‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 45 sur 81 · SUR LA. NÉCESSITÉ DES SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

SUR LA. NÉCESSITÉ DES SOUFFRANCES

Ccoli- du Calvaire : Itly.itPre de* Uoia croin. OWBlWion qui Dotu ■voiu de prendre Jésus • Cluiit pour modi-le. QoHLt l'espril da Haas : 90D arileiir pour Ici aoufFrnuces : loi qit*il IHMU eo fait par aon exemple. Clilité dea soixOranci» montrée dons leioleurqui tf crtit à la croix. Néceasilé des soutt'iances pour éprouTer, puri- 1 perfectionner la vertu, Commcut In croix peut être tootnat potre malice en un iostruiuenl de vengeance. RelleÙDlu qvi :Dl «ouleair les cu&m de DJen su milieu dea allUctioiu.

Per patientiam curramiu ad propositum nobit cerUmeti, aspicientes in autorem fidei nostrx et comumioatoreiB

Courons par la patience au combat qui nous est propose, jetant les yeux sur Jésus , l'auteur et te consomtaateur de notrejbi. Hebr, ui. ti.

V oici les jours salutaires oà l'on érigera le Calvaire dans tous nos temples, où nous verrons couler les ruisseaux de sang de toutes les plaies duFils de Dieu» où l'Eglise représentera si vivement, par ses chants, par SCS paroles et par ses mystères, celui de sa pas-

DES aOUFFRÀlfCES. 3l5

siôn douloareuse ^ qu il n y aara aucun de ses enfans à qui nous ne puissions dire ce que Fapôtre disoit aux Galates(0 : que Jésus-Christ a été crucifié devant ses yeux. Elle commence aujourd'hui à lire dans Faction de son sacrifice Thistoire de la passion de son Rédempteur: commençons aussi dès ce premier jour à nous en remplir tellement Fesprit, que nous n*en perdipDs jamais la pensée pendant ces solennités pleines d'une douleur qui console y et d*une tristesse sLdonce, que pour peu quon s*y abandonne , elle guérit toutes les autres.

Parmi ces spectacles de mort et de croix qui s'offrent à notre vue , le chrétien sera bien dur, s'il ne flaspendy du moins durant quelques jours, ce tendre amoar des plabirs , pour se rendre capable d'en* tendre combien les peines de Jésus-Christ lui rendent nécessaire Famour des souffrances. C'est pourquoi j'ai diBéré jusqu'à ces saints jours à vous proposer dans cette chaire cette maxime fondamentale de la piété chrétienne. Il m'a semblé , chrétiens , que pour vous entretenir avec efficace d'une doctrine si dure, li contraire aux sens, si considérable à la foi , et si peu goûtée dans le siècle où Fon n'étudie rien avec plus de soin que l'art de vivre avec volupté, il falloit attendre le temps dans lequel Jésus-Christ lui-même nous prêche à la croix ; et j'ai cru que je parlerois foiblement, si ma voix n'étoit soutenue par celle de Jésus mourant , ou plutôt par le cri de son sang , « qui parle mieux , dit saint Paul (^) , et plus foite- » ment que celui d'Âbel ».

Servons-nous donc, chrétiens ^ de cette occasion

(0 Gai. m. I. — (^; ficb, XII. a4*

3l6 SCK LA k£cbssitiÎ

favorable, et tâcltoas d'imprimer dans les cœurs la loi de la patience > qui est le foadement du chrisUauisnie. Mais ne soyons pas assez téme'raires pour entreprendre un si gi'and ouvrage , sans avoir imploré le secours du ciel par l'intercession de Marie : Av€, Maria.

Dàits les paroles que j'ai rapportées pour servir de sujet'à ce discours, vous aurez remarqué. Messieurs, que saint Paul qous propose un combat «■- ^el nousdevons courir par la patience; et en mène temps il nous avertit de jeter les yeux snr Jésus , l'auteur et le consommateur de notre foi; c'est-li-diFe qui l'inspire et qui la couronne , qui la commence et qui la consomme , qui en pose le fondement et qui lui donne sa perfection. Ce combat, dont paile

DSS SOUl^FBANCES. 817

Jàns-Christ crucifié : c'est là que nous renvoie nn apôtre. Suivons son conseil; allons au Cal- !; considérons attentivement ce qui s'y passe, r'grand objet, chrétiens, qui s'y présente d abord rue , c est lé supplice de trois hommes. Voici un ère admirable : « Nous voyons , dit saint Auitin (0 y trois hommes attachés à la croix; un î donne le salut , un qui le reçoit , un qui le rd » : Très erant in cruce, unus sahatof^ alius tndus, alius damnandus. Au milieu Fauteur de Ace : d*un côté un qui en profite , de Fautre un qui la rejette. Au milieu le modèle et Foril*c d*un côté un imitateur fidèle , et de Faulre ebelle et un adversaire sacrilège. D'un côté un mdure avec soumission , de Fautre un qui se Ile jusque sous la verge Un juste , un pécheur tent , et un pécheur endurci : un juste souffre itairement , et il mérite par ses souffrances le de tons les coupables : un pécheur souffre avec lission et se convertit y et il reçoit sur la croix irance du paradis : un pécheur souffre comme sbelle j et il commence son enfer dès cette vie. mement terrible et diversité surprenante ! Tous /sont en la croix avec Jésus -Christ^ tous deux Mgnons de son supplice ; mais , hélas ! il n'y en 'un qui soit compagnon de sa gloire. Voilà le ïade qui nous doit instruire. Jetons ici les yeux éins^ Fauteur et le consommateur de notre foi, le verrons , chrétiens y dans trois fonctions re- {uables. Il souffre lui-même avec patience y il onne celui qui souffre selon son Esprit , il con-

Tn P§, xzsiv, Stnn, 11 , r. i , tçm. iv, coL 338.

3l8 SUR LA NËCESStTi

damne celui qui souffre dans l'esprit contraire, établit la loi de souffrir, il en couronne le drcjt usage , il en condamne l'abus. C'est ce qu'il nom faut méditer ; parce que si nous savons entendre ce$ choses, nous n'avons plus rien à dtîsirer touchant let souffrances.

En effet, nous pouvons réduire à trois che& ce que nous devons savoir dans cette matière importante : quelle est la loi de souffrir, de quelle sorte Jésus-Cliristemhrasseceux qui s'unissent à lui panm les souffrances , quelle vengeance il exerce sur cent qui ne s'abaissent pas sous sa main puissante , quaoïl il les frappe et qu'il les comge; et le Fils de Diea crucifié nous instruit pleinement louchant ces troil points. I! nous apprend le premier en sa divine per* sonne, le second dans la fin heureuse du larron S saintement converti , le troisième dans la moi't funeste de son compag;non infidèle. Je veux dire qoe comme il est notre original, il nous enseigne, en souffrant lui-même, qu'il y a nécessité de soiifirir: il fait voir, dans le bon larron , de quelle bontif paternelle il use envers ceux qui souffrent cbmiie ses enfans ; enfin il nous montre, dans le mauvais, quels jugemens redoutables il exerce sur xteiu. qm soulTreDt comme des i-ebelles. Apprenons aujoard'hui. Messieurs, apprenons de ces trois patiem, dont la cause est si différente, trois vérités capitales. Contemplons, dans te patient qui souffre étaDtjaste, la nécessité de souffrir imposéeà tous les coupables; apprenons dn patient qui se convertit , râtilité des souffrances portées avec soumission ; voyons dans le patient endurci la marque certaine de réprobation

DS8 SOUFFRANCES. Sig

K ceux qui souffrent en opiniâtres : et comme rois vérités enferment , si je ne me trompe, toute ioctrine chrétienne, touchant les souffrances, ferai aussi le partage et tout le sujet de ce dis-

rs.

