DE LA PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE
PRÊCIIÉ OETAXT IX ROI.
tkçrit de sacrifice et d'immolaboo avec lequel Jë«i»Christ s'offre à son Père : obli(;atlon de doua loiuioler avec lui : trois fcenrea de saerfflees que nous imposent son exemple et celui des personnes qui ooncoarent au mystère de ce Jour.
Tulerunt Jcsuni io Jerti.saieni , ni sistcrcot eum Domino.
Us portèrent Jtfsus à Jérusalem , potur le présenter au SeiçnetiT. Luc. ii, 22.
Quoique le cruclflement de Jésus-Christ n'ait paru à la >^>6 du monde que sur le Calvaire , il y avait déjà longtemps que le mystère en avait été commencé et se continuait invisiblement. Jésus-Christ n'a jamais été sans sa croix , parce qu'il n'a jamais été sans avancer l'œuvrede notre salut. Ce roi a toujours pensé an bien de ses peuples; ce céleste médecin a toujours eu l'esprit occupé des besoins et des faiblesses de ses malades : et comme telle était la loi, que ni ses peuples ne pouvaient être soulagés , ni ses malades guéris , que par sa croix , par ses clous et par ses blessures; il a toujours porté devant Dieu toute l'borreur de sa passion. Nulle paix, nul repos pour Jésus-Christ : travail , accablement , mort toujours présente; mais travail enfantant les hommes, accablement réparant nos chutes, et mort nous donnant la vie.
Nous apprenons de saint Paul’ que Jésus- Christ faisant son entrée au monde, s'étalt offert A son Père pour être la victime du genrehumain. Mais ce qu'il avait fait dans le secret, dès le premier moment de sa vie ; il le déclare aujourd'hui par une cérémonie solennelle , en se présentant à Dieu devant ses autels : de sorte que si nous savons pénétrer ce qui se passe en cette journée, nous verrons des yeux de la foi Jésus-Christ qui seprésentc dès sa tendre enfance aux yeux de son - Père pour lui demander sa croix , et le Père qui, prévenant la fureur des Juifs , la met déjà de ses propres mains sur ses tendres épaules. Nous
' y<MTn. Titl, &6 * Hebr. X , 6
verrons le Fils unique cl bien-aime qui prie son Père et son Dieu qu’il lui fasse porter tous nos crimes, et le Père en même temps qui les lui applique par une opération tellement intime et puissante, que Jésus, l'iniiocent Jésus , parait tout à coup revêtu devant Dieu de tous nos péchés, et, par une suite nécessaire, pressé de toute la rigueur de ses jugements , percé de toi» les traits do sa justice , accablé de tout le poids do sa vengeance. Voilà, messieurs, l'état véritable dans lequel le Sauveur Jésus s'offre pour nous en ce jour. C’est de là qu’il nous faut tirer quelque instruction importante pour la conduite de notre vie. Mais la sainte Vierge ayant tant de part dans ce mystère admirable , gardons-nous bien d'y entrer sans implorer son secours par les paroles de l'ange : Ave.
. C'est un discours véritable, dit le saint apô- • tre ' , et digne d'être reçu eu toute humilité et . respect , que /ésus-Christ est venu au monde . pour délivrer les pécheurs ; • et que pour être le Sauveur du genre humain , il en a voulu être la victime. Mois l'unité de son corps mystique fait que le chef s'étant immolé , tous les membres doivent être aussi des hosties vivantes : ce qui fait dire à saint Augustin’, que l'Église catholique apprend tous les jours, dans le sacrifice qu'elle offre, qu'elle doit aussi s'offrir elle-même avec Jésus-Christ qui est sa victime; parce qu'il a tellement disposé les choses , que nul ne peut avoir part à son sacrifice , s'il ne se consacre en lui et par lui pour être un sacrifice agréable.
