‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 13 sur 109 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Les erreurs des noui^eaux mystiques en général, et en particulier leur acte continu et universel.

Il y a déjà quelques siècles que plusieurs de ceux I-

qu'on appelle mystiques, ou contemplatifs , ont . J^"]^*" introduit dans l'Eglise un nouveau langage qui les sur le stjleur attire des conti^adicteurs. En voici un échan- le des auteurs tillon dans le livre de Jean Rusbroc, clianoine ré- ^t sur leurs gulier de Tordre de saint Augustin , prieur et exagérations fondateur du monastère de Vauvert, Fundes plus q^ç^gi^ç/ célèbres mystiques y qui mourat vers la fin du quatorzième siècle. Cet homme donc d^ns son Yvfrey de l'Ornement des Noces spirituelles, qui est son chef-d'œuvre, a avancé ces propositions, que Gerson qui florissoit quelque temps après , lui a

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reprochées (') j « que non - seulement l'ame con-- » templative voit Dieu par une clarté qui est la }) divine essence ; mais encore y que Tame même » est cette cldrté divine ; que l'ame cesse d'être » dans l'existence qu'elle a eue auparavant en » son propre genre; qu'elle est changée ^ trans- » formée , absorbée dans l'être divin , et s'écoule » dans l'être idéal qu'elle avoit de toute éternisé » dans l'essence divine ^ et qu'elle est tellement » perdue dans cet abîme , qu'aucune créature ne » la peut retrouver : JVon est reperibilis ab ulld » créature ». Quoi ! l'ange saint , qui est préposé à la conduite de cette ame^ et les autres esprits bienheureux ne peuvent plus la distinguer de Dieu ? elle ne connoît pas elle-même sa distinction /ou comme parle cet auteur , son altérité ? elle ne sent plus de foiblesse ; elle ne sent même plusf qu'elle est créature? C'est lui donner plus qu'on ne peut avoir même dans le ciel ; et lorsque Dieu sera tout en tous (^)y ceux que l'apôtre comprend sous le nom de tous , connoitront qu'ils sont et demeurent plusieurs , bien que réunis à un seul Dieu. Quoiqu'à forcé de subtiliser et d'afibiblir les termes^ on puisse à la fin peut-être réduire ces expressions de Rusbroc à quelque sens supportable , Gerson- soutient que /malgré la bonne intention de celui qui s'en est servi, elles sont en elles-mêmes dignes de censure, et propres à favoriser la doctrine des hérétiques, quidiisoient que rhomme pouvoit être réellement changé en IXeu

(* • Gers, ad Carlhus, tom. i, col. 60. Jlusb. âe om» spirit. nupU ///. paru cap. *ï « 3, etc. — W /. Cor, \r. aS.

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et en Fessence div&ie : mais sans entrer dans cette dispute, il me suffit ici de remarquer que cet au* teur et ses semblables sont pleins d'expressions de cette nature , dont on ne peut tirer de bon sens que par de bénignes interprétations , ou pour parler nettement que par des gloses forcées. En effet, lil ne faut que lire les explications qu'un pieux Chartreux de ce temps -là, en répondant à Gerson , donne aux paroles de Rusbroc dont il étoit disdplei pour être bientôt convaincu qu on ne doit attendre ni justesse ni précision dans ces expressions étranges, mais les excuser tout au plus avec beaucoup d'indulgence.

Ce qui parott principalement leur avoir inspiré ^- .

1 > .•/• » . ï^^* livre»

ce Jangage exageratif , c est que prenant pour mo- attribue» à s. dèle les livres attribués à saint Denys l'Aréopa- Denys FAgite , ils en ont imité le style extraordinaire , ^^J*^^^**^! que Gerson a bien connu; et selon le naturel de tiqnes ont Fesprit humain, qui s'étant une fois guindé ne P'»» p^hj^ peut plus se donner de bornes, ils.n*ont cessé d'enchérir les uns sur les autres : ce qui à la fin les a mis au rang des auteurs dont on ne fait point d'usage. Car qui connott maintenant Harphius on Rusbroc lui-même , ou les autres écri* vains de ce caractère ? Non que la doctrine en . soit mauvaise , puisque , comme Fa sagement remarqué le cardinal Bellarmin, elle est demeurée sans atteinte : . ni que leurs écirits soient méprisables, puisque beaucoup de savans auteurs les ont estimés et en ont prîsr en main la défense ; mais à cause qu'on n'a pu rien conclure de précis de leurs exagérations : de sorte qu'on a mieux

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aimé les abandonner , et qiï'ils demeurent presque inconnus dans des coins dé bibliothèques, nr. De là aussi il est arrivé que leur autorité est

De Tauto- fQj,|; petite , pour ne pas dire nulle dans l'école :

Fitc de ces

écrivains : *^^* ^^ qu OU y dît de plus favorable podr eux ,

Sentiment c'est que ce sout des aateui's qu'il faut in-ter-

e uarez. p^^j-gp bénignement , et quand On objecte à Sua-

rez l'autorité de Tanière, qui est pourtant à mon

avis un des plus solides et des plus corrects des

mystiques^ il répond (') « que cet auteur rie

» parlant pas avec la précision et subtilité sco-

» lastique, mais avec des phrases mystiques, on-

» ne peut pas faire grand fondement sur ses pa-

» rôles, quand on voudroit déférer à son autorîté ».

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