‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 22 sur 81 · P: C»IT · texte numérisé non relu

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DE LA péiriTEircs. x3t

» de Dieu » : et nomen Domini invocavi (0. Je me suis affligé de mes crimes , et )e me suis converti i celui qui les efiace ; on m*a sauve y parce qu'on m'a blessé ; on m*a donné la paix y parce qu'on m'a oïfensé; on m'a dît des vérités qui ont déplu premiè-^ rement à ma foîbiesse , et ensuite qui Font guérie» S'il est ainsi, dbrétiens, A la grâce de Jésus* Christ a Eût en vous quelque efièt semblable , courez vous-» mêmes après Icf Sauveur; et quoique cette course soit laborieqse , ne craignez pas de manquer de force. U faudroit ici vous représenter la foiblesse d'une ame épuisée par l'attache à la créature; mais comme je veux être court , j'en dirai s^iilemexit ce mot^ que f ai appris de saint Augustin , iqui ]'a appris de ï'a^ pôtre. L'empire qui se divise, s'afibiblit ; les forces qui se partagent, se dissipent : or il n'y a rien sur la terre de plus misérablement partagé que le cœur de l'homme; toujours, dit saint Augustin C^), une partie qui marche, et une partie qui se ttatne ; toujoui^s une ardeur qui presse, avec un poids qui accable ; toujours aimer et haïr , vouloir et ne voidoir pas, craindre et désirer la même chose. Pour se donner tout-à-fait à Dieu , il faut continuellement arracher son coeur de tout ce qu'il voudroit aimer s la volonté commande ^ et elle-même qui commande ne s'obéit pas ; étemd obstadé % ses désirs propres , elle est toujours ant mains avec ses propres désirs : ainsi , dit saint Augus^ tin , elle se dissipe elle - même ; et cette dissipation quoiqu'elle se fasse malgré nous , c'est nous néan*^ moins qui la fliisons.

(0 Ps, cxiv. 4* — W Conf, lUh vni, cap, ix, x, tom. i, col. i53y i54*

iSâ an» LA'FËKVEua

■ DftnsnneteUelao^eurde nos volonté dissip^'^

je le confesse, Messieurs, notre impuissance est extrême ; mais voyez le bon pasteur qui vous présente ses épaules. N'avez-vous pas ressenti souvent certaines volontés fortes desquelles , si vous suiviez i'inslinct généreux, rien ne vous seroit impossible. C'est Jésus -Cbrist qui vous soutient, c'est Jésus - Christ ^ui vous porte.

Que rcste-t-il donc , mes Frères , sinon que je vous exhorte à ne recevoir pas en vain une telle grâce : JVe in vacuum gratiam Dei recipialis (0. Pour vous presser de la recevoir , je voud rois bien , chrétiens , n'employerni l'appréhension de la mort , nî la crainte de l'enfer et du jugement , mais le seul attrait de l'amour divin. Et certes, en commençant de respirer l'air, nous devions commencer aussi de respirer, pour ainsi dire , le divin amour : ou, parce que notre raison empêcliée ne pouvoit pas vous connoître encore , â Dieu vivant , nous devions du moins vous aimer sitôt que nous avoDS pu aimer quelque chose. O beauté par-dessus toutes les beautés, ô bien par-dessus tom les biens, pourquoi avons-nous été si long-temps sans vous dévouer nos affections? quandnous n'y aarions perdu qu'un moment , toujours atuions-noui commencé trop tard : et voilà que nos ans se sont échappés, et encore languissons^nous dans l'amoar des choses mortelles.

O homme fait ik l'image de Dieu , tu conrs après les plaisirs mortels, tu soupires après les beautâ mortelles-, les biens périssables ont ga^né ton cœur : si tu ne connois rien qui soit au-dessus , rien de meil-

(0 //. Cor. Tl. I.