PREMIER POINT

TiTOiT la volonté du Père céleste que les lois des ftims fussent écrites premièrement en Jésusist. Nous devons être formés selon l'Evangile ; I l'Evangile a été formé sur lui-même. «lia fait , Lt f Ecriture (0, avant que de parler » : il a pralé premièrement ce qu'il a prescrit ; si bien que parole est bien notre loi , mais la loi primitive , t sa sainte vie. Il est notre maître et notre docteur^ s il est premièrement notre modèle.

^our entendre solidement cette vérité fondamen-* \ y il Êtut remarquer, avant toutes choses , que rand mjrstère du christianisme , c'est qu'un Dieu )nla ressembler aux hommes , afin d'imposer aux tunes la loi de lui ressembler. Il a voulu nous ter dans la vérité de notre nature , afin que nous litassions dans la sainteté de ses mœurs : il a pris re chair, afin que nous prenions son esprit : enfin 18 avons été son modèle dans le mystère de Tinnation, afin qu'il soit le nôtre dans toute la suite de 'le. « Soyons, dit saint Grégoii*e de Nazianze (^)|^ emblables à Jésus-Christ , parce qu'il a voulu être emblable à nous : devenons des dieux pour l'amour le lui, parce qu'il a voulu devenir homme pour 'amour de nous » : Simus ut ChristuSj quoniam

) A€U 1. 1. — (*) Orot, xu. n, 8, font. J, p, 674.

3aO SDK t.A HÉCESSI

Christus tjuoque sicut nos : efficiamurdii proptar if, sum , çuoniam tpse ifuoçiie propler nos homo. V' un grand jour i\m se découvre pour établir )a vrfril quo je prêche , qui est la nécessité des suufTrantei mais il nous importe , Messieurs , qu'elle soit établie sur des fondemens inébranlables ; et jamais ils ne seront tels, sî nous ne les cberchons dans les Ecritures.

Que dans le mystère de l'incarnation le Fils de Dieu nous ail regardés comme son modèle , je l'ai appris de saint Paul dans la divine épUre aux Hlfbreux. it 11 a dû , dit cet apôtre des Gentils (0 , se i » rendi-e en tout semblable à ses frères n ; Dehi per omnia frairibiis siniilari; et encore en tenn» plus clairs ; « Parce que les liommes, dit-il ('J), n étaient composés de cliair et de sang, lui ausst ' a semblablement , simîîiter. a voulu participer k TuB et à l'antre " : Quia ergo puert contmunïcaventm carni et sanguiiù , et ipsc simititcj- partt'cipavit eiS' tient.

Votàs Toyes do&c rnsniTestement que le Fils dd Dieu , en venant au monde , a voulu nous reg'U'der conime son modèle dans sa bienheureuse incamft-^ tion. Mais pourquoi cela , chrétiens , sî ce n'est pouf être à son tour notre original et notre exemplaire? Car comme il est naturel aux hommes de recevoir Quelque impression de ce qu'ils voient, ayant tronvé parmi nous un Dieu qui a vonlu nous être semblable , nous devons désormais être convaincus xtaé nous n'avons plus à 'choisir an autre modèle. « H » n'a pas pris tes anges, mais il a pris la postérité

» d'Abraham

DES SOUFFRANCES. Bo.i

» d* Abraham (0 », pour plusieurs raisons, je le sais; mais celle-ci n*est pas la moins importante. « Il » n*a pas pris les anges » , parce qu'il n'a pas voulu donner un modèle aux anges : « il a pris la poste-* » lité d* Abraham » , parce qu il a voulu servir d'exemplaire à la race de ce patriarche ; « non à sa » race selon la chair, mais à la race spirituelle qui » devoit suivre les vestiges de sa foi », comme dit le même apôtre en un autre lieu W ; c'est-à-dire si nous Fentendons, aux enfans de la nouvelle alliance. < Par conséquent, chrétiens, nous avons en Je'sus* Christ une loi vivante, et une règle animée. Celuilà ne veut pas être chrétien, qui ne veut pas vivre comme Jésus-Christ. C'est pourquoi toute TKcriture nous prêche que sa vie et ses actions sont notre exemple : jusque-là qu il ne nous est permis d'imi* ter les saints qu'autant qu'ils ont imité Jésus-Christ ; et jamais saint Paul n'auroit osé dire avec cette liberté apostolique : « Soyez mes imitateurs » , s'il n*avoit en même temps ajouté, « comme je le suis » de Jésus-Christ » : Imitatores mcî cstote, sîciit et ego Christi (3). Et aux Thessalonicicns : « Vous êtes » devenus nos imitateurs » : Imitatores nostrî JacU estis, ff et aussi, ajoute-t-il, de notre Seigneur », et Domini (4), afin de nous faire entendre que quelque grand exemplaire que se propose la vie chrétienne, elle n'est pas encore digne de ce nom, jus- ^u*à ce qu'elle se forme sur Jésus-Christ même.

Et ne vous persuadez pas que je vous propose en ce lieu une entreprise impossible ; car dans un ori-

f») Heb. II. i6. — (0 Rom, iv. la. — t'; /. Cor, iv. 16. xi. 1. — (4: /. rhess. 1. 6.

Bossu ET. Xlil. 2 1

Saa euK là nécessité

giaal de peinture , on considère deux choses, la perfection et les traits. La copie, pour être lïdèle, doit imiter tous les traits ; mais il ne faut pas espérer qu'elle en c'gale la perfection. Ainsi je ne vous dil pas que vous puissiez atteindre jamais à la perfection de Jcsus ; il y a un degré suprême , qui est too- )oui-s réserva à la dignité d'exemplaire : inais*je dil que vous le devez copier dans les mêmes traits, que vous devez pratiquer les mêmes choses i et en voici la raison dans la conséquence des mêmes principes : c'est que nous devons suivre, autant qu'il se peut, en ressemblant au Sauveur, la règle qu'il a suivie en nous ressemblant. 11 s'est rendu en tout semblable à ses frères; ses frères doivent en tout lui être semblables. K A rexception*du pc'che', il a pris, dit

DES S0UFFRÀ1VCS8. 3a3

le c'est que rinfirmité » : Vinim dolorum, et n ùifirniitaiemi^). Ne diriez -vous pas, chré- ]ae cette sagesse éternelle s*est réduite , en au inonde , à ne savoir plus que les afflic- Q parle, si je ne me trompe, de cette science Scole appelle exjjérimentale ; et il veut dire, iFentendons, que parmi tant d*objets divers, firent de toutes parts à nos sens, Jésus-Christ a goûté de ce qui est doux; il n'a voulu sa*ir expérience que ce qui étoit amer et fâcheux , ileurs et les peines : yirum dolorum et scienifirmitaiem; et c*est pour cette raison qu'il aucune partie de lui-même qui n'ait éprouvé lenr de quelque supplice exquis, parce qu^l t profiter dans cette terrible science qu'il étoit apprendre en ce monde , je veux dire , la e des infirmités : Viruni dolorum et scientem \iiaiem.

certainement, âmes saintes, il est tellement ble qu*il n'est né que pour endurer, et que k tout son emploi, tout son exercice, qu'ausp*il voit arriver la fin de ses maux , il ne veut près cela prolonger sa vie. Je n'avance pas ceci aison, et il est aisé de nous en convamcre par irconstance considérable, que saint Jean a reuée dans sa mort, comme témoin oculaire. Cet ne de souiiiances étant à la croix tout épuisé, Dnourant, considère qu'il a enduré tout ce qui prédit par les prophéties, à la réserve du breuamer qui lui étoit promis dans sa soif : il le inde avec un grand cri , ne voulant pas laisser

#. un. 3.