Comme cette vérité est très-importante, et comprend le fondement {iriucipal du culte que les fidèles doivent rendre à Dieu dans le Nouveau Testament , il a plu aussi à notre Sauveur de nous en donner une belle preuve dès le commencement de sa vie. Car, chrétiens, n'admirez-vous pas dans la solennité de ce jour, que tous ceux qui paraissent dans notre évangile, nous y sont représentés par le Saint-Esprit dans un état d'immolation ? Siméon , ce vénérable vieillard , désire d'être déchargé de ce corps mortel. Anne, victime de la pénitence , paraît tout exténuée par ses ab s tinences et par ses veilles. Mais surtout la bienheureuse Marie apprenant du bon Siméon , qu'un glaive tranchant percera son âme; ne semble-teile pas être déjà sous le couteau du sacrificateur? et comme elle se soumet en tout aux ordres et aux lois de Dieu avec une obéissanèe profonde, n'eutre-t-elle pas aussi dans la véritable disposition d’une victime immolée? Quelle est la cituse , messieurs , que tant de personnes concourent à se dévouer à Dieu comme des hosties; si ce n'est
' I. TVm. 1 , 15.
* De Civ. Del . 11b. X « cap. XX , t. Vil , col. 866.
uiyiiiZüu uy
I)F, LA SAINTE VIERGE
que son Fils unique, pontife et hostie tout ensemble de la nouvelle alliance, commençant en cette journée à s’offrir lui-méme à son Père , il attire tous ses fldèles à son sentiment, et répand, ai je puis parler de la sorte , cet esprit d'immolation sur tons ceux qui ont part A son mystère?
Cest donc l’esprit de ce mystère , et c’est le dessein de notre Evangile , de faire entendre aux fldèles qu’ils doivent se sacrifleravec Jésus-Christ. Mais H faut aussi qu’ils apprennent de la suite du même mystère et de la doctrine du même évangile, par quel genre de sacrifice ils pourront se rendre agrtobles. C’est pourquoi Dieu agit en telle manière dans ces trois personnes sacrées qui paraissent aujourd’hui dans le temple avec le Sauveur, que faisant toutes, pour ainsi dire, leur oblation A part, nous pouvons recevoir de chacune d’elles une instruction particulière. Car comme notre amour-propre nous fait appréhender ces trois choses comme les plus grands de tons les maux , la mort , la douleur, la contrainte : pour nous inspirer des pensées plus fortes’, Simeon détaché du siècle présent immole l’amour de la vie; Anne pénitente et mortiflée détruit devant Dieu le repos des sens, et Marie soumise et obéissante sacrifie la liberté de l’esprit. Par où noos devons apprendre A nous immoler avec Jésus-Christ par trois genres de sacrifice ; par un sacrifice de détachement , en méprisant notre vie ; par un sacrifice de pénitence, en mortifiant nos appétits sensuels ; pur un sacrifice de soumission , en captivant notre volonté : et c’est le sujet de ee discours.
PBEUIEB POINT.
Quoique l’horreur de la mort soit le sentiment universel de toutes les créatures vivantes, il est aisé de nconnaltre que l’homme est celui des animaux qui sent le plus fortement cette répugnance : et encore que je veuille bien avouer que ce qui nous rend plus timides, c’est que notre raison prévoyante ne noos permet pas d’ignorer ce que nous avons sujet de craindre, ii ne laisse pas d’être Indubitable que cette aversion prodigieuse que nous avons pour la mort vient d’une cause plus relevée. En effet fl faut penser, chrétiens, que nous étions nés pour ne mourir pas; et si notre crime nous a séparés de cette source de vie immortelle, il n’a pas tellement rompu les canaux par lesquels elle coulait avec abondance, qu’il n’en soit tombé sur nous quelque goutte, qui, nourrissant en nos cœurs cet amour de notre première immortalité , fait que noos baissons d’autant plus la mort, qu’elle est plus contraireà notre nature. • Car si elle répugne de telle sorte A tous • les autres animaux qui sont engendrés pour
• mourir, combien plus est- elle contraire A « l’homme, ce noble animal , lequel a été créé si < heureusement que , s’il avait voulu vivre sans « péché, il eût pu vivre sans fin' ! ■ Il ne faut donc pas s'étonner si le désir de la vie est si fort enraciné dans les hommes, ni si j’appelle par excellence sacrifice de détachement celui qui détruit en nous cet amour qui fait notre attache la plus intime, notre inclination la plus inhéreutc.
