheureux dont je parle. La f!He avertît tous leà dirétiens d'approcher des judnts sacrémens; s'en éloigner dans un temps si saii^t, c'éât se condamner trop visiblement. Et en eifet, chrétiens, cet éloignement est horrible; la conscience en est inquiète, et en fait hautement ses plaintes : plusieurs ne sont pas assez endurcis pour mépriser ces reproches , ni assez forts pour oser rompre leurs liens trop doux et leurs engagemens trop aimables : ils songent au mal sensible , et ils négligent le mal effectif : ils pensent à se confesser pour appaiser les murmures, et non pour guérir les plaies de leur conscience ; et moins pour se décharger du fardeau qui les accable , que pour se délivrer promptement des pensées qui les importunent : c'est ainsi qu'ils se disposent à la pénitence.

On a dit à ces pécheurs, on leur a prêché qu'il faut regretter leurs crimes; et ils cherchent leurs

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regrets dans leurs livres; ils y prennent leur acte de contrition; ils tirent de leur mémoire les paroles qui l'expriment 9 ou Tirnage des sentimens qui le forment; et ils les appliquent ^ pour ainsi dire , sur leur volonté, et ils pensent être contrits de leurs crimes : ils se jouent de leur conscience pour se rendre agréables à Dieu. U ne suffit pas, chrétiens, de tirer de son esprit , conmie par machine , des actes de vertu forcés, ni des directions artificielles. La douleur de la pénitence doit naître dans le fond du cœur, et non pas être empruntée de Tesprit ni de la mémoire : elle ne ressemble pas à ces eaux que Fon fait jouer par machines et par artifice ; c'est un fleuve qui coule de source, qui se déborde, quiar* rache., qui déracine, qui noie tout ce qu'il trouve; elle fait un saint ravage qui détruit le ravage qu*a £siit le péché ; aucun crime ne lui échappe : elle ne fait pas comme Saûl , qui , massacrant les Amalécites^ épargne ceux qui lui plaisent.

Il y a souvent dans le cœur des péchés que Ton sacrifie , mais il y a le péché chéri ; quand il le faut égorger, le cœur soupire en secret , et ne peut plus se résoudre : la douleur de la pénitence le perce et l'extermine sans miséricorde ; elle entre dans Tame comme un Josué dans la terre des Philistins ; il détruit, il renverse tout : ainsi la contrition véritable. Et pourquoi cette sanglante exécution ? c'est qu'elle craint la componction d'un Judas, la componction d'un AntiochuSy la componction d'un Balaam, componctions fausses et hypocrites, qui trompent la conscience par l'image d'une douleur superficielle. La douleur de la pénitence a entrepris de dianger

l52 9UR L^IHTÉGEITÉ

Diea; mais il faut auparavant changer rhomme, et Dieu ne sie cbaoge jamais que par relTort de ce contrecoup. Vous craignes la main de Dieu et ses jugemens , c'est une sainte disposition ; le saint coii<^ cile de Trente veut ausaî que cette crainte vous porte à déteajker tous vos crimes (0, à vous affliger de tous vos excès y à haïr de tout votre coeur votre yie p^issi^e^ : H fa«t q^e vous gânisaîea de- vous voir dans m état si contraii^ & ta justice ^ à la sainteté, à riinmense charité de Dieu, à la grâce du christianifme, à la foi donnée, à la foi reçue, au traité de paix solennel que vous avec fait avec Dieu par J^us- Christ : il ftut que vous renonciez simplement et de bonncifoi à tous les autres engagemens, à toutes les au^tres alUances, à toutes les paroles données ccAtre vos premières obligations. Le faisons-nous, -du^é* tiens? nous le disons à nos confesseurs; mais nos œuvres diront bientôt le contraire.

<( Ah ! que ceux-là sont heureux , dit le saint Psal- » miste (?)y dont les péchés sont couverts » ! Cest, Messieurs, la douleur de la pénitence, qui couvre à pieu nos péchés. Mais que j'appréhende que nous ^ne soyons de ces pénitens dont Isaïe a dit ces mots : ce Us n ont tissu, dit ce saint prophète, que des toiles » d'araignées » : Telas araneœ texuerunt;... telœ eorum non erunt in vestimentwn , neque operientur operibus suis ; opéra eorum opéra imuilia,,.. cogi" tationes eorum cogilationes inutiles (^) : a leurs toiles » ne leur serviront pas de vétemens, leurs œuvres » ne les couvriront pas ; car leurs pensées sont des

(0 Stii. xrr. de Pœnit, cap, iy, de Contr, et Can. v. — (•) Ps. xxxi. f.-r>i^)/t. LU. 5,6,7.

