‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 72 sur 81 · TROIS · texte numérisé non relu

TROIS

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POUR LE TOUR DE PÀQVE. GsS

prêchera à nous renouveler » ; Renovaminîi}), Il £iut se renouveler tous les jours, parce qu'il y atou-^ jours des vices à vaincre.

Mais il y a ici quelque raison plus profonde. Serat-il permis à des hommes de rechercher aujourd'hui la cause pour laquelle il a plu à Dieu de laisser ses plus fidèles serviteurs dans cette mis<frable nécessité de combattre toujours quelque vice ? Cest le mystère du christianisme. Saint Paul s'en est plaint autrefois , et il lui a été répondu', que tel étoit le conseil de Dieu , qu'en ce lieu de tentation « la force fût » perfectionnée dans l'infirmité » : Virtus in ÎTifirmi" iate per/icitur ip).

Mais approfondissons plus avant encore , et demandons à Dieu humblement quel est ce dessein , quel est ce mystère : pourquoi a-t-il ordonné qu« la force se perfectionne dans l'infirmité ? Saint Augustin ngus en dira la raison admirable , et nous ezpli-* quera le conseil de Dieu : a Cest que c'est ici un lieu. » de présomption , et que cet exercice nous est né«> » cessaire pour nous entretenir dans l'humilité » ; cest que parmi les tentations qui nous environnent, la plus dangereuse et la plus pressante , c'est celle qui BOUS porte à la présomption : c'est pourquoi Dieu , en nous donnant de la force , nous a aussi laissé de la foiblesse. Si nous n'avions que de la foiblesse, nous serions toujours abattus ; si nous n'avions que de la force, nous deviendrions bientôt superbes. Dieu a trouvé ce tempérament : de peur que nous

(0 Eph. IV. a3. — W //. Cor, xu. 9.

'velut lineamenta extrema remanserirU (0. Mais comme dans les ruines de cet édifice ^ il a paru quelques restes de sa première grandeur et de sa pre* mière beauté , je ne sais quoi de noble et de grand; aussi , quand il a été rétabli , il a plu à notre Architecte qu'il y eût quelques vieilles pierres , restes de sa caducité ancienne, qui demandassent toujours la main de Fouvrier.

Le premier a été fait afin que nous connussions de quelle beauté nous étions déchus, etral(iti*e aussi pour nous faire entendre de quelle ruine nous avons été relevés. Le premier sembloit donner à notre na* ture quelque lueur d'espérance , et laisser en nous les traces sur lesquelles il avoit dessein de nous re-* bâtir ; mais le second assurément est laissé afin de réprimer la présomption.

Connoissons donc , âmes saintes , combien l'orgueil est à craindre , et combien nous est nécessaire cet antidote souverain de notre foiblesse. Saint Paul nous en est un grand exemple ; écoutez comme il parle : « De peur que la grandeur de mes révélations Si ne m'enfle et ne me rende superbe W ». Ecoutes et tremblez ; « voyez quel est celui qui parle en ces 39 termes : c'est celui , dit saint Augustin (3) , qui nous » a laissé de' si beaux préceptes, des sentences si » mémorables p8ur abaisser l'orgueil le plus témé- » raire, pour l'arracher jusqu'à la racine ». Mais tout cela, chrétiens , étoit la nourriture dont il s'en* tretenoit r c'est pourquoi saint Paul rcconnott qu'il

(>^ S. Aug, Uh. de Spir. et LU. n. 48 , iom. z , col, 1 1 1 . — (s) //. Cor. XII. 7. •— ' {}) Serm. CLXiii , n. 8 y tom. y, col. 788.

TOVfL LE JOUn DE PÀQUE. 62g

^slin vous regarde, ce Mais quoi , n*avez-vous pas » dit, ô Seigneur^ continue admirablement saint » Augustin y qu^aussitôt que nous parlerions y vous s> viendriez à notre secours » ! Adhuc te loçuente dicam , Ecce adsum (0. Il est vrai ; il Ta dit ainsi , et il est fidèle en ses promesses : « Car il nous assiste i> en différant y et le délai même est un secours » : Et chm differt adestj et quod differt adest , et dif- Jerendo adest W. Il n'abandonne pas son apolre , lorsqu^il le laisse gémir si long -temps dans une épreuve si rude et si violente, sous la main de Satan qui le tourmente; et ce il vaut mieux pour notre )) salut qu'il n'accomplisse pas si précipitamment les » désirs de son malade, afin qu'il assure mieux sa » santé» : Ne prœproperam chm impletvoluntatem^ perfectam non impleat sanitatem.

Voilà une instruction admirable , voilà une leçon d'humilité digne de saint AugusCki , mais digne du saint apôtre dont il Ta tirée. Humilions - nous profondément dans les tentations ; mais aussi que notre force s'y perfectionne. L'humilité chrétienne n'est pas un abattement de courage : au contraire, les difficultés l'encouragent, les impossibilités l'animent et la déterminent ; elle nous rend plus fervens , et plus appliqués au travail. Dans l'accablement de ce corps de mort , elle ne médite que des pensées d'immortalité : elle a cela d'admirable, que plus elle est foible, plus elle est hardie et entreprenante ; et les restes de sa vieillesse ne servent qu'à la pres3er à se renouveler de jour en jour.

\}) Is. LViii. 9. — (') S. Aug, loco mox citQtp,

POUn LE JOUR DE PAQUE. 63t

votre zèle ne se ralentisse. Mes Sœurs, vous le savez y votre Epoux a des ai*tifices secrets, incroyables, pour se faire aimer : il a des fuites nystérieuses pour nous engager davantage n il a des éIoignemen$ qui nous approchent; souvent lorsqu'il se dérobe, ^se donne : c'est un maître incomparable en amour; nul n'a jamais su le pratiquer avec une libéralité plus entière ; nul ne le sait attirer avec des adi^esses plus délicates. Croissez donc toujours en son saint amour.

Et nous aussi, mes Frères, quoique dans une vie mêlée dans le monde , songeons à nous discerner de sa confusion et des mœurs des mondains : profitons de ces instructions et de ces exemples; élevons toujours en nous le temple de Dieu, et ne nous lassons jamais de croître en notre Seigneur, Viendra le temps bienheureux auquel, après qu'il aura habité en nous , ' nous habiterons en lui , après que nous aurons été son temple , il sera aussi le nôtre : « Car » le Seigneur Dieu tout-puissant et TÂgneau est le » temple de la sainte cité » : Dominus enim Deus omnipotens templum illius est^ et Agnus (0. Saint Jean n'a point vu de temple en la céleste Jérusalem; parce que Dieu lui-même est son temple, que nous habiterons en lui éternellement , lorsqu' « il sera » tout à tous » , comme dit l'apôtre (^). « Heureux » ceux qui habiteront ce temple » : Beati qui ha^ bitant in domo tua , Domine (3). Quel épanchement de joie ! quelle dilatation de notre [ cœur] ! Etre en Dieu ! habiter en Dieu 1

(») Apoc, XXI. aa. — ^») i. Cor, xv. a8. — W Pt. ucxxux. 5.

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