‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 135 sur 273 · I. l’elr · texte numérisé non relu

I. l’elr

Ma très-chère sœur en Notre-Seigneur Jésus- Christ; après les grandes miséricurdes que Dieu a fait éclater sur vous, je ne puis mieux commencer ce discours que par des actions de grdees publiques, remcrciantsahonté paternellequi vous a miraculeusement délivrée de la puissance des ténèbres, pour vous transporter au royaume de son Fils bien-aimé.

En effet , n'est-il pas bien juste , 6 grand Dieu , que votre sainte Eglise catholique vous loue et vous glorilio dans les siècles des siècles? Car qui n'admirerait la profondeur do vos jugements, ô étemel Roi de gloire, qui, pour la punition de nos crimes , ou pour quelque autre secret conseil de votre sainte providence, ayant permis qu'en ces dernière temps l'Église clirétienne fût déchirée par tant de sortes de schismes , et par tant de lamentables divisions, ne perdez pas pour cela les ûmes que vous avez choisies ; mais qui, étant riche en miséricorde, savez les éclairer, même dans le sein de l'erreur, et selon votre bon plaisir les attirez par des ressorts infaillible à la véritable croyance. C'est ce que vous avez fait paraiire en cette jeune fille, élevée dans le .seliisme et dans l'hérréic, que vous avez regardée en pitié , 6 Pere très-clément et très-bon 1 On la nourrissait dans une doctrine hérétique ; mais vous avez voulu être son docteur. Vous lui avez ouvert les yeux , pour voir votre admirable lumière ; vous avez voulu faire paraître qu'il n’y a point d'Agc qui ne soit mûr pour la foi , et que l'homme est assez savant quand il sait écouter vos saintes inspirations ; Et voici qu’étant instruite de la véritable doctrine, que nous avons reçue de nos pères par une succession de tant de siècles, touchée en son cœur d’un extrême dégoût de ce monde trompeur, et d’un chaste amour de votre cher Fils, qu’elle désire choisir l>our son seul Époux, clic se vient présenter

devant vos autels , afin que vous ayez agrcabin qu’elle soit admise aujourd’hui à l’épreuve d'une vie retirée. Bénissez-la, Seigneur, et soyez loué à jamais des grâces que vous lui faites : que les anges et tous les esprits bienheureux chantent éternellement vos bontés.

Et vous , ma chère sœur, que Dieu comble de tant do bienfaits, considérez ces dévotes llllcs, et toute cette pieuse assemblée. ,3tais élevez plus haut vos regards ; contemplez en esprit la sainte Église de Dieu , tant celle qui règne dans le ciel, que celle qui combat sur la terre : croyez qu’elle triomphe de joie , de voir en vous des effets si visibles de la miséricorde divine. Éclatez aussi en hymnes et en cantiques; dites, dans l'épanchement de votre âme : « O Seigneur, qui est • semblable à vous • ? Que le Dieu d’Israël est bon « à ceux qui sont droits de cœur ’, » et qui marchent devant sa face en toute simplicité!

Pour moi , afin de vous animer davantage à rendre â notre grand Dieu de fidèles actions de grâces, je vous donucrai, avec l’itssistance divine, quelques avis succincts, mais très-importants , et sur ce que vous avez fait et sur ce que vous allez faire. Je vous représenterai premièrement la grande grâce que Dieu vous a faite de vous retirer des ténèbres de l'hérésie ; et après, je tâcherai de vous faire voir de quelle sorte vous devez user de l'inspiration qu’il vous donne, de renoncer entièrement à toutes les espérances du siècle ; et il se rencontre fort à propos, que les deux principaux mystères que nous célébrons en ce jour, conviennent très-bien avec ce sujet. Dans la purlflcation de la Vierge, vous pouvez considérer avec fruit que Dieu , par sa pure bonté, vous a purgée de votre hérésie; et dans l'oblation de l’Énfant Jésus, que l’on présente aujourd’hui à son Père, vous devez faire réflexion sur le dessein que vous mé'ditez, de vous consacrer pour Jamais à son service par une profession solennelle. C’est sur quoi je vous entretiendrai en ce jour : vous ferez seule tout le sujctde cette exhortation. Au reste , n’attendez pas de moi tous ces ornements de la rhétorique mondaine ; mais priez senicment cet Esprit qui souffle où il veut, qu’il daigne répandre sur mes lèvres ces deux beaux ornements de l’éloquence chrétienne, la simplicité et la vérité, et qu’il étende par sa grâce le peu que j’ai à vous dire.

PREHIEB POINT.

Si , parlant aujourd’hui de nos frères , qui â notre grande douleur, se sont séparés d’avec

' Ps. XXXIV, lu.

' l’s. I XXII, I.

POUR UNK VÉTURE.

nous, j’npprile leur li^tlisc une Kglisc de ténèbres ; je les prie de ne croire pas que , pour condamner leur erreur, je m'aigrisse contre leurs personnes. Certes, je puis dire d’eux avec vérité ec que l'apétre disait des Juifs ' , que le plus tendre disir de mon cœur, et la plus ardente prière que je présente tous les jours à mon Dieu, est pour leur salut. Je ne puis voir, sans une extrême douleur, les entrailles de la sainte Église si cruellement déchirées, et pour parler plus humainement, je suis touché au vif quand je considère tant d'honnêtes gens que je chéris , comme Dieu le sait , marcher dans la voie de ténèbres. Mais afin qu'il ne semble pas que je veuille faire aujourd'hui une invective inutile, je vous proposerai une doctrine solide, et conduirai ce discours, si Dieu le permet, avec une telle modération , que sans les charger d’injures, je les presserai par de vives raisons tirées des Écritures divines , et des Pères leurs interprètes fidèles.

Je dis donc en premier lieu , chrétiens, que Dieu est une pure et incompréhensible lumière, de laquelle toute autre lumière prend son origine ; d'où vient que l'apétre saint Jean dit que ■ Dieu > est lumière, et qu'en lui il n'y a point de ténè- • bres’. •KtsaintPauirappelle>Percde lumière, « qui habite une lumière inaccessible > Le genre humain, chrétienne assemblée, s'étant retiré de cette lumière éternelle, languissait dans une nuit profonde et dans des ténèbres plus qu'égyptiennes, lorsque Dieu, touché de pitié , envoya son cher Fils en la terre, pour être la lumière du monde, comme il dit lui-memo en saint Jean^, C'est lui qui est cette véritable et universelle lumière, • qui illumine par scs clartés tout homme venant au monde ^.> C'est la splendeur de la glaire du Père, qui, étantdevenu cliairdans la plénitude des temps, est entrée en société avec nous; et nous a faits participants de scs dons : car ayant commencé sur la terre l'exercice de son ministère par la prédication de la parole de vie que son Père lui mettait à la bouche, il a assemblé près de sa personne les premiers ministres de son Évangile, qu’il a appelés ses apétres’; parce (pi'après sa course achevée , il les devait envoyer par toutes les provinces du monde , pour agréger ses brebis dis])crsées, sous l’invocation de son nom, et la profession de son Évangile. Et comme il a dit de lui-même qu'il était la lumière du monde , ainsi que je vous le rapportais tout à l'heure; de même a-t-il dit, parlant à ses saints apétres : • Vous êtes la lumière du monde : «

* Rom. x, I.

