‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 34 sur 81 · SUR LA NÉCESSITÉ DE L'AUMONE · texte numérisé non relu

SUR LA NÉCESSITÉ DE L'AUMONE

Cammcnt Ttsus-Chrût noos Jonrie à ta croix U loi de U charité, no>u en fait ronnoltre rpfpril, noua cm prescrit lee cfTcU. Faire Tau- ■nâncavcc pitié, avec joie, avec aoumisnoD j trois choses qaeJéaia- Christ crucifié uaiu appread. Retrancbemens nécessaires poui' pourvoir à la subsistance des pauvres.

SempcT paupcres habetis vobiscum , et cùm volueritis pôles lis iUis beneiacere : me autem non semptir habetû.

P^ous avez toujours dea pauvres parmi vous, et vous leur pouvez faire du bien quand vous voulez : mais pour moi vous ne m'aurez pas toujours. Marc. xiv. 7.

J i 'Ecli.se [nous] appelle à voir J^sus et Marie se perçant de coups mutuels. Comme des miroirs opposés, qui se renvoieat mutuellement tout ce qu'ils reçoivent, multiplient leurs objets jusqu'à l'inGni; leur douleur s'accroît sans mesure, parce que les (lots qu'elle élève se repoussent les uns sur les autres par un llux et reflux continuel. Dessein de l'Eglise de nous exciter à la compassion des soufl'rances de Jésus par cet objet de pitié'. AJe scntire vint doloris fac ,

SUR L^ACJMÛNr. i^l

Ut lecum lugeam (0 : « Faites que je sente la viva- » cité de votre douleur, a(la que je pleure avec » vous ». Et TEglise de Paris \ O passionis mutuœ , Jesu, Maria, conseil, aliema vobis vulnera inferre tandem parcite : u Cessez, ô divins amans, de vous i> percer jusqu'à l'infini de coups mutuels : c'est à » nous qu*est due toute cette amertume, puisqu elle » est la peine de notre crime. Ah! puisque nous » confessons que tout le crime est à nous, donnez » une partie de la douleur à ceux qui avouent le » crime tout entier » : Quem vos doleiis , noster est error furorque criminum : toium scelus fatentibus partent doloris reddite. Mais Jésus après avoir ébranlé nos cœurs parla compassion de ses souffrances, veut appliquer notre pitié sur d'autres objets : il n'en a pas besoin pour lui-même, [il demande que nous la tournions ] sur les pauvi^es^ Marie en est la mère. As^e.

ce Jésus étant à Bethanie, dans la maison de Simon » le Lépreux, une femme qui portoit un vase d'al- » bâtre, plein d'un parfum de nard d'épi de grand » prix , entra lorsqu'il étoit à table, et ayant rompu » le vase , lui répandit le parfum sur la tête. Quel* » ques-uns en conçurent de l'indignation en eux* » mêmes; et ils disoient : Â quoi bon perdre ainsi » ce parfum 7 car on pouvoit le vendre plus de trois » cents deniers , et le donner aux pauvres ; et ils » murmuroient fort. Mais Jésus leur dit : Pourquoi » faites-vous de la peine à cette femme?... vous avez » toujours des pauvres parmi vous, et vous leur pou-

(0 Pros. Stabat Mater.

BOSSUET. XUI. l6

i\^ BUB 1,'aumÔne.

Il vez faire du bien quaoïl vous voulet : mais popx

a moi vous ne m'aurez pas toujours (') ».

Jesus-Chiist nous apprend que, lorsqu'il n'y sera plus, il entend que toutes nos libéralités soient entployëes au secours des pauvres, ou plutôt dans les pauvres à lui - même : il est eii eux ; c'est pourquoi il nous les labse toujours : Pauperes semper habetit. Vous ne m'aurez pas toujours en moi-même, mais vous me posséderez toujoui^s dans les pauvres. Ames saintes, qui désirez me rendre quelque honneur ou quelques services, vous avez sur qui répandre vos parfums , etc. les pauvres ; je tiens fait pour moi tout ce que vous faites pour eux.

Leçon qu'il nous a donnée peu de jours avant sa mort, et «[ue l'Eglise lit avec l'évangile de sa pas-

suit l'aumône. a^'i

croix un fonds assuré , pour faire subsister les pauvres? Vous le verrez dans ce discours^ ainsi rien ne manque plus à la charité.

ÂGn quelle soit obligatoire , il en pose la loi immuable : aGn qu'elle soit ordonnée , il en prescrit la manière certaine : afin qu elle soit effective, il donne un fonds assuré pour Tentretenir ; et tout cela à la Ci*oix, comice j'espère vous le faire voir.