BE LÀ PélVITENCË. lli3

leur ni de plus aimable, repose -toi, à la bonne heure , en leur jouissance : mai» si tu as une ame éclairée d'un rayon de Tintdligence divine; si, en suivant ce petit rayon , tu peux remonter jusques aa principe, jusqnes à la source du bien, jusqties à Dieu même; si tu peux connoitre qu'il est, et qu*iL est infiniment beau , infiniment bon , et qu'il est toute beauté et toute bonté ; comment peux-tu vi* vre et ne Taimer pas ? Homme , puisque tu as un cœur, il faut que tu aimes ; et selon que tu aimeras y bien ou mal , tu seras heureux ou malheureux : dismoi, qu aimeras -tu donc? L'amour est fait pour l'aimable , et le plus grand amour pour le plus aimable, et le souverain amour pour le souverain ai-^ mable : quel enfant ne le verroit pas ? quel insensé le pourroit nier ?

C'est donc une folie manifeste, et de toutes les folies la plus folle , que de refuser son amour à Dieu qui nous cherche. Qu'attendons-nous, chrétiens? déjà nous devrions mourir de regret de Tavoir ou-> blié durant tant d'années; mais quel sera notre aveuglement et notre fureur, si nous né voulons pas commencer encore ! car voulons-nous ne l'aimer jamais, ou voulons-nous l'aimer quelque jour? Jamais; qui le pourroit dire? jamais ; le peut-on seulement penser? en quoi donc différerions -nous d'avec les démons? Mais si nous le voulons aimer quelque jour , quand est-ce que viendra ce jour? pourquoi ne sera-^ ce pas celui-ci? quelle grâce, quel privilège a ce jour que nous attendons , que nous le voulions consacrer entre tous les autres en le donnant à l'amour de Dieu ? tous les jours ne sont-ils pas à Dieu ? oui ,

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tous les jours sont à Dieu; mais jamais il n'y en a qu'un qui soit h nous, et c'est cplui qui se passe. Eh quoi, voulons-nous toujours donner au monde ce que nous avons, et k Dieu ce que nous n'avons pas? Mais je ne puis, dtrez-vous; je suis engagé. Malheureux, si vos liens son tst forts que l'amour de Dieu ne les puisse rompre ; malheureux, s'ils sont si foïbles que vous ne vouliez pas les rompre pour l'amour de Dieu. Ah! laissez démêler cette affaire : mais plutôt voyez , dans l'empressement que cette affaire vous donne, celui qui mérite l'affaire de Dieu ; Jésus ne permet pas d'ensevelir son propre Père. Mais laissez appaiser cette passion ; après, j'irai à Dieu d'un esprit plus calme. Voyez cet insensé sur le bord d'un fleuve, qui, voulant passer à l'autre rive, attend que le fleuve se soit écoulé ; et il ne s'aperçoit pas qu'il coule sans cesse. Il faut passer par-dessus le fleuve, il faut marcher contre le torrent, résister au cours de nos passions, et non attendre devoir écoulé ce qui ne s'écoule jamais tout-à-fait. - Mais peut-être que je me trompe, et les passions en efiêt s'écoulent bientôt. Elles s'écoulent souvent, il est Téritahle; mais une autre succède en sa place. Chaque âge a sa passion dominante; le plaisir cède à l'ambi-' tion , et l'ambition cède à l'avarice : une jeunesse emportée ne songe qu'à la volupté; l'esprit étant mari tont-à-fait , on veut pousser sa fortune , et on s'ebandonne à l'ambition ^ enfin dans le déclin et sur le retour, la force commence à manquer; pour avancer ses desseins, on s'applique à conserver ce qu'on a acquis, à le faire profiter, à bâtir dessus, et on tombe insensiblement dans le piège de l'avarice : c'est l'his-

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toire de la yîe humaine. L'amour du monde ne fait que changer de nom; un vice cède la place à un autre vice , et au lieu de la remettre à Jésus le légitime Seigneur, il laisse un successeur de sa race^ enfant conoune lui de la même convoitise* Interrompons au- )oard*Uui Iç cours de cette «ucc^ssion malheureuse : renversons la passion qui domine en nous; et de peur quune autre n*ea prenne la place, faisons promptement régner celui auquel le règne appartient. Il vous y presse par ses saints attraits ; et plût à Dieu que vous vous donnassiez, tellement à lui, que vous m'épargnassiez le soin importun de vous fair ouïr se& menaces. Mais comme il faut peut-être ce dernier effort pour vaincre notre dureté, écoutons les justes reproches d'un cœur outragé par nos indignes refus : c'est ma seconde partie.

