‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 132 sur 273 · IU · texte numérisé non relu

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la conduit; cciix-In In perdent, rcux-ld la détruisent, qui la détourneut de son naturel, c'est-àdire, d'aller à son Dieu.

Ainsi la discipline relittieuse , qui travaille avec tant de soin à vous rendre la voie du salut unie, travaille, par conséquent, à vous rendre libre; et j’al eu raison de vous dire , dès le commencement de ce discours, que laclôture que vous enbrassez n'est pas une prison où votre liberté soit opprimée : c'est plutât un asile fortifie où elle se défend contre le péché, pour s'exempter de sa servitude. Mais, pour l'affermir davantage; si elle prend garde au péché par la discipline, elle fait quelque chose de plus, elle monte encore plus haut : elle va Jusqu’à la source, et elle dompte les passions par les exercices de la mortification et de la pénitence; c'est ma seconde partie.

SECOND poiax.

Je ne m'étonne pas, chrétiens, si les sages instituteurs de la vie religieuse et retirée ont Jugé à propos de l'accompagner de plusieurs pratiques sévères, pour mortifier les sens et les appétits : c’est qu'ils ont considéré i'homme comme un malade qui avait besoin de remèdes forts , et par conséquent violents; c'est qu'ils ont vu que ses passions le tenaient captif par une douceur pernicieuse, et ils ont voulu la corriger par une amertume salutaire. Que cette conduite soit .sage, il est bien aisé de le Justifier. Dieu même en use de la sorte, et il n'a pas de moyen plus efficace de nous dégoûter des plaisirs , ou nos passions nous attirent , que de les mêler de mille douleurs, qui nous empêchent de les trouver doux. C'est ce qu'il nous a montré par plusieurs exemples; mais le plus illustre de tous, c'est celui de saint Augustin. Il faut qu'il vous raconte lui-même la conduite de Dieu, dans sa conversion; qu'il vous dise par quel moyen il a modéré l'ardeur de ses convoitises, et abattu leurtyrannie. Écoutez, il vous le va dire ; nous nous sommes trop bien trouvés de l'entendre, pour lui refuser notre autlience.

Voici qu'il élève à Dieu la voix de son cœur, pour lui rendre st^s actions de grâce. Mais de quoi pensez-vous qu'il le remercie? est-ce de lui avoir donné tant de bons succès, de lui avoir fait trouver des amis fidèles, et tant d'autres choses que le monde estime? Non , ma sœur, ne le croyez pas : autrefois ces biens le touchaient. Il témoignait de la joie dans la possession de ces biens; il parle maintenant un autre langage. Je vous remercie, dit-il , A Seigneur, non des biens temporels que vous m’accordiez , mais des peines et des amertumes que vous mêliez dans mes voluptés illicites. J'adore votre rigueur miséricor-

dieuse, qui , pir le mélange de celle amertume, travaillait à in'ûter le goût de ces douceurs empoisonnées. Je reconnais, A divin Sauveur, que vous m'étiez d'autant plus propice que vous me troubliez dans la fausse paix que mes sens cherchaient hors de vous , et que vous ne me permettiez pas de m’y reposer ; Te propitio litnlo magis, quanta minus sinebas mihi dulcescere quod non eras lu'.

Connaissous , par ce grand exemple , combien la sévérité nous est nécessaire. Les liens dont nos passions nous enlacent ne peuvent être brisés sans effort; les nœuds en sont trop serrés et trop délicats, pour pouvoir être défaits doucement ; il faut rompre, il faut déchirer, il faut que l'âme sente de la violence, de peur de se plaire trop dans ses convoitises. C’est ainsi que Dieu délivre ses amis fidèles de la servitude de leurs {Hissions. Vous le voyez en saint Augustin*. Il était assoupi dans l’amour des plaisirsdu monde, emporté (>ar ses passions, et enchanté par les maux qui plaisent ; il était blessé Jusqu'au cœur, et II ne sentait pas sa blessure. Dieu a appuyé sa main sur sa plaie, pour lui faire connaître son mal , et lui faire tendre les bras à son médecin : Scn.ram rutneris tupungebas'. Il l'a piqué Jusqu'au vif par les afflictions, pour le détourner de scs convoitises , et exciter ses affections endormies à la recherche du bien véritable. C'est rendre l'esprit plus libre, que de brider son ennemi et le tenir en prison tout couvert de chaînes.

Subissez donc le Joug du Sauveur; et aimez toutes scs contraintes, qui vont vous rendre aujourd’hui son affranchie : Si vos Filins libéraverit, vere liberi eriUs. « Je ne travaille pas en « vain , dit l’apAtre ^ , mais Je châtie mon corps

• et Je le réduis en servitude; de peur qu'ayant

• prêché aux autres , Je ne sois réprouvé moi-

• même. • Ce n’est pas travailler en vain que de mettre en liberté mon esprit. J’ai, dit-il, un ennemi domestique; voulez-vous que je le fortifie, etqueje'le rende invincible par ma complaisance? ne vaut-il pas bien mieux que J'appauvrisse mes convoitises, qui sont infinies, en leur refusant ce qu'elles demandent? Tellement que la vraie liberté d’esprit , c'est de contenir nos affections déréglées (>ar une discipline forte et vigoureuse , et non pas de le contenter par une molle condescendance.

