‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 43 sur 81 · SUR L HONNKUE DU MONDE. S · texte numérisé non relu

SUR L HONNKUE DU MONDE. S

par un assassinat ; c est une action indigne et iteuse : mais c'a été par un beau duel; quo^ue lois vous condamnent y quoique TEglise vous ex«imunie^ il y a quelque montre de courage; le ade vous applaudit et vous couronne , malgré les ; et l'Eglise. Enfin y a-t-il aucun vice que Thon* ir du monde ne mette en crédit , si peu qu'il ait soin de se contrefaii*e ? L'impudicité même ; c'estîre l'infamie «t la honte même ^ que l'on appelle ifalité quand elle court ouvertement à la débau- \^ si peu qu'elle s'étudie à se ménager, à se cour des belles couleurs de fidélité, de discrétion, douceur, de persévérance, ne va-t-elle pas la tête de 7 ne semble-t-elle pas digne des héros ? ne -d-elle pas son nom d'impudicité ponr s'appeler itiUesse et galanterie? Et quoi, cette légère teinie a imposé si facilement aux yeux des hommes ? fiilloit-il que ce peu de mélange pour faire chan- * de nom aux choses , et mériter de l'honneur à qui est en effet si digne d'opprobre 7 Non , il n'en tt pas davantage : je m'en étonnois au commencent; mais ma surprise est bientôt cessée, après e l'ai en médité que ceux qui ne se connoissent int en pierreries, sont trompés par le moindre iat, et que le monde se connoit si peu en vertu, e la moindre apparence éblouit sa vue : de sorte *il n*est rien de si aisé à l'honneur du monde, que donner du crédit au vice.

C^endant le pécheur triomphe à son aise, et lit de la réputation publique. Que si troublé en conscience, par les reproches quelle lui fait, il dénie à lui-même l'honneur que tout le monde

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lui donne k l'envi ; voici un prompt remède à cëf mal. Accourez ici, troupe de flatteurs, venez eti' foule à sa table, venez faire retentir à ses oreilles le bruit de sa réputation si l)ien établie : voici le dernier effort de l'iionneur [pour donner] du crédit au vice. Après avoir trompé tout le monde , il faut que le pécheur s'admire lui-même ; car ces flatleura' industrieux, âmes vénales et prostitue'es, savent qu'il y a en lui un flatteur secret qui ne cesse de lui applaudir au dedans : ces flatteurs qui sont au dehors s'accordent avec celui qui parle au dedans, et qui n le secret de se faire entendre à toute lieure ; ilff étudient ses sentimens, et le prennent si dextreuieiit par son foible, qu'ils le ibnt demeurer d'accord de tout ce qu'ils disent. Ce pécheur ne se remanie plus dans sa conscience , oil il voit trop claw rement sa laideur : U n'aime que ce miroîr qui Igf^ flatte; el pour parler avec saint Grégoire, « s'ou- 11 btianL (k' ce qu'il est en lui - même , il se va chei"a cher dans les discours des autres , et s'imagine être » tel que la flatterie le représente u : Oblims sut » voces se spargit aliénas, talenu/ue se crédit qualem se foris audit (■). Certainement Dieu s'en vengera, et voici quelle sera sa vengeance : il fera taire toas les flatteurs , et il abandonnera le pécheur superiM aux reproches de sa conscience.

Jugez, jugez. Seigneur, l'honneur du monde, qui fait que le vice plaît aux autres, qui fait méoie que fe vice se platt à lui-même. Vous le ferez, je le sais bien. .11 viendra, le jour de son jugement : en ce jour, il arrivera ce que dit le prophète Isaïe : Cessak'} Paitor. part, ii , ca^. vi,ioir.. ii, cot. ii.

