‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 3 sur 81 · SUE LES VAINES EXCUSES · texte numérisé non relu

SUE LES VAINES EXCUSES

profession de la respecter, la renient néanmoins par leurs œuvres , et vivent comme si TEvangile étoit une fable : Obstupescite j cœli, super hoc (0! « O » ciel ! ô terre ! étonnez-vous d'un aveuglement â » étrange » !

Chrétiens, qu'avez -vous à dire contre l'Evangile de Jésus -Christ et contre ses vérités qu'on vous annonce ? est-ce que vous n'y croyez pas ? avez-vous renoncé à votre baptême? avez-vous effacé de dessus vos fronts l'auguste caractère de chrétien ? A Dieu ne plaise ! me direz - vous ; je veux vivre et mourir enfant de l'Eglise. Dieu soit loué, mon Frère, de ce que le dérèglement de vos mœurs ne vous a pas fait encore oublier votre religion et votre foi ; mais si vous avez du respect pour elle, si vous croyez , comme vous le dites,que ce que nous vous enseignons c*est la vérité , pourquoi refusez-vous de la suivre ? pourquoi vois - je une telle contrariété entre votre vie et votre créance ? Si veritatem dico vobis, quare non credilis mihi ? Avez-vous quelque raison , ou quelque excuse , ou du moins quelque prétexte vraisemblable ? dites - le - nous fianchement 3 nous sommes prêts de vous entendre.

Chrétiens , voici trois excuses que je trouve , sinon dans la bouche , du moins dans le cœur de tous les pécheurs : c'est là qu'il les faut aller attaquer pour les abattre , s'il se peut , aux pieds de Jésus et de ses vérités adorables. Ils répugnent premièrement à notre doctrine, parce quelle leur semble ti*op haute ; et ils disent que cette vie est au-dessus des forces humaines. Us y résistent secon-

(O/erem. II. ta.

dément y parce qu'encore qu'elle soit possible , elle choque leurs inclinations ; et ainsi il ne faut pas s'étonner si nos discours leur déplaisent. Enfin la troisième cause de leur résistance , c'est qu'ils se plaignent de nous-mêmes, ou que nous ne prêchons pas comme il faut, ou que nous ne vivons pas comme nous prêchons ; et ils se croient autorisés à mal faire en déchirant notre vie. Voilà , Messieurs y les froides luisons pour lesquelles ils méprisent les enseignemens que nous leur donnons de la part de Dieu ; où vous verrez qu'ils mêlent ensemble , le faux , le vrai , le douteux : tant ils sont obstinés à se défendre contre ceux qui ne demandent que leur salut. Car pour ce que vous nous reprochez que la vie que nous prêchons est trop parfaite , et que vous ne pouvez pas y atteindre, cela est faux manifestement; parce que Dieu si sage et si bon ne commande pas l'impossible. Que si la cause pour laquelle nous vous déplaisons , c'est que nous contrarions vos désirs ; pour cela nous confessons qu'il est véritable : aussi notre dessein n'est pas de vous plaire, mais de faire, si nous pouvons, que vous vous déplaisiez à vous-mêmes, afin de vous convertir à notre Seigneur. Enfin quand vous rejetez sur nous votre faute, et que vous dites que notre vie ou notre manière de dire en est cause; en cela peut-être que vous dites vi^ai, et peut-être aussi nous imposezvous. Mais qu'il soit vrai ou faux, notre faute ne vous justifie pas; et quoi qu'il soit de nous, qui ne sommes que foibles ministres , les vérités que nous annonçons doivent se soutenir par leur propre poids : c'est en peu de mots ce que j'ai à dire. Que

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