SUR LES DEVOIRS DES A0I
beaux mots de saint Grégoii*e , dans une lettre qu'il écrit à Tempereur Maurice : c'est à Votre Majestë qu*il parle. « C'est pour cela y lui dit-il y que la puis^ Il sance souveraine vous a été accordée d'en-haut sur 3» tous les hommes ; afin que la vertu soit aidée ; afin 3» que la voie du ciel soit élargie , et que l'empire 3» terrestre serve à l'empire du ciel » : j^d hoc enim potestas super omnes homines dotninorum meoruin pietati cœlitus data est; ut qui bona appeUmt^ adju-yeniur; ut cœlorum yia largiks paient; ut terrestre regnum cœlesti regno famuletur (0.
ITavefi-vous pas remarqué cette noble obligation que œ grand pape impose aux rois , d'élargir les Toies du ciel? il Êiut expliquer sa pensée en peu de paroles. Ce qui rend la voie du ciel si étroite y c'est que la vertu véritable est ordinairement méprisée : car comme elle se tient toujours dans ses règles, elle ii*est ni asses souple ni assez flexible pour s'accommoder aux humeurs, ni aux passions, ni aux intérêts des hommes : c'est pourquoi elle semble inutile au mondes et le vice parottbien plutôt, parce qu'il est plus entreprenant : car écoutez parler les hommes du monde dans le livre de la Sapience : a Le juste y j» dîsent-îls y nous est inutile » : Inutilis est nobis (^) ; il n'est pas propre à notre commerce, il n'est pas commode à nos négoces : il est trop attaché à son droit chemin , pour entrer dans nos voies détournées. Comme donc il est inutile , on se résout facilement à le laisser là , et ensuite à l'opprimer : c'est pourquoi ils disent : « Trompons le juste , parce qu'il
• /. (0 EpisU lib, 111 , Epist, lAY, ad Bïauric. Aug. tom, ii, coL 676. — j[»)^. II la.
3CG SUH LES DEVOIKS DXS BOIS.
M noiu est inutild » : Circitmweniainus /ustum , tfn niam inutiiù est nobis. Elevez-vous, puissances t>a*<' prêtnes; voici un emploi digne de vous : voyet comtoft la vertu est contraiate de marcher dans des voiet semées j on la méprise, od TaccaLIe : protégez-tn : tendez-lui la main, faites-vous donneur en la ciicrcliant , élargissez les voies du ciel, rétabli&sex cb grand chemin , et rendez-le plus facile : pour cela ^. aimez la justice ; qu'aucuns ne craignent sous votre empire , sinon les mécliaosi qu'aucuns n'espèrent, sinon les lions.
Ah ! chi-étiens, la justice, c'est la véritable vertu des monarques; c'est l'unique appui de la majesté*; car qu'est-ce qtve la majesté ? Ce oest pas une cei^ tainc prestance, qui e&t sur le visage du prince et sur tout son extérieur ; c'est un éclat plus pénétrant, qui porte dans le fond des cceurs une crainte re»> pectueuse r cet éclat vient de la justice , et nous en voyons un bel exemple dans l'histoirs 4u roi Salomon. « Ce prince, dit l'EcrituretO, s'assit dans le » trône de son père, et il plut à tous » : Sedii Saio' jnort si^er solium.., pro pâtre suo , et cuactù pla~ cuil. Voilà un prince aimable, qui gagne les coeurs par sa bonne grâce : il faut quelque chose de plus fort pour établir la majesté ; et c'est la justice qui le donne : car après ce jugement mémorable de Salomon , écoutez le texte sacré : « Tout Isra^ , dit » l'Ecriture , apprit que le roi avoit jugé, et ils crai- » gnirent le roi , voyant que la sagesse de Dieu étoit » en lui » : Audivit omnis Israël judicium ^uod judicassct rext et Itmuerunt regem, videntes sapiert- (■) /. Parai aiii. »3.
sua LES BEVOmS DES BOIS. 867
tiam Dei esse in eo (0. Sa mine relevée le faisoit aimer; mais sa justice le fait craindre, de cette crainte de respect qui ne détruit pas Famour, mais qui le rend plus sérieux et plus circonspect. C*est cet amour mêlé de crainte que la justice fait natti-e y et avec lui le caractère véritable de la majesté.
Donc , A rois , dit TEcriture , « aimez la justice ip) », et sachez que c'est pour cela que vous êtes rois. Mais pour pratiquer la justice , connoissez la vérité ; et pour connottre la vérité , mettez -vous eh état de rapprendre. Salomon possédé d*un désir immense de rendre la justice à son peuple , fait à Dieu cette prière : « Je suis, dit-il , ô Seigneur y un jeune » prince y qui n*ai point encore rexpérience, qui » est la maîtresse des rois » : Ego autem sumpuer parpulus , igmorans egressum et introitum meum (3)^ En passant y ne croyez pas qu*il parle ainsi par foiblesse de courage : il paroissoit devant ses juges avec la plus haute fermeté, et il avoit déjà fait sentir aux plus grands de son Etat qu il étoit le maître. Mais quand il parle à Dieu , il ne rougit point de trembler devant une telle majesté , ni de confesser son ignorance , compagne nécessaire de Thumanité. Après quoi, le désir de i^ndre justice lui met cette parole en la bouche : « Donnez donc à votre ser- » viteur un cœur docile, afin quil puisse juger 3» yotre peuple , et discerner entre le bien et le » mal » : Dabis ergo serve tua cor docile^ ut popu-r lum tuum judicare possit, et discernere inter bo^ num et malum (4). Ce cœur docile, quil demande,
(0 Ill.Jleg, m. a8. — W Sap. i. i. — (3) ///. Keg. m. 7. —
3flB Sun LES DEVOmS DES R(
n'est point un cœur incertain et int'solu : car la justice est résolutive , et ensuite elle est inflexible i mais elle ne se fixe jamais qu'après qu'elle csl jnfoimee , et c'est pour l'instruction qu'elle denujid« un cœur docile. Telle est ia prière de Salomon,
Mais voyons ce que Dieu lui donne en exauçant sa prière, r Dieu donna, dit l'écriture, à Salotnoa « une sagesse merTcilIeuse et une prudence très- » exacte » : Dcdii quoçue Deus sapientiam Solomoni , et prudcntiam inultam nimh ('). Remartjufx la sagesse ot la prudence : la prudence, pour bien pi'nétrer les faits; la sagesse, pour poss<îder les règles de la justice : et pour obtenir ces deux choses, voici le mut important: n Dieu lui donna, dit u l'Histoire satitle , une ctendue de coeur comme le » sable de la mer u : Latitudinem cordis (juasi arenom tfuœ est in UUore maris (3). Sans cette merveilleuse dtendue de cœur, on ne connort jamais la vérité : car les bouimes , et particulièrement les princes , ne sont pas si heureux que la v*îrite vienac à eux de droit fd, pour ainsi dire, et d'un seul endroit; chacun la trouve dans son intérêt, daos ses soupçons, dans ses passions, et la porte, comme il l'entend, aux oreilles du souverain. Il faut donc un ccEur étendu pour recueillir la vérité deç& et delà , partout oix l'on en découvre quelque vestige : et c'est pourquoi il ajoute, « un cœur étendu » comme le sable de la mer u ; c'est-à-dire capd>Ie d'un détail ÏD&nî , des moindres particularités ^ de toutes les circonstances les plus menues , pour former un jugement droit et assuré. Tel étoit le roi tO Ul. Beg. :v. 39. — {') Ibid.
Salomoo