SUR L HONNEUR DU UONDK. ?iOI

vUgaudium tjrmpanorum , quie%fit sonilus lœtantîum, conticiUt dulcedo ciûiarœ (0 : Enfin il est cessé, le bruit de ces applaudissemens ; ils se sont tus, ils se sont tus ei ils sont «devenus muets, ceux qui sembloient si joyeux en célébrant vos louanges , et dont les continuelles acclamations faisoient résonner à vos oreilles une musique si agréable. Quel sera ce changement, chrétiens; et combien se trouveront étonnés ces hommes accoutumés aux louanges, lorsqu'il n'y aura plus pour eux de flatteurs ! TEpoux paroîtra inopinément; les cinq vierges qui ont de rhnile viendront avec leurs lampes allumées ; leurs bonnes œuvres brilleront devant Dieu et devant les hommes ; et Jésus , en qui elles mettoient toute leur gloire, commencera à les louer devant son Père céleste. Que ferez-vous alors, vierges folles, qui n'avez point d'huile et qui en demandez aux autres , à qui il n'est point dû de louanges, et qui en voulez avoir d'empruntées ? En vain vous vous écrierez : Eh ! a donnez-nous de votre huile » : Date nobis de oleo oestre C^); nous désirons aussi les louanges, nous voudrions bien aussi être célébrées par cette bouche divine qui vous loue avec tant de force : et il vous sera répondu : Qui êtes- vous? « On ne vous connoit » pas » : Nescio vos (^). Mais je suis cet homme si chéri, auquel tout le grand monde applaudissoit, et qui étoit si bien reçu dans toutes les compagnies. On ne sait pas ici qui vous êtes ; et on se moquera de vous, en disant : Ile, île potius ad vendentes , et etnite vobis (4) : Allez, allez-vous-en à vos flatteurs, à ces âmes mercenaires qui vendent des louanges

CO It. xwv. 8. — W Matih. MV. 8. — <3) Ibid. la. — W lUJ. 9.

3oi SVR 1,'aONNEUR DV MOnSE.

aux fous, et qui vous ont autrefois tant donné d'encens; qu'ils VOU5 en vendent encore. Quoi, Us otf parlent plus en votre faveur! au contraire, se voyant justement damnas pour avoir autorisa vos crimes/ ils s'élèvent maintenant contre vous.

Vous-même, qui étiex le premier de tons v<* flatteurs, vous détestez votre vie, vous manclissex toutes vos actions : toute la honte de vos perfidies, toute l'injustice de vos rapines, toute l'infamie de vos adultères sera éternellement devant vos yeux. Qu'est donc devenu cet honneur du monde qui pallioit si bien tous vos crimes ? Il s'en est allé en fumée. O que ton règne étoit court, A honneur du monde! que je me moque de la vaine pompe et de ton triomphe d'un jour ! que tu suis mal d^uiser Ivs vices, puisque tu ne peux empêcher qu'ils ne soient bientôt reconnus à ce tribunal devant lequel \e t'aocuse! Après avoir poursuivi mon accusation, je demande maintenant .sentence : tu n'auras point de faveur en ce jugement; parce qu'outre que tes crimes sont inexcusables, tu as encore entrepris sur les droits de celui qui y préside , pour en revêtir ses créatures : c'est ma dernière partie.

TROISIÉUE POINT.

CoxiiE tout le bien appartient à Dîen, «t que l'homme n'est rien de lui-même; il est assuré, cbrétiens , qu'on ne pent rien aussi attribuer A t'faomme, sans entreprendre sur les droits de Dieu, et anr son domaine souverain. Cette seule proposition, dont la vérité est si connue , suffit pour pislilîer ce que j'avance : que le plus grand attentat de l'honoeur .

SU& L*HOKirBUR DU MONDE. 3o3

du monde, c'es( de vouloir ôter à Dieu ce qui lui est dfty pour en revêtir la créature. En effet , si Vhonneur du monde se contentoit seulement de nous représenter nos avantages , pour nous en glorifier en notre Seigneur , et lui en rendre nos actions de grâceSynousnerappellerionspasrbonneurdumonde, ai nous ne craindrions pas de lui donner place parmi ks vertus chrétiennes. MaisThomme, qui veut qu*on le flatte y ne peut entrer dans ce sentiment : il croit qu'on le dépouille de ses biens y quand on l'oblige de les attribuer à une autre cause ; et les louanges ne lui sont jamais assez agréables, s'il n'a de la complaisance en lui-même, et s'il ne dit en son cœur : C'est moi qui l'ai fait.

Quoiqf|*il ne soit pas possible d'exprimer assez combien cette entreprise est audacieuse , il nous en faut néanmoins former quelque idée par un raisonnement de saint Fulgence. Ce gi*and évêque nous dit que l'homme s'élève contre Dieu en deux ma- DÎèpes; ou en faisant ce que Dieu condamne^ ou en s'attribnant ce que Dieu donne. Vous faites ce que Diea condamne , quand vous usez mal de ses créatures : vous vous attribuez ce que Dieu donne , quand vous présumez de vous-même. Sans doute ces deux entreprises sont bien criminelles ; mais il est aisé de comprendre que la dernière est sans comparaison la plus insolente : et encore qu'en quelque manière que l'homme abuse des dons de son Dieu , on ne puisse assez blâmer son audace, elle est néanmoins beaucoup plus extrême lorsqu'il s'en attribue la propriété, que lorsqu'il eu corrompt seulement l'usage. C'est pourquoi saint Fulgence a raison de dire : De-