Mais de IA nous devons conclure que pour nous donner le courage d’offrir A Dieu un tel sacrifice , nous avions besoin d’un grand exemple. Car il ne suffit pas de montrer à l’homme, ni la loi universelle de la nature , ni cette commune nécessite A laquelle est assujetti tout ce qui respire; comme Il a été établi par son Créateur pour une condition plus heureuse , ce qui se fait dans les autres n’a point de conséquence pour lui, et n’adoucit point ses disgrâces. Voici donc le conseil de Dieu pour nous détacher de la vie ; conseil certainement admirable et digne de sa sagesse : il envoie son Fils unique, immortel par sa nature aussi bien que lui, revêtu par sa charité d’une chair mortelle, qui mourant volontairement quoique juste , apprend le devoir A ceux qui meurent nécessairement comme coupables , et qui désarmant notre mort par la sienne, > délivre, dit saint Paul, de « la servitude ceux que la crainte de mourir te- « nait dans une éternelle sujétion , • e>. libérant eos gui timoré mortis per tolam vilam obnoxii sertntuli
Voici, messieurs, un grand my.stcre, voici une conduite surprenante, et un ordre de médecine bien nouveau. Pour nous guérir de la crainte de la mort, on fait mourir notre médecin. Celte méthode parait sans raison ; mais si nous savons entendre l’état du malade et la nature de la maladie , nous verrons que c’était le remède propre , et, s’il m’est permis de parler ainsi , le spécifique üifaillible.
Donc, mes frères, notre maladie c’est que nous redoutons tellement la mort , que nous la craignons même plus que le péché; ou plutrtt que nous aimons le péché, pendant que nous avons la mort en horreur. VoilA, dit saint Augustin un désordre étrange, un extrême dérèglement, que nous courions au péché que nous pouvons fuir si nous le voulons, et que nous travaillions avec tant de soin d’échapper des mains de la mort dont les coups sont inévitables. Aveuglement de l’homme , qui choisit toujours le pire , et qui veut toujours l’impossible I Et toutefois, chrétiens, si nous savons pénétrer les choses,
* S. .4ug. Scrm. CLxxii , n" i . t- v, col. M7.
* Ihbr. Il, |&.
* Ih Juan. Trart. \\j\ , n* 3 , 1. iii, part- n, col. 6IB.
POUR I,A PURIFICATION
cette mort, qui nous parait si cruelle, sufllra pour nous faire comprendre combien le péché est plus redoutable. Car si c'est un si grand malheur que le corps ait perdu son éme, combien plus que l’âme ait perdu sou Dieu I Et si nos sens sont saisis d’horreur en voyant ce corps abattu par terre, sans force et sans mouvement, combien est-il plus horrible de contempler l’âme raisonnable, cadavre spirituel et tombeau vivant d’elleméme , qui étant séparée de Dieu par 1e péché , n’a plus de vie ni de sentiment que pour rendre sa mort éternelle! Comment une telle mort n’est elle pas capable de nous effrayer?
Mais voici ce qui nous abuse. Quoique le péché suit le pius grand mal , la mort toutefois nous répugne plus , parce qu'elle est la peine forcée de notre dépravation volontaire. Car c’est, dit saint Aegustin, un ordre immuable de la justice divine que le mal que nous choisissons soit puni par un mal que nous haïssons : de sorte que ç’a été une lui très-juste, qu’étant allés au péché par notre choix , la mort nous suivit contre notre gré, et que « notre âme ayant bien voulu aban- « donner Dieu, par une juste punition elle ait « été contrainte de quitter son corps, > spiritus, quia volent deseruil Deum, deserat corpus invitas '. Ainsi , en consentant au péché, nous nous sommes assujettis â ia mort; parce que nous avons choisi le premier pour notre roi ,',1’autre est devenu notre tyran. Je veux dire qu’ayant rendu au péché une obéissance volontaire, comme à un prince légitime, nous sommes contraints de gémir sous les dures lois de la mort, comme d’un violent usurpateur : et c’est ce qui nous impose. La mort, qui n’est que l’effet, nous semble terrible, parce qu’elle domine par force; et le péché , qui est la cause , nous parait aimable , parce qu’il ne régne que par notre choix ; au lieu qu’il fallait entendre , par le mal que nous souffrons malgré nous, combien est grand celui que nous avons commis volontairement. Et nous ne voulons pas entendre que notre grand mal , c’est toujours celui que nous nous faisons.
