‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 35 sur 81 · LVIII. I · texte numérisé non relu

LVIII. I

a.^fî »nn l'aumÔmit.

feceril, et judiciian Dei sui non dereîiqiterit : fogatlt mejudicia justitiœ ; appiopint]uare Deo volunl (0. Us veulent s'approcher de moi, ils jeûnent et se tourmentent vainement. « Le jeune (jue je demande » consiste-t-il à faire qu'un homme afflige son ama » pendant un jour ■> ? Nnmrjuid taie est j'efuniiim qitod elegi , per diem af^i^ere hominem aninutn suani ('^)? Par conse'quent nul remède. Voici Qe'anmoins ce qu'il ajoute : n Tel est le jeune que je veux: » déctiargez le pauvre de son fardeau; délivrez les M oppressés des liens et de la tyrannie des mécbans-, » ôtez de dessus les épaules infirmes le fardeau qui » les accable; mettez en liberté' les captifs et rompes » le joug qui tes charge. Partagez votre pain avec » le pauvre, invitez en votre maison les mendians » et les vagabonds : quand vous verrez un homme » nu, revétez-Ie, et respectez en lui votre chair et ■ » votre nature. Alors votre lumière se lèvera aussi 11 belle que le point du jour, et votre santé' vous sera n rendue aussitôt, et votre justice marchera devant » vous, et la gloire du Seigneur vous rrcueillen. » Alors TOUS invoquerez le Seigneur, et il tous exa» u cera : vous crierez, et il dira : Je suis & Toàg. a Quand vous ôterez les chaînes aux captifs qui soot V parmi vous, quand vous cesserez de menacer les n malheureux et de leur^tenir des discoui'S inutiles, » quand vous am-ez répandu votre cœur sur les mî- » sérables et que vous aurez rempli les âmes affli- 11 gées ; votre lumière se lèvera parmi les ténèbres, » et vos ténèbres seront comme le midi. Et le Sa- » gneur vous donnera un repos éternel , et remplira

si: Il I. Al" M (» x\ î:. '.> [-j

^i votre ame de ses splendeurs, et il fera reposer vos

» os en paix ; et vous serez comme un jardin bien

» arrosé y et comme une source qui ne tarit pas ».

Afin que nous entendions que, sans Faumône, tout

est inutile : celui qui ferme ses entrailles, Dieu ferme

les siennes sur lui.

Ce qui presse le plus, c'est que cette miséricorde est nécessaire au salut des âmes. Jésus-CLiist à la croix pour sauver les âmes : entrer dans ses sentimens, et tirer nos frères de toutes les extrémités qui mettent leur ame dans un péril évident. Deux conditions opposées ont pour écueil de leur salut les mêmes extrémités : les premières fortunes et les der* nières; les uns par la présomption, et les autres par le désespoir arrivent à la même fin de s'abandonner tout-à-fait au vice. On aime l'oisiveté dans l'un et dans l'autre ; car l'un est si abondant qu'on n'a pas besoin du travail , et l'autre si misérable qu'oncroit que le travail est inutile. On ne veut travailler que pour éviter les maux extrêmes : on y est , on n'espère plus, on s'y habitue; plus de honte (*). Ce qui est le plus horrible, dans l'un et dans l'autre état on néglige son ame : là on y est poussé par l'applaudissement ; on s'oublie soi-même : et ici par le m^ pris de tout le monde ; on se néglige , on ne se croit pas destiné pour rien qui soit grand. La félicité est de manger : réduit à l'état des bêtes. Tels étoient ces pauvres fainéans , etc.

