LETTRE CIRCULAIRE
De M. le cardinal Cibo , écrite de* Rome le 1 5 février 1687, à tous les Potentats y Evêques et Supérieurs de la chrétienté , par l'ordre de la Congrégation du saint' Office; traduite de fitalien.
Ii.LUSTRissiM£ et révérendîssime Seigneur et Confrère. La sacrée Congrégation ayant été informée qu'en divers lieux d'Italie on voit s'élever insensiblement, et que même il y en a déjà d'établies , des écoles ou com* pagnies, des confréries ou assemblées, et encore sous d'autres noms, dans des églises, dans des oratoires et dans des maisons particulières, sous prétexte de conférences spirituelles , les unes de femmes seulement , d'autres d'hommes, ou méléeà des deux sexes; dans lesquelles certains directeurs, sans aucune expérience des voies de Dieu fréquentées par les saints , et peutêtre même malicieux , feignant de conduire les âmes à l'oraison , qu'ils nomment de quiétude ou de pure foi et intérieure, et encore sous d'autres noms : quoiqu'ils semblent d'abord, par leurs principes mal entendus et très-mauvais dans la pratique , ne proposer autre èhose que la perfection la plus haute en toute manière ; néanmoins ils insinuent peu à peu dans les esprits simples des erreurs très-grièves et très-pernicieuses, qui enfin aboutissent à des hérésies manifestes et à des abominations honteuses , avec la perte irréparable des âmes qui se mettent tous leur conduite par le seul détir de servir Dieu, comme on ne sait que trop qu'il est arrivé en quelques endroits. Les cardinaux inquisiteurs généraux
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mes confrères, ont jugé qu'il éloit à propos, avant toute chise , devons charger par cette lettre circulaire, adressée à tous les évêques d'Italie , de faire une recherche exacte de toutes les nouvelles associations semblables à celles-ci., et différentes de celles qui se sont établies ci -devant, et ont été de tout temps fréquentées par les Catholiques; afin que s'il s'en trouve de cette Sorte , vous ayez k les rompre incessamment , et qu'à l'avenir vous ne permettiez l'étobUssement d'aucune : recommandant particulièrement aux directeurs des consciences de marcher le grand chemin de la perfection chrétienne, sans aucune singularité; et ayant Surtout un très-grand soin.qu' aucune personne suspecte de ces nouveautés ne s'ingère dans la direction des religieuses, ni de vive voix ni par écrit, de peur que cette peste venant à gagner 4ans les monastères, ne porte la corruption parmi les épouses du Seigneur. En remettant le tout à votre prudence , nous ne prétendons point , par cette ordonnance provisionnelle , nous ^r la faculté de poursuivre, par les voies de la justice, ceux que l'on découvrira coupables de ces erreurs insupportables. Cependant on ne cesse de travailler id à éclaircir cettejcnatière, afin qu'en son temps on soit en état de faire connoitre aux chrétiens les erreurs qu'ils auront à éviter. Je vous souhaite toute sorte de prospérité. A Rome, ce 1 5 février 1687. Votre confrère très-affectionné , Signé, le cardinal Cuo.
Erreurs principales de la nouvelle contemplation ou oraison de quiétude , aussi traduites de l'italien,
• I . La contemplation ou l'oraison de quiétude , consiste à se mettre en la présence de Dieu par un acte de foi obscure, pure et amoureuse^ et ensuite sans pas-
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ser plus ayant, et sans écouter ni raisonnement, ni image, ni pensées aucunes, à demeurer ainsi oisif: parce qu'il est contre 1^ révérence qu'on doit à Dieu de réitérer le premier acte v lequel aussi est d'un si grand mérite et valeur, qu'il contient en soi à la fois, et même avec encore un plus grand avantagé , les actes de toutes les vertus, et dure tout le temps de la vie, pourvu qu'il ne soit point rétracté par un acte contraire, d'où vient qu'il n'est pas nécessaire de le réitérer;
3; Sans la contemplation aidée de la méditation ob ne peut faire un pas à la perfection.
3. La science et la doctrine même théologique et sacrée est un obstacle et un éloignement à la contem* plation , de laquelle les hommes doctes jie sont point capables de juger , mais seulement les contemplatifs eux-mêmes»
4. La contemplation parfaite ne peut regarder que la divinité : et les my&tères de l'incarnation , de la vie et de la passion de notre Sauveur -ne sont point des sujets propres à la contemplation, puisqu'au contraire ils l'empéch^it : c'est pourquoi les contemplatifs doivent s'en éloigner beaucoup, et ne les considérer qu'en fiiyanti
5. Les mortifications corporelles et la viepénitente ne conviennent pas aux contemplatifs : la conrersion doit plutôt commencer par la vie contemplative que par là vie purgative et par la pénitence : les contemplatifs doivent encore fuir, rejeter et même mépriser les effets de la dévotion sensible , la tendresse de cœur, les
' larmes et les consolations du Saint-Esprit , comme dei obstacles de la contemplation.