DM LA PÉNITENCE. l53

» pensées vaiaes^ et leurs œuvres des œuvres inu- » tiles ». Voilà une peinture trop véritable de notre pénitence ordinaire. Chrétiens , rendons-nous capables d^ présenter au sauveur Jésus de dignes fruits de pénitence, ainsi qu'il nous Tordonne dans son Evangile; non des désirs imparfaits , mais des résolutions déterminées ; non des feuilles que le premier tourbillon emporte , ni des fleurs que le soleil dessèche. Pour cela brisons devant lui nos corars, et brisons-les tellement que tout ce qui est dedans soit anéanti : « Brisons , dit saint Augustin , ce cœur n impur, afin que Dieu crée en nous un cœur sanc- » tifié » : Ut creetur mundum cor, conteratur im' mundumi^). Si nous sommes en cet état, courons, MeSrieurs, avec foi au tribunal de la pénitence; poKtona-y notre douleur^ et tâchons de nous y re« vétii* de confusion.

SECOND POINT

C*EST une règle de justice que Féquité même a £ctée , que le pécheur doit rentrer dans son état pour se rendre capable d*en sortir. Le véritable état du pécheur, c'est un état de confusion et de honte; car i) est juste et très -juste que celui qui fait mal soit confondu; que celui qui a trop osé, soit couvert de honte ; que celui qui est ingrat n'ose parottre ; enfin que le pécheur soit déshonoré, lion- seulement par les autres, mats par lui-même, par la rougeur de son front , par la confusion de sa face , par le tremblement de sa conscience. Le pécheur est sorti de cet état , quand il a paru dans le

(>) Serm. xijl n, 3, tom. y, col, io3.

1^4 SUR l'intégrité

Dionde la tcle élevée , avec toute la liberté d'un fiont innocent. Il est juste qu'il rentre dans su confusion : c'est pourquoi toutes les Ecritures lui oi^ donnenL de se confondre, Confiuidimini , confundimini, domus Israël {') : « Confondes -vous, confon- >> dez-Tous, maison d'Israël u, parce que vous avez péché devant le Seigneur.

Pour Lien comprendre cette vérité, disons avant toutes choses ce que c'est que la confusion , et pourquoi elle est due aux pécheurs. La confusion , chrétiens, est un jugement équitable rendu par la conscience , par lequel le pécheur ayant violé ce qu'il y a de plus saint , méprisé ce qu'U y a de meilleur, trahi ce qu'il y a de mieux faisant, est jugé indigne de paroitre. Quel est le motif de cet arrêt ? c'est que le pécheur s'étant élevé contre la Tcrité même , contre la justice même , contre l'être même qui est Dieu; dans son empire, .i la face de ses lois, et parmi ses bienfaits; il mérite de n'être plus, et à plus forte raison de ne plus paroitre. C'est pourquoi sa propre raison lui dénonce qu'il devroit se cacher éternellement , confondu par ses ingratitudes; et afin de lui ôter cette liberté de parottre, elle va imprimer au dehors dans la partie la plus visible, la plus éminente, la plus exposée , sur le visage , sur le front même ; non point à la vérité par un fer brûlant , mais par le sentiment de son crime comme par une espèce de ferbrùJant, une rougeur qui le déshonore et qui le flétrit; elle va, dis-je, imprimer je ne sais quoi de déconcerté, qui le défait aux yeux des ho mmes et à ses propres yeux; marque

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certaine d'un esprit troublé , d'un courage tremblant^ d*un cœur inquiet, d'une conscience convaincue.

Le pêcheur superbe et indocile ne peut souffrir cet ëtat de honte, et il s'efforce d'en sortir. Pour cela, ou bien il cache son crime, ou il excuse son crime , ou il soutient hardiment son crime : il le cache comme un hypocrite; il l'excuse comme un orgueilleux; il le soutient comme un efironté. C'est ainsi qu'il sort de son ëtat, et qu'il usurpe impudemment à la face du ciel et de la terre les privilèges de l'innocence : c'est ainsi qu*il tâche d'éviter la honte ; le premier par l'obscurité de son action; le second par les artifices de ses vains prétextes; le dernier par son impudence. Ainsi au jugement dernier sera rendue aux pécheurs, à la face de tout l'univers , l'étemelle confusion qu'ils ont si bien méritée : là tous ceux qui se sont cachés seront découverts; là tous ceux qui se seront excusés seront convaincus ; là tous ceux qui étoient si fiers et si insolens dans leurs crimes seront abattus et atterrés.

