‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 112 sur 273 · III · texte numérisé non relu

III

d'élever sa main sur celui au-dessous duquel il s'était abaissé.

Mais considérons les caractères de la mission de saint Jean. La grâce du saint précurseur, c'est une grâce de lumière; c'est une lumière qui veut rendre témoignage à la lumière : la lumière découvre la lumière. Ah I c'est un petit Aombeau qui découvre un grand Aambean. Le soleil se montre de lui-même, il n’a point de précurseur qui dise : Voilà le soleil ; mais les hommes avaient besoin qu'on les préparât à l’éclat du grand jour qui devait bientôt briller en Jésus-Christ.

Le monde était dans de profondes ténèbres, semblable à ceux qui sont dans un cachot; quand ils en sortent, ils sont éblouis de la lumière, ils se détournent de la lumière, ils se cachent à la lumière. Ainsi les pécheurs emportés par la violence de leurs passions, se précipitent dans les épaisses ténèbres du péché , et ne peuvent ensuite souffrir la lumière qu'on leur présente pour dissiper leur i^euglement. Vous dites à cet homme colère, à il vindicatif, qu'en satisfaisant son ressentiment il va tomber dans on funeste esclavage dont il ne poulra se retirer : mais il ne veut point de lumière ; il méprise la lumière , il la hait , et n'aime que l'obscurité qui lui cache ses désordres.

Telle est donc l’inArmité de notre raison, qu'elle ne peut soutenir l’éclat de la lumière qui éblouit nos faibles yeux : il faut une moindre lumière pour nous découvrir la grande, un petit Aambeau pour nous montrer le grand Qambeau. Le propre de saint Jean, c'est de découvrir et faire désirer Jésus-Christ ; c'est pourquoi le prophète Zacharie l'appelle son horizon. L’orient qui parait sur nos montagnes, c'est le signe, c'est l'avant-courrier du soleil , c'est ce qui nous annonce le lever du soleil. Saint Jean , comme une belle aurore , a devancé le soleil , • cet orient d'en

• haut, orient ex alto ■ , qui vient pour éclairer

• ceux qui sont dans les ténèbres et dans l'ombre

• de la mort, et pour conduire nos pas dans le

• chemin de la paix > et l'observance de la loi.

Mais pour proAter de ia lumière qui luit sur nous, disons avec David ; • Je chercherai , j’ap-

• profondirai , • Scrulabor ' ; j'approfondirai votre loi. Entrons avec sincérité dans cette etude ; travaillons sérieusement à connaître toute l'étendue de nos obligations, et gardons-nous de vouloir noos dissimuler celles qui ne s'accorderaient pas avec nus cupidités. Ne cherchons pas à les restreindre , ou à les régler sur nos désirs : songeons plutôt à connaître , à ta lumière de cette loi si pure, tous les vices de notre cœur, et à réfor-

‘ Luc. 1 , . 70-

* Pt. CUVIII, 3t.

DE LA VISITATION

mer sur ses préceptes tout ce qu'elle condamne dans nos dispositions et dans nos œuvres , en pratiquant soigneusement tout ce qu'elle nous commande.

O quand une âme vient à s'examiner aux yeux de Dieu en approfondissant dans ses commandements , en sondant , en pénétrant la perfection qui y est cachée , quelle s'en trouve éloignée I Si J'approfondis votre loi , Je vois , A mon Dieu , que tout ce que Je fais , Jusqu'aux meilleures actions, est infiniment éloigné de la perfection qu’elle renferme ; parce que Je n’approfondis pas , parce que Je ne pratique que la surface des préceptes. C’est donc en approfondissant In loi de son Dieu , que l'âme découvre le fond de sa corruption ; et voit tant de taches dans ses œuvres, qu’elle n’en trouve pas nne qui ne soit remplie de défauts. Ainsi les lumières de la loi éclairant une âme, elle commence à entrer en de salutaires ténèbres où Dieu s’unit à elle ; et le possédant , elle ne peut contenir sa Joie.

Dès lors il suivra ce que Je ne puis expliquer, et ce qui me surpasse. Parlez , Marie ; c’est A vous à nous faire connaître vos sentiments : possédant votre Dieu , quels ont été vos transports , vos Joies, vos jubilations, votre exaltation , votre paix, votre triomphe! Elle prononce un divin cantique qui est la gloire des humbles , et la conlùsion des superbes. Que votre âme éprouve cet excès de Joie que ressentait Marie en glorifiant son Dieu , en exaltant ses miséricordes.