£n ces deux états on oublie Dieu. Les uns par trop

(*) H ne faut pas blâmer les pauvres honteux : la honte est le moyen pour les exciter au travail, et leur faire craindre la meDdicité. CcUe note est à la marge du nia.iiuait orif^inal.

a48 SUA L AUMONE.

de repoSy les autres par trop de misères croient qu*il n y a point de Dieu poiu* eux : le premier, point de justice : le second y point de bonté ; tous deux par conséquent, point de Dieu. Ces pauvres savoient* ils qu'il y eût un Dieu? un peuple d^infidèles parmi les fidèles; baptisés, sans savoir leur baptême; toujours aux églises, sans sacremens. Pour ôter les extrémités également dangereuses de ces deux états , loi de la justice divine que les riches déchargent les pauvres du poids de leur désespoir, que les pauvres déchai^nt les riches d'une partie de lem* excessive abondance. Aller akerius onera porlate : « Portes >» le fardeau les uns des autres (0 ». Prouvez aux pauvres que Dieu est leur Père; prouvez -leur les soins de la Providence : il est bon , tant de biens qu'il donne; cela ne les touche pas, rien pour eux : il a commandé de leur donner ; rien pour eux y on n'obéit pas. Prouvez donc sensiblement sa bonté en donnant. Les enrans,iis ne les ont que pour faire montre de leur misère : toute leur instruction est de savoir feindre des plaintes.

Passez â cet hôpital; sortez un pou hors de la ville, et voyez cette nouvelle ville qu on a bâtie pour les pauvres, Tasile de tous les misérables, la banque du ciel , le moyen commun proposé à tous d'assurer ses biens et de les multiplier par une céleste usure, llien n'est égal à cette ville; non, ni cette superbe Babylone , ni ces villes si renommées que les couquérans ont bâties. Nous ne voyons plus maintenant ce triste spectacle, des hommes morts devant la mort même, chassés, bannis, errans, vagabonds, dont personne

(') Gui. VI. 2.

SUR L AL* MO NE. i.^ij

ii^avoit soin ; comme s*ils n eussent aucunement ap* partenu a la société humaine. Là on tâche d'ôter de la pauvreté toute la malédiction qu^apporte la fai* néantise , de faire des pauvres selon TEvangile. Les enfans sont élevés, les ménages recueillis , les ignorans instruits reçoivent les sacremens. Sachez qu'en les déchargeant vous travaillez aussi à votre décharge; vous diminuez son faixleau, et il diminue le vôtre; vous portez le besoin qui le presse^ il porte Tadondance qui vous surcharge.

Venez donc offrir ce sacrifice. Deux lieux de sacrifice, Vautel et le tronc. « Vous êtes riche, opu- :» lente, disoit saint Gyprien à une dame, et vous » croyez célébrer les saints mystères , tous qui ne » daignez pas regarder les dons qu'on offre à Dieu , » vous qui venez au lieu où se fait Toblation sans ap- » porter votre part du sacrifice n : Locuples et diifes es, etdominicum celebrare te credis, quœ corban omnino non respicis^ quœ in dominicum sine sacrificio Denis (0. Ancienne coutume du sacrifice : char cun du pain et du vin pour Teucharistie ; le reste pour les pauvres; comme une continuation du sacrifice chrétien. Quoique Tordre de là cérémonie soit changé, le fond de la véiité est invariable , et toujours votre aumône doit faire partie de votre sacrifice.

Ne regardez pas seulement le trcmc de TEglise ; ayez-en un pour les pauvres dans votre maison : c'est un conseil de saint Chrysostômc , fondé sur ces mots de saint Paul : « Que chacun de vous mette à » part chez soi, le premier jour de la semaine, ce » qu'il voudra , amassant peu à peu selon sa bonne

(») De Oper et Eleemos. p. ^\i.

sSo SUR l' AU m6ke

» volonté (0 u. K Faites ainsi, dît saint Chrysos-

)i lôme(3), de votre maison une église; ayez-y un

» petit coffre , un tronc; soyez le gardien de l'ar-

.1 gent sacre; constituez-vous vous-même IVconome

u des pauvres : la cUaril^ et rhumanit^ vous confè-

u rent ce sacerdoce n : jépud le sepone, eit domum

Utam fac ecclesiam; arculom et gaxopkjlacium ;

esta citstos sacrte pccuniœ ; h tcipso ordinatus rfiJ-

pensalor pauperum : benignitoi et humanitas d/tt

tibihoc saccrdotium. « Que ce trône , continue saint

u Clu'ysost&me , soit placd dans le lieu où vous vout

11 retirez pour prier : et toutes les fois que voiu

Il y entrerez pour faire votre prière , comtneuces

11 par y déposer votre aumône , et ensuite vous i-e-

» pandiez voire cœur devant Dieu "i : Pauperumquc

arculom domi faciamus , ijiub juxta locum in qu»