Vous reconnaissez, chrétiens, l’extrémité de la maladie, et il est temps maintenant de considérer le remède. O remède vraiment efücace et cure vraiment heureuse ! car puisque c’était notre mal de ne craindre pas le péché parce qu’il est volontaire, et de n’appréhender que la mort â cause qu’elle est forcée, qu’y avait-il de plus convenable que de contempler le Fils de Dieu qui, ne pouvant jamais vouloir le péché, nous montre combien il est exécrable; qui, embrassant la mort avec joie, nous fait voir qu’elle n’est point
• I)< Trinil. lih. jr, n- ifl, l. vui , cul. «2,».
si terrible ; mais qui enfin , ayant voulu endurer la mort pour expier le péché, enseigne assez clairement à tous ceux qui veulent entendre, qu’il n’y a point à faire de comparaison , que le pèche seul est à craindre comme le vrai mal, et que la mort ne l’est plus, puisque même elle a pu servir de remède?
Paraissez donc , il est temps , 6 le Désiré des nations, divin Auteur de la vie, glorieux Triomphateur de la mort, et venez vous offrir pour tout votre peuple I C’est pour commencer ce mystère que Jésus entre aujourd’hui dans le temple ; non pour s’y faire voir avec majesté comme le Dieu qu’on y adore , mais pour se mettre en la place de toutes les victimes qu’on y sacrifie : tellement qu’il n’y reçoit pas encore le coup de la mort, mais il l’accepte, mais il s’y prépare, mais il s’y dévoue. Et c’est tout le mystère de cette jodrnée.
Ne craignons donc plus la mort, chrétiens, après qu’un Dieu veut bien la souffrir pour nous ; Doais avec cette différence bienheureuse qui fait l’espérance de tous les fidèles, qu’il y est allé par l’innocence ; au lieu que nous y tombons par le crime; et c’est pourquoi , dit saint Augustin’, « notre mort n’est que la peine du péché , et la " sienne est le sacrifice qui l’expie : • Kosper peccatum ad mortem venimus, Ole per justitiam; et ideo eum sit mors nostra pana peceati, mors ilUus facta est hostia pro peccalo'.
Ah I je ne m’étonne pas si le bon Siméon ne craint plus la mort, et s'il la défie hardiment par ces paroles : Nunedimittis'. On doit craindre la mort avant qu’on ait vu le Sauveur : on doit craindre In mort avant que le péché soit expié , parce qu’elle conduit les pécheurs à une mort éternelle. Avant le Sauveur on ne peut mourir qu’avec trouble. Maintenant que j’ai vu le Médiateur, qui expie le péché par sa mort, ah! je puis , dit Siméon , m’en aller en paix : en paix parce que mon Sauveur vaincra le péché , et qu’il ne peut plus damner ceux qui croient : en paix pareequ’on lui verra bientêt désarmer la mort, et qu’elle ne peut plus troubler ceux qui espèrent : en paix parce qu’un Dieu devenu victime va pacifier le ciel et la terre , et que le sang qu’il est tout prêt â répandre nous ouvrira l’entrée des lieux saints.
Que tardons-nous , chrétiens, à immoler notre vie avec Siméon? Il pouvait, ce semble, désirer de vivre , puisque Jésus-Christ était sur la terre ; mais il s’estime si heureux d’avoir vu Jésus, qu’il ne veut plus voir autre chose; et il aime
* ne Tri», lili. IV , n" I& , t. vm , col- (CIO.
■ /.UC. Il , SV.
ÜE LA SAIMTE VIERGE.