Voici l'oracle de la justice qui lui crie : Rentre en toi-même, pédieur , i*entre en ton état de honte; tu veux cacher ton péché, et Dieu t'ordonne de le confesser; tu veux excuser ton péché y et bien loin d'écouter ces vaines excuses , Dieu t'ordonne d'en exposer toutes les circonstances aggravantes; tu oses soutenir ton péché, et Dieu t'ordonne de te soumettre à toutes les humiliations qu'il a méritées. « Confonds- » toi, confonds-toi, dit le Seigneur, et porte ton » ignominie » : Ergo et tu confimdere ^ et porta ignominiam tuam (0.

VO Ez€c1u XTI. Si.

l56 SUR LlNTÉCRITi:

Ne vous plaît-il pas, chrétiens, que nous mettions dans un plus grand jour ces importantes vérités? Ce pécheur, cette pécheresse, pour éviter de se cacher, tâche plutôt de cacher son crime sous le vuile delà vertu, ses trahisons et ses perfidies sous le titre de la bonne foi , ses prostitutions et ses adultères sous l'apparence de la modestie. Il faut qu'il vienne rougir non-seulement de son crime caché, mais de son honnêteté apparente : il faut qu'il vienne rougir de ce qu'ayant assez reconnu le mérite de la vertu pour la vouloir faire servir de prétexte, il ne l'a pas assez honorée pour la faire seiTÎr de règle : il faut qu'il vienne rougir d'avoir été si timide que de ne pouvoir soutenir les yeux des hommes, et toutefois si hardi et si insensé que de ne craindre pas ta vue de Dieu ; £rgo et tu canfundere, et porta ignomi' niam tuatn : « Confonds-toi donc, 6 pécheur, et » porte ton ignominie ».

Mais ce pécbear, qui cache aux autres ses d&ordres, voudroit se les pouvoir cacher à lui-même : il cherche toujours quelque appui fragile , sur lequel il paisse rejeter ses crimes : il en accuse Les étoiles, dit saint Augustin (0; ah! je n'ai pu vaincre mon tempérameut .- il eu accuse la fortune , c'est-à-dire'^ uns rencontre imprévue : il en accuse le démon ; Tai été tenté trop violemment : il fait quelque chose de plus ; il demande qu'on lui enseigne les voies di£toumées, où il puisse se sauver avec ses vices, et se convertir sans changer son cœur: « II dit, re> » marque Isaïe , à ceux qui regardent : Ne regardet » pas; et à ceux qui sont préposés pour voir : Ne

DE LÀ PÉNITEIVCE. l57

» voyez pas pour nous ce qui est droit ; dite^ious des » choses qui nous plaisent; trompee-nous par des er« » reurs agréables » : QuidicuntvidentibusiNoUtevi»^ dere ; et aspicientibut : Nalite aspicere nohis ea çuœ recta sont; loçuimim noiù piacentia; indete nobis er^ rares (0. « Otez-moi cette voie, elle est trop droite; » ôtez-moi ce sentier , il est trop étroit » : Auferte à me ^iam y decUnaie à me semitàm ip). Ainsi ^ par une étrange illusion, au lieu que la conversion véritable est que le méchant devienne bon , et que le pécheur devienne juste ; il imagine une autre espèce de conversion y OÙ le mal se change en bien , où le crime devienne honnête, où la rapine devienne justice; et si la conscience ose murmurer contre ses vaines raisons, il la bride, il la tient captive, il lui impose silence. Ergh et tu confundere : « Viens te confon* » dre ô pécheur » : viens , viens au tribunal de la pénitence, pour y porter ton ignominie; non-seu*lement celle que mérite Thorreur de tes crimes, mais celle qu'y doit ajouter la hardiesse insensée de tes excuses. Car est-il rien de plus honteux que de manquer de fidélité à son Créateur, à son Roi, à son Rédempteur; et pour comble d*impudence, oser encore excuser de si grands excès et une si noire ingratitude ?