* I. Jtmn. 1,6.

* t Tim. VI, 16.

* VIH , l‘i.

Vos oslis lut: mundi' -, parce qu'étant éeloirré des lumières de ce bon Pasteur par l'infusion de son Saint-Esprit , ils ont eux-mêmes communiqué la lumière aux peuples errants , comme dit l’apêtre saint Paul écrivant aux Éphésiens : ■ Vous

< étiez autrefois ténèbres; mais vous êtes main-

• tenant lumière en Notre-Seigneur*. •

Cette lumière , au commencement, se n'-paiidit sur peu de personnes; parce que, selon la parabole de l'Evangile, l’Église, d'un p-tit grain, devait devenir un grand arbre’. Mais enfin , pir la miséricorde de Dieu , la foi étant augmentée , on a fondé des Églises par toutes les parties de la terre, selon le modèle de relies que les saints apôtres avaient établies. Fidèles, ne croyez pis que l'on ait divisé pour cela cette première et originelle lumière, ou que l'on ait, pour ainsi dire , arraché quelque rayon aux Eglises apostoliques , p)ur les porter aux autres Eglises, (irtes, cela ne s’est pas fait de la sorte : eette lumières été étendue ; mais elle n’a pas été divisf'C. En faisant de nouvelles Églises, on n'a pas fait des sociétés séparées : « On a été prendre des pre.

• mières Églises la continuation de la foi , et la

• semence de la doctrine : « Traducem Jidei el semina doctrinœ cœlerœ exinde Ecelcsim mutuatee sunt, dit Tertullien*. Toutes les Églises sont apostoliques, parce qu’elles sont desceiuhies des Églises apostoliques. Un si grand nombre d’Églises,dit Tertulllen, nesont que eette Église unique et première que les apôtres avaient fondée. Elles sont toutes premières et toutes .apostoliques ; parce qu'elles SC sont toutes rangées A la même paix , qu'elles se sont associées à la même unité , qu'elles ont toutes le même principe. • I.'É- « glise éclairée par le sauveur Jésus, qui est son « véritable soleil , dit l'admirable saint Cypricn ^

• bien qu'elle répande ses rayons par toute la

< terre, n’u qu'une lumière qui se communique ■ partout : - Ecclcsia Domini lace prrj'usa per totum orbem radios suos porrigit ; unum tamen lumen est; quod ubique diffunditur, nec mitas corporis separalur.

Par où vous voyez, mes chers frères, que l'Église est le lieu sacré dans lequel Jésus-Christ renferme le trésor des lumières célestes. Quelque docte qne soit un homme, quelque beaux sentiments qu'il professe , il marche dans les ténèbres s’il abandonne l’unité de l'Église. Gelnilù ne peut avoir Dieu ponr père , qui n'a pas l'Église pour mère. En vain nos adversaires su glorifient-ils, en toutes rencontres, de la science

• MatH. T, l«.

* BpKe$. V , B.

* Luc. 1111 , !9.

• Dr Pr^ript, n* 30.

^ Lib. Unit. Ecft. p. I9!>.

POUR UNE

des Écritures, qu'ils n'ont jamnis bien étudiées selon la méthode des Pères, qui ont fait gloire de suivre les interprétations de leurs ancêtres.

• Nous enseignons, disaient-ils, ce que nous ont « appris nos prédécesseurs ; et nos prédécesseurs « l'ont reçu des hommes apostoliques; et ceux- « lA, des apêtres ; et les apêtres, de Jésus-Christ ;

• et Jésus-Christ, de son Père. » C'est à peu près ce que veulent dire ces mots du grand Tertullien : Ucdesia ab aposiolis , apostoli a Chnsto, Chridus a Deo tradidit '. O la belle chaîne, 6 la sainte concorde, 6 la divine tissure que nos nouveaux docteurs ont rompue ! Cette belle succession était la gloire de l'Église de Dieu ; c'est ce que nous opposions aux ennemis de Jésus, que malgré les tyrans et les hérétiques, malgré la violence et la fraude, l’Église de Jésus-Christ était demeurée immobile.

Ils renoncent volontairement A cet avantage. N'ont-ils pas osé assurer, dans l'article xxxi de leur Confession, qu'il a été nécessaire que Dieu en notre temps, auquel l'état de l'Église était interrompu , ait suscité gens d'une façon extraordinaire, pour dresser l'Église de nouveau, qui était en ruine et désolation? O parole inouïe aux premiers chrétiens! si ce n'est, certes , qu'elle a toujours été témérairement avancée par les hérétiques leurs prédécesseurs, et toujours constamment réfutée par nos Pères les orthodoxes. L’avez-vous jamais cru, A saints martyrs, A bienheureux évêques, A docteurs divinement éclairés, l'avezvous jamais cru que cette Église que vous fondiez par votre sang, ou que vous instruisiez par votre doctrine, dât être durant tant de siècles enlièreinent abolie, jusqu'à ce que Luther et Calvin la vinssent dresser de nouveau? Cette cité qui a occupé tout le monde. Dieu l'a fondée éternellement, dit l’admirable saint Augustin'; le firmament tomberait aussitdt que l'Église seraitéteiote : Deus fundavil eam in œlemum.

Certes, il est indubitable, A sauveur Jésus : comme durant toute l’éternité vous serez béni dans le ciel ; ainsi , pendant toute la durée de ce siècle, vous aurez toujours des adorateurs sur la terre. Et où seront ces adorateurs, si votre Église doit tomber en ruine? Comment pourriezvous être adoré dans une Église entièrement désolée , une Église infectée d'erreurs, faisant profession publique d'idolâtrie, une Église enfin telle qu'elle a été durant plusieurs siècles, suivant l'opinion de nos adversaires? Seigneur Jésus , encore une fois , où étaient alors vos adorateurs? Ehl dites-nous, je vous prie, nos frères, qui dites si hautement que vous voulez suivre

■ De Pmcrifl. n* a?.

• In Peat. xiTIl, n' 7, 1. IV, col. «M.

VÊTURE

les Écritures, dans quel évangile ou nans quelle prophétie voyez-vous que l'Eglise dût un jour tomber en ruine, qu'elle dût être désolée durant tant de siècles? La Synagogue même des Juifs , qui n'avait pas de si belles promesses, a-t-elle jamais eu de si longues éclipses? Est-ce là cette Église fondée sur la pierre, contre laquelle les portes d'enfer ne peuvent jamais prévaloir'? Comment est-ce que l'Église de Dieu est enfin tombée en ruine , et a été obscurcie d'erreurs , elle que l'apAtre appelle la colonne et le soutien de la vérité’? Le sauveur Jésus parlant à ses disciples, et en leur personne à ceux qui se devaient assembler avec eux , ou qui leur devaient succéder ;

• Je serai, dit-il , avecvousjusqu'à laconsomma- ■ tion des siècles’. » Où étiez- vous donc, A Sauveur, quand nos réformateurs, sans aveu, sont venus dresser de nouveau votre Église ?