mieux l'aller atteodre avec espérance, que de demeurer eu ce monde où il l’aumlt vu véritablement, mais où il aurait vu avec lui quelque autre spectacle , que ses yeux ne pouvaient plus souffrir désormais. Nous donc qui uo voyonsque les vanités, dont les yeux sont profanés tous les jours partant d'indignes objets , combien devonsnous désirer le royaume de Jésus-Christ, où nous le verrons à découvert , où nous le contemplerons dans sa gloire , où nous ne verrons que lui, parce qu'il y sera tout ûtous, illuminant tous les esprits par les rayons de sa face , et pénétrant tous les cœurs par les traits de sa bonté inJInicI
Songez quelle douceur, quel ravissement sentent ceux qui s'aiment d'une amitié forte , quand ils se trouvent ensemble. Ou ne peut écouter sans larmes ces tendi-es paroles de Ruth à Noémi sa belle-mère, qui lui persuadait de se retirer :
• Non , non , ne croyez pas que je vous quitte :
• partout ou vous irez, je veux vous y suivre ;
• partout où vous demeurerez, j’ai résolu de m’y
• établir : Quocumque perrexeris, pergam^ et
• ubi morata fueris, et ego pariler morabor,
■ Votre peuple sera mon peuple, votre Dieu sera
• mon Dieu. Ah I je le prends à témoin que la
■ seule mort est capable de nous séparer : encore
■ veux-je mourir dans la môme terre où vos res-
- tes seront déposés, et c’est là que je choisis le
• lieu de ma sépulture : • Quœ te terra morienlem susceperit, in ea moriar, ibique locum accipiam sepulturæ'. Quoll la force d’une amitié naturelle produit une liaison si parfaite, et fait même que les amis étant unis dans la sépulture, leurs os semblent reposer plus doucement, et les cendres môme être plus tranquilles ; quel sera donc ce repos d’aller immortels à Jésus-Christ immortel ; d’être avec ce divin Sauveur, non dans les ombres delà mort, ni dans laterre des morts, mais dans la terre des vivants et dans la lumière de viel
Après cela, chrétiens, serons-nous toujours enchantés de l’amour de cette vie périssable ? C est vainement , dit saint Augustin , que vous paraissez passionnés pour elle. . Cette maîtresse
- infidèle vous cric tous les jours ; Je suis laide
• et désagréable ; et vous la chérissez avec ar-
• deur. Elle vous crie : Je vous suis rude et
• cruelle ; et vous l’embrassez avec tendresse. Elle
• vouscrie ; Je suis changeante et volage; et vous
■ l’aimez avec attache. Elle est sincère en ce
• point , qu’elle vous avoue franchement qu’elle " ne sera pas longtemps avec vous et que bientôt
• elle vous manquera comme on faux ami au mi-
' Ruth. I, 17.
« lieu de vos entreprises; et vous faites fondement - sur elle, comme si elle était bien sûre et fidèle « à ceux qui s’y fient : • Clamat tWi , Fada sum , et tu ama.si> Clamai, Dura sum, et tu amplccterisp Clamat , Yolatica sum , et tu sequi canaris f Ecce rcspondel Ubi amata tua , S'on tecum stabo'. Mortels, désabusez-vons ; vous qui ne cessez de vous tourmenter, et qui Lites tant de choses pour mourir plus tard. . Songez plutôt,
• dit saint Augustin , à entreprendre quelque
• chose de considérable pour ne mourir jamais : • Qui tanta agis, ut paulo serins moriaris, âge aliquid ut nunquam moriaris *.
Cessons donc de nous laisser tromper plus longtemps à cette amie inconstante , qui ne nous peut cacher elle-même scs faiblesses insupportables. Mais comme les voluptés s'opposent à cette rupture, et que , pour empêcher ce dégoût , elles nous promettent de tempérer les amertumes de cette vie par leurs flatteuses douceurs; faisons un second sacrifice , et immolons à Dieu l'amour des plaisirs avec Anne la prophétesse.
SEConn Poi.vT.
C’est nn précepte ;du Sage de s’abstenir des eaux étrangères. . Buvez , dit-il , de votre puits « et prenez l’eau dans votre fontaine : . Bibe aquam de cistema tua et fiuenta pulei lui Cette parole simple , mais mystérieuse , s’adresse, si je ne me trompe, à l’âme raisonnable faite à l’Image de Dieu. Elle boit d’une eau étrangère, lorsqu’elle va puiser le plaisir dans les objets de ses sens ; et le Sage lui veut faire entendre qu'elle ne doit pas sortir d’elle-même, ni aller détourner de quelque montagne écartée les eaux, puisqu’elle a en son propre fonds une source immortelle et inépuisable.
Il faut donc entendre, messieurs, cette belle et sage pensée. Ijs source du véritable plaisir, qui fortifie le cœurde l’homme, qui l’anime dans ses desseins et le console dans ses disgrâces, ne doit pas être chercliée hors de nous, ni attirée en notre âme par le ministère des sens; mais elle doit jaillir an dedans du cœur toujours pleine , toujours abondante. Et la raison , chréüens, se prend de la nature de l’âme , qui ayant sans doute ses sentiments propres , a aussi par conséquent ses plaisirs à part ; et qui étant seule capable de se réunir à l’origine du bien et à la bonté primitive , qui n’est autre chose que Dieu , ouvre en elle-même , en s’y appliquant , une source toujours féconde de plaisirs réels , lesquels certes quiconque a goûtés , il ne peut presque plus goûter
■ Serm. cccil , t. T, n’ 0 , col. ms
’ Ibid. n‘ 4, co). I±<7.