SECOND POINT

Eircoas qu'un Dieu irrité ne paroisse point aux hommes qu'avec un appareil étonnant , toutefois â n'est jamais plus terrible qu'en l'état ob, je dois le représenter; non point, comme on pouiroit croire, porté sur un nuage enflammé d'où sortent des éclairs et des foudres; mais armé de ses bienfaits, et assis sur un trône de grâce.

C'est , Messieurs , en cette sorte que la justice de Dieu nous parott dans le nouveau Testament : car il me semble qu'elle a deux faces, dont l'une s^est montrée à l'ancien peuple , et l'autre se découvre au peuple nouveau. Durant la loi de Moïse, c'étoit sa coutume ordinaire de faire connoitre ses rigueurs

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par ses rigueurs mêmes : c'est pourquoi elle est toujours l'épée a la main, toujours menaçante, toujours foudroyante, et faisant sortir de ses yeux un feu dévorant; et je confesse, chrétiens, qu'elle est infiniment redoutable en cet ét'at. Mais dans la nouvelle alliance elle prend une autre figure , et c'est ce qui la rend sans aucune comparaison plus insupportable et plus accablante ; parce que ses rigueurs ne se forment que dans l'excès de ses mise'ricordes , et que c'est par des coups de grâces que sont fortifiés les coups de foudre, qui perçant aussi avant dans le cœur que l'amour avoit résolu d'y entrer, y causent une extrême désolation, y font un ravage inexptica]>le.

Vous le comprendrez aisément , quand je vous aurai dit en un mot, ce que tout le monde sait, qu'il n'est rien de si furieux qu'un amour méprisé et outragé. Mais comme je n'ai pas dessein dans cette chaire, ni d'arrêter long-temps vos esprits sur les emportemens de l'amour profane , ni de vous faire juger de Dieu comme vous feriez d'une créature, j'établirai ce que j'ai à dire sur des principes plus hauts, tirés de la nature divine , selon qu'elle nous est montrée dans les saintes Lettres.

Il faut donc savoir, chrétiens, que l'objet de la justice de Dieu, c'est la contrariété qu'elle trouve en nous; et j'en remarque de deux sortes : ou nous pouvons être opposés Ji Dieu considéré eu lui-même^ ou nous pouvons être opposés à Dieu agissant en nous ; et cette dernière façon est sans comparaison la plus outrageuse. Nous sommes "opposés à Dieu considéré

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en lai-même^ en tant que notre péché est contraire à sa sainteté et à sa justice; et en ce sens, chré^nSy comme ses divines perfections sont infiniment éloignées de la créature 9 Finjure qu'il reçoit^de nous, quoiqu'elle soit d'une audace extrême , ne porte pas son coup, ne fait pas une impression si prochaine, ne le touche pas de si près. Mais ce Dieu , qui est si fort éloigné de nous par toutes ses autres qualités, entre avec nous en société, s'égale et se mesure avec nous par les tendresses de son amour , par les pressemens de sa miséricorde qui attire à soi notre cœur. Comme donc c'est par cette voie qu'il s'efforce d'approcher de nous, l'injure que nous lui faisons en contrariant son amour , porte coup immédiatement sur lui-même; et l'insulte en retombe, si je l'ose dire , et fait son impression sur le front propre d'un Dieu approchant de nous, qui s'avance, s'il m'est permis de parler ainsi. Mais il faut bien , ô grand Dieu, que vous permettiez aux hommes de parler de vous comme ils l'entendent, et d'exprimer, comme ils peuvent , ce qu'ils ne peuvent assez exprimer comme il est.