àa^ ' srK LA KtcT.i

perdre iiiin seule goutte du calice de sa passKH « J^sus voyant que tout ^toit accompli ; afin qu'i » parole de l'Ecriture fût encore accomplie , U éH î> J'ai soif a : Scienx Jesui quia comummala ttl comummarclurSvripturadixU : Sitio ('). EtàpriJ celte aigreur et celte amertume, dont ce juif tm(^ toyabic arrosa s;t langue, après ce dernier outrip^ dont la haine insatiable de ses ennemis voulut ei cavo le persi'cuter dans son agonie ; voyant dansl décrets tîlernch (|u'il n'y a plus rieu à soutTrir : Ct est fait, dit-il, « Tout est consommé n , Ce ium est ('>) : je n'ai plus lien à faire en ce mondq AIlcK, bomme de douleurs, et qui £tes venu ap* prendre nos iuGrmitt^s, il n'y a plus de souiTrancrî? dont vous ayez désormais à faire l'épreuve-, votr^Eï science est consommtEe, vous avez rempli jusqu'uK^comble toute la mesure, vous avez fourni toutft 1.^ carrière des peines; mourez maintenant quaiiii ■! TOUS plaira, il est temps de terminer votre vie. I"-^ J en efict aussitôt, <i baissant la tête, il i-endlt son » aine a : El inclinalo capite tradidit spiritum P?/ mesurant la durée de sa vie mortelle à celle de « EoulTrances.

Vous êtes attendris , Messieurs ; mais ajoutont encore comme un dernier trait , pour vous Faire connoUrc toute l'étendue de laideur qui! a 'ie Eouffiir, c'est (ju'il a voulu endurer beaucoup {^01 que ne deinandoit la rédemption de notre nature; et en voici la raison. S'il s'étoit réduit à soulTriroe que la nécessite d'expîer nos crimes exigeoit de SB patience, il ne nous aurutt pas donné l'idée toute

(■) Jùan. xn. a8. — l") iUd. 3o, — ■.^) Ibi,l.

DES SOUFFR AACES. S'iJ

itière de Festime qu'il fait des alllictions ; et nous arions pu soupçonner qu'il les auroit regardées Intôt comme un mal nécessaire que comme un Mn désirable. C'est pourquoi il ne lui suffit pas de Bloorir pour nous, et de payer à son Père, par ce Sacrifice, ce qu exigeoit sa juste vengeance de la viclime publique de tous les péclieurs ; non content (Tacquitter ses dettes , il songe aussi à ses délices qui ont les souffrances; et comme dit admirablement e célèbre prêtre de Carthage , « il yeut se rassasier, ^vaat que de mourir, par le plaisir d'endurer » : tMgÎFUiri voluptate paticntiœ discessurus volcbat (0. ediriez-vouspaSy chrétiens, que selon le sentiment s ce grand homme, toute la vie du Sauveur étoit t^ festin, dont tous les mets étoient des tourmens; stin étrange selon le siècle, mais que Jésus a trouvé îgne de son goût. Sa mort suffisoit pour notre sait; mais sa mort ne suffisoit pas à cette avidité de ouleurs, à cet appétit de soufiranccs : il a fallu y lindre les fouets, et cette sanglante couronne qui lerce sa tête, et ce cruel appareil de supplices ^i:%sque inconnus, peines nouvelles et inouies; afin, ^it Tertullien , qu'il mourut rassasié pleinement de la volupté de souffrir : Saginari voluptate patientiœ 4iscesstirus volebat.

Et bien, Messieurs, la loi des souffrances vous semble-t-elle écrite sur notre modèle en des carac-

tères assez visibles? Jetez, jetez les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi, durant :es jours salutaires consacrés à la mémoire de sapasion; regardez -le parmi ses souffrances. Chrétiens,

CO Tert, de Pat. n. 3.

^aG sun LA nËCEssiTÉ

c'est de ses blessures <]ue vous êtes nés : il votist enfante's à la vie nouvelle parmi ses douleurs il mcnsKS i et la grâce qui vous sancliCe , et l'espr <(«i V0U5 |Tégi!ncre , est coulé sur vous avec son de sesvt'incs cruclk-ment (Wciiïiees. Enfans desnD|j enfans cIl- douleur, quoi, vous pensez vous sau< parmi les délices ! On se fait uu certain art de dH Catesse; on en alTecte même plus qu'on n'en restent) C'est un air de qualité de se distinguer du vidgaîrC pur un soin scrupuleux d'éviter la moindre incom- Diodité : cela marque qu'on est nourri dans un eiprit de grandeur. 0 corruption des mœurs chré^ tifiincs ! quoi , est-ce que vous prétendez an salut, sans porter imprimé sur vous le caractère du Sao' veur? N'enlendcz-vous pas l'apôtre saint Pieire, qoï vous dit qu' (1 il a tant souffert afin que vous fuiviel u Eon exemple, et que vous marchiez sur ses pas f'}>T n'entendez-vous pas saint Paul qui vous prêclie, qu' « il faut être configure' ît sa mort, afin de par- » ticiper à sa résurrection glorieuse » : Configura' tus morlt ejus ; si tfuomodo occurretm ad resurreo tionem quœ ett ejc mortiiis W. Mais n'entendez-vons pas Jésus-Chrisl lui-même qui vous dit que, poor marcher sous ses étendards, il faut se résoudiï^ porter sa croix (3)^ comme lui-même a porté I* sienne? et en voici la raison, qui nous doit convaincre si nous sommes entrés comme il faut en société avec Jésus-Christ. Ne voyez-vous pas, chrétiens , que fardeur qu'il a de souffrir n'est pas satisfaite, s'il ne souffre dans tout son corps et dans tons ses membres? Or c'est nous qui sommes son corps et ses [•) I. Ptir. 11. ai . — (•) Philip. 111. 1 o en 1 . — l') Lue. xiy. 47.

SES SOUFFRANCES. Saj

kembres : » Nous sommes la chair de sa chair, et les os de ses os » , comme dit Tapôtre (0. Et cest ourquoi le même saint Paul ne craint point de ire W, qail manque quelque chose de considéable à la passion de Jésus- Christ , s il ne souffre lans tous les membres de son corps mystique, comme 1 a voulu endurer dans toutes les parties du coips latnrel.

Entendons, Messieurs, un si grand mystère : enix>ns profondément dans cette pensée. Jésus-Christ ouffrant nous porte en lui-même : nous sommes, i je Vose dire, plus son corps , que son propre corps ; [lins ses membres, que ses propres membres. Quiconque a fesprit de la charité et de la communicaion chrétienne entend bien ce que je veux dire. Ce [ni seiaiten son divin corps, c'est la figure réelle le ce qui se doit accomplir en nous. Ah ! regardez le M>rpsde Jésus; « depuis la plante des pieds jusqu'à I la tète, il n'y a rien en lui de sain, ni d'entier & » ; oat est meurtri, tout est déchiré, tout est couvert le marques sanglantes. Mais avant même que les Murreauz aient mis sur lui leurs mains sacrilèges, royez dans le jardin des Olives le sang qui se déborde par tous ses pores, et coule à terre à grosses gouttes : toutes les parties de son corps sont teintes de cette sueur mystérieuse. Et cela veut dire. Messieurs, que l'Eglise qui est son corps, que les fidèles qui sont ses membres, doivent de toutes parts dégoutter de sang, et porter imprimé sur eux le caractère de sa croix et de ses souffrances.

Et quoi donc, pour donner du sang à J&us, fau-

(0 Ephes. T. 3o. — (>) Colos. i. 94. — {^) Is. 1. 6.

