‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 7 sur 109 · IV. Ce même docteur, pour réfuter ceux qui pi*é · texte numérisé non relu

IV. Ce même docteur, pour réfuter ceux qui pi*é

obMryatioiu ^^^^^^^^^^ T^^ ^^ matières de l'oraison ne de-

SUE L£S ÉTATS D^ORAISON. 3x

voient point être portées à l'école, mais seule- ^« "^"*« ment traitées par les hommes expérimentés dans cette pratique (0, découvre les illusions où tombent ceux qui doqnent pour toute raison « leurs » expériences , et qui transportés par des afiec- » tions déréglées envers les vertus, et par des » idées indisa^ètes de Tamour de Dieu , ont uu » zèle qui n'est pas selon la science ». Il se trouve ^ ajoute -t- il y parmi eux a des femmes d'une ïn^ » croyable subtilité W » , dont les écrits quelquefois a contiennent de très-bonnes choses; mais » leur orgueil et la véhémence de leur excessive » passion leur persuadant qu'elles jouissent de » Dieu dès cette vie , elles disent des choses sur » cette bienheureuse vision, que rien n'auroit » égalées, si elles les avoient appliquées à la vie » future »• Je rapporte ces passages pour montrer jusqu'où peut aller l'esprit de séduction, et ensemble comme sous le nom de l'amour divin il s'introduit des excès qui détruisent la piété. C'est de là, dit ce pieux docteur, que sont nés les béguards et les béguines, dont on connoit les énormes excès; mais Gerson les attaque ici par leur bel endroit, je veux dire par la trompeuse apparence de leur spécieux commencement , et il at* taque en mên>e temps les « autres semblables fo- 9 lies d'amans insensés que la science ne guide » pas : insanias amantium, imb et amentium, » quia non secundhm scientiam )» : d'où il con*

(>} Ep. Jo, de Schoen. et resp, Gers, ibid, ZJh» de Dist ver^r* vif.àfaUis,€t€.'^{*)lbid,eoL5$,

3l P&ÉFACB

clat qu'il en failloit croire les doctes théologiens qui savoient les règles ^ platôt que les dét^ots qui se glorifient de leur expérience.

'^' C'est aussi ce qu'on pratiqua dans le concile dé

1 condledc Vienne contre ces fi|ux contemplatif. A les en- Yienne. tendre, ils étoient Aevésk la plus sublime oraison , passifs sous la main de Dieu , transportés par un amour extatique, et toujours mus par des impulsions et impressions divines. Mais encore qu'ils ne cessassent d'alléguer leurs expériences, on ne les écouta pas; et malgré ces épreuves tant vantées, qu'on prit poul* dés tromperies du malin esprit , et en tout cas pour de vains transports d'une imagination échaufiee, ils furent frappés d'un anathéme étemel, dont ils furent plutôt abattus que convertiis : laissant au monde un exemple des aveugles et opiniâtres engagemens où l'on entre ^ en préférant des expériences particulières et souvent trompeuses à la régie invariable de la tra« dition,

^V C'est par la méine raison que sainte Thérèse a

de sainte d^siré à la vérité de trouver dans les directeurs Thërése, qui la scieuce et l'expérience, s'il se peut, unies en- ^'* ^^k\t^ semMe; mais fauté ou de l'un ou de l'autre, elle

science alex- ' " >

périence : et a préféré le savont à celui qui n'est que spiriles raisons j^^i (i)^ ç^^ passagc u'est îgnoré de personne ;

s'appuie. tsi^is on n'a peut-être pas assez réfléchi sur les raisons de cette sainte : l'une est qae rhommed*orai' 5on renfermé dans son expérience , « s'il ùe mardie

(') ChÂL 6.* dem, chap, Tui.

31 pas

SUR EES ÉTATS d'oRAISOIT. 3S

» pas dans votre voie, comme il en sera surpris » ( par le défaut de scienée ) il ne manquera pas » de la condamner » : ce que les hommes savans et bien instruits de la règle ne feront pas : « Tau- » tre, que la connoissance que leur science leur 3» donne d'autres choses non moins admirables re- » çues danÈ TEglise^ leur fait, a jouter foi à celles » que vous leur raconterez ( de votre intérieur ) » quoiqu'elles ne le^r soient pas ' encore con- » nues (0 ».