J Prov. V, 17.
POUR L.\ PURIFICATION
autre chose, tant le goût en est délicat, tant la douceur en est ravissante.
D’où vient donc que le sentiment de ccs plaisirs immortels est si fort éteint dans les hommes? qui a corrompu, qui a détourné, quia mis à sec cette belle source? d’où vient que notre âme ne sent presque plus parles facultés qui lui sont propres, par la raison, par l'intciligence, etque rien ne la touche ni ne la délecte , que ce que scs sens lui présentent? Et en effet, chrétiens, chose étrange mais trop véritable! quoique ce soit à l'esprit de connaître la vérité , ce qui ne se connaît que par l'esprit nous parait un songe. Nous voulons voir,-nous voulons sentir, nous voulons toucher. Si nous écoutions la raison , si elle avait en nous quelque autorité , avec quelle clarté nous ferait-elle connaître que ce qui est dans la matière n’a qu’une ombre d’être qui se dissipe, et que rien ne subsiste véritablement , effectivement, que ce qui est dégagé de ce principe de mort? Et nous sommes au contraire si aveugles et si malheureux, que ce qui est immatériel nous semble une ombre , un fantôme ; ce qui n’a point de corps, une illusion; ce qui est invisible, une pure idée, une invention agréable. O Dieu, quel est ce désordre ! et commentavons-nous perdu le premier honneur de notre nature en nous rangeant à la ressemblance des animaux muets et déraisonnables ? N’en cherchons point d’autre cause. Nous nous sommes attiré nous-mêmes un si grand malheur. Nous avons voulu goûter les plaisirs sensibles, nous avons perdu tout le goût des plaisirs célestes ; et il est arrivé , dit saint Augustin , par un grand et terrible changement , que ^ l’homme , « qui devait être spirituel même dans la chair, « devient tout charnel même dans l’esprit : >
Qui futurus fuerat etiam came spirilalis,
factus est etiam mente canialis' .
Méditons un |>eu cette vérité, et confondonsnous devant notre Dieu dans la connaissance de nos faiblesses. Oui , créature chérie , homme que Dieu a fait à sa ressemblance , tu devais être spirituel même dans le corps, parce que ce corps que Dieu t’a donné devait être régi par l’esprit ; et qui ne sait que celui qui est régi participe en quelque sorte à la qualité du principe qui le meut et qui le gouverne, par l’impression qu’il en reçoit? Mais, 6 changement déplorable I la chair a pris le régime , et l’âme est devenue toute corporelle. Car qui ne volt par expérieneeque la raison, ministre des sens et appliquée tout entière à les servir, emploie toute son industrie à rafllner leur goût, à irriter leur appétit, à leur assaisonner leurs objets , et ne se peut déprendre elle-même de ces pensccs sensuelles?
• Vc Cit üti, Uh. \nr, cap. iv . I. vu . col. soc
Ce n’est pas que nous ne fassions quelques efforts , et qu’il n’y ait de certains moments dans lesquels, â la faveur d’un léger dégoût, il nous semble que nous allons rompre avec les plaisirs. Mais, disons ici la vérité , nous ne rompons pas de bonne foi. Apprenons, messieurs, à nous connaître. Il est de certains dégoûts qui naissent d’attache profonde; il est de certains dégoûts qui ne vont pas à rejeter les viandes, mais à les demander mieux préparées. O raison , tu crois être libre dans ces petits moments de relâche , où il semble que la passion se repose : tu murmures cependant contre les plaisirs déréglés, tu loues la vertu et l’honnêteté , la modération et la tempérance; mais la moindre caresse des sens, ce qui montre trop clairement combien notre engagement est intime, te fait bientôt revenir â eux, et dissipe ccs beaux sentiments que l’amour de la vertu avait réveillés ; Redactus sum in ni/tilutn : abstutisti, quasi venlus, desiderium meum , et velut nubes pertransiit satus mea ■ : • Tous mes
• bons desseins s’en vont en fumée , les pensées de 1 mon salut ont passé en mon esprit comme un « nuage , et ces grandes résolutions ont été le jouet » des vents. »