3o4 sun t'iioBNEUn uti uoKnE.

testabilis est cordis humani superbia, qudfacil honM quod Deux in hominibus damnât ; spd ttla deteslabilior, ffud silii tribuit honu> ifuod Dcus hominibus donat CO : u A la vciilé, dit ce giaud docteur, encore n (Fuc ce suil un orgueil damuable de m<!pi'ii>er ce n cjue Dieu coiiimaade, c'est une audace bien plus |j » criminelle de s'attribuer ce que Dicy donne ». | pourquoi ? Le premier est une action d'un sujet K* belle qui di^sobéit à son souverain ; et le second est iiu attentat contre sa pei-sonne, et une entreprlte sur son trône : et si par le premier crime on tâcha de se sousliaire de son empire , on s'eflorce par la second à se rendre en quelque façon son égal, eu ' s'attribuant sa puissance.

Peut-être que vous croyez, chrétiens, qu'une entreprise si folle ne se rencontre que rarement pai'iû les hommes , et qu'ils ne sont pas eacoi-e si extravagans que de vouloir sVgaler à Dieu ; mais îl faut an* juui d'Iiui vous dtfsabuscr. Oui , oui , Messieurs , il le faut dire , que ce crime , à notre honte, n'est que trop commun : depuis que nos premiers parens ont si volontiers prête l'oreille à cette danf^ercuse flatterie , « Vous serez comme des dieux (3} » , il ndC que trop véritable que nous voulons tous être depB^ tits dieux , que nous nous attribuons tout à nofllmêmes , que nous tendons naturellement à l'indu pendance. Ecoutez eu eflet, mes Frères, en qodl termes le Saint-Esprit parle au roi de Tyr , et en « personne à tous les superbes : voici ce qu'a dît fe Se^neur : « Ton cœur s'est élevé , et tu as dit : M » suis un Dieu » : Elevatum est cor tuumj etdixùli;

W£pitl.ri,adTlteoJ.a^.fu.— (.i') Ctn. ui.S.

De us

aUR LflONIVEUR DU ICOIfOE. 3oS

Deus ego suni (0. Est-il possible, .Messieurs , qu'un liomme s^oublie jusqu'à ce point, et qu il dise en luimême : Je suis un Dieu 7 Non cela ne se dît pas si ouvertement : nous voudrions bien le pouvoir dire ; mais notre mortalité ne le permet pas. Comment donc disons^nous : Je suis un Dieu? Les paroles soi-* vantes nous le font entendre. « C'est, dit*il, quêta » as mis ton cœur comme le cœur d*un Dieu » : Dedisti cor iuum quasi cor Dei {?), Qu'il y a de sens dans cette parole , si nous le pouvions développer !

Tâchons de le faire, et disons que, comme Dieu ^t le principe universel et le centre commun de toutes choses ; comme il est, dit un ancien, le trésor de l'être, et possède tout en lui-même dans l'infinité de sa nature , il doit être plein de lui-même , il ne doit penser qu'à lui-même, il ne doit s'occuper que de. lui-même. Il vous sied bien , ô Roi des siècles , d^avoir ainsi le cœur rempli de vous-même : ô source de toutes choses, ô centre!.... Mais le cœur de la créature doit être composé d'une autre sorte : elle n'est qu'un ruisseau qui doit iSemonter à sa source: elle ne possède rien en elle-même, et elle n'est riche qne dans sa cause : elle n'est rien §u elle-même, et elle ne se doit chercher que dans son principe. Superbe , ta ne peux entrer dans cette pensée : tu n'es qu'une vUe créature, et tu te fais le cœur d'un Dieu : J9edisii cor tuum quasi cor Dei; tu cherches ton hon- 0ettr*en toi , tu ne te remplis que de toi-même..

En efiet jugeons -nous, Messieurs, et j^e noua flattons point dans notre orgueil. Cet homme rare it éloquent , qui règne dans un conseil et ramène

(0 Ezech, xxviii. a. — C») /*<W. 3.