[ C'est cependant ce que les pécheurs ne cessent de pratiquer au milieu de leurs dàordres : s'ils se sen» tent pressés par les remords de leur conscience, ils se retirent comme ] Adam dans le plus épais de la forêt : s'ils ne peuvent se cacher non plus que lui , [ ils tâchent ] de s'excuser à son exemple ; [ ils rejettent

(>) Is. XXX. 10. — (*) lUd. II.

l58 SUR L*lVTÉGmiTÉ

leurs fiiutes sur] Eve^ sur la fragilité , la complaisance , la compagnie , la tyrannie de Thabitude , la yiolence de la passion. Ainsi on n*a pais besoin de se tourmenter à chercher bien loin des excuses » le péché s'en sert à lui-même ^ et prétend se )ustifier par son propre excès. Quelquefois convaincus en leur cpnscienoe. de Fin justice de leurs actions , ils veulent seulement amuser le monde ; puis se laissant emporter eux-mêmes à leurs belles inventions, ils se les impriment en les débitant, et adorent le Vain fantôme qu'ils ont supposé en la place de la vérité : « tant » Ihomme se joue soi-même et sa propre consdenoe » : AdiOfi> nastram ^uoçue consciefitiam bulinms (0.

Dieu est lumière; Dieu est vérité; Dieu est juistice. Sous Tempire de Dieu ce ne sera jamais par de liRux prétextes, mais par une humble reconnoi»- Muce de ses péchés, qu'on évitera la honte étemeUe qui en est le juste salaire. Un rayon très -clair de lumière et de vérité sortira du trône , dans lequel les pécheurs verront qu'il n'y a point d'excuse valable qui puisse colorer leur rébellion ; mais au con* traire que le comble du crime c'est Taudace de l'excuser et la présomption de le défendis : Discoope^ rui Esau, reuela^i abscondita ejus ^ et celari non poterit (^) : « J'ai dépouillé le pécheur ; j'ai dissipé » les fausses couleurs par lesquelles il avoit voulu » pallier ses crimes ; j'ai manifesté ses mauvais des- » seins si subtilement déguisés, et il ne peut plus se }> couvrir par aucun prétexte 3> : Dieu ne lui laisse plus que son péché et sa honte.

Il veut que la censure soit exercée , et que les pé-

{})TerluW adNaU lib, i, /i. i6. — (») Jerem. xiix. lo.

DE LÀ péifiTEircE. iSq

cheurs soient repris ; <c parce que , dit saint Âugus- » tin (Oy s'il y a quelque espérance de salut pour » eux, c'est par-là que doit commencer leur guéri- » son ; et s'ils sont endurcis et incorrigibles , c^est 3i p.ar-là que doit commencer leur supplice ».

Cherchez donc des amis, et non des flatteurs ; des juges, et non des complices; des médecins, et non des empoisonneurs : ne cherchez ni complaisance , ni adoucissement, ni condescendance : venez, venez rougir, tandis que la honte est salutaire ; venez vous voir tels que vous êtes*, afin que vous ayez horreur de vous-mêmes, et que, confondus par les reproches, vous vous rendiez enfin dignes de louanges*

Et toi, pauvre conscience captive, dont on a de> puis si long-temps étouffé la voix, parle, parle devant ton Dieu; parle, il est temps, ou jamais, de rompre ce silence violent que l'on t'impose. Tu n'es point dans les bals, dans les assemblées, dans les divertissemens , dans les jeux du monde : tu es dans le tribunal de la pénitence; c'est Jésus-Christ luimême qui te rend la liberté et la voix , il t'est permis de parler devant ses autels. Raconte à cette impudique toutes ses dissolutions; à ce traître toutes ses paroles infidèles, ses promesses violées; à ce voleur public toutes ses rapines ; à cet hypocrite , qui trompe le monde , les détours de son ambition cachée ; à ce vieux pécheur endurci , qui avale l'iniquité comme l'eau, la longue suite de ses crimes; fais rougir ce front d'airain , montre-lui tout à coup d'une même vue les commandemens, les rebellions, les avertissemens, les mépris, les grâces, les mécon-