Ainsi ce qu^on n'aura point expérimenté en soi-même y on le sentira dans les autres ou dans des cas approchans. La sainte n'y met qu une condition y qui est que ces savans que Ton consulte soient gens de bien: parce qu'alors en joignant ensemble la science et la vertu /ils seront de ces spirituels , au sens de saint Paul C^) , çui jugent de toutes choses, sans que pour cela il soit nécessaire qu'ils soient arrivés à ces hautes spiritualités de ceux qu'on appelle les grands directeurs : car on voit que le saint apôtre dit bien , çue le spirituel j dont il parle, yuge de tout; mais non pas qu'il ait tout expérimenté par lui-même, ni que , pour juger de chaque manière d'oraison , il faille qu'il y ait passé : autrement il faudroit aussi avoir éprouvé les extases pour en porter un jugement droit et discerner Jes bonnes d'avec les mauvaises, et le spirituel, qui juge de tout, seroit uniq>uement.<^elui qui auroit expérimenté toutes

(«) Chdt, 5.* dem. ohap. i. ySî. — (»)/. Con u. i5. BOSSUET. XXYII. 3

34 PEÉFACE

les oraiso^s extraordinaires : ce qui bien assuréT pxent p'est pas véritable.

X Ces 4irecteur$ renasnmés doftt on vante les experieaces > el ^ui ne doutent de ri^B^ ign^reqt-il^ que Dieu do^t le br^s. s étend au-delà die toutes le^rs épreuves, s^pxqueUes, cQjpiiae sainte Théy f èse vient de pous le dire , il^ veulent réclvire les ^jimes, le& jette bien loin à Técart, et se plaît à les dérouter : en sorte q^e leurs expériences ^ qu'ils prenoient pour guide, ne serviront sour yept qu à les confondre ? pendant que lesî savans 'l^ommes bien instruits des règles, piQ^rvu seules ment qu ils soient humbles^, et que leur cœur soit droit; %Veç Di^u ,. su^uroi^t bien qu^^nd il faudra ne pa§ JMgçr ^ et jugeron^t aussi quand il le faudra ^ avçc d'autant pjius d^ sûreté ^ ce que Dieu , dit }) ceinte Thérèse (0 ^ le& ay^nt choisis, pour être 9 djeis l,uj;i;)guçi;es de san Eglise., ils ont cet avantage >) par-dessus les autres , que. quand on leur pro- » pose quçlqiies vérités ,, il les (jLispx^e à les rece- 3> \Q^^ »: de.sprte qfi^n les s^i^v^apt , ce n'est pas sur ^^x^ mais sur Dieaseul qu'on s'appuie. Il ne faut pas ouI;)lier ^ue la saij^te ajoute , quelle en peut bien parler pur expérience : et puisque c'esli à rex;périenee qu'on ^^oiukoit tout rapporter, on en peut croire la sienne.

7^^* C'est dîonc , pour ainsi parler, l'expérience elle^

Dieu cache ^^me, qui exnpêche de tout donner à l'expérience ;

auxamessim- mais pouT pénétrer au fond à^e cc^te. matière ^

(0 Chttt. 5,' dem* chap-t 733.

SUR LES ÉTATS B^OllÀISÔN. 35

Voici en dernier lien une autre sorte cf expérience pics leur marquée par cette sainte. C'est qu'ori est con- comm^°tr^^ templatif, fians le penser être : le dirai-je ? on est tudepeutdeexpériméfifté sans le savoir : « îe sais , dit sainte^ '^®"''* ""®

^t ^ K / \ '•*.. . . contempla-

» Thérèse (»), une personiie qui nafyant jamais iion éminça- » piî faii^é d'autre oraison qùé la Votalè , possé- le. 3* doit toutes les afutrtô^él quahd elïe vouloit » prier d une autre manière, son esptit s'égaroit » de téUe sorte qu'elle ne âe pouvoit souffrir elle- » même : mais plat k Dieu que nos oraisons men^ » taies fusseàt semblables à Toraison vocale qu elle » faisoit. Un jour , continué la sainte , elle' mé » vint trouver fort affligée dé ce que ne pouvant » faâre une oraison mentale ni s'appliquer à la » contemplation, elle se troùvoit réduite à faire! » isouvént quelques^ ûtaisoiis yocatès ». fL la' fin pourtant il se trouva qu'eH* étoît, sans y avoir seulement son^é , datns la plus^ subiinàe contém*' platioB. €e sont les secrets , et pour ainsi dire leâ .|eux mervéiUeirx de la sagesse éternelle ^ qui cache aux amels ce quelle .leur donne, et qui leur fait rechercherla contesipîatîonf pendant qu'elfes la possèdent : fes gens saTans sont soumils cômMe les autres à ces conduites cachées : Di^euleâ fait petite autant ^Hl lui plaît, et ils ne trôtrveuPt étt éU^së quig^loran^e et aveuglement. Par ces adtoiràble^ ressorts de la divine sagesse , un bon et sirApIe docteur , qjuî ne croîgrà pas sa^c^r priet* aiitre^nt

que le commun^ di^s^ fidèlte, sani» fdiré' le grënd

(0 Ch€m. depjetrf, ch* nu

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