' Confeu. Ub. VI , c«p. vi, 1. 1, col. 123.

* « Et »i vous Toula savoir ta rnUMm de celte conduite ad> ■ mirable , le même «alnt AuKUsIm vous Oxpllquera par une «I excellente docirine du livre y contre Julien. Il noos apprend « qu’il y a en noua deux sortes de maux , » etc. ?iuus avons ici retranrhé plusieurs pages, parce qu’etles se retrouvent, mot a mot, dans le second point du sermon prêcliê à la véture de mademoiselle de Bouillon. ( Èdit. dt Ü*/ori».)

* Conjtu. lil). VI, cap. Vl, t. I, col. 123

> I. Cor. X, 26, 27.

POUR UNE VÊTURE

Mais, outre le péché et les passions, il y a encore d’autres liens à rompre : cct engagement des alTaires, ce nombre infini de soins superllus; et c'est ee qui me reste à vous dire dans cette dernière partie.

TROISIÈME POIRT.

Jusqu’ici, âmes chrétiennes, nous avons disputé de la liberté contre des hommes qui nous contredisent , et que nos raisonnements ne convainquent pas sur le sujet de leur servitude ; car ils ne sentent pas celle du péché, parce qu’ils n’ont fait que ce qu’ils voulaient : ils ne s’aperçoivent pas non plus que leurs passions les contraignent, parce qu’ils ne s'opposent pas à leur cours , et qu’ils en suivent la pente; si bien qu’ils n’entendent pas cette servitude que nous leur avons reproebée. Mais dons la contrainte dont je dois parler, j’ai un avantage, mes sœurs : que le monde est presque d’accord avec l’Évangile , et qu’il n’y a personne qui ne confesse que cet empressement éternel où nous jettent tant d’occupations différentes est un joug extrêmement Importun, et dur, qui contraint étrangement notre liberté. N’employons donc pas beaucoup de discours à prouver une vérité qui ne nous est pas contestée : nos adversaires nous donnent les mains. Le monde même, que nous combattons , se plaint tous les jours qu’on n’est pas à soi , qu’on ne fait ce que l’on veut qu’à demi , parce qu’on nous été notre meilleur temps. C’est pourquoi on ne trouve jamais assez de loisir ; toutes les heures s’écoulent trop vite, toutes les journées finissent trop têt; et parmi tant d’empressements il faut bien qu’on avoue, malgré qu’on en ait, qu’on n’est pas maître de sa liberté.

Telles plaintes sont ordinaires dans la bouche des hommes du monde ; et encore que je sache qu’elles sont très-justes , je ne laisse pas de maintenir que ceux qui les font ne le sont pas : car souffrez que je leur demande quelle raison ils ont de se plaindre. Si ces liens leur semblent pesants, il ne tient qu’à eux de les rompre ; s’ils désirent d’être àeux-mémes, ils n’ont qu’à le vouloir fortement , et bientêt iis s’en rendront maîtres. Mais, mes sœurs, ils ne veulent pas. Tel se plaint qu’il travaille trop qui , étant tiré des affaires , ne pourrait souffrir son repos. Les journées maintenant lui semblent trop courtes, et alors son loisir lui serait à charge : il croira être sans affaire quand il n’aura plus que les siennes ; comme si c’était peu de chose que de se conduire soi-même.

D’où vient , mes sœurs , cet aveuglement ; si ce n’est que notre esprit inquiet ne peut goûter le repos , ni la liberté véritable? Et afin de le mieux entendre , remarquons , s’il vous plaît , en peu de

paroles, qu’il y a de la liberté dans le repos , et qu’il y en a aussi dans le mouvement. C’est une liberté d’avoir le loisirde se reposer, et c’est aussi une liberté d’avoir la faculté de se mouvoir. Il y a de la liberté dons le repos : car quelle liberté plus solide que de se retirer en soi-même, de se faire en son cœur une solitude , pour penser uniquement à la grande affaire , qui est celle de notre salut; de se séparer du tumulte où nous jette l’embarras du monde, pour faire concourir tous ses désirs à une occupation si nécessaire? C’est, mes sœurs, cette liberté dont jouissait cet ancien si tranquillement, lorsqu’il disait ces belles paroles ; Je ne m’échauffe point dans un barreau, je ne risque rien dans la marchandise , je n’assiége pas la porte des grands, je' ne me mêle pas dans leurs dangereuses Intrigues ; je me suis séquestré du monde, parce que je me suis aperçu que j’ai assez d’affaires en moi-même : In me unicum negotium mihi est; si bien qu’à cette heure mon plus grand soin , c’est de retrancher les soins superflus : nihil aliud euro quam ne curem ' .