(0 De CorrepU et GraL cap, 2UY» n, 43» tom. x, coL 774*

l({0 •€& L*IJ!fTÉaAlTÉ

noimnoeSy les ontrageft redoublés parmi les bien*faits y TawiigleiiieQt accm par les lumières; eufin toute la beauté de h vertu , toute Ttfquilé du pré» oepte y a? ec toute Tinfamie de ses transgressionsy de ses infidélités» de ses crimes. Tel doit étire Tétat db pédieur quand il coftfiMse ses péchés. Qu'il cherche à se confondre lui-4iiiéme : s*il rencontre tin confes^ seur dont les paroles efficaces le poussent eu Fablme de son néant , qu'il s*y enfonce jusqu'au centre ; il iest bieti |nftte t ^il léi parla avec tendifesse, qu'il songe que » ft'esc q^ sa dureté qui lui attire cette itfflulgenoe, et qu'il se confonde davantage encore , de troufef lin si grand excès de miséricorde dans un si grand excès d'ingratilnde. Pécheurs /Voilà l'état oà voosveutMsus; humiliés» confondui, etparlei bontés et .p«r les ri|^eurs» ec'par tes grftoes et pat lee vengeances» et par l'espérance et par lii ctamtek Mais ceux qui doivent enti'er plus profondémedt dans cet état de confusion , ce sont , Messieurs , ces pécheurs superbes y qui y non contents d'excuser osent encore soutenir leurs crimes. « Nous les voyons » tous les jours qui les prêchent ^ dit l'Ecriture » et » s'en glorifient comme Sodome » : Pecàatum. suum sicut Sodoma prœdicaverunt (0. Ils ne trouveroient pas assez d'agrément dans leur intemperisince» s'ils ne s'en vantoient publiquement; « s'ils ne la faisoient n jouir, dit Tertullien, de toute la lumière du jour, » et de tout le témoignage du ciel » : At enim de^ Ucta vesïraj et htce omni, etnocte omnij ettÙd cœli conscientidfriumtur W, Les voyez-vous ces superbes qui se plaisent à faire les grands par leur licence \

(0 h. 111. 9. — («) Ad Nation, Lj,n. 16.

qui

1>E LA PÉKITEVCE. l6l

qui s^imaginent s*élever bien haut au-dessus des choses humaines par le mépris de toutes les lois ; à qui la pudeur même semble indigne d'eux, parce que c*est une espèce de crainte : si bien qu'ils ne méprisent pas seulement, mais qu'ils font une insulte publique à toute TEglise, à tout TEvangile , à toute la conscience des hommes. JElrgo et tu confundere: c'est toi, pécheur audacieux, c'est toi principalement qui dois te confondre. Car considérez, chrétiens, ^'il y a quelque chose de plus indigne que de voir usurper au vice cette noble confiance de la vertu. Mais je m'explique trop fqil^lement : la vertu dtas soninnocence n'a qu'une assurance modeste; ceux- •ci dans leurs, crimes vont jusqu'à J'audace, et contraigneot^piéme.la vertu de. trembler sops l'autorité .que le vice.se doune par son iqsolence.

Chrétiens , que leur dirons-nous? les paroles sont

peu efficaces^ pour confondre une telle arrogance.

.Qu'ils contemplent.leur Rédeinpteur, qu'ils jettent

lesyoux^sur cet innocent, juste et .pur jusqu'à Tin^

fini.;, il n'est chargé que de nos cr-imes. Ecoutez tou-

.te&is. comme il parle à J)ieu : « Vous voyez, dit-il,

» mes opprobres y vous voy^z: ma. confusion , vous

» vpyefl&jiia,hpnte » : Tu sois . improperium meum ,

. et cof\fmi(mem meam ,.et i^everentiam meami^). Ab!

; vous -yqye? .les opprobres que je reçois du dehors;

vous voye^la confi^ion qui me pénètre jusqu'au fond

de:rame;,vpus voyez la honte qui se répand jusque

sur ma face, T^l est L'état du pécheur, et c'est ainsi

. qu'il, est porté par un innocent ; . çt nous , pécheurs

(0 Ps, LXTIII. 20.

ifii suit L IKTÉCRITÉ

véritables , nous osons marcher encore la tête levée. Que ce ne soit pas pour le moins dans le sacrement de pénitence, ni aux pieds de notre juge. Considérons Jésus-Cbristen la présence du sien et devant le tribunal de Ponce Pilate : il écoute ses accusations, et il se condamne lui-même par son silence; il se tait par constance , je le sais bien, mais il se tait aussi par humilitéj il se tait par modestie; il se tait par honte,