3a$. SUR I.* KtCESSITÏ

(Ira-t-il ressuscitei- les ]N i^i uns , les Domîtiens , et 1m autres pcrsecutcui-s du nom trhiétien ? faudia-t-il Mnouveler ces e'dits ciucU par lesquels les chr^twiu tutoient imai(>t£s ianocens à la vengeance pubU<]i»1 Non, mes Frères-, à Dieu ue plaise , mes Frères, q» la monde soit si ennemi de la vérité , que de la po^ scruter pnr tant de supplices. Lorsque nous son^ trous humblement les afUictions que Dieu nous CDvoio, c'est du sang que nous donnons au Sauveur; et notre résignation tient lieu de martyre. Ainsi sani ramener les rouef et les clievalcts sur lesquels on ^tendoitnos ancêtres, il ne faut pas craindre, Messieurs , que la matière manque jamais à la patience ; lu nature a assez d'infirmités. Lorsque Dieu nous exerce par des maladies, ou par quelque affliction d'une autre nature, notre patience tient lieu de martyre : s'il met La main sur notre famille, eo nous âtant nos parens, nos proches, enfin ce qni nous est cher par quelque autre litre de pieté; si nous lui oÛ'rons avec soumission un cœur blessé et «Dsauglanté par la perte qu'il a faite de ce qu'il ai^ juoit justemeot, c'est du sang que nous donaotu«à âauveur< Et puisque nous voyons, dans les soiatee Lettres, que l'amour des biens corroptibleseit apipelé tant de fois la chair et le sang ; lorsqae ' aèt* retranchons cet amour, qui ne peut être arrache. qve de vive force , c'est du aang que nous lui donnom. . Les médecins disent , si )e ne me trompe , quête lanues et les sueurs naissent de la même maUttto dont le sang se forme , je ne reclier(^e pas tiarïM^ -semeirtsi cette opinion est véritable; mais je sais^ae devant le Seigneur Jésus, et les larmes et les sueurs

Uennent liea de sang. J'entends par les sueurs , dirëtienSy les travaux que nous subissons pour Tamour de lui ; non avec une nonchalance molle et paresseuse y mais avec un courage ferme et une noble contention. Travaillons donc pour sa gloire : s'il faut &ire quelque établissement pour le bien des paa^mn^ s*il se présente quelque occasion d'avancer son CBBvre ; travaillons avec un grand zèle , et tenons pour diose assurée, que les sueurs que répandra un si beau travail , c'est du sang que nous lui donnons; Mais, sans sortir de nous-mêmes, quel sang est plus agréable au sauveur Jésus, que celui de la pénitence? ce sang que le regret de nos crimes tire du ccnir par les yeux ; je veux dire le sang des larmes amèreSy qui est nommé si élégamment par saint Augustin (0, « le sang de nos âmes » : lorsque nous le versons devant Dieu en pleurant sincèrement nos ingratitudes , n'est-ce pas du sang que nous lui donnons? Mais pourquoi vous marquer avec tant de soin les occasions de souffrir, qui viennent assez d*eUes-mémes ? Non, mes Frères, sans ressusciter les tyrans, la matière ne manquera jamais à la patience : la nature a assez d'infirmités, les affaires assez d'embarras, le monde assez d'injustices, la laveur assez d'inconstance ; il y a assez de bizarre* ries dans le jugement des hommes, et assez d'inégalité dan^ leur humeur contrariante : si bien que ce n*est pas seulement l'Evangile , mais encore le monde et la nature, qui nous imposent la loi des souffrances : il n'y a plus qu'à nous appliquer à en tirer tout le fruit qui se doit attendre d'un chrétien;

(>} Strm. cccLi. /i. 7, tom. y , coi. i3j6.

33o SUR LA néCESSITÉ

et c'est ce qu'il faut vous montrer dans la seoondr partie.

SECOND POINT

LonsQuc nous verrons, cbrétienS) Jdsus-Chmt soi'tii'du tombeau, couronné d'iioniicui' et de gloire, la lumière d'immortalité qui rejaillira de KS^^aî^l et de là se re'pandja sur son dîvia corps, nous fera sen.siblemeut reconnoitre les mcrveillt-ux avanlaget que produit le bon usage des alîtictions. Toutefui) Je'sus ne veut point attendre ce jour, poui- nous a|>' prendre cette vérité par expérience; et sans sortir de sa croix , iJ entreprend de nous montrer, pai- un gmnd exemple , quelles sont les consolations de ceux qui soulTrcul avec patience. Mais couitne cet exemple de consolation ne peut nous être donné eik. m pek-sonne sacrée, qui doit être au contraire )iu* qu'à la mort l'exemple d'un entier abandonnemeat; <:c que l'ordre de ses myslèies ne lui pi.uuiet pas de nous montrer encore en lui-même, il ooufrleid^ couvre , Messieurs , dans ce voleur péniteitt, aiujqd il inspire parmi les soufTrnpces des sentimeiu d'une piété toute chrétienne, quil couronne aussitôt de sa propre bouche, par la promesse d'une réeoniT pense éternelle : Hodie mecum eris 0) : » Vous seres M aujonrd'hui avec moi ».

Je ne m'étendrai pas, chrétiens , à vous prQWver, par un long discours , que Dieu aime d'un aanMir particulier les âmes souffrantes. Pour ignorer ,cet|te vérité, il faudroit n'avoir aucune teinture des |Hàikcipes du christianisme : mais afin qu'elle vous profite (0 Luc. ixiii. 43.

DES SOL'FFR AKCE5. 33l

en vos consciences, je tâcherai de vous faire entendre par les Ecritures divines les causes de cet amour; et la première qui se présente à ma vue, cest la contrition d^un cœur pénitent.

11 est certain , âmes saintes, qu un cœur contrit et humilié, dans le souvenir de ses fautes, est un grand sacrifice à Dieu, et une oblation de bonne odeur, plus douce que tous les parfums. Mais ce sacrifice d'bumiliation ne s'offre jamais mieux que dans les souffrances : car nous voyons par expérience qu'une ame dure et impénitente, qui durant ses prospérités n a peut-être jamais pensé à ses crimes, commence ordinairement à se réveiller, à les confesser au milieu des afllictions; et la raison en est évidente : c est qu*il y a dans le fond de nos consciences un certain sentiment secret de la justice divine, qui nous fait connoitre manifestement, dans une lumière intérieure qui nous éclaire, que sous un Dieu si bon que le nôtre Tinnocence n'a rien à craindre ; et qu'il lui est si naturel d*étre bienfaisant à ses créatures, qu'il ne feroit jamais de mal à personne , s'il n'y étoit forcé par les crimes : de sorte que le pécheur obstiné, lequel ébloui des faveurs du monde, ne pense plus à ses crimes, et parce qu'il n*y pense plus , s'imagine aussi que Dieu les oublie : OMiius est Deus (0; en même temps qu'il se sent frappé, il réveille en sa conscience ce sentiment enr dormi de la justice divine ; et touché de la crainte de ses jugemens, il confesse avec amertume les désordres de sa vie passée.

C'est ce que fait à la croix notre voleur converti :

CO Ps, IX. 34.