Certes, je vous l'avoue, mes chers frères, je ne puis modérer ma douleur, quand je vois de telles paroles prononcées par des chrétiens. Aussi ont-ils tâché de les adoucir par diverses explications, autant vaines que spécieuses. Je vous les rapporterai , s'il vous plaît ; et puis , à l'honneur de la vérité, et pour la consolation de nos âmes, nous les réfuterons en esprit de paix. Il leur a semblé fort étrange de dire que l’Église de Jésus- Christ dût cesser si longtemps d’être sur la terre. Les luthériens de la confession d'Augsbourg, leurs frères et leurs nouveaux alliés, assurent en l’article vu qu'il y aune Église sainte qui demeurera toujours. Ils parlent de l'Église qui est en ce monde. Et leurs propres Églises , qui sont dans la Suisse et autres pays, disent au chapitre xvii qu’il faut qu’il y ait toujours eu une Église, qu’elle soit encore, et qu'elle dure jusqu’à la fin des siècles; c’est-à-dire, une assemblée des fidèles appelés et recueillis de tout le monde. Interrogez nos frères errants , il faudra qu’ils répondent la même chose. Demandez-leur où était cette Église, lorsqu'il n'en paraissait dans le monde aucune qui fit profession de leur foi. Comme c’est une chose évidente, ils vous répondront tous qu’elle était cachée , qu’elle ne paraissait pas par un terrible jugement de Dieu , qui la retirait de la vue des méchants. Ils pensent ainsi réparer l’injure qu'ils feraient à l'Église, s’ils osaient assurer qu’elle fût entièrement abolie. Mais quelle âme vraiment chrétienne ne déplorerait pas leur aveuglement?

Ah! que vous êtes vraiment redoutable en vos conseils , A grand Dieu , qui avez permis , par une juste vengeance, que ceux qui ont déchiiê votre

■ Uatth. XVI, 18.

a I. riilN III, 16.

* iVaf/A. ZXTUI, 90.

.' C'.oo^^lé

POUR UNE

Eglise ne sussent pas même ce que c'est que l'Église 1 l'Église, à votre avis, nos chers frères, n'cstce qu'une multitude sans union? consiste-t-rlle en des gens dispersés, qui n'ont rien de commun qu'en esprit 7 est-ce assez qu'ils croient intérieurement? n'est-il pas nécessaire qu'ils fassent profession de leur foi? Mais l'apôtre dit expressément que ^ l'on croit dans le cœur à justice, et

• que l'on confesse par la bouche à salut'. • Et le Sauveur lui-même : • Qui me confessera , dit-il,

• devant les hommes, je le confesserai devant mou > Père céleste ■ De plus , est-ce assez que chacun la professe en particulier? Ne faut-il pas que ceux qui invoquent avec sincérité le nom du Seigneur, lient ensemble une sainte société , par la confession publique de la même foi? Et cette Église cachée, dont vous nous parlez, comment pouvaitelle avoir une confession publique? qu'cst-ce autre chose qu'un amas de personnes timides, qui n'osaient confesser ce qu'ils croyaient , qui démentaient leurs consciences , en s'unissant de corps ù une Église dont ils se séparaient en esprit? Certes , s'ils se fussent séparés d'avec nos pères, leur séparation les eût rendus remarquables, et leur société se serait produite ; elle n'aurait pas étécachéq, comme vous le dites. Et s'ils sont demeurés unis ; quoi , ces justes , ces gens de bien , cette Église prédestinée, allaient adorer Dieu dans nos temples qui étaient des temples d'idoles, et communiquaient à nos prières qui renversaient la dignité du médiateur, et assistaient & nos sacrifices qui réduisent à néant celui de la croix? Chers frères, en quel abîme d'erreurs tombez- vous?

Mais, pour vous presser encore davantage ; il n'y a point d'Église sans foi. Et comment croiront-ils, s'ils n'entendent? et comment entendront-ils, s'ils n'ont des prédicateurs? et peut-il y avoir des prédicateurs où il n'y a point de pasteurs? Dis-moi donc , 6 Église cachée , ô laquelle Luther et Calvin ont eu leur refuge , d'ou ils tirent leur succession, bien qu'il leur soit impossible de la montrer; dis-moi où étaient tes pasteurs? Si c'étaient ceux de l’Église romaine , donc tu n'entendais qu'une fausse doctrine , contraire à celle des réformateurs ; donc tu recevais des sacrements mutilés , car ils ne les administraient pas d'autre sorte ; donc tu te pouvais sauver dans cette oommuiiiou ; et néanmoins c'est une chose assurée que l'on ne se peut sauver que dans la communion de la vraie Église. Et si l'on se sauvait en ce temps dans la communion de l'Église romaine , nous nous y pouvons sauver à présent. Par conséquent, ô Église cachée, devant que

* Kr*m. I , to.

* Matth. 1, 33.

VÊTURF.

Luther te vint découvrir, les pasteurs de l'Église romaine n'étaient pas tes véritables pasteurs. Que si tu étais régie par d'autres pasteurs , je demande <{ue l’on m'en montre la liste , et que l'on me fasse voir les Églises qu’ils ont gouvernées, et les chaires qu'ils ont remplies ; c’est une chose impossible.

Car lorsqu'ils nous allèguent les hussltes et les Albigeois , chrétiens , vous voyez assez combien cette évasion est frivole. Ces bussites et ces Albigeois venaient eux-mêmes , à ce qu'ils disaient , dresser de nouveau l'Eglise. Et je demanderai toujours ou était l'Église avant les hussites? ou était-elle avant les Albigeois? En vain ils prétendent tirer leur autorité de gens qui se sont produits d'eux-mêmes aussi bien qu'eux, et qui, après avoir quelque temps agité le christianisme, sont retournés dans l'ablme duquel ils étaient sortis tout ainsi qu'une noire vapeur. Et dites-moi donc , je vous prie, quel monstre d'Église est-ce que cette Église cachée , Église sacs pasteurs ni prédicateurs ; bien que , selon la doctrine de l'apôtre*, Dieu ait mis dans le corps de l'Église, les uns pasteurs , et les autres docteurs, sans quoi l'Église ne peut consister*. Église sans sacrements , et sans aucune profession de foi ; Ëgllae vraiment ,de ténèbres, digne, certes, d'être cachée, puisqu'elle n'a aucuns traits de l’Église de Jésus-Cbrist. Le Sauveur ayant ordonné à ses apôtres que ce qu’ils entendaient en particulier, ils le prêchassent hautement socles toits', e’esta dire, dans l’évidence du monde; nous parler d'une Église cachée , en vérité n'est-ce pas nous parler d'une Église de l’antechrist?