stas oraas tita sii : et quoties ad orandum fueris in-

gressus , déporte primùm eleemosynam , et lune

einitle precalioitcin 0). <' Si vous en agissez ainù,

j) ce tronc vous servira d'armes contre le diable- Le

» lieu où est de'pose l'argent des pauvres est inaè-

a cessible aux démonsj car l'argent rassemblé pènr

», r^uiDÔoe met aae maison plus en sûretë qa« 1«

» bouclier, la lance, les armes, toutes les forces da

» corps, tontes les troupes des soldats. Vous don-

» nerez à votre prière des ailes pour monter au

9 ciel ; vous rendrez votre maison une maison saîate

» qui reofermera les vivres du roi (4). Et pour que

» la collecte prescrite par l'apôtre se fasse aiséateot;

(■)/. Cbr. iTi.i.— (>) tn EpUt.I.aiCor Hom. %t.m. tami x, pag. l{oi. ~ i?) IbiJ. pag. ^o^. — W Homil. de Ektmai. tom. m.

3» que chaque ouvrier, chaque artisan, loi^qu'il a » vendu quelque ouvrage de son art, donne à Dieu » les prémices , en mettant dans ce tronc une petite » partie du prix ; et qu*il partage avec Dieu de la » moindre portion de ce qu il retire de son travail. » Que Tacquéreur, ainsi que le vendeur, suivent ce » conseil ; et que tous ceux en général qui retirent 9 de leurs fonds ou de leurs travaux des fruits légi- » times, soient fidèles à cette pratique (0 ».

Ne prenez pas pour excuse le nombre de vos enfans : n*en avez -vous point quelqu'un qui soit décédé? ne le comptez-vous plus parmi les vôtres, depuis que Dieu Fa retiré en son sein ? pourquoi donc n'auroit-il pas son partage ? Mais puisque vous survivrez vous-même à votre mort, pourquoi ne voulez-vous pas hériter de quelque partie de vos biens? et pourquoi ne voulez- vous pas compter Jésus-Christ parmi vos héritiers? Quand vous laissez vos biens à voff héritiers , vous les quittez, et Us vous oublient : vous foites tout ensemble des fortunés et des ingrats. Quelle consolation d'aller à celui que vous Avez laissé héritier d'une partie de vos biens ! et je ne dis pas pour cela que vous attendiez le temps de la mort; et si vos enfans vivans vous reviennent; [écoutez] la grave exhortation de saint Cyprien.

« Mais vous avez plusieurs enfans et une nom- )• breuse famille ; vous dites que vos charges domes- » tiques ne vous permettent pas de vous montrer » libéral aux pauvres » : Atqui hoc ipso operari amplius debes, quo multorum pignorum paler es W :

(«) In Epist. /. ail Cor. Hom. xliii. tom. x, p. 4o6. — (>) S. Cjrprian. de Oper. et Eleemos.pag. 'jJS.

ara Sun ii'i/vMÔHB.

c^est ce qui vous impose Tobligatioa d'ane ckarittf plus abondante ; car vont avei plos de penoiuies popr desquelles yous deves appaiser Dieu, plaa de p^dbÀ à radiete^» plus d'ames à délivrer de la gtee, plos de Gonsciçocea. à nettoyer des fiiutes coatis meJlles aiixqoeU^ notre fimgUité ei^ sujette , et dt tmi.t de ,tentatÎQns auxquelles dUe. est exposée. Toua ^tes pr^trQ dms. votre &mtlle » vous deves instruire^ fidre la prière pQur tom^ sacrifier, pour tous : et comme, vous augmentes. votre table et la dépense de Yotfei^anqn, fdon jle nombre de vos enfiuis, pour ç^tpet^nir cette vie mortelle^ ainsi pour nourrir en eiix ortte>rie céleste et divine : « autant que le