Bossu ET. Xlll. 20

3ofi SUR l'hohkecr du mob

tous les esprits par ses discours; lorsqu'il ne remonte ' point à la cause , et qu'il croit que son éloquence, et non la main de Dieu, a tourné les cœurs, oeloi dit-il pas tacitement : « Nos lèvres sont de nousn mêmes » : Latia nostra à nobis sunl (0 ? et celui qui ayant aclievé de grandes affaires, au milieu Aet applaudissomens qui l'environnent, ne rend pas k Dieu i'iionneur qu'il lui doit, ne dit-il pas en son cœur : " C'est ma main , c'est ma main , et non le , u Seigneur qui a fait cette œuvre » : Manus nostra ' excelsa . el non Dominus , fecit hœc omnia (■>) 7 et celui qui par son adresse et par son intrigue a établi enfin sa fortune , et ne fait pas de réflexion sur 1) i main de Dieu qui l'a conduit , ne dit-il pas avec Pharaon : Meus estfluvius , et ego feci memetif sum (?) ■■ n Tout cela est à moi , c'est le fruit de moa » industrie, et je me suis fait moi-même u? Voyei donc que l'honneur du monde nous fait tout attribuer à nous-mêmes, et nous érige enfin en de petits dieux. Et bien , ô superbe , ô petit dieu , voici , voici le grand Dieu vivant qui s'abaisse pour te confondre. L'bommesefait Dieu par orgueil, Dieusefait liomme par humilité : l'bomme s'attribue faussement ce qui est à Dieu, et Dieu, pour lui apprendre à l'bnmilier, prend véritablement ce qui est à l'bomme. Voilà b remède de l'insolence ; voilà la confusion de l'bon; nenr du monde. Je raiaccusé devantce Dieu-horan^ devant ce Dieu humibë : vous avez ouï l'accusatîooî écoutez maiatenant la sentence. Il ne la proDoiwara point par sa parole; c'est assez de le voir, poorioger que l'honneur du monde a perdu sa cause. Désatm-

If) Pi. II. 4. — [•) DtM. xuii. aj. — (»} Em^. zux. 3.

8U1 L aOITHEUft DU MORDE. So^

ses-vous pour toujours des hommes et de l'estime que vous faites de leur jugement, en voyant ce qu^ils ont jagë de Jésus-Christ. U condamne le jugement des hommes ; nouvelle manière de les condamner. Jésus- Christ ne les condamne qu'en les laissant jiigcr de. lui-même ; et ayant rendu sur sa personne le plud inique jugement qui fut jamais y l'excès de cette iniquité a infirmé pour jamais toutes leurs fentences. Tout le monde généralement en a mal jugé; c'est-à^ dire les grands et les petits , les Jui& et les Romains \ le peuple de Dieu et les idolâtres, les savans et les ignorans, les prêtres et le peuple, ses amis et ses ennemis y ses persécuteurs et ses disciples. Tout ce qu*il peut jamais y avoir d'insensé et d'extravagant , de changeant et de variable , de malicieux et d^injuste , de dépravé et de corrompu , d'aveugle et de précipité dans les jugemens les plus déréglés, Jésus-Christ l'a voulu subir ; et pour vous désabuser à jamais dé toutes les bizarreries de l'opinion , il ne s'en est épargné aucune.

Voolet-vous voir, avant toutes choses, la diversité prodigieuse des sentimens ? écoutez tous les murmures du peuple dans un seul chapitre de l'Evangile de saint Jean (0. C'est un prophète, ce n'en est pas ua ; ci*^t un homme de Dieu , c'est un séducteur ; ç^est le Christ , il est possédé du malin esprit. Qui est cet homme? d'oii est-il venu ? oii a-t-il apprb tout ce qu'il nous dit ? Dissensio itaque facta est in turba propter eum : O Jésus , Dieu de paix et de vérité ! « Il y eut sur votre sujet une grande dissension parmi m le peuple ». Voulez- vous voir la bizarrerie qui ne

CO Joan. TU. 13 , el n^.

3o8 snn LifonNEuB ntr MonDl

ee contente de rien î Jean-Baptiste est v du monde , menant une vie rigoureuse , et on a dît: , « C'est un démoniaque (') i> : le Fils de l'hnmuie est l venu , mangeant et conversant avec les hommes , et , on a dit encore : « C'est un démoniaque W », En' Ireprenez de contenter ces esprits mal faits, Voukiivous voir, Messieurs , un désir opiniâtre de le contredire ? Quand il ne se dît pas ie FUs de Dieu , ik le pressent violemment pour le dire : St'lu es Christui , die nohis paiam f^) ; « Si vous êtes le Christ, » dites-le-nous clairement .1 ; et après qu'il te leur a dit, ils prennent des pierres pour le lapider (4). Malice obstinée, qui, étant convaincue, ne veut pas se rendre : 11 est vrai , nous ne pouvons le nier, il chasse les malins esprits; mais « c'est au nomdeBécln zébub qui en est le prince (^) ». Une bnineurf3-> chouse et contrariante, qui cherche à i-eprendi-e dans les moindies choses : Quel homme est celui-ci? n ses À disciples ne lavent pas leurs mains devant ie re- » pas (^) » ; qui tourne les plus grandes eu uti ntau- Tais sens : « c'est un méchant qai ne gal-de -pas le » sabbat (7) »; il a délivré un démoniaque, îM^giiérJ nn paralytique^ ila éclairé un aveugte le j^our ds repos.