C'est ce qui s'appelle dans les Ecritures, selon l'expression de l'apôtre en l'Epître aux Ephésiens, affliger et contrister l'Esprit de Dieu : Nolite contristare Spiritum sanctum Dei, in quo signati estisi^) : u N'attristez pas l'esprit saint de Dieu, dont vous » avez été marqué comme d'un sceau ». Car cette affliction du Saint-Esprit ne marque pas tant l'injure qui est faite à sa sainteté par notre injustice,

(0 Ephes, ly. 3o.

que l'extrême violence que souffre son amour méprifi^t sahonne voloutëfrusii ee par notre resiistance opiniâtre : c'est là, dit le saint apdtre, ce qui afflige le Saint-Esprit, c'est-à-dire l'amour de Dieu opérant en nous pour gagner nos cœui-s. Dieu est irrité contre les démons; mais cuoime il ne demande plus leur a0ection, il n'est plus centriste par leur rëvoUe. C'est à un cœur chrétien qu'il veut faire sentir ses tendresses; c'est dans un CŒur chrétien qu'il veut trouver la correspondance , et ce n'est que d'un cœur chrétien que peut sortir le rebut qui l'aflUge et qui le centriste. Mais gardons-nous bien de penser que cette tristesse de l'Esprit de Dieu soit semblable ^ celle des hommes : cette tristesse de l'Esprit de Dieu signifie un certain dégoût, qui fait que les hommes ingrats lui sont à charge ; et croyons que l'apôtre nous veut exprimer un certain «èle de justice, mais zèle pressant et violent qui anime un Dieu méprisé contre un cœur ingrat, et qui lui fait appesantir sa main et précipiter sa vengeance. Voilà, mes Frères, deux eiTetii terribles de cet amour méprisé : mais que veut dire ce poids, et d'où vient cette promptitude? il faut tâcher de le bien entendre. Jeveuxdoncdire,mesFrères, que l'amour de Oien' indigné par le mépris de ses grâces , appuie la main sur tiD cœur rebelle avec une efficace extraordinaire. L'Ecriture, toujours puissante pour exprimer fortement les oeuvres de Dieu , nous explique cette efficace par une certaine joie qu'elle fait voir dans le cœur d'un Dieu , pour se venger d'un ingrat : ce qui se fait avec joie, se fait avec application. Mais, chrétiens.

SB lA PEU ITENCE. tSg

e9t-il possible que cette joie de punir se trouve dans le cœur d*un Dieu , source infinie de bonté ? Oui , sans doute, quand ily est force par l'ingratitude : car écoutez ce que dit Moïse au chapitre vingt -huitième du Deutéronome : « Comme le Seigneui* s'est réjoui vous « accroissant , vous bénissant , vous faisant du bien ; » il se réjouira de la même sorte , en vous ruinant , - » en vous ravageant , en vous accablant » : Siùut anie Uetatus est Dominus super "vos , hene 'vchisfaviens ^ vosque tnultiplicans ; sic lœtabitur disperdens vos aUfue sub^eriens (0. Quand son cœur s'est épanché en nous bénissant ^ il a suiTÎ sa nature et son inclination bienfaisante ; mais nous l'avons centriste, mais nous avons affligé son Saint-Esprit, et nous avons changé la joie de bien faire en une joie de punir; et il est juste qu'il répare la tristesse que nous avons donnée à son Saint-Esprit , par une joie efficace, par un triomphe de son cœur, par un zèle de sa justice à venger notre ingratitude.

Justement , certes justement ; car il sait ce qui est dû à son amour victorieux, et il ne laisse pas ainsi perdre ses grâces. Non , elles ne périssent pas , ces grâces rebutées , ce« grâces dédaignées , ces grâces frustrées ; il les rappelle à lui-même, il les ramasse en son propre sein , où sa justice les tourne toutes^n traits pénétrans, dont les cœurs ingrats sont percés. C'est là , Messieurs , cette justice dont je vous parlois tout à l'heure ; justice du nouveau Testament, qui 8*applique par le sang , par la bonté même , et par les grâces infinies d*un Dieu rédempteur : justice d'ânes) Deut. XXV III. 63.

l4o SDR I,À PEUVEUR

tant plus terrible que tous ses coups de foudre sont des coups de grâces.