Telle est la liberté véritable; mais elle n’est pas au goût des hommes du siècle. Cette tranquillité leur est ennuyeuse, ce repos leursemble une léthargie : ils exercent leur liberté d’une autre manière , par un mouvement étemel , errant dans le monde deçà et delà. Ils nomment liberté leur égarement; comme des enfants qui s’estiment libres, lorsque, s’étant échappés de la maison paternelle, où ils jouissaient d’un si doux repos, ils courent sans savoir où ils vont. Voilà la liberté des hommes du monde ; une seule affaire ne leur suffit pas pour arrêter leur âme inquiète; ils s’engagent volontairement dans une chaîne continuée de visites , de divertissements , d’occupations différentes, qui naissent perpétuellement les unes des autres ; ils ne se laissent pas un moment à eux parmi tant d’heures du meilleur temps, qu’ils s’obligent insensiblement à donner aux autres. Au milieu d’un tel embarras , il est vrai qu’ils se sentent quelquefois pressés : ils sa plaigncntdc cette contrainte; mais, au fond, ils aiment cette servitude, et ils ne laissent pas de se satisfaire d’une image de liberté qui les flatte. Comme un arbre que le vent semble caresser, en se jouant avec ses feuilles et avec scs branches : bien que ce vent ne le flatte qu’en l’agitant , et le pousse tantôt d’un côté et tantôt d'un autre avec une grande inconstance ; vous diriez toutefois que l’arbre s’égare , par la liberté de son mouvement : ainsi , dit le grand .Augustin , encore que les hommes du monde n’aient pas de liberté véritable , étant toujours contraints de céder aux divers

' TcriulL de Paît, n* 5.

POUR UNE VÊTURE. Ml

emplois qui les pressent ; toutefois Us s'imaginent jouir d'un certain air de liberté et de paix , en promenant , deçà et delà , leurs désirs vagues et incertains : Taaquam olivæ pendentes in ariwre, dacenlilnaventù, quasi quadam libertate auræ peif mentes vago quadam desiderio suo

Quelle est, ma soeur, cette liberté qui ne noos permet pas de penser à nous , et qui , nous dérobant tout notre temps , nous mène insensiblement à la mort, avant que d'avoir appris comment il faut vivre? Si c'est cette liberté que vous perdez en vous jetant dans ce monastère , pouvez-vous y avoir regret? An contraire , ne devez-vous pas rendre grâces à Dieu d'une perte si fructueuse? Si vous demeurez dans le siècle, il vous arrivera ce que dit l’apàtre : • Vous vous

• y occuperez du soin des choses du monde , et

• vous vous trouverez partagée et divisée : . Softicilus est quœ suntmundi, et divisas est'. Votre liberté sera divisée au milieu des soins de la terre : une partie se perdra dans les visites; une autre dans les soins de l'économie , [dans l’attention à un mari, l’application aux affaires de sa maison , l'éducation de ses enfants, l’établissement de $0 famille. ] Parmi tant de troubles et d'empressements, presque toute votre liberté sera engagée ; si vous y donnez quelque tempe à Dieu, il faudra le dérober aux affaires. Dans la religion , elle est toute à vous ; il n’y a heure , il n’y a moment que vous ne puissiez ménager, et le donner saintement à Dieu.

Toutefois n'entrez pas témérairement dans une profession si relevée. L'Église , qui vous y voit avancer, vous arrête dès le premier pas : elle vous ordonne de vous éprouver, et d'examiner votre vocation. Je vous ai dit, et il est très-vrai , que la vie que vous embrassez a, sans doute, de grands avantages, mais je ne puis vous dissimuler qu’elle a de grandes difllcultés, pour celles qui n’y sont pas appelées. Eprouvez- vous donc sérieusement ; et si vous ne sentez en vous-mème un extrême dégoût du monde , une sainte et divine ardeur pour la perfection chrétienne : sortez, ma sœur, de cette clôture, et ne profanez pas ce lien saint. Que si Dieu , comme je le pense , vous a inspiré , par sa grâce, le mépris des vanités de la terre, et un chaste désir d’être son épouse, que t^ez-vous de vous revêtir de l’habit que votre Epoux vous prépare? et pourquoi vois-je encore sur votre personne tous les vains ornements du monde , c'està-dire, la marque de sa servitude? • Rejetez loin « d'une tête libre tout ce vain attirail , qui ne peut

• convenir qu’à des esclaves ; > Omnem hune

■ /K Pi. cuxTi, n*g, t IV, coL ISIS.

* I. Cor. TU , 33.