» flpqbre des.enfaiis s'accroît, autant devea*^vons .9 fnidtipUer la dépense des bonnes œuvres • P. Qm^ mn^diorJiserUp^gi¥»nm^ açpia, esse 0 ^ffmvm dê^ bet mt$for impema (0« Ainâ Job multiplioit ses sacrifices selon le nombre de ses enfens , et autant qu'il en avoit dans sa maison , autant le nombre de SCS victimes étoit-il multiplié devant Dieu ; et pour expier les péchés que l'on commettoit tous les jours, il oiTroit aussi tous les jours des sacriQces pour les expier. Si donc vous aimez vos enfans, si vous ouvrez sur leurs besoins la source d'une charité et d'une douceur^ véritablement paternelle , recommandez-les à Dieu par vos bonnes œuvres ; qu'il soit leur tuteur, leur curateur et leur protecteur : soyea le père des enfans de Dieu , afin que Dieu soit le Père de vos enfans. Vous qui donnez l'exemple k vos enfans de conseiTer plutôt le patrimoine de la terre que celui du ciel, vous êtes doublement cri-

C') S. Cjpr. (le Oper. et Eleemos. pag. 243.

SUR L*ÀUMOA'£. ^53

minel ; et de ce que vous n acquérez pas à vos en* fans la protection d'un tel Père, et de ce que de plus vous leur apprenez à aimer plus leur patri» moine que Jésus -Christ même et que riiéritage cé< leste. Soyez plutôt à vos enfans un père tel qu'étoit Tobie, qui crut qu'il ne pouvoit laisser au sien d'héritage plus assuré que la justice et les aumônes. Ne laissez pas tout à vos héritiers ; songez à hériter vous-même de quelque partie de vos biens.

Voilà donc, si je ne me trompe, l'obligation établie, et les excuses rejetées qui paroissoient les plus légitimes. Le croyez- vous, mes Frères? si vous ne le croyez pas, vous le croirez un jour, quand vous entendrez le Juge n'alléguer pour motif de sa sentence que la dureté à faire l'aumône : si vous le croyez , voyez la manière [ de vous en acquitter ].

SECOND POINT

Jésus- CnisT crucifié nous apprend trois choses [ qui sont de faire l'aumône] avec pitié, avec joie, avec soumission. La première , c'est la compassion ; [ elle nous est nécessaire pour imiter notre grand pontife , dont l'apôtre dit ] : « Le pontife que nous » avons n'est pas tel qu'il ne puisse compatir à » nos foiblesses; mais il a éprouvé comme nous » toutes sortes de tentations et d'épreuves, hormis » le péché SI : Non enim habemus pontijicem qui non possii compati infirmitaUbus nostris ; tentatum autem per omnia pro similitudine absque peccato (0. « J'ai compassion de ce peuple, dit Jésus-Christ; n parce qu'il y a déjà trois jours qu'ils demeurent

CO lUh, ly. i5.

1) continuellement avec moi, et ils n'ont rien à man- Il ger H : Mtsereor super turbain ,■ quia ecce fam triduo sustinent me, nec habent çuod manducent (<)( La première aumône venoit du cœur.

Jé.>ius-Clirist perpétue en deux sortes le souvenir de sa passion pour nous y faire compatir : en l'eucbaristie, et dans les pauvres. Hoc facile in meam comntemoralionem ,- « Faites ceci en mémoire de » moi 'I , l'aumûnu aussi bien que la communion. Se souvenir avec douleur de sa passion, en l'un et en l'autre , avec cette seule diOerence que là nous recevons de lui la nourriture, ici nous la lui don» DOOS ; f/oc Jacite in meam comnemoratione.m {"A. Image des peines de JésuS'Christ dans les pauvres ; soulagez-les donc; [loc JacUe in meam commemO' raiionem. Voulez-vous baiser les plaies de Jésus î assistez les pauvres : son côté ouvert nous enseigm la compassion; ce grand cri qu'd fait à !a croix, par leijutl les pierres sont fendues, nous recommande ]es pauvres. Entrez dans ces grandes sales , [ quelle] infinie variété de misère par la maladie et par U fortune ! marque de l'infinité de la malice qui est dans le péché. Portez-lui compassion, soulagez-la: ébranlez les cœurs pour ouvrit^ les sources des aamânes. [Je dis que vous devez le faire avec] plaiàrt [à l'exemple de Jésus^hrist] « qui a souQèrt la croix M avec tant de contentemeut» : Proposito sibi gaudio sustinuit crucem (3). Quel plaisir parmi cet abîme [ de souffrances ] ! plaisir de soulager les misërable»^ plaisir qui le pressoit aufond du cœur. « Je dois étn, n disoît-il, baptisé d'un baptême; et combien mc