3^2 SUK LA MÉCESSITK

il entend son compagnon qui blaspbcme, et il s*etonne avec raison que ta vengeance présente ne l'ait pas encore abaisse sous la justice divine. « Quoi ^ i> dit-il, étant condamné, la rigueur du tourment > ne t'a pas encore anoris à craindre Dieu » '. JVeçue tu times Deum, quoa in eadem damnatione es (■) l Voyes comme son supplice ramène à son esprit la ci^Dte de Dieu et la vue de ses jugemens : c'«st ce qui lui fait humblement confesser ses crimes. « Pour u nous, continue ce saint patient , si nous somme» » punis rigoureusement , nos crimes l'ont bien m^r » rite u : Et nos quidem dignafactà recipimia (a)* Voyezcomme.il s'humilie, comme d baise la main qui le frappe, comme il reconnoit et comme iladors la justice qui le châtie. C'est là l'unique moyen da la changer en miséricorde : car DOtre Dieu , chrér

DES SOUFFRAKCI^S* 333

adns encore plus loin : jetons les yeux sur Jésus , Tauteur et le consommateur de notre foi : imitons notre heureux voleur^ qui s^ëtant considéré comme criminel , tourne ensuite un pieux regard sur Tinaocent qui souffre avec lui : « Et celui-ci y dit-il , « qu*a-t-il fait » ? IJic verb nihil mali gessit (>). Cette pensée adoucit ses maux : car pendant que le Jciste endure, le coupable se doit-il plaindre? Cest, mes Frères, de ces deux objets que nous devons BOUS occuper parmi les douleui-s; j'entends Jésus- <]ihrist, et nous-mêmes; notre crime et son innocence. Il a souffert comme nous souffrons ; mais il ^*e8t soumis à souffrir par un sentiment de miscri- <:ordey au lieu que nous y sommes obligés par une loi indispensable de la justice. Pécheurs, souffrons pour Famour du juste , pour famour de la miséri- <îorde infinie qui nous sauve , qui expose son innoeence à tant de rigueurs : souffrons les corrections salutaires de la justice qui nous châtie, qui nous Aiénàge, et qui nous épargne. O le sacrifice agréa- Me ! '6 rhostie de bonne senteur ! ces sbntimens foréeront le ciel , et les portes du paradis nous seront ouvertes : Hodie mecum cris in paradiso.

Mais, mes Frères, les afflictions ne nous servent pas seulement pour nous faire connoître nos crimes; elles sont un feu spirituel où la vertu clirétienne est tnise à Tépreuvc, oCi elle est rendue digne des yeux de Dieu même et de la perfection du siècle futur. Que la vertu doive être éprouvée comme for dans la fournaise , c'e^t une vérité connue, et très-souvent répétée dans les saintes Lettres ; mai$ afîn d*en en-

CO Luc. XXIII. 4>*

334 SUR LA HÏICESSITÉ

tendre toute l'e'tendue, il faut ici observer qu* feu opère deux choses à l'égard de l'or : il l'éprouve» et le fflit coniioUre; s'il est véritable, il le purifie et le raffine : et c'est ce que font bien mieux les afflictions il IVgard de la vertu chrétienne. Je ne crain^ drai point à*^ le dire : jusqu'à ee que la vertu se soit éprouvée dans l'exercice des aJllictions, elle n'est )amais assurée : car comme on ne connoit point un soldat, jnsqu'Ji ce qu'il ait été dans le combat; ainsi k vertu chrétienne n'étant pas pour la montre ni pour l'apparence, mais pour l'usage et pour le comhat , tant qu'elle n'a pas combattu, elle ne ne connoit pas elle-même. C'est pourquoi l'apâttr saint Taiil ne lui permet pas d'espérer, jusqu'à ce qu'elle ait passé par l'épreuve : a La patience pi-oduit l'éu preuve, et l'épreuve , dit-il ('), piodmt l'espë» 1 u rance » ; et voici la raison solide de cette seateacS'' apostolique. C'est que la vertu véritable attend tout du Dieu ; mais elle nu peut rien altcndie de Dieu, juijqu'à ce qu'elle soit telle qu'il la juge digne de lui : or elle ne peut jamais reconnoitre si elle est digne de Dieu , si ce n'est par l'épreuve que Dieu Dous propose; cette épreuve ce sont les soaffraoOM j par conséquent, chrétiens, jusqu'ÏÉ ce qu'elle K>it éprouvée par ^affliction, son espérance est toiijourt douteuse ; et son fondement le plus ferme , aum bien que son espérance la plus assurée, c'est l'ezer* cice des afflictions.

Que peut espérer un soldat que sou capitaine as daigne éprouver ? Mais au contraire , quand il l'exerce dans des entreprises laborieuses, il lui doniK (>) Bom. T. 4-

Bt de prétendre. O piété délicate, qui n'a jamais ité les aCBictionSy piété nourrie à Tombre et dans repos ! je t^entends discourir de la vie future ; tu ^

ftends à la couronne d'immortalité y mais tu ne is pas renverser Tordre de Fapôtre : « La patience produil répreuve y et Fépreuve produit Tespé*» ■anœ ». Si donc tu espères la gloire de Dieu, viens e )e te mette à Fépreuve que Dieu a proposée à serviteurs. Voici une tempête qui s*élève , voici e perte de biens p une insulte , une contrariété , e maladie : quoi, tu te laisses aller au murmure , avre piété déconcertée! tu ne peux plus te souter, fiété sans force et sans fondement ! va , tu n*as nais mérité le nom d une piété chrétienne, tu n*en lis qii*an vain simulacre ; tu n*étois qu un faux or, i brille au soleil , mais qui ne dure pas dans le 1 y mais qui s'évanouit dans le creuset : tu n'es opi*e qu'à tromper les hommes par une vaine aprenée; mais tu n'es pas digne de Dieu , ni de la ireté du siècle futur.

La véritable vertu chrétienne non-seulement se nserve, mais encore se raffine et se purifie dans le 1 des afflictions ; et si nous nous savons connottre ins-mêmes, nous comprendrons aisément combien te a besoin d*y être épurée. Nous nous plaignons dînairement pourquoi on nous ôte cet ami intime, inrquoi ce fils , pourquoi cet époux , qui faisoit ute la douceur de notre vie : quel mal faisionslas en les aimant, puisque cette amitié est si légine ? Je ne veux point entendre ces plaintes dans bouche d'un chrétien ; parce qu'un chrétien ne îut ignorer combien la chair et le sang se mêlent

33G SUR l* lïÉCKSSIT

dans I^s aflections les jilus légitimes , combien l(i iuttfrêts temporels, combien d'inclinations diflerenUS qui naissent en nous do l'amourdu inonde : et loutei CCS inclinations corrompent la purele de notre or, je veux dire la pei-rection de notre vertu, par un in* digne mélange. Si tu snvois , ô cœur liuminn , cotii> bien lemonde Le prend aisément , avec quelle facilita tu t'y engages; que tu louerais la main charitable qui vient rompre violemment tes liens , en te troo^ blant dans l'usage des biens de la terre ! Il se (ait nous, en les possédant , certains nœuds secrets, certains lacels invisibles , qui engagent même un cirar vertueux insensiblement dans quelque amour deré> glé des choses pi-ésentes j et cet engagement est plu* dangereux, en ce qu'il est ordinairemcDt plus im^ perceptible. Si la vertu s'y couser^'e, elle perd quasi toute sa beauté par le mélange de cet alliage : il eA temps de la mettre au feu , afin qu'il en fasse la aêt paialion; el cela de quelle manii^rc ? " t^'est qu'il n faut, dit saint A-ugustin, que cet homme apprean^ * en perdaat ces biens , combien il péchoit «a les N aioiant a. Qu'on lui dise que cette maison est brft^ lée , et cette somme perdue sans ressource par vné banqueroute imprévue; aussitôt le cœur saignera^ la douleur de la plaie lui fera sentir par combîei» de libres secrètes ces richesses tenoient au font} de son ame, et combien il s'écartoit de la droite voi^ par cet eogagement vicieux : Quantum hœc améndo peccaverint , perdmdo senserunl (0. D'aîllenn â connottra mieux par expérience la fragilité des bin» de la terre , dcmt il ne se vouloit laisser convaincra

(') S. Aug. de Civit. Dti, m.l,c.x. Corn, vii, col. ii.

