CONTRE LE MONDE
TROISIÈME POINT
Vous vous êtes engagés à cette exécution par le saint baptême : In morte ipsius bapiizaii sumus (0 : « Nous sommes baptisés en sa mort 9> : en sa mort^ en sa croix , en b^s douleurs ,. en ses iniamies et en ses opprobes. Il a répandu pour nous sur le monde toute rhorreur de ^on ^supplice y toute Tignominie de sa croix y tous ses travaux / toutes les pointes de ses épines , toute Tamertume de son Gel ; Mihi mun^ dus crucifixus est, et ego mundo (^) : « Le monde est » mort et crucifié pour moi y comme je suis mort et >» crucifié pour le monde ». Il faut donc exécuter le monde en nous-mêmes , et le crucifier pour Famour de Jésus. Jésus a déshonoré le monde, il Ta crucifié.
Mais nous aimons mieux crucifier Jésus- Christ lui -même y et participer au crime des Juifs contre lui y que de suivre l'exemple du Fils de Dieu. Pourquoi Tont-ils crucifié? sinon parce qu'il se disoit le Fils de Dieu y sans contenter leur ambition y sans les faire dominer sur toute la terre y comme ils se le promettoient de leur messie. N'est-ce pas un tel Sauveui» que nous désirons qui nous sauve de la pau-> yretéy de la sujétion et de la douleur , etc.? et parce qu il ne le fait pas, et qu'il ose avec cela se dire notre Sauveur y nous nous révoltons contre lui.
D'où est née cette troupe de libertins que nous voyons s'élever si hautement au milieu du christianisme y contre les vérités du christianisme ? Ce n'est pas qu'ils soient irrites de ce qu'on leur propose à croire des mystèresincroyables, ils n'ont jamais pris la
C»; Hotn* VI. 3. — l»; Gulat. vi. i4«
a-jS sun LE jccEMEWT de j.-c.
peine de les examiner sérieusement ; que Dieu engendre dans réternité, quels Fils soit i^gal au Père, que les profondeurs du Verbe fait chair soient telles que votis voudrez; ce n'est pas ce qui les tourmente : ils sont prêts à croire ce qu'il vous plana , pourvu qu'on ne les presse pas sur ce qui leur plait : k la lioime heure, que les secrets de la pnîdc.stiHStion soient impénétrables, que Dieu en un mot soit et fasse lou( ce qu'il lui plaira dans le ciel, pourvu qu'il les laisse sur la terre contenter leurs passions Jt leur aise. Ma'as Jésus-Christ est venu pour leur faire haïr le monde; c'est ce qui leur est insupportable , c'est ce qui fait la révolte , c'est ce qui fait qu'ils le crucifient. Prenei donc parti, chre'ticns; ou condamnez Jesus-Christ, ou condamnez aujourd'hui le monde : Si Baal est Deus , sequimini iHum (0 : « Si Baal est Keu , sui- » vex-le n. .
Mais , ô Dieu , nous n'osons plus parler de la sortes on parloit en ces termes , quand la révérence de la religion étoit encore assez gravée dans les cœurs pour n'oser prendre parti contre Dieu , quand on sera en nécessité de se déclarer. Mais maintenant, mes Frères, si nous pressons la plupart de nos auditeun de se déclarer entre Jésus -Christ et le monde; JéniS perdra sa cause, le monde sera hautement suivi : tant le christianisme est aboli , tant le baptême ett oublié. Je ne vous laisse donc point d'option : non, non , la cause est jugée ; il n'y a rien à d^ibérer : Nwtc judicium est mundi. Il faut condamner le monde : voici les jours salutaires où vous approcherez de la sainte table ; c'est là qu'il faut condamner 0)///.AS.ivm.ai.
COHTIVB hE MOVDE. ^79
le monde, « de peur, comine dit Fapôtre, que vous 3» ne soyez damnes^ avec le monde » : Ut non cum hoc mundo damnemur (') : maU ne le condamner pas à demi comme vous ^Ne% fait jusqu'à prient. Vous ne vouiez pas aimer, ve^s voulez plai^'e.; vous ne voulez pas étire asservis , vous vovlez asservir les Autres et £ûre perdre i. omx q«be Jiésus a affranchis par son sauf, une liberté qui a «oùté «n si grand prix : Laceraia est lex > et non pervenil usque ad finem judkiiuH (^) ; « Les lois soat foulées aux pieds, » et Ton ne rend i^mais )usUce 91.
Non , non , le monde doit perdre sa cause en tout et partout ; cer jamais il n en fut de plus déplorée. Ne me .demandeii donc pas jusqu'où vous devez âoigner de vous les ViWAes superfluités : quand vous demandez ces bornes , ce n*est pas œoe vous vouliez aller jusqu'où il le taut Aéceasairement ; mais c'est que vous craignez d'en faire trop. Craignez-vous d'en faire trop, quand vous aimez trop pour vos parens, trop pour le prince , trop pour la patrie ; parce qu'il y a quelque image de Dieu? [vous ne mettez] point de bornes [à Tégard de tous ces objets] ; à plus forte raison [n'en devez-vous point mettre] pour Dieu même : ceux qui veulent vous donner des bornes, [ne connoissent point l'Evangile]; on vous trompe, on vous abuse. La vie chrétienne^ [doit être une] continuelle circoncision : ne me demandez pas ce qu'il faut faire; commencez à retrancher quelque vanité, et le premier retranchement vous éclairera pour les autres, etc. A.imez, voilà votre règle; ayez la croix de Jésus dans votre cœur, elle fera une per-
CO/. Cor. XI. 3a. — W Habac. i. 4.
fcT ré- n
a8o srn le jcsemciït dk j.-c. copitiic le moude. pdtuclle circoncision ; tant qu'entin vous soye« duits à la pure simplicité du christianisme. O que le inonde, direz-vous, seroit liideux, [si on le dépouilluit ainsi de toutes ses vanitt^s et de tout l'éclat qui l'environne]! c'est ce qii'objectoient les païens; o Que les temps seroient heureux, drsoient-ils, et » que le Christ aiu-oit apporte' au monde une grande n félicité, si l'on pouvoit y jouir de tous ses plaisirs n dans une parfaite assurance » ! Si esset securitai mof^na migarum .Jhlicia psscnllempora, et magnam Jl-licitalem rébus humanis Chriflus adtutisfet (').
Condamnez donc le monde sans réserve. Ainsi puissiez-vaus éternellement être en Jésus-Christ : ainsi puissiez-vous céléltrer avec lui une Pâque sainte. Pàque , c'est-à-dire passage : puissiez-vous donc passer , non avec le monde , mais passer avec Jésus- Christ , pour aller du monde à Dieu , jouir des congnlalions éternelles, que je vous souhaite, avec la bénédiction de Monseigneur. j4men.
{•)S.jii^.inPialin.aixtyt.a.Q, loin, ly, col. iSiS.
SUR L HOHlfEUA DU MOBTDE. 2è8l