‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 10 sur 109 · APPROBATION · texte numérisé non relu

APPROBATION

DE M0NS£IG;VEPR l'évoque de CHARTRES.

J'ai lu Texcellent livre intitule^ Instruction sur les états d'Oraison j où sont exposées les erreurs des /aux mystiques de nos Jours, as^eç tes actes de leur cqndam-* nation. L'erreur des quié listes y est <}^^lasqaée9 désarmée et iuyiaçibleineot Confondue* Mposeigneujr l'£véipie de Meauj^ toujours atteutif à défendre l'Eglise contre, toute nouveauté, fait voir clairement où-ten* 4ent leurs principes et le sens pernicieux de leurs maximes. Ils ont pensé ce qu'ils ont écrit, ce qu'ils ont tant de ibis répété y ce qu'ils se sont efforcés de prou-» yer, ce qii'ils ont expliqué par des comparaisons très-* sensibles , ce qui forme leur système , et ce qui est le sens de tous leurs ouvrages.

Qu'ils ne tentent donc plus de rappeler ici en leur faveur la fameuse distinction du droit et du fait ; ce ne pourroit être qu'un artifice pour éluder les condamnations deJ'Ëglise^ dans une occasion où les écrits condamnés parlent si clairement et d'une manière si peu équivoque.

Les légers correctifs qu'on y trouve quelquefois , et ceux-là même où ils semblent nier ce qu'ils assurent ailleurs, ne servent de rien pour leur excuse ; ils sq sont par -là préparé des évasions; ils ont dit de bonnes çho^s pour faire passer Jes mauvaises; et tout ce qu'on peut conclure de ces contrariétés , c'est qu'ils ont voulu 8^ déguiser; mais ils ont beau faire : il y a certains endroite dan^ leurs ouvrages qui en sont comme les chefs et le dénouement par où ils se découvrent malgré eux. 0^ n'a par exemple qu'à les suivre dans les dififéren«

44 APPUOBATIOW.

degrés de leur prétendue perfection , et à séparef comme ils font en chaque degré , le commencement , le progrès , et le terme ; on trouvera que ce qu'ils sem « blent accorder à la vérité catholique , dans le degré des plus parfaits , n'est vrai y selon eux , que pour le commencement du degré , ou tout au plus dans le progrès qu'on y fait , et que quand enfin on- est arrivé à leur terme , il n'y a plus rien à fisûre pour la créature ; qu'alors tout acte de vie chrétienne , quelque simple et délicat qu'il soit , est entièrement éteint ; et voilà la mort mystique, selon eux , qui conduit à la vie parfaite ; mais c'est en effet la mort de la grâce , qui mène à l'in-> différence du salut et à la réprobation éternelle.

Hs ont eu la hardiesse d'appeler à leur défense les plus saints Mystiques; mais M. de Meaux a réparé l'injure faite à ces grands saints y en montrant par euxmêmes leurs véritables sentimens, et a confondu les novateurs par la foi et la tradition constante de l'Eglise.

Après les éclairdssemens de ce grand prélat , il est évident que cette nouveauté est le renversement de Id foi et de la morale de l'Evangile. Luther et Calvin attaquèrent l'un et l'autre sous prétexte de réforme au commencement du siècle passé , et les faux Mystiques d'aujourd'hui attentent la même chose, sous le voile spécieux de la plus haute perfection. Il ne faut donc pas s'étonner si les Calvinistes ont fait l'apologie de M6linos, et si les Trembleurs d'Angleterre ont reçu dans leur communion les Quiétistes fugitifs d'Italie.

C'est un monstre, que des chrétiens et des chrét,îennes aient pu donner de tels excès au public sous les noms de la plus parfaite piété. Us ont réduit l'exercice de la foi à des i^ées si confuses de la divinité , et les pratiques de l'Evangile à une telle inaction et insensibilité^ qu'un licencieux déiste, qui auroit voulu se-' couer le joug de la religion, et étouffer les remi)rds de

ÂP^ROBATIO». 45

sa conscience, n'auroit pu rien concerter de plus favorable à son libertinage.

Quelles suites d'une si énorme doctrine, et quand on ne les auroit pas prévues en seroient-elies moins à craindre ? On sait quelle a été la vie de Molinos : Dieu punit souvent l'orgueil de Fesprit par les humiliations de la chair ; Es^anueruntin cogUationihus suis; dicentes erdm se esse sapientes, stuUifacti sunt„.,n'TradiJit illos Deus in reprobum sensum^ uifaciantea quœ non conveniunt. On doit tout craindre quand on est superbe, et l'orgueil peut -il monter plus haut en cette vallée de larmes, que de s'attribuer une justice, un désintéressement , un rassasiement , une transformation si fort au-dessus de notre état présent ?

Prétendre avoir extirpé l'amour-propre , c',est sans doute le comble de l'amour- propre, et quelle plus grande marque en peuvent donner ces âmes vaines ^ que leur folle présomption de n'avoir plus rien à demander à Dieu. Il n'est point de chute honteuse où nxh tel excès d'orgueil ne puisse précipiter: et plaiseTâu Seigneur que sous ces noms spécieux de simplicité , d'en&nce , d'obéissance trop aveugle , de néant , il n'y ait rien de caché de ce que l'on a découvert s^Ueurs dans ces orgueilleuses et spirituelles singularités.

Après l'instruction exacte qu'on donne ici sur un sujet si délicat et si important, nous espérons que toutes les personnes. de bonne foi et de bon esprit, qui se séroient laissé prévenir par l'endroit spécieux de cette nouveauté, reviendront de leurs préventions, et que les auteurs mêmes des ouvrages condamnés détesteront avec.humrlité et sincérité leurs erreurs , si l'infaillibilité que quelques-uns d'entre eux s'attribuent , et le mépris qu'ils font de toute la terre n'oppose pas aux remèdes de l'Eglise un orgueilleux entêtement qui rende leur mal incurable.

46 approbation;

!Npu5 ne cesserons d'offrir à Dieu noi prières et ndà sacrifices , pour qu'il détourne de dessus leurs têtes un si grand malheur, par une rétractation et une pénitence sincère, qui console Jésus -€hrist et son Eglise de leurs égaremens passés. Que si au contraire ils coutinuoient de résister toujours opiniàtrémedt à la vérité, ainsi que Jannès et Mambrès résistèrent à Moïse , du moins leurs opinions insensées ne feront plus aucun progrès : car letlr folie va être maintenant connue et détestée de tout le monde , comme le fut celle de ce» magiciens : sed ultra non proficient; in^ipientia enîm

eorum manifesta erit omnibus , siciU et iUorum fuit. C'est le grand fruit que nous avons tout lien d'attendre de l'excellent livre de M, TEvêque de Meaux , si rempli de la profondeur , de la lumière, de la pureté, et de la force de la vérité, catholique, dont ce grand prélat sr'est toujours montré si utilement pour l'Eglise^ le zélé défenseur contre toute erreur qui Ta osé attaquer dans ces derniers temps. Fait à Chartres, ce troisième de mars mil six cent quatre-vingt-dix-sept.

Signé f Paul, évêque de Chartres.

Page 1