Car l'Église chrétienne , dès son berceau , était connue par toute la terre, ainsi que l'apôtre dit aux Romains : • Votre foi est annoncée par tout

• le monde*. > Et bien qu'elle fût persécutée de toutes parts, elle se rendait illustre par ses propres persécutions et par son invincible constance.

• Nous savons de celte secte , disaient les Juifs ù « l’apôtre saint Paul*, que l'on lui contredit par-

• tout. > L’Égiise fut doue connue sitôt après la mort du Sauveur. Et en effet, étant nécessaire que tous les gens de bien se rangent à la société de l'Église, comme nos adversaires mêmes le professent , se peut-il une plus grande absurdité que de dire qu'elle soit cachée ? Comment veut-on que les hommes se rangent à une société invisible? Partant, cette Église cachré, à laqiieilc ils se glorifient d’avoir succédé , n'étant pas , selon leur propre Conf. ssion , cette cité élevée sur la

' Kphet. 17. II.

* jért. XXV dt Unr Co»fr$$ioit.

' Rom. I , fl.

» yrff/. XX>Tll. 3-J.

MMXt'ET. — T. III.

POUR UNE VÊTURE

montagne , exposée à la vue des peuples ; que reste-il autre chose , sinon qu'elle fût au fond de l'ablme, dont elle est sortie pour un temps, au grand malheur du christianisme , pour la punition de nos crimes? C'est pourquoi ii est arrivé que ces doctes , ces beaux esprits , qui ont écrit de si belies choses, ils ont tout su, excepté l'Église; et faute de la connaître, toutes leurs autres connaissances leur ont tourné à damnation éternelle.

Il n'y a rien de si froid , ni de si mal digéré que ce qu'ils ont dit des qualités que devait avoir l'Église de Jésus-Christ. lat perfection de l'Église est dans l'unité ; et cette unité , chrétiens , Jamais ils ne l'ont entendue. Laissons les longues disputes et les arguments difficiles ; l'union qu'ils ont faite depuis peu d'années avec leurs nouveaux frères les luthériens, décide tous nos doutes sur cette matière. Les contentions de ces deux sectes sont connues û tout le monde : elles se sont traitées très-longtemps d'impies et d'hérétiques; enfin elles se sont unies. Ce n'est pas une chose nouvelle que deux sectes s'unissent ensemble'; mais qu'elles se soient unies en conservant la même doctrine qui les a si longtemps séparées; c'est ce qui fait voir très-évidemment qu'ils ne savent pas ce que c'est que l'Église.

Car je leur demande, mes frères : la secte des luthériens mérite-t-elle le nom d'Égliso 7 Si elle n'est pas Église , pourquoi communier avec elle ; pourquoi souiller votre oommuuion par une communion schismatique? L'Église ne connaît qu'elle-méme : elle ne reçoit rien qui ne soit û elle. « L'étranger et l'incirconcis n'y entreront « point , • disait autrefois le prophète '. Que s'ils sont la vraie Église; donc les luthériens et les calvinistes ne font que la même Église. Et qui a iamais oui dire que l'Église de Jésus-Christ lût un amas de sectes diverses, qui ont une profession de foi différente et contraire en plusieurs points , dont les pasteurs n'ont pas la même origine, et ne communiquent entre eux ni dans l'ordination ai dans les synodes? Cette union , n'estce pasplutûtune conspiration de factieux qu'une concorde ecclésiastique? Comme on voit les mécontents d'un Etat entrer dans le même parti, chacun avec son intérêt distingué de celui des autres, et ne s'associer seulement que pour ia ruine de leur commune patrie, pendant que les fidèles serviteurs du prince sont unis véritablement pour le service du maître; ainsi en est-il de cette fausse union que nos réformateurs prétendus ont faite depuis peu de temps. Et c'est ce que faisaient ces hérétiques, dont parle TertuUlen ' : Pneetn quo-

' Jt. Ul, U

» Dêpr^cript. n* 41-

guepassim cum omnibus misceni : « Ils entrent • en paix avec tous indifféremment ; car il ne « leur importe pas , ajoute ce grand personnage , « d'avoir des sentiments cqiposés, pourvu qu'ils ■< conspirent & renverser la même vérité : » KihU enim inleresl illis, licet diversa tmetantibus, dum ad unius verilatis exjmgnationem conspirent.

Ç'a toujours été l'esprit qui a régné dans les hérésies. Les ariens ne voulaient autre chose , sinon que l'on supprimêt le mot de consubstantiel, comme apportant trop grand trouble i l'Église ; et qu'après , en dissimulant le reste de la doctrine , on vécût en bonne intelligence. Ainsi , disent les calvinistes, ne parlons plus de la réalité du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie , sur laquelle nos pères se sont si longtemps combattus ; du reste , unissons-nous , et que chacun demeure dans sa croyance. O la nouvelle façon de terminer les schismes! toujours inconnue i l'Église, et toujours pratiquée par les hérétiques I Us ont trouvé le moyen de s'unir dans le schisme même. Schisma est unitas ipsis, disait le grave Tertullien ' : « L'unité même parmi eux est un « schisme. - Ils professent une foi contraire , c'est le schisme ; ils les reçoivent h la même communion , c'est l'unité. Car si les articles dans lesquels vous différez sont essentiels , pourquoi vous unissez-vous? et s'ils ne le sont pas , pourquoi avezvous été si longtemps séparés? Pourquoi est-ce que Caivin , qui est venu le dernier, n'a pas tendu les mains A Luther? que ne lui a-t-il donné ses Églises? pourquoi a-t-U voulu être chef de parti , au préjudice de l'Évangile? pourquoi a-til divisé le troupeau de Jésus?

Certes , il fallait bien que vos pères crussent que les articles de foi qui vous séparaient fussent importants; autrement, comment les excuserezvous de n'avoir pas accouru A la même unité? Maintenant de savoir si le corps de Jésus-Christ est réellement en l'eucharistie, on s'il n'y est pas, cela vous semble une chose de peu d'importance. Donc que de synodes inutiles, que de folles disputes , que de sang répandu vainement pour soutenir qu'il n'y était pas I Savoir si Jésus y est ou s'il n'y est pas , c'est une chose de peu d'importance :,donc un tel bienfait du sauveur Jésus demeurera dans le doute. Certes, si Jésus y est , il n’y peut être que par un amour infini ; et ainsi ceux qui le nieraient , quel tort ne feraientils pas A sa miséricorde , ne reconnaissant pas une grâce si signalée? Et vous appelez cela uns affaire de peu d’importance? contre la dignité le la chose qui crie contre vous ; contre les luthé-

' De PntKripf. n*

POUR UNE VÊTURE

riens mfmes , que vous appelez et qui vous refusent ; contre vos pères qui vous crient qu'ils ont cm cet article important, et que s'il ne l'était pas , en vain ont-ils apporté tant de troubles au monda

Ne doutons donc pas, ma très-chère sœur, qu'ils ne marchent dans les ténèbres. L'apAtre saint Jean a dit que « qui n'alme pas ses frères,

• ne sait où il va , et demeure dans l'obscurité ■ . > Comment donc ne sont-ils point aveugles, eux qui se sont séparés d'avec nous pour des causes si peu légitimes ; puisque nous les voyons s'ôter à eux-mémes, dans ces derniers temps, celle que leurs pères et les nôtres avaient toujours cm être la principale? dignes certainement, après avoir rompu la vraie paix, d’entrer dans une fausse concorde , comme je vous le viens de {montrer tout à i'heure; concorde qui les fortifie peut-être scion la politique mondaine, mais, si nous le savons comprendre , qui les mine très-évidemment , selon la règle de la vérité. Rendez donc grâces à Dieu , ma très-chère sceur, qui vous a tirée de la société des ténèbres.