Est-ce trop demander à des chrétiens que de les prier au nom de Dieu de vouloir comparoître devant Jésus-Cbrist , comme Jésus-Christ a comparu devant le tribunal de Pilate ? L'innocent ne s'est pas défendu; et nous, criminels, nous défendrons- nous ? il a été patient et humble dans un jugement de rigueur ; garderons-nous notre orgueil dans un jugement de miséricorde , où nous ne confessons que besoin ? Ah ! il a volontiers accepté sa croix si dure, si accablante; refuserons -nous la nôtre légère et facile, ces justes reproches qu'on nous fait , ces peines médiocret qu'on nous impose , ces sages précautions qu'on nous ordonne? Cependant les pécheui's n'en vealentpast les écouter, les absoudre, leur donner pour la forme quelque pénitence; c'est toutcequ'ils peuvent porter. Quelle est , Messieurs , cette pensée ? Si la pénitence est un jugemeot , faut-U y aller pour faire la toi , et pourn'y chercher que de la douceur? Oii sera donc la justice ? quelle forme de jugement en lequel on ne veut trouver que de la pitié, que de la foiblesse, que de la facilité, que de l'indulgence? quelle forme de jodicature en laquelle on ne laisse au juge que la patience de nous écouter, et la puissance de nous

DE LÀ PÉKITEKCK. l6'i

absoudre ; en retranchant de son ministère le droit de discerner les mauvaises mœurs, Tautoritë de les punir, la force de les réprimer /par une disciplina salutaire 7 O sainte confusion , venez couvrir la face des pécheurs! O Jésus, vous avez été soumis et modeste, même devant un juge inique; et vos fidèles seront superbes et dédaigneux , même à voti*e propre tribunal ! Eloignez de nos esprits une disposition si funeste : donnez-nous l'humilité prête à subir toutes les peines ; donnez-nous la docilité résolue à prati* ' quer tous les remèdes. Cest ma dernière partie que \e continue sans interruption , , parce que )e la veux traiter en un mot pour ne perdre aucune partie du temps qui me reste.'

TROISIÈME POINT

Il en faudrait davantage pour expliquer bien à fond toutes les vérités que f ai à vous dire. Trouves bon que pour abréger, sans m*engager à de longues preuves, je vous donne quelques avis que j*ai tirés des saints Pères et des Ecritures divines, pour cour server saintement la grâce de la pénitence. Premiè* rement craignez, craignez, je le dis encore une fois, si vous voulez conserver la grâce. Plusieurs s'approchent de la pénitence pour se décharger de la crainte qui les inquiète ; et après leur confession , leur folle sécurité les rejette dans de nouveaux crimes. J'ai appris de TertuUien , « que la crainte est l'instrur » ment de la pénitence » : Instrumenta pœniten* tiie (0 ^ idestmetu caruiu C'est par la crainte qu elle entre , c'est par la crainte qu'elle se conserve. Grand

(0 TertuU. dû PœnU. n. 6.

l64 SDR L INTÉGRITÉ

Dieu ! c'est la crainte de vos jugemens qui éliranle nnc conscience pour se rendre à vous. Grand Dieu 1 c'est la crainte de vos jtigemens qui affêimit une conscience pour s'établir fortemenc en vous. Vivez donc loojoms dans la crainle, et vous vivreR toujom-B dans la sàrete' : «La crainte, dit saint Cy- 11 prien , est la gardienne de l'innocence » : Timor innocentiœ custas (').

Mais encore que craindrez-vous ? Craigoeic les occasions dans lesquelles Votre innocence a fait tant de fois naufrage : ciaignez les occasions prochaines ; ■ car qui aime son péril, il aime ea mort : craignez même les occasions éloignées; parce que lors même que l'objet est loin, la foiblessede notre cœur n'est toujours que trop proche et trop inhérente, et que les moindres approches [peuvent renouveler toutes Ses premières impressions. ] Un homme^ dit TerEullien (■'), qui a vu dans une tempête le ciel mêlé avec la terre , % t^ni miHe objets tei-riblés ont len^ en tant de façons la mort présente y sonvent renonce ponr jamais à la nttvigaiïoii et à la mer. O mer, Je ne te vettai plus , ni te^ flots^ ni ttis abîmes , "m tes éGoèSs, contre lesqntels j'ai été ^ prèeti'éclKMer; je ne te verrai plus que sariéport, -encore «e serait IHiB sans fr^«ur^ taAt l'ima^ de moh:péril dbateurc présente & -ma ^nsée. C'«8t, mes Frères, ce'^'il Bchis fant faire :TettrésshiBtemeBtettDie(i, etdaDi l'asile de sa vérité', odiamedans un port, r^afdons <le ioÎR nos péril», «tles tempêtes qoi dotib cnt batttis, et'les vente '<}ni ndOs ont emportés; mais -de tooiiB y e&çBger 'témérairement, -6 Dieu, ue le faî-