•OSSl'ET. — T. Ul.

omatus servitutem a libéra capUe depellite

Et ne VOUS étonmz pas, si je dis que cet habit est la marque de sa servitude : car qu'est-ce que la servitude du siècle? C'est un attachement aux soins superflus : c’est ^r le temps à la vérité , pour le donner à la vanité. La nécessité et la pudeur ont fait autrefois les premiers habits; la bienséance s’en étant mêlée , elle y a ajouté quelques ornements. La nécessité les avait faits simples ; la pudeur les faisait modestes ; la bienséance se contentait de les faire propres; mais la curiosité s'y étant Jointe , la profusion n’a plus eu de bornes ; et pour orner un corps mortel , presque toute la nature travaille , presque tous les métiers suent , presque tout le temps s'y consume. Combien en a-t-on employé à ce vain ajustement qui vous environne? combien d'heures s'y sont écoulées?Etn’est-cepasuneservitude70fflnem hune omatus servitutem a libéra capite depellite.

Que dlral-je de la coiffure? C’est ainsi que le monde prodigue les heures, c'est ainsi qu’il se joue du temps : il le prodigue jusqu’aux cheveux ; c'est-à-dire , la chose la plus nécessaire , à la chose la plus inutile. La nature , qui ménage tout , Jette les cheveux sur la tète avec négligence , comme un excrément superflu. Ce que la nature regarde comme superflu , la curiosité en fait une affaire : elle devient inventive et ingénieuse , pour se faire une étude d'une bagatelle, et un emploi d'un amusement. N’ai-je donc pas raison devons dire que ces superbes ornements du siècle, c’est l’habit de la servitude?

Venez donc , ma très-chère sœur, venez recevoir des mains de Jésus les ornements de la liberté. On changeait autrefois d’habit à ceux que l’on voulait affranchir; et voici qu’on vous présente humblement au divin auteur de la liberté; aflu qu'il lui plaise de vous dépouiller aujourd’hui de toutes les marques de votre esclavage. Qu’on ne trouble point, par des pleurs, une si sainte cérémonie; que la tendresse de vos parents ne s’imagine pas qu’elle vous perde , lorsque Jésus-Christ vous prend en sa garde. Quoi! ce changement d’habit vous doit-il surprendre? Si le siècle jusqu’ici vous a habillée, doit-on vous envier le bonheur que Jésus-Christ vous revête à sa mode? Quittez, quittez donc ces vains ornements, et toute cette pompe étrangère. Recevez des mains de l’Église le dévot habit du grand saint Bernard; ou plutôt représentez-vous la main de Jésus invisiblement étendue : c’est lui qui vous environne de cette blancheur, pour être le symbole de votre innocence; c’est loi qui vous couvre de ce sacré voile, qui sera le rempart de

* TertuU. dt CuU.Jem. Ub. il , o* 7.

POUR UNE VÊTÜRE.

votre pudeur, le sceau inviolable de votre ro- | traite , la marque üdclc de votre obéissanee.

Mais , en vous dépouillant des habits du siècle , dépouillez- vous aus^au dedans de toutes les vanités de la terre. Ne vous laissez pas éblouir au faux brillant que jette aux yeux la grandeur humaine : songez que les soins , les inquiétudes , et encore le dépit et le chagrin , ne laissent pas souvent de nous dévorer sous l'or et les pierreries; et que le monde est plein de grands et illustres malheureux que tous les hommes plaindraient, si l'ignorance et l'aveuglement ne les faisaient juger dignes d'envie. Réjouissez-vous donc saintement en votre innocente simplicité, qui donnera plus de lustre à votre famille que toutes les grandeurs de la terre. Car s'il est glorieux à votre maison d'avoü: mérité tant d'honneurs , c'est un nouveau degré d'élévation de les savoir mépriser généreusement; et je la trouve bien mieux établie du s'étendre si avant, par votre moyen , jusque dans la maison de Uicu , que de s'étre unie par ses alliances à tout ce que cette grande ville a de plus illustre. Encore que l'on ait vu vos prédécesseurs remplir les places les plus importantes , ne leur enviez jw la part qu'ils ont eue au gouvernement de l’Etat; mais tâchez de leur succéder en la grâce que Dieu leur a faite , de se bien gouverner eux-mémes. Quel honneur ferez- vous, ma sœur, à ceux qui vous ont donné la naissance, en puriflant tous les jours, par la perfection religieuse, ces excellentes dispositions qu'une bonne naissance vous a transmises ; qu’une sage éducation et l'exemple de la probité , qui luit de toutes parts dans votre famille, ont si heureusement cultivées I

’ Qui pourrait rapporter les lois importunes que le monde s’est imposées? Premièrement il nous accable d'affaires qui consument tout notre loisir; comme si nous n’avions pas nous-mêmes une affaire assez importante, [dans cette application que nous devons donner ] à régler les mouvements de nos âmesi Combien dérobe-t-il tous les jours aux personnes de votre sexe du temps qu'elles emploieraient â orner leur esprit , par le soin inutile de parer le corps I Combien de sortes d'occupations a-t-il enchaînées les unes aux autres I quel commerce de visites, quels détours de cérémonies a-MI inventés, pour nous tenir dons un mouvement éternel , qui ne nous laisse presque pas un moment à nous, et dont le monde ne cesse de se plaindre I Quelle liberté peut-on concevoir dons cette cruelle nécessité de perdre le

• Bouuet a composé ce qui nuit Jusqu’à U An du discours, pour donnrr iiuc miuvrlle forme au troUiènic point (k* »od aennon. {EdU. de Oè/vri$.)

temps, qui nousestdonné pour l'rternité par tant d'occupations inutiles qui nous font insensiblement venir â la mort, avant que d'avoir appris comment il faut vivre?

