PRÉFACE
directeur ni parler de son oraison ou raccmter lèsf expériences que les autres vantent , vous dira en simplicité ce que Dieu demande de vous : son ^ étude,, qui y selon la règle de saint Augustin, n'est qu'une attention à la lumière éternelle , et un saint . attachement de son cœur à celui qui est la vérité même , est une sorte de contemplation : quand il parlera de Toraison il croira parler du don d'antrui plutôt que du sien : plus ses épreuves lui paroissent foibles , ou plutôt , moins il les connoît <et moins il y songe, plus il se met en état de profiter de celles des autres; et en se laissant lui-même pour ce qu'il est aux yeux de Dieu ^ il annoncera la doctrine que les; Ecritures apostoliques j et la tradition des saints lui auront apprise. VIIT. Qu'on ne croie pas toutefois que je rejette le
Comment i i» ^ • «^ j
rexpérience secours de 1 expérience : ce seroit manquer de est subor- seus et de raison : mais je dis que l'expérience , donnée a la • ^^^ j^j^j^ régler certaines choses , est subor-
sciencelhëo- i ^, . ^ x , ' . i . i •
logique. donnée dans son tout à la science tneologique y qui consulte la tradition et qui possède les priiidipes. C'est ici une vérité constante et inébranlable qu'on ne peut nier sans erreur : le contraire, çon^me on a vu , est un moyen indirect de se soustraire au jugement de la saine théologie , et en ^général à l'autorité des jugemens ecclésiastiques.
^^' Appuyé sur ces solides fondemens , j'entrerai
Division de ^ - ..
cet ouvrage ^^^^ conliance dans cette matière, et pour y p'ro-
en cinq trai- céder avcc Ordre , je diviserai cet ouvrage en cinq
es princi- ^j-aités. Je proposerai dans le premier , qui est
SUR LES ÉTATS B^ORÀISOlf. ^7
celui-ci^ les faux principes des mystiques de nos jours et leur mauvaise théologie , avec une juste censure de leurs erreurs. Pour les réfuter plus à fond y le second traité fera voir les principes oom* ' muns de Toraison chrétienne. Le troisième exposera par les mêmes règles les principes des oraisons . extraordinaires I dont Dieu, favorise quelques-uns de ses serviteurs. Les épreuves et les exercices feront le sujet du quatrième. Enfin -, je conduerai cet ouvrage en expliquant les sentimens et les locutions des saints docteurs dont les faux mystiques ont abusé , €t partout je tâcherai d'empêcher, que l'abus qu'ils en auront fait^ ne fasse perdre le goût de la vérité. Tespère que par ce moyen le pieux lecteur n'aura rien à désirer sur cette matière : les erreurs seront découvertes : ceux qui manquent moins par malice que par imprudence se réjouiront d'être redressés : le$ âmes simples et encore infirmes seront attirées k Toraison, et celles qui y sont déjà exercées crain-^ dront moins de se livrer aux attraits divins. Dieu sait que ce n'est pas de moi-métne ^ mais de la doctrine des saints et de la force de la vérité que j'espère ces avantages.
Quoique mon dessein principal soit de répan- x. dre dans tous les cœurs les doux attraits de la , Diffici^ltés
. ' j. 1 . àe celte ma-
parfaite oraison, néanmoms en divers endroits et ^^j.^^ surtout lorsqu'il s'agira de ToraisoB' qu^on nomme passive, je ne pourrai évitei? l'abstraction et la sécheresse, qui, dans un sujet si sublime et si délicat, accoiâpagnent nécessairement; les defini-
38 PUÉFÀCE
tions et les resolutions précises* D'aillénrs y il faudra entrer dans des matières (|ue le monde ne gQÛte guère, et dpnt souvent il fait le sujet de ses railleries. On y traite oi^dinaireiiient les contemplatifs d^ cerveaux foibles et blessas ; les ravi^emenSy les extases. , et les saintes délicatesses de Famour divin y de songes et de creuses visions, lu'homme animal, comme dit saint Paul ('), qui ne veut ni ne peut entendre les merveilles de Dieifi s'en scandalise : ces admirables opérations du Saint-Esprit danjs les âmes, ces bienheureuses communications et cQtte douce familiàiité de la sagesse éternelle, qui fait s^s délices de converser ayec les hqmmes , sopt un secret inconnu , donft cbacun veut raisonner à sîa fantaisie. Patmi tant de differept^^ peqséeis qui se forment sur ce sujet d^ns tous 1^3 ç^{H*it9> ç^Qiunient empecherai-je la profanatiqii ^u mystère de la piété, que lé monde ne Y§Vt p^s. gQÛter ? Dieu le sait , et il sait encore Tu^a^e q\%e je dois faire def contra* fictions on ^^cvètos ou déclarées qu'on trouve £^ur soiji chemin , dani^ une matière où tout le monde sec^tm^tît^Q» 6t ot^ rpu ne voit que trop que les esprits prévenus se.p^9U>Q9ent d'une étrange Éiçrt^ ppi^r leur? sentimeus> Mais qu importent ^^ opppçij^on^ ^.qui cUercbe la vérité? Dieu çoftîioît çeu^ à q^î il veut parler : il sait les ti'puyei: ,; leC.^U > walgi'é touis; les obstacles ^ faira àausiows ^fiBmiâ>;par nos foiblea discours,^ les im^
(0 /. Cor, II. 1 4* 0, .
SUR LES ÉTATS D^OllÂlSON. iç)
pressons qu'il a résolties. Sôti œuvte dont une partie et peut-être la pritici|)klë, du tîibïhè la tbhdamentale^ est de découvrir leâ erreurs, k^ààcoiùplit avec patience, et souvent s'avance davantage par les contradictions de ceux qui s'y opposent , que par les applaudissemens de ceux qui l'approuvent. Marchons donc avec confiance, et n'épargnons rien pour prévenir le venin d'une doctrine qui ne cherche qu'à s'établir insensiblement sous ' couleur de piété. Plusieurs seront étonnés de la nécessité où je me suis mis d'exposer le sentiment de quelques pieux contemplatifs des derniers temps , dans la doctrine desquels le public s'intéresse peu , et que souvent il ne connoît guère : on me dira qu'après avoir établi la vérité révélée par l'Ecriture et par les Pères , je devois présupposer que ces spirituels s'y sont conformés, en tout cas qu'ils ont dû le faire ; ainsi que je pouvois m'épargner le soin d'examiner leurs^ pensées, auxquelles aussi bien on ne se croit pas obligé de déférer beaucoup. Je ne sais que dire à cette objection, si ce n'est que la charité m'a inspiré un dessein plus étendu, et que je me suis proposé de ne laisser aucun refuge à Ceux qui n'épargnent rien pour trouver des approbateurs à leurs nouveautés. Qu'on souffre donc ma diligence, peutêtre excessive : l'affaire est plus importante que ne le peuvent penser ceux qui n'en sont pas toutà-fait instruits : et avant que de passer outre , j'en reviens à fléchir mes genoux devant Dieu Père de notre Seigneur Jésus-Christ, pour lui demander
}<> PftéPÀGB SUA LES ÉTATS D^ORÀISOR.
non-seulement la netteté et la précision, mais encore la simplicité et Fonction de sa grâce , dans un ouvrage où il s'agit de parler au coeur plutôt qu'à Fesprit.