l>) tforc. Tiii. a. — W itte.xiii. ig. — /7eir. xn.a.

SUR LÀUMÔNE. ^ 25î>

31 sens* je presse jusqu'à ce quil s'accomplisse » ? BapUsmo habeo baptizari; et guomodo coarcior us^ que dum perficiaiur (0 ? [Presse] dans Fintime au milieu de ses répugnances.

[Voyez] Job comme il sentoit ce plaisir : « Si j'ai » refusé aux pauvres ce qu'ils youloient^ et si j'ai fait » attendi*e en vain les yeux de la veuve ; si j'ai mangé 9 seul mon pain , et si l'orphelin n'en a pas mangé n aussi ; car la compassion est crue avec moi dès » mon enfance , et elle est sortie avec moi dès le sein » de ma mère : si j'ai négligé de secourir celui qui » n'ayant point d'habit mouroit de froid, et le pauvre » qui étoit sans vêtement : si les membres de son » corps ne m'o nt pas béni, lorsqu'ils ont été réchauf- » fés par les toisons de mes brebis ». Si negauîquod ^olebantpauperibusj etoculos viduœ expectarefeci: si comedi bucceUam meam solus, et non comedit pypillus ex ea ; quia ab infantia mea crei^it mecum miseratio j et de utero matrîs meœ egressa est mecum : si despexi pereuntem eb quhd non habuerit in-dumenium , et absque operimento pauperem : si non henedixerun t mihi latera ejus , et de velleribus ovium mearum calefactus est (^).

[ Que] saint Paul [avoit bien goûté la douceur de ce plaisir] ! « Votre charité , moucher frère, écrit-il » à Philémon, m'a comblé de joie et de consolation, » voyant que les cœurs des saints ont reçu tant de D soulagement de votre bonté » : Gaudium enim magnum habui etconsolationem in charitate tua; quia viscera sanctorum requieveruntper te^f rater P).

Ce plaisir a dilaté le cœur de Jésus : il n'a point

(0 Lue. XII. 5o. — (') Job. xxxi. i6, 17,18, 19, ao. — 1^) Phil. 7.

a!)R BCn LACIMÙKF..

voulu donner de bornes à cette ardeur d'obliger, ce déïir de bien faire. Donnez-moi que j'entende , A4| Jesua , l'étendue de voirc cœur. Le plaisir d'obligei» * a liiit qu'il a voulu ^Ire le Sauveur de tous, lintroa» dans retendue de ce cœur : comme [il a porte] (ouA l«j péchés, ainsi nous devons nous cbarger de lout«»' les misères. C'est le dessein de cet hûpîtal [qui ren- i ferme] Tuniversalitë de tous les maux. Ji^sus-ChrisC [a pris] tous les nAtre:), nous devons aussi prendre tous les siens; et nous verrions périr une telle iiis-.| litution ! I

S.oServirlespauvres avec soumission. Jésus-Christ î lave les pieds à ses disciples. Ea-emplum dotiivoèhi^^i*] « Je vous ai donné l'exemple " ii la croix. « Le Fîi* J » de l'homme n'est pai> venu pour être servi, mai». | » pour servir et pour dunner ta vie pour la nSdeinp-' I u tion de plusieurs u : JVoa -l'en/1 minisirart , sei^X ntùiistrare j et dare animarn juam redemptioneinpro *

IBUÛit W. ..-.(..