Et cette autre nécessité qu’on s’impose, de se faire considérer dans le monde : n’est-ce pas encore une servitude qui nous rend esclaves de ceux auxquels nous sommes obligés de plaire; qui nous assujettit au Qu'en dira-t-on , et à tant de circonspections importunes; qui nous fait vivre tout pour les autres , comme si nous ne devions pas cnlin mourir pour nous-mêmes? Quelle folie, quelle illusion , de s'établir cette dure loi de faire toujours une vie publique, puistiueeuTm nous devons tous faire une fin privée I

Au milieu de tant de captivités , les hommes du siècle s'esiimeut libres ; et parmi toutes ces lois et toutes ces contraintes du monde [ils nous vantentleur indcpcndancel. Mais vous , ma sœur, vous êtes libre pour Jésus-Christ : son sang vous a acheté la liberté ; ne vous rendez point esclave des hommes , mais sacrifiez votre liberté à Jésus- Christ seul : P relia empli estis , nolite/ieri serri hominum '. Que si le monde a ses contraintes, que je vous trouve heureuse , ma sœur, vous qui , estimant trop votre liberté pour la soumettre aux lois de la terre, professez hautement que vous ne voulez vous captiver que pour l'amour de celui qui , étant le mattre de toutes choses , s'est rendu esclave pour nous, afin de nous tirer de la servitude! Dépouillez donc courageusement, dépouillez, avec cet habit séculier, toute la servitude du monde; rompez toutes ses chaînes, et oubliez toutes ses caresses ; il vous offrait des fleurs; mais le moindre vent les aurait séchées : voire éducation et votre naissance vous promettaient de grands avantages; mais la mort vous les aurait enfin enlevés. Ne songez plus, ma sœur, à ce que vous étiez dans le siècle , si ce n'est pour vous élever au-dessus; et apprenez de saint Bernard votre père, que la religieuse qui s’en souvient trop • ne dépouille pas le vieil homme , mais < le déguise par le masque du nouveau : > Velerem hominen non exuit, sed novo palliai *.

Que vous sert de voir votre race ornée par la noblesse des croix de Malte , et par la majesté des sceaux de France, qui ont été avec tant d'éclat dons votre maison? Que vous sert d'être née d’un père qui a rempli si glorieusement la première place dans l'un de nos plus augustes sénats; plus encore par l'autorité de sa vertu, que par celle de sa dignité? Que vous sert tant de pourpre qui brille de toutes parts dans votre famille? En ce

• I. Cor. \ii, 23.

* Ih Ctinl. Serm. XVI, n" B, 1. 1, Col. 1316.

roun UMÎ VfiTDUR.

dernier jiipcnipnt clr liicu , où nos ruiiscicnccs seront découvertes, vous ne serez par estimée pai ces ornements étrangers ; mais par ceux que vous aurez acquis par vos bonnes œuvres : tellement que vous ne devez retenirde ce que vous avez vu dans votre maison, que les exemples de probité que l'on y admire , et dans lesquels vous avez été si bien élevée.

Et que l'on ne croie pas qu'en quittant le monde, vous ayez aussi quitté les plaisirs : vous ne les quittez pas ; mais vous les ehangez. Ce n’est pas les perdre, ma sœur, que de les porter du corps à l’esprit , et des sens dans la conscience. Que s’il y a quelque austérité dans la profession que vous embrassez , c’est que votre vie est une milice , où les exercices sont laborieux, parce qu’ils sont forts , et où plus on se durcit au travail , plus on espère de remporter de victoires. Mesurez la grandeur de votre victoire, par ia dureté de votre fatigue. Votre eorps est renfermé, mais l’esprit est libre : il peut aller jusqu’auprès de Dieu ; et quand l'âme sera dans le ciel, le corps ne soulTrira rien sur la terre. Promenez- vous en esprit , et ne cherchez point pour cela de longues allées : entrez par la magniflquq étendue du chemin qui conduit à Dieu ; que tous les autres vous soient fermés : vous serez toujours assez libre, pourvu que celui-ci soit ouvert pour vous; et tant que vous marcherez dans les voles de Dieu , vous ne serez jamais resserrée. Ne tenez votre liberté que de Jésus- Christ; n’ayez que celle qu’il vous présente, et vous serez véritahlementaffranchie : pareeque sa main puissante vous délivrera, premièrement, de la tyrannie du péché, par les saintes précautions de la discipline religieuse, par lesquelles vous tâchez de vous imposer cette heureuse nécessité de ne pécher plus; puis de celle des passions et des convoitises, par la mortifleation et la pénitence , par laquelle vous dompterez les maux qui vous flattent, et vous sanctiflerez les maux qui vous blessent, et enfm de toutes ces lois importunes que le monde s’est imposées par scs bienséances imaginaires , qui ne nous permettent pas de vivre à nous-mêmes , ni de profiter du temps pour l’éternité. Telle sera votre liberté dans le siècle , jusqu’A temps que le Fils de Dieu , surmontant en vous la corruption et la mort, vous rendra parfaitement libre dans la bienheureuse immortalité. Amen.