AhI qui me donnera des paroles assez énergiques pour déplorer ici leur malheur? Certes, je l’avoue, chrétiens, il est bien difficile de se départir de la première doctrine dont on a nourri notre enfance. Tout ce qui nous parait de contraire noos semble étrange et nous épouvante : notre âme, possédée des premiers objets, ne regarde les autres qu'avec horreur. Que ponvonsuous faire dans cette rencontre? Rendre grâces pour nous, et pleurer pour eux. Cependant ne laissons pas de les exhorter é rentrer en concorde avec nous ; et afin de le faire avec des paroles plus énergiques, employons celles de saint Cyprien, ce grand défenseur de l'unité ecclésiastique. Voici comme parie ce grand personnage à quelques prêtres de l'Église romaine , qui s’étalent retirés de la société des fidèles, sous le prétexte de maintenir la pore doctrine de i'Évangile contre ies ordonnances des pasteurs de l'Église ; • Ne

• pensez pas, mes frères, que vous défendiez

• l'Évangile de Jésus-Christ, en vous séparant

■ de son troupeau , et de sa paix , et de sa con-

• corde; étant, certes, pius convenable à de

• bons soldats du Sauveur de ne point sortir du

• camp de leur capitaine, afin que, demeurant

• dedans avec nous, ils puissent pourvoir avec

• nous aux choses qui sont utiles à l’Église. Car,

■ puisque notre concorde ne doit point être rom-

• pue, et que nous ne pouvons pas quitter l'É-

■ glise pour aller à vous , ce que nous ferions > volontiers si la vérité le pouvait permettre ,

• nous vous prions, et nous vous demandons « avec toute l’ardeur possible, que vous retour-

• niez plutôt è notre firatemité , et à l'Église de « laquelle vous êtes sortis : . Ifeeputetü sic vos Evangelium Christs asserere, dum vosmelipsos a Christi grege, et ab tgus paee et coaeortfi'a separatis eum magis milUibus gloriosis et bonis congruat sntra domestiea castra consistere, et intus positos ea qrua «n commune traelanda sunt agere ac providere. Nam cum ssnanimitas et concordia nostra scindi omnino non debeat; gula nos Ecclesia derelicta foras exire et ad vos venire non possumus, ut vos magis ad Ecctesiam malrem et ad nostram Jratemitatem revertamini, quibus possumus Aortamentis petimus et rogamus'.

SECOND POINT

* Dans la conduite de Dieu sur votre âme, je trouve ceci de très-remarquable, que le Saint- Esprit agissant en vous , y a fait naître en même temps l’amour de l’Église et celui de la sainte virginité. N’était-ce pas peut-être pour vous faire entendre que les Églises des hérétiques, que vous abandonniez généreusement, étaient des Églises prostituées, et que la seule Église vierge c’est la catholique é laquelle la grâce divine vous a appelée? Que l’Église doive être vierge, il n’est rien de pi us évident; parce que tous les docteurs noos enseignent qu’il y a une ressemblance parfaite entre la bienheureuse Vierge et l’Égiise; et c’est pourquoi cette femme de l’Apocalypse, qui parait revêtue du soIeH , nous représente tout ensemble l’Église et Marie. La sainte mère de notre Sauveur est vierge et mariée tout ensemble : elle est également vierge et mère. Il en est ainsi de l’Église : car l'Église, aussi bien que la sainte Vierge, conçoit et enfante par le Saint-Esprit. L’Église, comme la sainte Vierge , a on Époux chaste qui n’est pas le corrupteur de sa pureté , mais plutôt qui en est le gardien fidèle; et par conséquent elle est vierge. Mais peut-être voulez-vous savoir ce que c’est que la virginité de l’Église : contentons en peu de mots ce pieux désir.

La virginité de l’Église , c'est sa vérité et son unité : et de là vient que Je vous disais que les Églises des hérétiques sont des Églises prostituées; parce qu’en perdant l'unité, elles se sont

’ /4d Conf. Kom. Epitt. xuv, p. M.

• Ce morceau , daoi le maouaerlt de Boeniei , oe bit point corps avec ce qui précède : maU comme son dlacoun D*est pas entier, pour le compléter, autant qu*ll eit en noos, nous avons cru pouvoir y réunir oe fraipneal, qui re rient parfailemenl à la matière traitée dana la première partie , et qui pruhablement a été fait pour le même spjet. (Édit, dt /W- /••ris. )

Joan. Il, II.

POUR UNE PROFESSION

éloignéesde la vérité. Toute âme qui est dominée par l'erreur est une âme adultère et prostituée; parce que l'erreur est la semence du diable, par laquelle ce vieux serpent, ce vieux adultère , qui est menteur et père du mensonge , corrompt l'intégrité des esprits ; et c'est aussi pour cela que l'Eglise est vierge, parce quel'erreur n’ya point d'accès; la doctrine de l'Eglise est vierge, parce qu 'eile la conserve aussi pure que son divin Époux la lui a donnée.

Que cherchiei- vous donc, ma très-chère sœur, quand abandonnant l'hérésie vous êtes accourue à l'Église? Vous cherchiez la virginité de l'Église que l'hérésie ne reconnaît pas. Comment est-ce que nous montrons que l'hérésie ne rcconnajt pas la virginité de l'Église? Elle enseigneque l'Église , la vraie Église , n'est pas infaillible : elle enseigne que l'Église peut errer; elle enseigne <|ue l'Eglise a erré souvent. Le ministre de cette ville l'a prêche et l'a écrit de la sorte. O ministre d'iniquité 1 vous ne connaissez pas la virginité de rÉglise. Si elle peut errer, elle n'est pas vierge; car l'erreur est un adultère de l'âme. Mais comment connaîtriez-vous sa virginité, puisque vous ne connaissez pas même sa sainteté? Je crois la sainte Église , disent les apôtres dans leur symliole. Est-elle sainte, si elle ment? est-elle sainte ,

.si elle enseigne l'erreur, si elle la confirme par son autorité? Donc l'Église que vous nous prêchez est une Église prostituée ; et cette Jeune fille a bien faitquand elle a quitté cette Eglise, etqu'elle a cherché une Église vierge. Mais notre Église, ma très-chère sœur, est encore vierge par son unité. i