« Abraham , dit taint Piare Chrysolofpie , oublie » qu'il est maître dès qu'il voit oo étranger » : Fito peregrmo , domùuim se «n« aesdtfù &, Ayant taak de serviteurs et une si nombreuse lamille, il prenait néanmoins pour son partage le soin et l'oUigatiMi de servir les uécssùteux. Aouitdt qu'ils s'appradteat de sa maitoQ , lui-méoie s'avance pour les recevoir, lui-mâme va choisir dans son troupeau ce qu'il y a de plus délicat et de plus t«idre , lui-même prwidle soiu de servir leur table. Ce père des croyana vtfvt en esprit J^sos-Christ serviteur des pauvres, et voyant

(0 Jmin. Kiu. i3. ~- (•) !UaUi. xx. iS. — ('} Serm. cxsi. de Divit.

SUR l'auiIône* àS^

les pauvres .être ses images, il ne songe plus qu'il est le maître. En sa présence sentant ou son autorité cessée devant une telle puissance ^ ou sa grandeur honteuse de paroi tre devant une telle humilité, il oublie qu il est maître : DonUmun se esse nesciviL C'est ce. qu'il nous faut imiter , si nous voulons être enfans d'Abraham. « Seigneur, dit Zachée à Jésus* » Christ, je vais donner la moitié de mes biens aux n pauvres » : Dinudàun bonorum meorum do pau*^ peiri^us. Sur quoi notre Seigneur dit : Cette maison a reçu aujourd'hui le salut *, «c parce que celui-ci est » aussi enfant d'Abraham » : Eb qubd et ipse filius sic Abrahœ (0. Servons donc les pauvres pour être enfans d'Abraham, et suivre les vestiges d'une telle foi.; faisons nos affaires dans les calamités des autres; ne. méprisons point nos semblables; [usons à leur égard d'une grande ] condescendance ; [ imitons l'apôtre, qui témoigne tant de charité et d'empressement pour les servir. ] ce Maintenant , dit-il , je m'en » vais à Jérusalem porter aux saints quelques aus> mônes : car les Eglises de Macédoine et d'Achaïe » ont r^lu , avec beaucoup d'affection , de faire » quelque part de leurs biens à ceux d'entre les » saints de Jérusalem qui sont pauvres. . . Je vous c6n- » jure donc, mes Frères , par Jésus-Christ notreSei- » gneur, et par la charité du Saint-Esprit, de comr » battre avec moi par les prières que vous ferez à 9» Dieu pour moi; afin qu'il me délivre des Juifs in- » crédules qui sont en Judée , et que les saints de » Jérusalem reçoivent £aivorablement le service que

(0 Luc, SIX. 8, 9.

aSS sun l'aumôï

n je vais leur rendre u : Nune igitur proJicUcar iti Jérusalem miaislrare sanctis. Probauerunt enim Macedonin et Achaia collalionem alifjuam Jacere '.Il pauperes sanclorum qui sunt in Jérusalem... 06- !ecro ergo vos , Fralres , per Donùnum nostrum Jemm Christum , ei per charitatem sancii Spirilàs , ut adjuvetis me in orationcbus veslris pro me ad Deum ; ul libérer ab inJideUbus ejui siuit in Judœa, et obsetfuii uiei oblalio accepta fiai in Jérusalem sanctis i').

Adoucir leurs esprits, cnlmer leurs mouvemens impétueux: nul mépris, nul dédain; Jésus-Cbrîst en eux, les servir, vouloir leur plaire.

TROISIÈME rOINT.

Lb fonds [ pour leur subsistance se trouvera dans le]retrancbemeat des convoitises. Jésus-Cbrist est-il venu pour découviir de nouveaux trésors, ouvrir de nouvelles mines , donner de nouvelles richesses î [non sans doute. J Les présens du Dieu créateur [gudisent]; mais les passions engloutissent tout : il les faut réprimer; c'est la grâce du Dieu sauveur, du Dieu crucifii; ; c'est le fonds qu'il assigne. Sa croix est le retranchement des passions : [elle doit opérer la] circoncision du cœur: [parle] baptême, [noas nous sommes engagés à] l'abnégation des pompes du monde.