SKHMON

PRÊCIIÊ

A LA VÊTCRE D’UNE POS-nif. ANTE BERNARDINE.

Comment l’homme, par ton péché, e»l.ll devenu rMctavc de toutes les créatures. Trois lois qui captivent dans le DfKMMie ses am.Ttcurs Avec quelle Justice l’homme ml a)mhi. donné à rilluslon de» bien» apparent». Combien fau».M< et chimérique U liberté dont se vanlent les pécheurs. En quoi consiite la liberté véritable. Toute la conduite et tou» le» exercices de la vie relieuse, destiné» à la procurer ou à la maintenir

I SI vos Ftlius liàeravent, vere Itbfri eritis.

j Vous serez miment libres , quand le Fila vous aura déli- I vré». Joan. viii.

Cette jeune fille se présente à vous, mesdames , pour être admise dans votre cloître , comme dans une prison volontaire ' . Ce ne sont point des persécuteurs qui l’amènent ; elle vient, touchée du mépris du monde; et sachant qu’elle a une chair qui , par la corruption do notre nature , est devenue un empêchement à l'esprit , elles’en veut rendre elle-même la persécutrice par la mortification et la pénitence. La tendresse d’une bonne mère n’a pas été capable de la rappeler aux douceurs de scs embrassements : elle a surmonté les obstacles que la nature tâchait d’opposer A sa généreuse résolution ; et ralliance spirituelle, qu’elle a contractée avec vous par le Saint-Esprit, a été plus forte que celle dn sang. Elle préfère la blancheur de saint Bernard A l'Cclat de la pourpre , dans laquelle nous pouvons dire qu’elle a pris naissance ; et la pauvreté de Jésus-Christ lui plaît pins que les richesses dont le siècle l'aurait vue parée. Bien qu’elle sache qu’aux yeux des mondains un monastère est une prison; ni vos grilles, ni votre clAture ne l’étonnent pas : elle veut bien renfermer son corps , afin que son esprit soit libre Ason Dieu ; et elle croit , aussi bien que Tertullien ' : que comme le monde est une prison , en sortir c’est la liberté.

Et certes, .ma très-chére sœur, il est véritable que , depuis la rebellion de notre nature, tout le monde est rempli de chaînes pour nous. Tant que l'homme garda l’innocence que son Créateur lui avait donnée, il était le maître absolude tout ce qui SC voit dans le monde : maintenant il en est l'esclave, son péché l’a rendu captif de ceux dont

* O discours a pour objet les même» veritéi que le précédent; mais comme il le» traite fort différemment, et contient beaucoup de chose» nouvelles , nous nous somme» bornés a en retraucher le cummeucement, qui était alisolumeot semblable au début du premier sermon. ( üdit. de Üé/nrit. )

• Àtl n* 2.

POUn UNE VÊTLBE.

ilétaitnésuuverain. Dieu lui dit dniisriDnoccnce des commencements : Commande à toutes les créatures . Subjicite terram; dominamini piscibus maris, et volalilibus cœli, et universis animantibus ‘ : • Assujettis-toi la terre, et do- > mine sur les poissons de la mer , sur les oiseaux ■ du ciel , et sur tous les animaux ; ■ an contraire depuis sa rébellion : Garde-toi de toutes les créatures. Il n'y en a point dans le monde qui ne croie qu'elle le doit avoir pour sujet, depuis qu'il ne l'est plus de son Dieu ; c’est pourquoi les unes vomissent, pour ainsi dire, contre loi tout ce qu'elles ont de malignité ; et si les autres montrent leurs appas , ou étalent leurs ornements, c'est dans le dessein de lui plaire trop, et de lui ravir, par cctartiflce, tout ce qui lui reste de liberté. I.es créatures, dit le Sage* , sont autant de pièges tendus de toutes parts à l'esprit de l'homme. L'or et l'argent lui sont des liens , desquels son cœur ne peut se déprendre , les beautés mortelles l'entraînent captif, le torrent des plaisirs l'emporte; cette pompe des honneurs mondains, toute vainc qu'elle est, éblouit ses yeux ; le charme de l'espérance lui ôte la vue ; en un mot , tout le monde semble n'avoir d'agrément que pour l’engager dans sa servitude par une affection déréglée.