L'origine de l'unité , c'est le Fils de Dieu ‘ il i n'a paru qu'en un seul lieu de la terre ; mais ses 1 prédicateurs ont été par tout l'univers , et ils y ont fondé des Églises. L’unité ne s'est pas divisée, mais elle s’est étendue; et cette unité sainte et indivisible, la succession continuelle nous l’a apportée. Considérez les troupeaux rebelles ; leurs noms vous marquent leur séparation. Zuingliens, luthériens , calvinistes sont des noms nouveaux : ce n’est donc pas l’unité qui les a produits , parce que l'unité est ancienne; mais l’unité les a condamnés, parce qu’il appartient à l’unité sainte, qui communique avec l’Église ancienne par une succession vénérable; il appartient, dis-je, à cettennitéde condamner l’audace de la nouveauté. Donc leurs noms sont des noms de schisme : notre nom , c’est un nom de communion. Mon nom , c'est chrétien , dit saint Paclen ' ; mon surnom , c’est catholique. Catholique, c’est universel ; catholique , c'est un nom d’unité , un nom de eha-

» S. Parittn. ad Sympron. Ep- I .

rité et de paix. Donc l'Église calboliquc est l'Eglise vierge , parce qu’elle po^le l'unité sainte , qui la lie inséparablement à l’Époux unique. C'est pourquoi les Eglises des hérétiques ayant perdu l’unique Époux, elles prennent le nom de leurs adultères.

L’hérésie n'a point de vierges sacrées ; quoiqu’elle se vante d’être l'Église, elle n’ose imiter l’Église^en ce point. Il n’y a que la vraie Église qui sache saintement consacrer les vierges. Et certes, comme l’Église catholique est l’Église vierge, c'est elle aussi qui nourrit les vierges. Jésus-Christ ne les reçoit pas pour épouses , si l'Église sa bien-aimée ne les lui présente : et c'est pourquoi, vous ayant destinée dès l’éternité à ce mariage spirituel, que la pureté virginale contracte avec lui , il vous a inspiré dans le même temps ce double désir, d’aimer la virginité de l’Église, et de garder la virginité dans l’Église. Réjouissez-vous donc en Notre-Seigneur; préparez-vous aux embrassements de l'Époux céleste. C'est lui qui est engendré dans l'éternité par une génération virginale; c’est lui qui , naissant dans le temps, ne veut point de mère qui ne soit parfaitement vierge; et il consacre son intégrité par une divine conception , et par une miraculeuse naissance.

SERMON

POUR LA PROFESSION

D't'HB DEMOISELLE

QUE LA EEISE bLbE AVAIT TEKDEniF.KT AIIII-E.

OppoAiUoo de |A gloire du monde A léfUS-Thrist et à eoa Evangile : poun]iloi ne peut-il être goùtê des auperliea. Toutes les vertus corrompues par la gloire. Comment tes vertus du monde ne sont-elles que des \ioee colorés. Dispositions dans tesquelten doit être un chrétien à l'égard de la gloire. Grand sujet de craindre de se plaire en sol-méme, après s'étre élevé au-dessus de l'esUme des hommes : d'ou vient celte gloire cachée et Intérieure ; est-elle la plus dangereuse. Quelle est la science la plus nécessaire a la vie humaine. Discours a la relue d' Angleterre, el sur la reine mère défunte.

Elfgi abjectus esse in domo Dti mei.

J’ai choisi d’ètro abaissé et homiUé dans la maison de mon

Dieu. Pi. LixAiii, II.

Que l’orgueil monte toujours , selon l'expression du Psalmiste ■ , jusqu’à se perdre dans les nues; que les hommes ambitieux ne donnent aucune borne à leur élévation ; que ceux qui habitent les palais des rois ne cessent de s’empresser, jusqu’à ce qu’ils occupent les plus hautes places :

' P» IXAIII . J.1.

joogle

POUR UNE PROFESSION

vous, ma stcur, qui choisissez pour votre demeure la maison de votre Dieu , vous suivez une autre conduite, et vous n’imitez pas ces empressements. Si les rois , si les grands du monde méprisent ceux qu'ils voient dans les derniers rangs, et ne daignent pas arrêter sur eux leurs regards superbes; ii est écrit au contraire que Dieu, qui est le seul grand , regarde de loin et avec hauteur tous ceux qui font les grands devant sa face , et tourne ses yeux favorables sur ceux qui sont abaissés C'est pourquoi le roi-prophete descend de son tréne , et choisit d'être le dernier dans la maison de son Dieu ; plus assuré d’être regardé dans son humiliation, que s'il levait hautement la tête , et se mettait au-dessus des autres : Elegi abjertus esse in domo Dei mei.

Réglez-vous sur ce bel exemple. Ne soyez pas, dit saint Augustin*, de ces montagnes que le ciel foudroie , sur lesquelles les pluies ne s'arrêtent pas ; mais de ces humbles vallées qui ramassent les eaux célestes et en deviennent fécondes. Songez que la créature que Dieu a jamais le plus regardée , c'est celle qui s'est mise au lieu le plus bas ; • Dieu , dit-elle , a regardé la bassesse • de sa servante ^ » Parce qu'elle se fait servante. Dieu ia fait mère et reine et maltresse. Ses regards propices la vont découvrir dans la profondeur ou elle s'abaisse, dans l’obscurité où elle se cache , dans le néant où elle s'abîme. Descendez donc avec elle au dernier degré , heureuse si, en vous cachant et au monde et à vous-même , vous vous faites regarder par eel ui qui aime à jeter les yeux sur les âmes humbles, et profondément abaissées devant sa majesté sainte. Pour entrer dans cet esprit d’humiliation, prosternez-vous aux pieds de la plus humble des créatures , et , honorant avec l’ange sa glorieuse bassesse , diteslui de tout votre cœur, Ave.

Il a été assez ordinaire aux sages du monde de rechercher la retraite , et de se soustraire à la vue des hommes : ils y ont été engagés par des motifs fort divers. Quelques-uns se sont retirés pour vaquer à la contemplation , et à l'étude de la sagesse ; d’autres ont cherché dans la solitude la liberté et l'indépendance ; d'autres , la tranquillité et le repos ; d'autres , l'oisiveté ou le loisir : plusieurs s'y sont jetés par orgueil. Us n'ont pas tant voulu se séparer, que se distinguer des autres par une superbe singularité ; et leur dessein n’a pas tant | été d’être solitaires que d’être extraordinaires et singuliers. Ils n'ont pu endurer ou le mépris découvert des grands , ou leurs froides et dédai-

' Pt. CXVIÏII , 6.

* In Ptal. CXM, D" 5, t. IV, (X)l. 1681.

* Luc. I, V».

gneuses civilités: oubicn ilsontvouiumnntrcrdu dédain pour ies conversations, pour les mœurs , pour les coutumes des autres hommes, et ont affecté de faire paraître que , très-contents de iciii's propres biens et de leur propre suflisancc, ils savaient trouver en eux-mêmes non-seulement tout leur entretien, mais encore tout ieur secours et tout leur plaisir. Il s'en est vu un assez grand nombre à qui le monde n’a pas plu, parce qu'ils n’ont pas assez plu au monde. Us l’ont méprise tout à fait, parce qu’ii ne ies a pas assez honores au gré de leur ambition; et enlin iis ont mieu.v aimé tout refuser de sa main que de sembler trop faciles en se contentant de peu.