Excès des convoitises [ condamné par ces paroles du Sauveur] ; CoHigiCe f/tue superavertint fragmenta i"*) : « Ramassez les morceaux (jui sont restés u.

Retranchement nécessaire, autrement votre aumône n'est pas un sacrillce. [Retrancher] le jeu, l')/fûm kv. a5, a6, 3q, 3i. — ('' Jou.i. vi. i a.

6 t R L A L MO .\ K. 'AJ<)

[où l'on en voit qui deviennent] « subitement pau- » vies y ou dans un instant rickes » : Subito egenles, repente divites. « Leur état et leur fortune se chan- » gent avec la même volubilité que les dés qu ils » jettent » : SinguUs jactibus êtatum mutantes ; ver" salur enim eorum vita ut tessera. a On 8*y fait un » jeu du danger, et un danger du jeu : autant de » mises y autant de ruines » : Fit ludus de periculo , et de ludo pericuhan : quot propositiones , tôt pro^ scriptiones (0. Le jeu oîi par un assemblage mons< trueux on voit régner dans le même excès et les dernières profusions de la prodigalité la plus déréglée , et les empressemens de Tavarice la plus honteuse : le jeu oh l'on consume des tréfioi*s immenses , où on engloutit les maisons et leg héritages , dont Ton ne peut plus soutenir les profusions que par des tb^ pines épouvantables : on fait crier mille ouvriers ; [ on prive le mercenaire de sa récompense , ses do* meslîques de leur salaire , ses créanciers de leur bien ] ; et cela s appelle jouer : jeu sanglant et cruel où lt& pèrqs €t les mères dénaturés se jouent de la vie de leurs enfans j de la subsistance de leur famille [et de celle des pauvres. ]

* Donnes libéralement : « Imitez dans Topposé la » sangsue de Salomon » : Salomonis sanguisagam in eontrarium œmulato; Affer, affer; « Donnez ^ » donnez». Pourquoi tant de folles dépenses? pour*quoi tant d*inutiles magnificences? amusement et vain spectacle des yeux , qui ne fait qu'imposer vainement, et à la folie ambitieuse d:'s uns et à Faveugle admiration des autres. Cuncta inter furorem

CO S. Amhr. Uh. de Tobia, cap. xi, tom, i, co/.6oa, 6o3.

afîo sus LAtlMÔHE.

edentis et spectantis errorem , prodlgd fit sUtltd v(y»y luptalum fruitrantium vanilate depereunt ('1. Qu«i| vous servent toutes ces de'pensessupernues? que sert * ce luxe énorme dans votre maison, tant d'or et tant j d'argent dans vos meubles? toutes ces choses përJs- ( sent. Faites des magnificences utiles comme Dieu : • il a. orné le monde , mais autant d'orncmcns , autant de sources de biens pour toute la nature.

Cliâtiment contre ceux qui excèdent ces bornes. Colligite fragmenta ne pereant : a Ramassez les X morceaux de peur qu'ils ne périssent n.

La destruction d'un tel ouvrage O crie vengeance devant Oicu ■ scroit-elle impunie? Dieu de'nonce sa colère à tous les bommes qui seroJent coupables de cette perle : chacun se de'tourne, chacun se retire. Quoi donc dans un si grand crime si publie , si codsidërable, ne [lourra-t-on trouver le coupable? Ah I je vois bien ce que c'est : puisque nul ne l'est en particulier, tous le sont en général. C'est donc un crime commua : en seroit-il moins vengé pour cela? Au contraire , ne sont-ce pas de tels crimes qui attirent les grandes vengeances? Est-ce que Dieu craint la multitude? cinq villes toutes enflammées, le monde entier, le déluge. S'il arrive donc quelque grand malr fatur, ne vous en prenez qu'à vous-mêmes. Ah! faites-vous des amis, « qui vous reçoivent dans les a tabernacles éternels » : Qui recipiant vos in œteraa laiernacula C^).

(').$. Cypriaa.de Oper. et£Ucmoi. p. 344- — ^''-^bc-zti.j. l") LHûpiuU.

8TTR -LAVMÔVE. 261

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