DE8 SOUFFIIANCES. 33^

aucuns discours. Dans ce dëbris des biens péris^ les, il s'attachera plus fortement aux biens ëter^ g y qu'il commençoit peut-éti-e à trop oublier : si ce petit mal guérira les grands, et ce feu des îctioDS rendra sa vertu plus pure , en la séparant mélange.

(2ae si la vertu chrétienne se dégage et se purifie mi les souffrances; par conséquent, âmes saintes , m qui aime sur toutes choses la simplicité, et la mion, parfaite de tous nos désirs en lui seul, n*aura Q de plus agréable que la vertu ainsi éprouvée. LIS afin de le connoitre par expérience , jetez les oxfur Jéius, l'auteur et le consommateur de noti*e ; vojrex comme il traite cet heureux voleur, dont irons ai déjà proposé Texemple. Mais plutôt voyez ^ iDt toutes choses , à quel degré de perfection sa rtu se trouve élevée par le bon usage qu'il fait de moment de souffrances : quoiquil n'ait commencé. conversion qu'à l'extrémité de sa vie, une grâce traordinaire nous fait voir en lui un modèle acmpli de patience et de vertu consommée. Vous i ave& déjà vu confesser et adorer la justice qui le ippe, produire enfin tous les actes d'une pénitence ii&ite ; écoutez la suite de son histoire : ce n'est us. un pénitent qui vous va parler; c'est un saint une piété et d'une foi consommée. Non content avoir reconnu Finnocence de Jésus^Christ contre quel il voit tout le monde élevé avec tant de rage, se, tourne à .lui , chrétiens , et il lui adresse ses eux : a Seigneur, lui dit-il , souvenez-vous de moi, lorsque vous serez dans votre royaume » : Domine^ BossuET. xui. a a

333 sur, I,A NÉCESSITÉ

memeruo met cUm veneris in regnum tuum ('). Je triomphe de joie, mes Frères; moa cœur est renifJt de ravissement , quand )e vois la foi de cet hotaine. Va mourant voit Jésus mouraot, et il lui demande la vie : un cruciflt! voit Jiisus cruci&é , et U lui parle de son royaume r ses yeux n'aperçoivent que des croix > et sa foi nelui représente qu'un tr6ne: quelle foi , et quelle espérance ! Lorsque nous mourons , chi-étiens, nous savons que Jésus-Christ est vivant; et notre foi chancelante a peine de s'y confier. Celuici voit mourir Jésus avec lui, et il met en lui son espérance : mais encore en quel temps , Messieurs , et dans quelle rencontre de choses ? Dans le temps que tout le monde condamne Jésus, et que même lessiensTabandonnent, luiseulestréservé, dit saint Augustin, pour le glorifier à la croix; r Sa foi a » commencé de fleurir, quand la foi m^me des apô- » très a été flétrie » : Tuncjtdes efus de ligno Jloruit . tjuando dùcipulorum marciùti'^). Les disciples ont délaissé celui qu'ils eavoient être l'auteur de la vie, et celui-ci reconnoit pour maître le compafpion de sa mort et de son supplice : « Digne certainemeot , » dit saint Augustin , de tenir un grand rang parmi » tes martyrs, puisqu'il reste presque seul auprès de. B Jésus à faire l'office de ceux qui dévoient être les. u cbefs de cette armée triomphante ». Vous vwu étonnez , chrétiens, de le voir tout d'un coup élev< si haut; mais c'est que, dans l'usage desafflictiogif la foi et la piété font de grands progrès, quand ^let

(') £uc. XXIII. 4>' — {*)S.Aiig. de jimmatlejuiorig.lii.t,H.li, tom. X, toL 3^1.

le savent servir de cet avantage incroyable de souffrir avec Jësus<Ihrist^ Cest ce qui avance en un moment notre heureux lan*on à une perfection si éminente, et c*e8t ce qui lui attire aussi de la bouche du Fila de Dieu des paroles si pleines de consolation : Amen, dico tiii, hodia niecum eris in paradiso (0 : « Je » viïQA dis en vérité que vous serez aujourd'hui avec » moi dans le paradis ». Aujourd'hui ; quelle promp* tiiude! avec moi ; quelle compagnie ! dans le paradis ; quiel repos ! Que je finirois volontiers sur cette aimable promesse, et sur cet exemple admirable dlmraiUiéet de patience en ce saint voleur, de bonté et de miséricorde dans le Fils de Dieu ! Mais il y a des âmes de fer, que les douceurs de la piété n'attendrissent pas ; et il faut, pour les émouvoir, leur proposer le terrible exemple de la vengeance exercée sur celui qui souffre la croix avec un cœur endurci et impénitent : c'est par où je m'en vais conclui*e.

TROISIÈME POINT

Il est assuré , chrétiens , et peut*âtre vous vous souviendrez que je l'ai déjk pioché dans cette chaire, que la prospérité des impies , et cette paix qui les enfle et qui les enivre jusqu'à leur faire oublier la mort, est un commencement de vengeance, pariaquelle Dieu les livrant à leurs passions brutales et désordonnées , leur laisse « amasser un trésor de 1» haine , comme parle le saint apôtre (>), en ce jour » d'indignation et de fureur implacable ». Mais si nous voyons, dans les saintes Lettres, que Dieu sait , quand il lui plaît , punir le$ impies par une fé-

(0 Lue. XXIII. 43. <— (*) Bom. 11. 5.

34o 'VU

licite apparente; cettomâme Ecriture, qui ne ment jamais, nous enseigne qu'il ne les punit pas toujonra en cette manière, et qu'il leur fait sentir quelquefois la pesanteur de son bras par des événcnicns sanglans et tragiques. Cet endurci Pharaon , cette prostitnés Je'zabel, ce maudit meurtrier Acbab; et sans sortir' de notre sujet, ce larron impt^nitent et blasphémateur, rendent témoignage k ce que )c di^, et nous font bien voir, chre'liens, que la croix qui nous est, si nous le voulons , un gage assuré Je miséricorde , peut être tournée par notre malice en un instrument de vengeance, tant il est vrai, dit saint Augustin (0, « qu'il faut considérer, non ce que l'on souffre, mats u dans quel esprit on le soufTre o ; et que les afflictions que Dieu nous envoie, peuvent aisément changer de nature , selon l'esprit dont on les reçoit.

Les hommes endurcis et ioipénitens qui soulTrent sans se convertir, commencent leur enfer dès cette vie, et ils sont une vive image dos hoireurs de la damnation. Chrtliens, si vous voulez voir quelque affreuse représentation de ces goullies ob gémissent les esprits dévoyés, n'allez pas rechercher, n'allés pas rappeler les images , n(^es fournaises ardeotee, ni de ces monts ensouErés qui nourrissent dans leurs entrailles des feux immortels , qui vomissent des tourbillons d'une flamme obscure et ténébreuse, et que Tertullien appelle éle'gamment pour cette raison , « les cheminées de l'enfer » : fgnis ùifemifumarialaW. Voule^vous voir aujourd'hui une vive peinture de l'enfer, et un tableau animé d'une ame

(>) Zh Gvii. Dti, m. I, cap. Tiii, (OBI. tu, toi. Z.— (>) Tenult. 'Je Painit. n. 1».

DES SOUFFRANCES. 34c

condamnëe ? voyez un homme qui souffre , et qui ne songe point k se co nvertir.