PREMIER POINT

Jésus -Christ souffrant [nous donne la] loi des souffrances : ceux qui ne souffrent pas, quel salut , quelle espérance [peuvent- ils avoir?] Compatir [ à Jésus-Christ et à ceux qui souffrent ], deux seules sources de grâces. La première, source véritable ; la seconde , comme un ruisseau, découle de là : on participe à leurs grâces, en soutenant leurs souffrances.

« Rappelez en votre mémoire , dit l'apôtre , ce pre- » mier temps, oii après avoir été illuminés par le M baptême , vous avez soutenu de grands combats au » milieu de diverses alSlictions, ayant été d'une part 3» exposés devant tout le monde aux injures et aux p mauvais traitemens ; et de l'autre , ayant été coma» pagnons de ceux qui ont souffert de semblables -3} indignitâ : car vous avez compati à ceux qui » étoient dans les chaînes , et vous avez vu avec joie j» tous vos biens pillés ». Rememoramîni autem pristinos dies in quibus illuminati magnum cerlamen sustinuistis passionum ; et in aliero quidem opprobriis et tribulationibus spectaculum facti ; in aliero autem socii taliler conversantium effecti : nam et

n vestri>^ I

5^4 sur. I. ACÏIUSE.

■vinclis compassi atis , cl rapinam Bonorum runi cum gauiiio suscepistis [')■

Il les met ensemble [souffrir, et compatir]; donc ou l'un ou l'autre : car Jiîsus à la croix a souQert et a exerce la miséricorde; donc, sinon Fuq, du moins l'autre : c'est le moindre. Dieu nous met i IVprcHve la plus facile; notre damnation sera donc plus grande. « C'est une cbose grande et facile , dit » saint Cyprien, d'obtenir par des œuvres de clia- ■» rilé le prix du martyre sans être exposé aux pé- 1» rils de la persécution , de mériter la couronne « dans le sein de la paix » : Res et grandis etfacilU, sine periculo perseculionis , corona pacis {>). * Personne ne sera couronné que celui qui aura u comliattu légitimement » : IVon coronalur, nisi qui légitime certaveriti^). Il change la loi en faveur de la clisi-ité. Ah ! ce misérable est aux mains arec ; la faim , avec la soif, avec le froid , avec le chaud, avec les extrémités les plus cruelles : la couronne lui sera bien due ; si vous le soulagez , vous y aureC part. Corona pacis, couronne dans la paix, victoii-e sans combats, prix du martyre sans persécution et sans endurer de violence. Combien est grande cette obligation 1 il parott par la miséricorde de iésus- Cbnst : miséricorde veut être honorée par la misé* ricorde. Deux actes de miséricorde : celle qui prévient, celle qui suit. Par la première Jésus-Christ achète la nôtre : « Soyez miséricordieux comme I) votre Père céleste est miséiicordieux » : Estât* miséricordes sicul et Paler vester misericors est C4).

(■I Hcb. I. îi, 33, îi- — t'i De Oper. et EUcmoi. p. ^Ifi. — Ç) Ih Tim. 11. 5— WiBCTI. 36.

SUB l'àUMÔKE. 245

« Revétez*vou8/ comme des ëlus de Dieu saints et » bien-aimés, d'entrailles de miséricorde » : Induite wos, sicut elecii Dei sancti et éUlecti ^ viscera misericordiœ (0. Par la seconde, il &ut qne la nôtre achète la sienne : Beaii miséricordes, quoniam ipsi tnisericordiam eomeçuenUir (3) : ce Bienhenreux les 1» miséricordieux 9 parce qu'ils obtiendront miséri- » corde ». Enchaînement de miséricorde : Jésus* Christ prévient; obligation de le suivre : nous sui» vons; il s'oblige à donner le comble : c'est la loi qu'il nous impose, c'est celle qu'il s'est imposée. La grâce , l'indulgence y la rémission , le ciel même est à ce prix. Point de miséricoitle y si nous n'en faisons : sans la charité, nudité de l'ame ; car c'est elle qui jk couvre la multitude des péchés » : Operit muliitudinem peccaiorum (3)«

Saint Cyprien remarque que Dieu après avoir crié contre lés péchés, ne trouve point de remède. « Crie, » ne cessé pas, élève ta voix comme une trompette, a» annonce à mon peuple ses crimes, et à la maison ji de Jacob ses iniquités (4) ». Dis* leur que leurs |eftnes, ni leurs bonnes œuvres, ni leurs prières ne m'appaisent pas. Us font comme s'ils étoient justes : « car ils me cherchent chaque jour, et ils demandent » à connoltre mes voies; comme si c'étoit un peuple » qui eût agi selon la justice , et qui n'eût point » abandonné la loi de son Dieu : ils me consultent « sur les règles de la justice ^ et ils veulent s'appro*- » cher de moi » : Me etenim de die in diem qucerunt, et scire vias meas volant; quasi gens quœ jusîiUam

(0 Coloss. m. 1 a. — (*) Maith. v. 7. — W. /. Petr. 17. S. — (4) Is.

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