Mais ce qne je vous prie le plus de coD$tdér«r, dans les {ugemens des hommes , c'est ce diangement soudain et précipité qui les fait passer en si peW de temps aux extrémités opposées. Ils courent au-devant du Sauveur, pour le saluer par des cris de r^oaissance ; ils courent après lui pour le chargea* d'im-

(■) Itfmth. XI. 18. — W/oon.T.ii. H8.~0) Ihid. 1.54. — M) AJ. 3i.— W£u<!.ïi. i5. — t6j.W<(Ufi.a¥. î. — t7)J<wDi.ix. ifi.

SUR l'iIOSKEUE su MOJffDE. io(f

précatiôns. « Vive le Fils de David (0 » : v Qvlû 9 meure y qu^il meure , qa'on le crucifie (^) ». « Béni 9 soit le Roi d*Israëi (3) » : a Nous n*avons point de » roi que César (4) ». Donnez des palmes et des' rameaux verds, qu*on cherche des fleurs de tous côtés pour les semer sur son passage : donnez des opines pour percer sa tête, et un bois infâme pour Ty attacher. Tout cela se fait en mmnsde huit jours; el pour comUe d*indignité y pour une marque éter» nelle db jugement dépravé des hommes , la comparaison la plus injuste y la préférence la plus aveugle: « Lequel des deux voulea^-vous , Jésus ou Barab- M bas (^} » y le Sauveur ou un voleur, Fauteur de la vie ou un meurtrier 7 et la préférence laplus injuste: Non huno, sedBarabbam: « Nous ne voulons point » de celui-ci , mais donnez-nous Barabbas » : « Qu*oii 9 Tôta, q«*on le crucifie » ; nous voulons qu'on délivre le meurtrier, et qu on mette à mort Fauteur de la vie.

Après cela , mes Frères , entendrons-nous encore des chrétiens nous battre incessamment les oreilles

par cette belle raison : Que dira le monde, que deviendra ma réputation ? on me méprisera , si )e ne me venge ; je veux soutenir mon honneur, il m*est plus cher que mes biens , il m*est plus cher même que ma vie. Tous ces beaux raisonnemens , par lesquels vous croyez pallier vos crimes, ne sont que de vaines subtilités, et rien ne nous est plus aisé que de les détruire*, mais je ne daignerois seulement les écouter. Venez , venez les dire au Fils de Dieu cru-

10 Matih, XXI. g. — (») Joan. xix. 1 5. — (') Ibid, xii. j3. — W Ihid, -XVL. i5. — i}) Mauh, XXVI I. 1 1. Jotm* xyiii. 4o.

3lO 8DR LHOMNErR DU MOI«I)E,

cifié; venez vanter votre honneur dn monde à la face de ce Dieu rassasié , soûlé d'opprobres, osez lui soutenir qu'il a tort d'avoir pris si peu de soin de plaire aux hommes , ou qu'il a été bien mallieurcux de n'avoir pu mériter leur approbation. C'est ce que aons avons à dire aux idolâtres de Dionneur du monde: et si l'image de Jésus-Cbrist attaché à un bois infâme ne persuade pas leur orgueil; taisons-nous , taisonsnous , et n'espérons jamais de pouvoir persuader par nos discours ceux qui auront méprisé un si grand exemple. Que si nous croyons en Jésus-Christ, «sor- » tons, sortons avec lui, portant sur nous-mêmes u son opprobre i> : Exeamus igiUir cum îllo extra castra improperium ejus portantes (0. Si le mondfl nous le refuse , donnons-nous- le à nous-m^mes ; reprochons-nous à nous-mêoies nos déréglemeos et la honte de notre vie , et participons comme nous pouvons à la honte de Jésus-Christ, pour participerai gloire. Amen.

t')/feS.xui. i3.

DISCOURS A M. LE PRINCE. 3ll

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