En effet y le caractère propre deTenfer^ ce n'est pas seulement la peine , mais la peine sans la péni« tence : car |e remarque deux sortes de feux dans les Ecritures divines. « Il y a un feu qui purge ^ et un » feu -qui consume et qui dévore » : Uniuscufusque opusprobabit ignis (0...« Cum igné danyrantei'^). Ce dernier est appelé dans TEvangile , « Un feu qui ne » s*éteint pas » ; Ignis non extinguitur (3) ; pour le distinguer de ce feu qui s*allume pour nous épurer, et qui ne manque jamais de s'éteindre quand il a fait cet office. La peine accompagnée de la pénitence ; c^est un feu qui nous purifie ; la peine sans la pénitence, c*est un feu qui nous dévore et qui nous consume ; et tel e^t proprement le feu de Tenfer. C'est pourquoi nous concluons, selon ces principes , que les flammes du purgatoire purifient les âmes ; parce qu*oill la peine est jointe à la pénitence , les flammes Sont purgatives ou purifiantes : et au contraire que le feu d'enfer ne fait que dévorer les âmes ; parce qu'au lieu de la componction de la pénitence , il ne produit que de la fureur et du désespoir.

Par conséquent, chrétiens , concluons qu'il n'y a rien sur la terre qui doive nous donner plus d'horreur, que des hommes frappés de la main de Dieu , et impénitens tout ensemble : non y il n'y a rien de plus horrible, puisqu'ils portent déjà sur eux le car i-actère essentiel de la damnation.

Tels sont ceux dont David parloit comme d'un prodige, que Dieu avoit dissipés , et qui n'étoient

(0 /. Cor, XII. i3. — C»; /#. zxxiiz. i4- — O Marc, ix. 47-

3(b sur la llËCKSSITé

pas tûuch^& de componction -, Dissipait sunl , i campuncû (0 : serviteurs vraiment rebelles et opU oiâtrcs , qui ae revulleiit même sous la verge ; frappés, et noa corriges i abattus, et oon humiliés; cbÂ> iw-if et non convei-tis. Tel étoit le de'loyal Pbai-aon^ qui s'endurcissoît tous les jours §oug les cuups incessamment redouUe's de la vengeance divine. Tels sont ceux dont il est écrit, dans l'Apocalypse W^ que Dieu les ayant trappes d'une plaie hoiriblc, de rage ils mordoient leurs langues, et blasphémoient le Dieu du ciel , el ne ratsoient point pénitence. Tels hommes ne sont-ils pas comme des damnés, qui commencent leur enfer à la vue du monde, pour nous efiiayer par leur exemple, et que la croix précipite à la damnation avec ce larron endurci? On leur Hrrache les biens de cette vie ; ils se privent de coux de la vie future , du sièclo à venir ; m bien qu'étant frustrés de toutes parts, pleins de rage et de dt.'sespt>ir, et ne sachant à qui s'en prendre, ils élèvent contre Dieu leur langue insolente par leurs mui-mureset par leurs blasphèmes ; « et il semble» Il dit Salvien; que leurs crimes se raultipliant avec ■a leurs supplices, la peine même de leurs péchés » soit la mère de nouveaux désordres » : Utpuiares pœnam îpsorum criminum , tfuasi nuUrem este vitiorum (3J.

Apprenez donc, ô pécheurs, qu'il ne suffit pas d'endurer beaucoup, et qu'encore que, selon la règle ordinaire , ceux qui souffrent en cette vie, aient raison despéter du repos en l'autre ; par la

l"j Pi. lïxiT. 19. — W Apoc. iTf. 9. i— (*) De gubernaUlM, #■*'. n. li, pag. t^o.

DES 80UFFAANCES. 343

dareté de nos cœurs , cette règle n'esf pas toujours véritable. Plusieurs sont à la croix, qui sont bien âoignés du crucifié : la croix dans les nns- est une gràoe ; la croit dans les autres est une vengeance. De deux- hommes mis en croix avec Jésos-Çhrist , Vuti j à brouvë la miséricorde, Tautre les rigueurs de la jestice; Fan 7 a opéré son saint, Tautre f a 4X>mmenoé sa damnation : la croix a élevé jnsqu*au paradis la patience de Fan , et a précipité judqu*à Tenfer Timpénitenoé de l'antre. Tremblez don^ parmi vos souffrances ; [ craignes ] qn'au lieu d*éprooVer maintenant un fèn qui* vons purge dans le 4emps , vous h*alluniiez par votre faute un feu qtri vGo* dévore dans Fétemité.

Et vous; 6 enfàns de Dieu, quelque fléau qui toidto BOT vous, ne croyez jamais qne Dieu vous oublie; et ne vous persuadez pas que vous soyez obnfbndus avec tes méchans, quoique vous soyez mâles avec eux, désolés par les mêmes guerres, emportés par les mêmes pestes, affligés des mêmes disgrâces^ battus enfin des mêmes tempêtes. <c Le Sei- » gnenr connolt ceux qui sont à lui (0 » , et il sait bien démêler les siens de cette confusion générale. Le même feu firit reluire For, et fumer la paille : « Le même mouvement , dit saint Augustin W , fait » éithalei^ la puanteur de la boue, et la bonne odeur a» des parfums » ; et le vin n'est pas confondu avec le marc, quoiqu'ils portent tous deux le poids du anéme pressoir. Ainsi les mêmes afflictions qui désolent, consument les méchans, purifient les justes;

(s) ILTimoth, vt, 19. — («) De CiwU, Dei, lib. t, oap. rin, tom. tit,

-.344 ^^^ '-'^ »écessit£

et quoi que l'on vous reproclie , vous ne serez jamais coQfoncJus, pourvu que vous ayez le courage, la force de vous discerner.

Prenei \a me'decine ; la main de Dieu est inviai- Mement «étendue [ pour vous la pre'senter : recevezla avec joie, j « Mes Frères, dit Vapûtre saint Jac- » ques [0^ conaidiirez comme le sujet d une extrême » joie les diverses sfflictions qui vous arri%'ent ; sa- » chant que l'épreuve de voire foi produit la pa- » tience : ur la patience doit être parfaite dans ses n œuvras et dans ses effets , afin que vous soyez par- » faits et accomplis en toute manière, et qu'il ne » voas manque rien... ■ Heureux celui qaisoulTrepau tiemmcnt les tentations et les maux de cette vie; » parce que , lorsque sa vertu aura étC éprouvée , il 1) recevra la coui-onne de vie que Dieu a promise à » ceuK qui l'aimciit ». Si la tentation vous presse, « perse've'rez jusques à la fin » : Persévéra tistjue in Jinem; n parce que la tentation ne persévérera pas » toujours » : Quia tentatio non persévérât us^ue in Jinem W. Mais cet homme m'opprime par ses -violences : Et eulhuc pusillum , et non erit peccator {^i : (I Eocore un peu de temps, et le pécheur ne sera u plus ». Le médecia flatte son malade , mais ce délai est importun : « l'inlirmité fait paroitre long » ce qui est court u : Injîrmitas facit diu videri tjuod cito est (4). Quand un malade demande à boire, chacun se presse pour le servir} lui seul s'imagine que le temps est long. Hodie, «Aujourd'hui », dit

(0 Jac. I, a, 3, 4i >'■ — ''1 S, jlug. in Joan. TrucU nv. n. |3, tem. m, part. Il, «W. 600. — t'J A. lïlTi. 1 o. — W /n /"*. IXKTI ,

DB8 SOUFFmÂHCES. 34S

le Fils de Dieu : ne crains pas , ce sera bientôt. Cette vie passera bien vite ; elle s*ëcoulera comme un jour dliiver, où le matin et le soir se:touchent de près : ce n'est qu'un jour, ce n^t qu'un moment, que l'ennui et l'infirmité fait parottre long ; quand il sera écoulé, vous verrez alors combien il est court. O quand tous serez dans la vie future ! .

