‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 66 sur 109 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

De M. le cardinal CaraccîoU à Sa Sainteté, écrite de NapUs le 3o pumer 1682^ traduite de l'italien*

Tiiii*sAivt Peae,

Sifai quelque Ai)€tâe me consoler ^ et de rendre gràeQ9 k SieiA , en apprenant que beaucoup d'âmes contées ,à mes soins s'appUquent au saint exercice de l'oraison mentale, source de toute bénédiction céleste; je ne dois pas moins m'affliger d'en voir quelques autres ^'égarer inconsidérément dans des voies dangereuses. Depuis quelque temps , très- saint Père, il s'est introduit à Staples, et, comme je l'apprends, en d'autres parties de ce rojaume , un usage fréquent de l'fH'aison passive , que quelques-uns ai^MS&ent de pure foi ou de quiétude. Jk affectent de prendre le nom de Quiétistes, ne faisant ni méditation ni prières vocales ; mais dans l'exercice actuel de l'oraison se tenant dans un grand repos et dans un grand silence , comme s'ils étoient ou muets ou morts, ils prétendent faire l'oraison pure-^ ment pasnve. En effet , ils s'efforcent d'éloigner de leur esprit , et même de leurs yeux , tout sujet de méditation , «6 présentant eux-mêmes , comme ils disent ,

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à la lumière et au souffle de Dieu, qu'ils atteadeiit da del , sans observer aucune régie ni méthode , et suis se préparer ni par aucune lectute'ni par la considération d'aucun point ; quoique les maîtres de la vie spirituelle aient coutume de les proposer surtout^ aux commençans, afin que parla réflexion sur leurs propres défauts, sur leurs passions et. sur leurs imperfections ils parviennent à s'en corrige/b : ^ais ceux-ci prétendent s'élever d'eux-îoémes au plu» «idilime -degré de roraison et de la contemplation ^ qui vient néanmoins de la pure bonté de Dieu , qui le donne à qui il lui plait, et quand il lui plaît. Aussi se trompent-ils visiblement, s'imaginant que sans avoir passé par les exercices de la vie purgative, ils peuvent par leurs propres forces s'ouvrir d'abord le chemin de la contemplation : sans penser que les anciens et les modernes , traitant cette matière, enseignent unanimement que l'oraison passive ou de quiétude ne peut être pratiquée qu% par des personnes arrivées à la parfaite mortification die leurs passions , et déjà fort avancées dans l'oraisou. C'est cette iiftéthode irrégulière de faire oraison, par laquelle le démon est enfin parvenu présentement à se transformer en ange de lumière , dont je vais faire le récit à Votre Sainteté, non sans une très-grande hoireur.

U y' en a parmi eux qui rejettent entièrement la * prière vocale : et il est arrivé que cectains, exercés dç long-temps dans l'oraison île pure foi pt de quiétude 30US la conduite de ces nouveaux directeurs, ^étant do* puis tombés en d'autres mains, n'ont pu se résoudre à dire le saint Rosaire, ni même à faire le signe de la c|:oix, disant qu'ils ne peuvent ni ne veulent^ le fiiire, ni réciter aucune prière vocale, parce qu'ils sont mort» en la présence de ï)ieu , et que cçs cbose^ extérieures ne leur servent de rien. Une femme élevée dans cette pratique ne cesse de dire<: Je ne suis rien, Dieu est tout;

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^t , Je suis dans l'abandon ou vouis me voyez , parce qu'il plaît ainsi 11 Dieu : elle ne veut plus se confesser; mais «lie voudroit toujours coiïimunier c elle n'obéit à personne y et ne fait aucune prière vocale. D'autres encore, dans cette oraison de quiétude , quand il se présente à leur imagination des images même saintes, et de notre Seigneur Jésus-Christ , s'efforcent de les chasser en secouant la tête; parce, disent-ils, qu'elleVles éloignent de Dieu. C'est pourquoi ils font encore cette action ri* dicule et scandaleuse , médle en communiant publique-^ ment; parce qu'alors ils s'imaginent devoir laisser Jé^ 8us*Christ , pour penser uniquement à Dieu. Leur aveuglement est si grand, que l'un ^eihc s'avisa un jour de renverser un crucifix de haut en bas , parce , dit-il, (}u'il l'empéchoit de s'unir à Dieu , et lui faisoit perdre sa présence. Os sont dans cette erreur, de croire que toutes les pensées qui leuî* viennent dans le silence et dans le repos de l'oraison , sont autant de lumières et d'inspirations de Dieu ; et qu'étant la lumière de Dieu , elles ne sont sujettes à aucune loi. Delà vient qu'ils se croient permis sans distinction tout ce qui leur passe alors dans l'esprit.

Ces désordres me pressent , moi qui suis , quoiqu'ihdigne , comme le vigneron appliqué àla culture de cette vigne , d'en rendre un compte exact avec tout le respect que je dois à Votre Sainteté, comme au grand père de fainille ; afin que connoissant par sa sagesse la racine envenimée qui produit de tels germes^ il emploie toute la force de son bras apostolique pour les couper, et pour en arracher jusqu'^à la racine , d'autant plus que »ur cette matière il se répand des opinions qui méritent d'être condamnées. Depuis que je suis ici on m'a présenté im manuscrit qui traite de Toraison de quiétude, pour en obtenir la permission de l'imprimer. 11 s'y est trouvé tant de proportions dignes de censure , que j'ai

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refusé cette permission , et qu^ j'ai retenu le livre. Je préypis que le^ plumes se préparent 4e tovs potés à écrire des choses dangereuses* Je supplie YotreSaînteié de me donner les lumière» (et leamoyem qu'eUe jugera à propos , afin qne de ma part je p^is8e aller au devant des plus grands scandales qu'ij y aàVraindlre «n C9tte ville et dans ce diocèsç, Jejqe pnis m'empécher de donner encore avis à Votre Sainteté de Fusage de la coin« nmnion journalière , introduit ici parmi les laïqaes même mariés , qui, sans faire paroitre aucun avanoement dans la vie spirituelle, comme ils le devroient néanmoins en s'appjrocbant si souvent de la sainte table, nourseulement ils ne donnent aucune édijication , mais au contraire beaucoup de scandale. AusslYotre Sainteté ne peu^^e ignorer ce qu'elle a ordonné dans son décret général, recommandant particulièrement i^x confesseurs, au jugement desquels doit être réglée la communion journalière des la:iques, qu'en la penpettant ils ^ souvinssent surtout de faire voir la grande préparationetlagrande pureté, quél'ame doit apporter au saint )>anquet. Et néanm^oins l'expérience ne £adt voir que trop ,.que sans avoir aucun égard aux pieux avertissemens de Votre Sainteté, la plupart des laïques fréquentent tous les jours la sainte communion; dont je me sens obligé de faire ma plainte à Vp^re Sainteté, commç d'un abus manifeste , auquel je la si^pUe de me prescrire un remède convenable avec ses ordresparticuUers que je suivrai , comme la guide qui me doit conduire en toute sûreté dans le gouvernement des amesv Au reste je bais<^ très*huniblement les pieds de Votre Sainteté.

Signé j le Cardinal CAftAOCioLi.

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