{.') Eput.\, ad Dama. p. ^. — i?) DePttnit.n.'}.

DE LA ]*ÉN1TENGE. l6S

sons J^s. Hélas ! ô yaisseau fragile et entr*ouveri; 40 tçutea pfM*ts ^ miséraUe )Quet des flots et des v^nt3 iirités i tu te }^Ues e^cpre sur cette mer, dont le^ çatix spQt s\ sçmvent entras a^ fqpd de top paie ; ^ sais bien çp qqe )ô y^^^l (lûre î tu te rengages 4f^T^ çett0 intrigua qui Va efupofrttf si Iqiq hors du port ; tu renoues c^ çoçcimercf qui a saïU^vé eq toq cœur toutes les tenipete^ ; pt (i; ne te dëfies pf^s d^une foir Ltles^ trqp ^t trop ^puyent ej^périqf^^ntée. A4i ! tu qq doi^ plus ri^a att^^dr^ qu^Mn d^rnie^r naufrage qui te préaipiterî^ «^u f^ud de Tatiime.

Jusques ici , c^MTëtiens , fai parle ^ tQU3 indi^éT t^en^meut ; mai^ notre sainte pén^^nte sep[^le ma? yertir de donner en p(Ulicu}i|3r q^e}qi9^ ay^ ^ sçn sexe : plutôt , qu'ellp leur parte ^^ft^^^f pt quVlIç les instruise par S0Q watu eaiettgl^f Dans oçt|;0 4^* lioatesse prenne 'eflE$mip^^ qw «Ptr^ $îècle seinble afiecter^ Û ne sem; pas ifliutile aqip boR^tae^ [4'écpuf;ei^ les leçQns que ^adfleia^ dopq^ a^x pei^onqes 4ç son swe ÇA p^ptipulierr ] f^Ue r^paqd ses parfums , elle jett^ ses y^ins pmemens ^ ellfs péglige ses cher veux : AtodMn^3» imiter « WPYÇï^Ioïi, et honore? la pratique de la péniteAce, Vm de§ pr^c^tutions les plus nécessaires ppur copserver la gfSkçe 4^ \^ pénitence y c'est le retranohemept d^ yps v^pités : car n'estrce pas s'accoutumer îps^pi^leipent; ^ i(p girand mépris de son ame, que d'avoir t^pt d'attache à parer son corps ? La nécessité et la ppd^ur oi^t fait les premiers habits ; la bi^PSéapce sVp ét^nt mêlée ^ elle y a ajouté qpelques orpepieps ; la nécessité les avoit faits simples , la pudeur les faisoif; modestes ; la bienséance se contentoit de les faire propres, la eu-

l66 SOH t-'lRTÉaRlTÉ

riosité s'y ^tatit jointe , la profusion n'a plus de bornes : et pour orner ce corps mortel et cette boae colorée, presque toute la nature travaille, presque tons les métiers suent, presque tout le temps se consume, et toutes les richesses s'épuisent.

Ces excès sont crimineb en tout temps, parce qu'ils sont toujours opposés à la sainteté chrétienne, & la modestie chrétienne, à la pénitence chrétienne ; mais les peut-on maintenant soufTrir dans ces extrêmes misères où le ciel et la teire fermant leun trésors , ceux qui snbsistoient par leur travail sont réduits à la honte de mendier leur vie ; où ne trouvant plus de secours dans les aumônes particulières, ils cherchent un vain refuge dans les asiles publics de la ))auvreté , je veux dire les hôpitaux , où par la

DE LA PÉIVITENCE. 167 .