Et après cela ne dirons-nous pas que ce monde n'est qu'une prison , qui a autant de captifs qu'il a d'amateurs ? De sorte que vous tirer du monde, c’est vous tirer des fers et de l'esclavage ; et la clôture où vous vous jetez n'est pas comnte les hommes se le persuadent, une prison où votre liberté soit contrainte, mais un asile fortiflé où votre liberté se défend contre ceux qui s'efforcent de l’opprimer : c’est ce que je me propose de TOUS faire entendre, avec le secours de la grôce. Mais , aAn que nous voyions éclater la vraie jouissance de la liberté dans les maisons des vierges sacrées, distinguons, avant toutes, choses, trois sortes de captivités dans le monde.

U y a dans le siècle trois lois qui captivent : il y a, premièrement, la loi du péché; après, celle des passions et des convoitises; et la troisième est celle que le siècle nomme la nécessité des affaires, et la loi de la bienséance mond.vine. Et en premier lieu , le péché est la plus infâme des servitudes , où la lumière de la grâce étant tout éteinte , l'âme est jetée dans un cachot ténébreux , où elle souffre , de la violence du diable , tout ce que souffre une ville prise , de la rage d'un ennemi implacable et victorieux. Que les passions nous captivent , c'est ce qui parait par l’erxempled'un riche avare qui ne peut retirer son

> Ctnts. I , n.

> Sap. XIV, II.

âme engagée parmi ses trésors , et par ce que Dieu défend aux Israélites d'épouser des femmes idolâtres, de peur, dit-il', qu’elles n'amollissent leurs cœurs et les entraînent après des dieux étrangers. Et d’où vient cela , chrétiens , si ce n'est que les passions ont certains liens invisibles , qui tiennent nos volontés asservies?

Mais j’ose dire que le joug le plus empêchant que le monde impose à ceux qui le suivent , c'est celui de l'empressement des affaires , et la bienséance du monde. C'est là ce qui nous dérobe le temps , c'est là ce qui nous dérobe à nous-mêmes ; c'estee qui rend notre vie tellement captive, dans cette chaîne continuée de visites, de divertissements, d'occupations, qui naissent perpétuellement les unes des autres , que nous n'avons pas la liberté de penser à nous. O servitude cruelle et insupportable , qui ne nous permet pas de nous regarder I c'est ainsi que vivent les enfants du siècle. Parmi tant de servitudes diverses, nous nous imaginons être libres. De quelque liberté que nous nous flattions, jamais nous ne serons vraiment libres, jusqu'à ce que le Fils de Dieu nous ait délivrés.

Mois qui sont ceux qui seront plus tôt délivrés par votre toute-puissante bonté, ô miséricordieux Sauveur des hommes , si ce n'est ces âmes pures et célestes, qui ont tout quitté pour l'amour de vous? C'est donc vous , mes très-chères soeurs , c'est vous que je considère comme vraiment libres; parce que le Fils vous a délivrées de la triste servitude qu'on voit dans le monde, du péché, des passions, de l'empressement. Le péché doit être exclu du milieu de vous , par l'ordre et la discipline religieuse; les passions y perdent leur force , par l’exercice de la pénitence ; la loi de la prétendue bienséance, que la vanité humaine s’impose , n’y est pas reçue , par le mépris qu’on y faitdu monde; et ainsi l’on y peut jouir pleinement de la liberté bienheureuse que le Fils de Dieu a rendue à l'homme : Si vos Films libéraverit, vere liberi eritis. C’est ce que j’espère vous faire entendre aqjourd'hui avec le secours de la grâce.

PBEUIEH POinT.

C'est une juste punition de Dieu, que l'homme après avoir méprisé la solide possession des biens véritables, que son Créateur lui avait donnés, soit abandonné à l’illusion des biens apparents. Les plaisirs du paradis ne lui ont pas plu ; il sera captifdes plaisirs trompeurs qui mènent les âmes à la perdition : il ne s'est pas voulu contenter de l’espérance de l'immortalité bienheureuse , il se repaîtra d'espérances vaines, que souvent le mau-

> Exod. ta.

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POUR UNE VÈTURE.

vais «accès , et toujours la mort , rendra mutiles : H n'a point voulu de la liberté qu’il avait reçue de son Souverain ; il se plaira dans la liberté imaginaire, que sa raison volage lui a figurée. Justement, certes justement, Seigneur: cor il est juste que ceux-là n’aient que de faux plaisirs , qui ne veulent pas les recevoir de vos mains; qu’ils n’aient qu’une fausse liberté, puisqu’ils ne veulent pas la tenir de vous ; et enfin qu’ils soient livrés à l’erreur , puisqu’ils ne se contentent pas de vos vérités.