Mais je gémis dans la vie présente, et je suis accablé de maux. Eh bien ! abandonnez -vous à Timpatience : en serez-vous bien plus soulagé, quand vous aurez ajouté le mal du chagrin, et peut-être celui du murmure aux autres qui vous tourmentent ? Profitez du uioîns de votre misère, de peur que vous ne soyez du nombre de ceux auxquels saint Augustin a dit ce beau mot : « Vous perdez Futilité de vos 9 souflrances » : Perdidisiis uiiliiaiem calamitatis, et miserrimifacti estis j et pessimi permansistis (0 : « Vous perdez l'utilité de votre misère , vous êtes 9 devenus misérables, et vous êtes demeurés méai chans ».

0) De CivU, Dâf Uè.i, e, xxziii, ton^ ru, co/. 3o.

sua LES DEVOIRS DES ROIS. 347

qoejt de peur quVtant éblouis d*une telle m&gni(icenoe j ils ne s^élevasseat enfin au^essus de la con* dîUop humaine, un esclave, qui les suivoit avoit charge de les avertir qu ils étoient hommes : Respicû past te^ honUnem te mémento (0.

Le irû>mphe de mon Sauveur est bien éloigné de cette gloire \ et au lieu de l'avertir qa*il est homme , je 0ie sens bien plutôt pressé de le faire souvenir qu il est Diea. Il semble en effiet qu il Ta oublié. Le prophète et Tévangéliste concourent à nous montrer ce Rot d*IirMl « monté , disent-ils, sur «ne ânesse « : Sedetu super asinam. Chrétiens , qai n*'en rougiroit? est-ce là une entrée royale ? est-ce là un appareil de triomphe 7 est-ce ainsi, ô Fils de David, que voves montes an trône de vos ancêtres et prenez possesdon de jeur couronne 7 Toutefois arrêtons, mes Frères, et ne précipitons pas notre }ugement. Ce Roi , que tout le peuple honore aujourd'hui par ses cris dé réjouissance, ne vient pas pour s'élever au-dessus des hommes par Féclat d'une vaine pompe ; mais plutôt pour fouler aux pieds les grandeurs humaines : et les sceptres rejetés, Thonneur méprisé, toute la gloire du monde anéantie , font le plus grand ornement de. son triomphe. Donc pour admirer cette entrée y apprenons avant toutes choses à nous dépouiller de l'ambition et à mépriser les grandeurs du monde. Ce n'est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à la Cour, et nous avons besoin plus que jamais d'implorer le secours d'en- haut par les prières de la sainte Vierge, uii^e. Maria.

(0 ^pol, n, 33,

34^ svR LES UEVoins SES nois.

Jésus-Christ est roi par naissance ; il est roi | droit de conquête; il est encore roi par élection. Il est roi (lar naissance , Fils de Dieu clans l'éteraitë , Fils de David dans le temps : il est roi par droit de , conquête ; et outre cet empire universel cjue lui donne sa toute-puissance, il a conifuîs par son sang, et rassembli! par sa foi, et policé par son Evangile un peuple particulier, recueilli de tous les antres peuples du monde : enfin il est roi par élection ; nous l'avons choisi par le saint liaplènie, et nous ratifions tous les jours un si digne choix par la profession publique du chi-istianisme. Un si grand Roi doit i-^gner: sans doute qu'une royauté si re'elle et fondée sur tant de titres augustes , ne peut pas être sans quelque empire. U régne en efl'eL par sa puissance dans toute l'étendue de l'univers ; mais U a établi les rois chrétiens pour être les principaux instrumens de cette puissance : c'est à eux qu'appartient la gloire de faire régner Jésus-Christ; ils doivent le faire régner sur eux-mêmes ; ils doivent le faire régner sur leurs peuples.

Dans le dessein que je me propose de traiter aajourd'hui ces deux vérités , )e me garderai plus que jamais de rien avancei' de mon propre sens. Que seroit'.ce qu'un particulier qui se mêlcroit d'easeigner les rois 7 Je suis bien éloigné de cette pensée : aussi on n'entendra de ma bouche que les oracles de l'Ecriture, les sages avertissemens des papes, les sentences des saints évêques , dont les rots et les empereurs oot révéré la sainteté et la doctrine.

Et d'abord pour établir mon sujet , j'ouvre l'His-

SUR LES DEVOIRS DES ROtS. 349

toire sainte pour y lire le sacre du roi Joas (0 , fils du roi Joram. Une mère dénaturée , et bien éloignée

de celle dont la constance infatigable n'a eu de soin ni d'application que pour rendre à un fils illustre son autorité aussi entière qu elle lui a voit été déposée, avoit dépouillé ce jeune prince, et usurpé sa couronne durant son bas âge. Mais le pontife et les grands ayant fait une sainte ligue pour le rétablir dans son trône , voici mot à mot , chrétiens y ce que dit le texte sacré : Imposuerunt ei diadema ^ et testimonium, dederuntque in manu ejus tenendam /egem : « Os produisirent le fils du roi devant tout le » peuple; ils mirent sur sa tétc le diadème et le té- » moignage ; ils lui donnèrent la loi en sa main , et 9 ils rétablirent roi ». Joïada y souverain pontife , fit la cérémonie de Fonction : toute Tassistance fit des vœux pour le nouveau prince, et on fit retentir le temple du eri, « Vive le Roi » : Imprecatique sunt ei^ et dixerunt : Vivat Rex (^).

Quoique tout cet appareil soit merveilleux, j'admire sur toutes choses cette belle cérémonie de mettre la loi sur la tête et la loi dans la main du nouveau monarque : car ce témoignage que Ton met sur lui avec son diadème, n'est autre chose que^la loi de Dieu, qui est un témoignage au prince pour le convaincre et le soumettre dans sa conscience ; mais qui doit trouver dans ses mains une force qui exécute , se fasse craindre , et qui fléchisse les peuples par le respect de l'autorité.

Sire , je supplie votre majesté de se représenter atijourd'hui que Jésus-Christ, Roi des rois, et Jésus-

CO //. Par. XXII. 10. — W lUd, xxiii. 1 1.

35o «un LES DEvoins oet, rois. 1

Cbrist, souverain pontife, pour accomplir ces figures, met son Evangile sur votre tête et son évan- ' gile en vos mains ; omenient aagiistc et royal , digne i (l'un roi très-chrëticn et du fils aine de l'Kglise. L'E- j vangile sur votre tête vous donne plus «fiîclat (|iie votre couronne: l'Evangile en vos mains vous doane plus d'autorité que votre sceptre- Mais l'Evangile sor votre tête , c'est pour vous inspirer l'obe'issance : l'Evangile en vos mains , c'est pour l'imprimer dans tous vos sujets. Et par-là Votre Majesté voit asscx, premièrement que Jësus-Christ veut régner sur vous ; c'est ce que je montrerai dans mon piemier point : et que par vous il veut régner sur vos peuples ; mon second point le fera connottre , et c'est tout le sujet de ce dise ou l'a.

« Les rois régnent par moi i» , dit la sagesse éternelle : Per me reges rognant {') ; et de là nom devons conclure non-seulement que les droits de la royauté sont établis par ses lois , mais que le choix des personnes est un effet de sa providence. Et certes il ne faut pas croire que le Monarque du monde , si persuadéw sa puissance et si jaloux de son autorité, endure dans son empire qu'aucun y ait le coni~ mandement sans sa commission particulière. Par lui^ tous les rois régnent ; et ceux que la naissance établît , parce qu'il est le maître de la nature ; et ceux qui viennent par cboix, parce qu'il préside à tons les conseils; n et il n'y a sur la terre aucune puï^

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