la chose la plus nécessaire à la chose la plus inutile. La nature qui ménage tout, jette les cheveux sur la tête avec négligence , comme un excrément superflu. Ce que la nature a prodigué comme superflu , la curiosité en fait une attache ; elle devient inventive et ingénieuse pour se faire une étude d'une bagatelle^ et un emploi d'un amusement. Est-ce ainsi que vous voulez réparer le temps et le ménager pour l'éternité? Madeleine ne le fait pas; elle méprise ces soins superflus, et se rend digne d'entendre « qu'il n'y a plus qu'une chose qui soit néces- » saire (0 ». Ahl que dans ces soins superflus les pensées si nécessaires [ trouvent peu d'entrée dans l'esprit y et moins encore dans le cœur^ ou sont bientôt oubliées et délaissées ] !

Mais y ô Dieu, pour qui vous parez-vous tant? ô Dieu, encore une fois, songez-vous bien à qui vous préparez cette idole? si vous vous êtes données à Dieu par la pénitence, pensez-vous lui pouvoir conserver long-temps sa conquête; pendant que vous laisserez encore flatter votre vanité à ces malheureuses conquêtes, qui lui arrachent les âmes qu'A a rachetées? Tu colis , quifacis ut coli possint W : « Tu fais plus que les adorer ^ parce que tu lui » donnes des adorateurs ».

Quittez donc ces vains ornemens à l'exemple de Madeleine, et revêtez-vous de la modestie; nonseulement de la modestie , mais de la gravité chrétienne, qui doit être comme le partage de votre sexe. Terfullien, qui a dit si sagement que la crainte étoit l'instrument de la pénitence, a dit avec le

CO Luc. X. 4a. — ^») TertuU. De IdoloL n. 6.

168 son l'imtEgrité

même bon sens , « que la gravite étoit la compagne « et l'instiument nécessaire poui* conservei' la pu- » dcur n r Quo pacto pudicittam sine instrumenta suo, id est sine grai-ilate tractahimus (') ? Je ne lé remarque pas sans raison ; je ne sais quelle fausse liberté s'est introduile en nos mœurs qui laisse perdre le respect; qui, sous pr(?texte de siniplicitf^, nourrit une entière licence ; qui étouffe toute retenue par un enjouement incouside'ri?. Aii ! je n'ose penser aux suites funestes de cette simplicité malheureuse.

11 faut de la giavité et du siîrieux pour conserver la pudeur entière, et faire durer long -temps la grâce de la pénitence. Chrétiens, que cette grâce est délicate , cl qu'elle veut être conservée précieusement'. Si voas voulez la garder, laissez-la agir dans toute sa force r quittez le péché et toutes ses suites ; arrachez l'arbre et tous ses rejetons; guérissez la maladie avec tous ses symptômes dangereux. Ne menez pas une vie bioitié sainte, et moitié profane; moitié chrétienne, et moitié mondaine; ou plutôt tonte mondaine et toute profane , parce qu'elle n'est qu'à demi-chrétiètine Et à demi-sainte. Qtie )e vois dans le monde de ces vies mêlées ! on fait profession de piété, et on aime encore les pompes du motide; on offre des isuvt^s de charité, et on abandonne son cœur à l'ambition. « La loi est déchirée , dit le saint » prophète, et le jugement n'est pas venu à sa per- » fection : Lacerata est lex , et non pervenit usque adjinem judicium (a). La loi est déchirée, l'Evangile , le christianisme n'est en nos mœurs qu'à demi ;

(■) De CulLfim. m. II, n- 8. — W Habac. i. f.

DE LA. PÉiriTEirCB. 169

noas cousons à cette pourpre royale un vieux lam- ]>eau de mondanité; Jésus -Christ ne se connott plus dans un tel mélange : nous réformons quelque chose après la grâce de la pénitence ; nous condamnons le monde en quelque partie de sa cause ^ et il devoit la perdre em tout point, parce qu'il n'y en a jamais eu de plus déplorée; et ce peu que nous lui laissons, qui marque la pente du cœur, lui fera reprendre bientôt sa première autorité.

Par conséquent, chrétiens, sortons de la pénitence avec une sainte résolution de ne donner rien au péché qui puisse le faire revivre; il faut le condamner en tout et partout , et se donner sans réserve à celai qui se donne à nous tout entyr ; premièrement dans le temps , par les bienfaits de sa grâce ; et ensuite dans Fétemité, par le pfésent de sa gloire* Afnen.

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