Telle est la maladie de notre nature; mais maintenant, messieurs, voici le remède. Voici le sauveur Jésus, nouvel homme et nouvel Adam, qui vient détacher en nous l’amour des plaisirs sensibles, (jue si l’amour des plaisirs est si fort inhérent à nos entrailles , il faut un remède fort, un remède violent pour le détacher. C’est pourquoi ce nouvel Adam ne s’approche pas comme le premier d’un arbre fleuri et délectable, mais d’un arbre terrible et rigoureux. 11 est venu à cet arbre , non pour y voir un objet • plaisant à la vue , et « y cueillir un fruit agréable nu goût, » bonutn ad vescendum, etpulchrum oculis, aspertuque delectabile ■ , mais pour n’y voir que de l’horreur et n’y goûter que de l’amertume ; afin que ses clous, ses épines, ses blessures, et scs douleurs fissent une sainte violence aux flatteries de nos sens et à l’attache trop passionnée de notre âme. Ce qu’il accomplit sur la croix , 11 le commence aujourd’hui dans le temple. Considérez cet enfant si doux, si aimable, dont le regard et le souris attendrit tous ceux qui le voient; à combien de plaies, à combien d’injures, à combien de travaux il se consacre : Hie positus est in ruinam et in resurrectionem multorum, et in signum euicon- Iradicetur^ : « Il est mis pour être en butte, dit
• le saint vieillard, à toute sorte de contradic- « lions! ■ Aussitôt qu’il commencera de paraître
' Juh. \\\ , iS.
> Grne$. ni , C.
* Luc. ,
DE LA SAINTE VIERGE
nu monde, on empoisonnera toutes ses pensées , on tournera à contre-sens toutes ses paroles. Ah I qu'il souffrira de maux et qu'il sera contredit! contredit dans tous ses enseignements , dans tous scs miracles, dans ses paroles les plus douces , dans scs actions les plus innocentes: par les princes, par les pontifes, par les citoyens, pur les etrangers ; par ses amis , par ses ennemis , par ses envieux et par ses disciples. A quoi êtes- vous né, petit enfant , et quelles misères vous sont réservées I Mais vous lessouffrezdejàpar impression ;et votre prophète a raison de vous appeler • l'homme • de douleurs, l'homme savant en infirmités, « virum dolorum etscientem infirmilalem ■ ; parce que si vous saviez tout par votre science divine; par votre expérience particulière vous ne saurez que les maux, vous ne connaîtrez que les douleurs [et les] peines : virum dolorum.
Mais ce Dieu qui se dévoue aux douleurs pour l’amour de nous , demande aussi , chrétiens , que nous lui sacrifiions l’amour des plaisirs ; car il faut appliquer à notre mal le remède qu’il nous présente. Et c’est pourquoi , dans le même temps qu'il s'offre pour notre salut à toutes sortes de peines, il fait paraître à nos yeux cette veuve si mortifiée, qui nous apprend l'application de ce remède admirable. La voyez-vous, chrétiens, celte Anne si renommée , cette perpétuelle pénitente exténuée par ses veilles et consumée par ses jeûnes ! elle est indignée contre ses sens , parce qu'ils lâchent de corrompre par leur mélange la source des plaisirs spirituels; elle veut aussi troubler â son tour ces sens gâtés par la convoitise , source des plaisirs déréglés. Et parce que l'esprit affaibli ne peut plus surmonter les fausses douceurs par le seul amour des plaisirs célestes, elle appelle la douleur à son secours ; elle emploie les Jeûnes, les austérités, les mortifications de la pénitence , pour étourdir en elle tout le sentiment des plaisirs mortels après lesquels soupire notre esprit malade. Si nous n'avons pas le courage de les attaquer avec elle jusques au principe , modérons-en du moins les excès damnabics ; marchons avec retenue dans un chemin si glissant ; prenons garde qu’en ne pensant qu’à nous relâcher, nous n’allions à l’emportement ; fuyons les rencontres dangereuses, et ne présumons pas de nos forces , parce que , comme dit saint Amhroise , on ne soutient pas longtemps sa vigueur quand il la faut employer contre sol-même : Cjuusam peccati fuge, nemo enim diuforlisest contra seipsum’.
Et ne nous persuadons pas que nous vivions sans plaisir, pour entreprendre de le transporter du corps à l’esprit, de la partie terrestre et mor-