Mais que veut dire, exalter Dieu? Exalter Dieu, mes filles, c’est agrandir Dieu. Pour vous le faire entendre, mon cœur veut enfanter quclqne chose de si grand , que Je crains de faire no effort Inutile; mais peut-être vous ferai-je concevoir ma pensée. Exalter Dieu c’est le mettre audessus de tout ce que nous en pouvons penser, au-dessus de toute grandeur. Si vous pensez que Dieu est infini , éternel , immense , mcttcz-le encore au-dessus ; élevcz-lc au-dessus de l’élévation , exaltez-le au-dessus de l'exaltation. Enfin quelque haute idée que vous en puissiez former, mettcz-le toujours au-dessus : voilà ce que c’est que d'exalter Dieu.

Mais quelle est la cause de l’exultation de Marie? quel en est le snjet? La première cause de son exaltation, c'est qu’il • aregardé la bassesse • de sa servante. • Elle ne dit pas, sa servante , mais la bassesse de sa servante : tant elle est pénétrée de son néant ! Il y a en Dieu un regard de bonté et de miséricorde qui est celui qu’il arrête sur les âmes pénitentes , pour les consoler et les encourager à revenir A lui. Mais il y a aussi en Dieu pour le Juste un regard de faveur et de bienveillance , un regard de défeuse et de protection ;

ISS

ah I un regard de la sérénité de sa face , dont la beauté Jamais ne se ternit. Il est écrit que le regard du roi a quelque chose d’heureux et de divin '. Quelle impression doit donc faire sur le cœur des justes ce regard de Dieu , si amoureux , si tendre, dont il est écrit : • Voici les yeux du

• Seigneur qui se reposentsur les justes»! ■ C'est là ce regard de Dieu , qui transporte Marie de joie et d’admiration.

La deuxième cause de l'exultation de Marie c’est le triomphe de Dieu sur le monde, c’est la victoire qu’il a remportée sur lui. Ce monde a quelque chose d’éclatant , qui surprend et qui trompe ceux qui s’en laissent éblouir ; sa lumière faible éblouit les faibles. Marie, à la lueur de cette lumière qui l’éclaire, a découvert la vanité, le iaux éclat, le faste de cette pompe vaine. Elle n’a pas regardé le triomphe de Dieu sur le monde , comme devant arriver; mais comme étant déjà fait, Deposuit. Elle l’a vu abattu; elle l’a vu renversé, et Dieu victorieux : Deposuit ; « Il les ■ a mis A bas. > Le monde n’est pas entièrement vaincu , il triomphe. Le monde A présent triomphe, il se moque des simples; mais Dieu le renversera, et Marie considère ce triomphe comme accompli : Deposuit, deposuit. Elle ne dit pas : Il les renversera, il les brisera; mais Deposuit. C’en est fait, il est renversé, il est brisé, il est à bas.

En effet, sur qui Dieu arrête-t-il ses regards? qui est-ce qu’il exalte? Ce n’est pas ces superbes du monde. Sur qui donc Dieu mrête-t-il ses regards? qui est-ce qu'il exalte? Uneâmehumble, inconnue des autres, qui passe toute sa vie dans un coin d’un monastère, sans se plaindre de personne, se plaignant toujours d’elle-même; c’est cette âme que Dieu exalte : Exaltavit humiles. Mais pour cette puissance du monde , dès que Dieu s’est fait homme, s'est fait serviteur; dès que l’innocent s’est fait pécheur, en prenant sur lui nos offenses, il l’a mise à bas. Voilà la Joie de Marie; et c’est l’accomplissement des promesses qui nous sont faites, et la troisième cause de son exultation.

Les promesses de Dieu valent mieux que les dons du monde : ce que Dieu promet vaut mieux que ce que le monde donne. Soutenons-nous donc par ses promesses; relevons nos courages et nos cœurs, et nous réjouissons, comme si nous en voyions déjà l’accomplissement. Ne disons point qu’il est longtemps. « S’il tarde , dit • le prophète ^ , il ne laissera pas que de venir. > Abraham , en la personne duquel les promesses

• Pr(T. *Ti, U.

^ P.«. xixtii . I«.

> Habac. it, 3.

POUR LA PURIFICATION

ont été données , s'en est réjoui deux mille ans avant qu'elles fussent accomplies : • Il a vu le jour « du Seigneur; il s'en estréjoui > Laissons-nous donc gagneràces promesses. Jésus estàla porte; il n'y a plus qu'une petite muraille entre lui et nous, qui est cette vie mortelle.

PREMIER SERMON

POUR LE JOUR

Page 1