En effet , considérons , mes très-chères sœurs, quelle image de liberté se proposent ordinairement les pécheurs. Qu’elle est fausse, qu’elle est ridicule, qu’elle est , si je puis parler ainsi , chimérique! Écoutons- les parler, et voyons de quelle liberté ils se vantent.Nous sommes libres, nous disent-ils, nous pouvons faire ce que nous voulons. Mes sœurs, examinons leurs pensées, et nous verrons combien ils se trompent , et nous confesserons devant Dieu , dans l’effusion de nos cœurs, que nul pécheur ne peut être libre, que tous les pécheurs sont captifis. Tu peux faire ce que tu veux , et de là tu conclus : Je suis libre. Et moi je te réponds, au contraire ; Tu ne peux pas faire ce que tu veux ; et quand tu le pourrais, tu n’es pas libre. Montrons premièrement aux pécheurs qu’ils ne peuvent pas ce qu’ils veulent.

Et certainement nous pourrions leur dire qu’ils ne peuvent pas ce qu’ils veulent , puisqu’ils ne peuvent pas empêcher que leur fortune ne soit inconstante , que leur félicité ne soit fragile , que ce qu’ils aiment ne leur échappe ; que la vie ne leur manque comme un faux ami , au milieu de leurs entreprises , et que la mort ne dissipe toutes leurs pensées. Nous pourrions leur dire véritablement qu’ils ne peuvent pas ce qu’ils veulent , puisqu’ils ne peuvent pas em^cher qu’ils ne soient trompés dans leurs vaines prétentions. Ou ils les manquent , ou elles leur manquent : ils les manquent, quand ils ne parviennent pas à ieur but; elles leur manquent, quand , obtenant ce qu’ils veulent, ils n’y trouvent pas ce qu’ils cherchent. C’est ainsi que nous pouvons montrer aux pécheurs qu’ils ne peuvent pas ce qu’ils veulent.

Mais pressons-les de plus près encore ; et déplorons l’aveuglement de ces malheureux qui se vantent de leur liberté, pendant qu’ils gémissent dans un si honteux esclavage. Ah t les misérables captifs, ils ne peuvent pas ce qu’ils veulent le plus ; ce qu’ils détestent le plus, il faut qu’il arrive. Que prétendez-vous , à pécheur, dans ces plaisirs que vous recherchez , dans ees biens que vous amassez par des voleries; que prétendezvous? Je veux être heureux. Eh quoi , heureux , même malgré Dieu ? Insensé, qui vous imaginez

avoir aucun bien contre la volonté du souverain bien ; digne , certes , qu’on dise de vous ce que nous lisons dans les PÛumes : « Voilà l’homme

• qui n’a pas mis son secours en Dieu , mais qui

• a espéré dans la multitude de ses richesses , et « s’est plu dans sa vanité '. > Mais non-seulement vous ne pouvez obtenir ce que vous avez le plus désiré : ce que vous détestez le plus , il faut qu'il arrive ; cette justice divine qui vous poursuit , CCS étangs de feu et de soufre, ce grincement de dents étemel : car quelle force vous peut arracher des mains toutes-puissantes de Dieu , que vous irritez par vos crimes, et dont vous attirez sur vous les vengeances?

Telle est la liberté de l’homme pécheur : malheureux, qui, croyant faire ce qu’il veut, attire sur lui nécessairement ce qu’il veut le moins ; qui , pour trop faire scs volojités, par une étrange contradiction de désirs s’emptelie loi-même d’être ce qu'il veut, c’est-à-dire, heureux; qui s’imagine être vraiment libre, parce qu’il est en effet trop libre A pécher , c’est-à-dire , libre à se perdre, et qui ne s’aperçoit pas qu’il forge ses fers par l’usage de sa liberté prétendue. Et de là nous pouvons apprendre que ce n’est pas être vraiment libres, qnc de faire ce que nous voulons; mais que notre liberté véritable, c’est de faire ce que Dieu veut. De là vient que nous lisons dans notre évangile , que les hommes sont vraiment libres quand le Fils les a délivrés : où nous devons entendre, mes sœurs, que le Fils de Dieu nous parlant d’une liberté véritable, nous explique assez qu’il y en a aussi une fausse.

La fausse liberté, c’est de vouloir faire sa volonté propre; mais notre liberté véritable, c’est que notre volonté soit soumise à Dieu : car puisque nous sommes nés sons la sujétion de Dieu , notre liberté n’est pas une indépendance. Cette affectation de l’indépendance, c’est la liberté de Satan et de scs rebelles complices qui ont voulu s’élever eux-mêmes contre l’autorité souveraine. Loin de pous une liberté si funeste, qui a précipité ces esprits superbes dans une servitude éternelle. Pour nous, songeons tellement que nous sommes libres , que nous n’oubliions pas que nous sommes des créatures , et des créatures raisonnables, que Dieu a faites à sa ressemblance. Puisque notre liberté est la liberté d’une créature, il faut nécessairement qu’elle soit soumise , et qu’il y ait de la servitude mêlée. Mais il y a une servitude honteuse, qui est la destrucûon de la liberté; et une servitude honorable, qui en est la perfection. S’abaisser au-dessons de sa dignité naturelle, c’est une servitude honteuse : c’est

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