C'est ce que pre'voyoit en esprit le prophète lérémie, lorsqu'il a dit ces paroles : Fuyons, fuyons bien loin « devant la colère de la colombe , devant

u le glaive de la colombe » : Afacie irœcoUimhœ

àjacie gladii columètei'). Et nous voyons dansl'Apocalypse les réprouv(?s qui s écrient : « Montagnes, » tombez sur nous , et mettez-nous à couvert de la !i face et de la colère de l'Agneau u : Cadite super

nos , et ahscondite nos ah ira j4gni W. Ce qui

les presse, ce qui les accable , ce n'est pas tant la face du Père irrité ; c'est la face de cette colombe tendre et bienfaisante qui a ge'mi tant de fois pour eux , qui les a toujours appelés par les soupirs de sa miséricorde; c'est la face de cet Agneau qui s'est immolé pour eux , dont les plaies ont été pour eux une vive source de grâces. Car d'oti pensez-vous que sortent les flammes qui dévorent les chrétieDS ingrats? de ses autels, desessacremens, de ses plaies, de ce côté ouvert sur la croix pour nous être une source d'amour inlîni : c'est de là que sortira l'iodignation ; de là la juste fureur , et d'autant plus implacable qu'elle aura été détrempée dans la source même des grâces : car U est juste et très-juste qae tout et les grâces mêmes tournent en amertume à un cœur ingrat. O poids des grâces rejetées , poids des bienfaits méprisés , plus insupportable que le) peines mêmes ; ou plutôt et pour dire mieux , accroissement infini dans les peines ! Ab ! mes Frèi-es, que

tO Jertm. sxt. 38. ilïi. i6. — W Apoc. ti. i6.

DE LA PÉiriTElfCE. l4l

fappr^ende que ce poids ne tombe sur vous, et qu'il n'y tombe bientôt !

Et en effet y chrétiens, si la grâce refusée aggrave le poids des supplices, elle en précipite le cours: car il est bien juste et bien naturel qu'un cœur épuisé par Fexcès de son abondance , fasse tarir la source des grâces pour ouvrir tout à coup celle des vengeances; et il faut, avant que de finir, prouver encore en un mot cette vérité.

Dieu est pressé de régner sur nous ; car à lui , comme vous savez, appartient le règne , et il doit à sa grandeur souveraine de l'établir promptement. Il ne peut régner qu'en deux sortes , ou par sa miséricorde, ou par sa justice : il règne sur les pécheurs convertis par sa sainte miséricorde ; il règne sur les pécheurs condamnés par sa juste et impitoyable vengeance. Il n'y a que ce cceur rebelle qu'il presse et qui lui résiste , qu'il cherche et qui le fuit , qu'il touche et qui le méprise , sur lequel il ne règne ni par sa bonté, ni par sa justice , ni par sa grâce , ni par sa rigueur : il n'y souffre que des rebuts plus indignes que ceux des Juifs dont il a été le jouet.

Ah ! ne vous persuadez pas que sa toute-puissance endure long-temps ce malheureux interrègne. Non, non , pécheurs , ne vous trompez pas, le royaume de Dieu approche ; Appropinquavit (0 : il faut qu'il y règne sur nous par l'obéissance à sa grâce , ou bien il y régnera par l'autorité de sa justice : pins sont grandes les grâces que vous méprisez , plus la vengeance est prochaine. Saint Jean commençant sa

(0 Matth. III. 3.

l42 SUR LA FERVEUll DE LA PÉNITEKCB,

prédication pour aDnoncer le Sauveur, denonçoit à toute la terre que la colère alloit venir, que le royaume (le Dieu alloit s'approcher; tant la grâce et la justice sont inséparables. Mais quand ce divin Sauveur commence à paroUre, il ne dit jioint qu'il approche, ni que la justice s'avance", mais écoutez comme il parte ; n La cognée est déjà , dit-il , à la » racine de l'arbre » : Jam. securis ad radicem arborum posiUiesti'). Oui, la colère appiocbe toujours avec la grâce ; la cognée s'applique toujours par le bienfait même ; et la sainte inspiration , si elle ne nous vivifie, elle nous tue.

i.'] Ittatth. m. io.

SUA l'xHTÉGAITÉ BE LiL PiNITENCB. l43

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