6. La contemplation parfaite et véritable doit s'ar-* rêter à la pure essence de Dieu, dépouillée des per-»
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ftonaeft et des attributs : et l'acte de foi envers Dteiii ainsi conçu est pins parfait et plus méritoire que celui qui le rjBgarde aveçJes personnes et les attrij^iuta, étant de la manière que Jësufr-Christ Fa enseigné lui-même; j^int que ce second acte est un obstacle à 1^ véritable c^tparfaitjE» contemplation de Dieu.
7. Pans la contemplation déjà acquise l'ame s'unit à Dieu immédiatement : c'est pourquoi tente idée ou image et espèce y est tout-àr£ût inutile.
8. Tous les contemplatifs dans la contemplation aclueU^. souffreAt des peines et des tourmens si griefs , qu'ils égalent et même surpassent ceux des martyrs.
9» Dans le sacrifice de la messe , et aux fêtes des jaintSy il vaut mieux s'appliquer à l'acte de pure foi et de contemplation, qu'au mystère même du sacrifice^ ou anx actions «t drcoostances de U vie des saints.
I o. La lecture des livres spirituels ^la prédication , la pyrière vocale, l'invocation des saints, et autres choses •emblablc^ sont un obstacle à la contemplation et à l'oraiu^ d'affections, à laquelle on ne doit apporter nucmuï pcéparation.
i u Le sacrement de pénitence avant la sainte corn» tnunion n'est pas nécessaire aux âmes int^ienres et contemplatives, mais seulement à celles qui sont dans lavie.active^et quiVexercent enccwe à la méditation.
isw La loHbtation ne regcwde point Dieu avec la lumière de la fin , mais avec la lumière naturelle , quoiqu'en esprit et en vérité; ai;ssî n'est^de d'aucua mérite auprès de Dieu.
i3. Les images, non-seulement int^ieures et spiri* tuelles , mais même les corporelles exposées à la véné« ration des fidèles , comme sont eelies de Jésus-Ghrist et de ses saints, f<int un grand tort aux contemplatifs; €*ttit pourquoi il £iut les éviter ^ et même les- 6ter tout-
DES QUIÉTISTES. 5oi
2i<fait, de peur qu'elles n'empêchent la contemplation.
1^. Celui qui s'est une. fois appliqué à la contei&plation ne doit plus retourner à la méditation , patce que ce seroit adler de mienx en pis.
i5. Si dans le temps de la contemplation il survient des pensées terrestres et animales , il ne faut prendre aucun soiii de les ciiasser , ni recourir à aucune lionne pensée y mais au contraire prendre plaisir à ce tourment.
1 6. Toute lotion ou affectioâ intérieuf^e^ bien que produite avec réflexion tàa vue de la foi pute ^ ne peut être agréable à Dieu, parce qu'elle nait deTamotu^ propre , toutes le» ibis qu'elle n'éSt pad insjHrée par le Saint-Esprit avant toute application et toute diligence de notre part ^ c'est pourquoi dam la eentemplation ou dans l'oraison d'affections , il faut demeurer oisif en attendant le soufflé miraculeux dû Saint-Esprit.
!■]. Toute personne étant actuellement en contemplation ou dans l'oraison de quiétude y-ftcât religieux ou fils de ËtmiOè, ou autrement danslamjétioti, ftie doit point en ce temps*là obéir à la l'ègle, tti accomplir les ordres des supérieurs , afin dé M pÀS interrompre h contemplation.
18. Les contemplatifs doireut être tellement d^ pouiflés de Faffectioti de toutes choses , qu'il» rejettent loin d'eux , ^ méprisent même le* ètrùs et les faveurs de Dieu , et perdent jusqu'à* FartWur é(es vertus : enfiû pour se dépouOler plus parfaitenient de tout , ils ddîvent faire ce qui répugne même à la modestie et à l'honnêteté , pourvu que ce ne soit pas chose expressé* ment contre les préceptes du Décal^gue.
19. Les contemplatifs sont quelquefois sujets à des traflspétts qui leiir ôtent tout usage du libre arbitre-, tellement qu'encore qu'ils tombent extérieurement
5of2 ACTES DE LÀ CONDAMNATION
dans des pëchës très-griefs^ néanmoins intérieurement ils n'en sont aucunement coupables : aussi ne se doivent-ils pas confesser de ce qu'ils ont fait y comme on le prouve par l'exemple de Job , qui en disant nonseulement des- injures au prochain , mais encore des blasphèmes et des impiétés contre Dieu, ne péchoit en aucune manière , parce qu'il faisoit tout cela par la violence du démon : or ni la théologie scolastique ni la morale ne sont d'aucun usage pour juger de ces sortes d'états violens, mais il y &ut apporter un esprit surnaturel qui se trouve en très -peu de personnes, dans lesquelles on ne doit point juger de l'intérieur par l'extérieur, mais de Fextérieur par Tintérieur.