Vos motifs sont pius solides et plus vertueux. On sait assez , ma sœur, que le monde ne vous aurait été que trop favorable, si vous l'aviez jugé digne de vos soins. Vous n’affcctcz pas non plus de lui montrer du dédain : vous aimez mieux qu’il vous oublie, ou même qu'il vous méprise, s’il veut, que de tirer parade et vanité du mépris que vous avez pour lui : cniln , vous cherchez l’abaissement et l’abjection dans la maison de votre Dieu ; c’est ce que les sages du monde n'ont pas conçu ; c’est la propre vertu du christianisme.

Parmi ceux qui aiment la gloire , saint Augustin a remarqué qu’il y en a de deux sortes' : les uns veulent éclater aux yeux du monde; les autres, plus Uneracot et plus délicatement glorieux, se satisfont en eux-mêmes. Cette gloire cachée et intérieure est sans comparaison la plus dangereuse. L’Écriture condamne en nous le désir de plaire aux hommes* , et par conséifueul a nous-mêmes ; parce que, si vous me permettez de parler ainsi , nous ne sommes que trop hommes, c’est-à-dire, trop faibles et trop grands pécheurs.

• Il faut, dit le saint apôtre^, que relui qui se

■ glorifie, se glorifie uniquement en Notre-Scl-

■ gneur; parce que celui-là n’est pas approuvé « qui se fait valoir loi-même, mais celui que

• Dieu estime. > Ainsi , entrant aujourd’hui dans la maison de votre Dieu par une profession solennelle , il faut quitter toute hauteur, et celle que le monde donne , et celle qu’un esprit superbe se donne à soi-même. Il faut choisir l'abaissement et l’abjection, et enfin vous rendre petite, selon le précepte de l’Évangile ‘; petite aux yeux des autres hommes , très-petite à vos propres yeux. Ce sont las deux vérités que je traiterai dans ce discours , et je les joindrai l’une à l’autre dans une même suite de raisonnements.

■ De CmiL Z>« , Ub T , up. xi,t.vii,cal.l37,IM.

’ Cala!. 1,10.

• U. Cor. I. 17, 18.

‘ MaW\. ITI, 3, I

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PBBMIEB POINT.

Il est aisé de remarquer dans l’Évangile que ce que le Fils de Dieu a entrepris [de combattre] par des paroles plus efficaces , ç'a été la gloire du monde. C'est elle aussi qui a apporté le plus grand obstacle â l'établissement de sa doctrine, uon-seuiement à la profession externe et publique , mais à la fol et à la croyance. Elle n'a point eu de pius emportés , ni de pius opiniâtres contradicteurs que les pharisiens et les docteurs de la loi ; et le Sauveur ne leur reproche rien avec tant de force, que la vanité et le désir de la gloire. • Us aiment, dit-il, les premières places;

• ils se plaisent à recevoir des soumissions. Il X veulent qu'on les appelle maîtres et docteurs; « ils prient publiquement dans les coins des rues,

• afin que les hommes les voient : enfin , ils ne

• font rien que pour être vos et honorés '. > Aussi quelques-uns des sénateurs qui crurent en Jésus , n’osèrent le reconnaître publiquement , • de « crainte d'étre chassés de[ la synagogue ; car ils ■> aimaient plus la gloire des hommes que la gloire

> de Dieu : • Exprincipibus mutti crediderunt in euin, sed propter pharisœos non conjileban-

’tui, ut e synagoga non ejicenntur : dilexerunt rnim gloriam hominum magis quam gloriam Dei Mais il n’a rien dit de pius efficace, ou, si vous me permettez cette expression , de plus foudroyant , que cette parole que nous lisons en saint Jean ; Quomodo t>os polestis credere, qui gloriam ab invicem accipüis , et gloriam quœ a solo Deo est non quœrilis’? • Comment pou- ■ vez-YOUS croire, vous qui recevez la gloire les

> uns des autres, et ne recherchez pas la gloire

• qui vient de Dieu seul? > Méditez cette parole : c’est la gloire qui nourrit dans l’esprit de l’homme ce secret principe d’incrédulité ; c’est elle qui entretient la révolte contre l'Évangile. Si la plupart des autres vices combattent la charité , celui-ci combat la foi : les autres détruisent l’édifice; celui-ci renverse le fondement même.

Le même conseil de la sagesse divine qui a porté un Dieu à s’abaisser et à se rendre petit, l’a porté à ne se communiquer qu’à ceux qui sont petits et humbles : Revelasti parvulis*. Un Dieu dépouillé et anéanti [ne peut être goûté des humbles]. Il a pris la faiblesse tout entière , la bassesse , l’humiliation : il n’a rien ménagé , rien épargné de tout ce que les hommes méprisent, de tout ce qui fait horreur à leurs sens. [Comment les superbes, entêlés de leurs grands projets , et tout occupés de ienrs vastes prétentions, pour-

' Vo<(4. XXIII, e, 7.

I Joan. XII , 43 , 4S.

• nid. V,44.

■ Mallh. XI. n.

raient-ils se complaire avec lui?] A ces esprits enflés qui se nourrissent de gloire, Jésus42hrist est trop nu et trop bas pour eux ; les lumières de l’Évangile , trop simples ; la doctrine du christianisme, trop populaire. lisn’estiment rien de grand que ce qui fait grande figure dans le monde , et ce qui occupe une grande place. C’est pourquoi le propre de la gloire, c’est d’amasser autour de soi tout ce qu’elle peut. L’homme se trouve trop petit tout seul : [il veut] ou de grands domaines, ou de grands palais, ou des habits somptueux, ou une suite magnifique, ou les louanges et l’admiration publique. Il Uche de s’agrandir et de s’accroître comme il peut : il pense qu’il s’incorpore tout ce qu’il amasse, tout ce qu’il acquiert, tout ce qu’il gagne : il s’imagine croître lui-même avec son train qu’il augmente, avec ses appartements qu’ils rehausse , avec son domaine qu’il étend. Il ne peut augmenter sa taille et sa grandeur naturelle; il y applique ce qu’il peut par le dehors, et s’imagine qu’il devient plus grand et se multiplie quand on parle de lui , quand il est dans la bouche de tous les hommes, quand on l’estime , quand on le redoute , quand on l’aime , quand on le recherche , enfin quand il fait du bruit dons le monde. La vertu toute seule lui semble trop unie et trop simple. Ces esprits enflés trouvent Jésus-Christ si petit , si humble , si dépouillé , [qu’ils n’ont que du mépris pour lui]. Us ne peuvent comprendre qu’il soit grand , et ne savent comment attacher ces grands noms de Sauveur, de Rédempteur, et de Maître du genre humain , à cette bassesse et à cette pauvreté du Dieu-Homme.

Voulez-vous être capable de connaître les grandeurs de Jésus-Christ? Quittez toutes ces idées, plutôt vastes que grandes, plutôt pompeuses que riches, que la gloire inspire, dont la gloire remplit les'esprits, ou plutôt dont elle les enfle; car l’esprit ne se remplit pas de choses si vaines. Il faut savoir que Dieu seul est tout; que tout ce que nous amassons autour de nous, pour nous faire valoir et nous rendre recommandables, n’est pas une marque de notre abondance ; mais plutôt de notre disette, qui emprunte de tons côtés. Dieu seul est grand ; et toute la grandeur consiste A lui plaire, à être à lui, à le posséder, à faire sa volonté sainte , et ne se glorifier qu’en lui seul ; parce que • ceux qui recherchent la gloire de « hommes, ne sauraient chercher celle qui vient • de Dieu seul. • Gloriam ab invicem accipitis, et qufs a solo Dco est non quœritis.

A quoi travaillent dans le monde. Je ne dis pas les âmes basses et vulgaires , mais ceux que l’un appelle les honnêtes gens et les vertueux , sinon à la gloire et à l’éclat ? Gloriam ab invi-

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etm aeeipUis. On loue pour être loué ; on fait honneur aux autres pour en recevoir, et on se paye mutueiiement d'une si vaine récompense. Ne parions pas de ces esprits faibles qu'on mène où l'on veut par des louanges , qui s'arrêtent à cous les miroirs qui les flattent, qui s'éblouissent à la première lueur d'une faveur même feinte. Vains admirateurs d'eux-mêmes, qui ne se senteut pas plutêt le moindre avantage, qu'ils fatiguent tontes les oreilles de leurs faits et de leurs dits ; le monde même les traite de faibles et de ridicules. Mais ceux-là sont-ils plus solides, sont-ils moins vains dans le fond et devant Dieu, ({ni, plus adroits à dissimuler leur faiblesse , savent s'attirer la gloire par des détours plus artiiV deux? En sont-ils moins les esclaves de la gloire? La demander misérablement, ou la ménager par adresse , et la recevoir comme chose due, [c'est également se rendre indigne et incapable de jouir de celle de Dieu] : Gloriam ab invicem accipilis ; et gloriam quœ a solo Deo est non qnœritis ; ■ Vous recherchez la gloire que vous vous don- « nez les uns aux autres, et vous ne recherchez « point la gloire qui vient de Dieu seul. > [Il no suflit pas de pouvoir se rendre témoignage qu'on n'a point recherché la gloire des hommes, pour se rassurer contre ses funestes effets; parce cpie] lorsque la gloire se présente comme d'elle-même, et vient, pour ainsi dire , de bonne grâce , je ne sais quoi noos dit dans le cœur que nous la méritons d'autant plus que nous l’avons moins recherchée ; [et alors elle nous devient aussi pernicieuse que si on l'avait désirée et sollicitée.]

C’est cette gloire qui corrompt toutes les vertus : elle en corrompt la fln ; elle fait faire pour les hommes ce qu'il faut faire pour Dieu ; elle fait servir la vérité à l’opinion , ce qui est solide à ce qui est vain, et qui n'a point de substance ; et ne songe pas, dit saint Augustin, combien c'est une chose indigne, que la solidité des vertus serve à la vanité des opinions et des jugements des hommes : Unde non digne tantœ inaniiati servit sotiditas qaædam firmitasque virtulum ■. Elle renverse l’ordre; elle fait marcher après ce qui doit aller devant. Vous voulez être libéral ; il budrait auparavant être juste, vous dégager avant que d’acquérir les autres, être libre vousmême, avant que de songer à vous faire des créatures ; enfin , parlons sans figure , à acquitter vos dettes avant que d'épancber des présents. Elle détruit la récompense de la vertu ; Qui magni in hoe sœeulo notninali sunt, mullumque laudali in eivitatibus gentium , quœsierunt non apud Deum, sed apud homines gloriam.... ad quam

■ Dt C'qf. Dei, Uli. T, cip. U, t. TU, cul. IM.

pervenientes perceperunt mereedem suam, vani vanam ' : « Ainsi ces hommes d’une si

• grande réputation, tant célébrés parmi les

• nations, ont cherché ta gloire non en Dieu, ' mais auprès des hommes; ils ont obtenu ce

• qu'ils demandaient; ils ont acquis cette gloire

• qu’ils avaient si ardemment poursuivie ; et « vains, ils ont reçu une récompense aussi vainc ■ que leurs pensées. » Voilà ce que sont les vertus du monde, des vices coloré qui en imposent par on vain simulacre de probité. Les vicieux que la gloire engendre, ne sont pas de ces vicieux abandonnés à toutes sortes d'infamies. Les vices que le monde honore et couronne , sont des vices plus spécieux; il y a quelque apparence de vertu. L'honneur, qui était destiné pour la servir, sait de quelle sorte elle s’habille, et lui dérobe quelques-uns de ses ornements, pour en parer le vice qu'il veut établir dans le monde.

Il y a deux sortes de vertus : la véritable et la chrétienne, sévère, constante, inflexible, toujours attachée à ses règles , et incapable de s’en détourner pour quoi que ce soit ; ce n'est pas la vertu du monde : elle n'est pas propre aux affaires; il faut quelque chose de plus souple pour ménager la fliveur des hommes : d'ailleurs , elle est trop sé- * rieuse et trop retirée; et si elle n'entre dans le monde par quelque intrigue, veut-elle qu’on l'aille chercher dans son cabinet? Ne parlez pns au monde de cette vertu ; il s'en fait une autre à sa mode , plus accommodante et plus douce ; une autre ttjustée , non point à la règle , mais à l’humeur, au temps, à l’apparence, à l'opinion. Vertu de commerce , elle prendra bien garde de ne manquer pas toqjours de parole ; mais il y aura des occasions où elle ne sera point scrupuleuse, et saura bien faire sa cour. Malgré toute la droiture qu’elle étale avec tant de pompe dans les occasions médiocres, elle ne s'oubliera pas, et saura bien ployer, quand il faudra de la faveur, dans les grands besoins et dans les coups décisifs. Il faut remarquer que le monde pardonne tout quand on réussit. Vous êtes parvenu à vos fins cachées; n’avez-vous pas honte de vous-mêmes , [ d'avoir employé tant de moyens iniques pour surmonter les obstacles? Mais enfin vous avez eu le succès que vous désiriez : c’en est assez , le monde vous applaudit , et canonise toute la manœuvre que vous avez concertée, toute l'Intrigue que vous avez fait jouer. ]

Voilà quelles sont les vertus du monde; c’està-dire, les vertus de ceux qui n'en ont point. Le monde n'aime pas les vices qui ne sont que vices. Car, comme dit saint Jean-Chrysostême ' , le mal

* 5. in Pi. ciTili. Serm. Itr, D*9, t IT, col

> Ihm. Il iH Jpfut. D* 5, l U , p. 33.

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n’a point de nature pour sc soutenir lul-m<ltne ; et s’il était sans mélange , il se détruirait par son propre excès. Mais aussi , si peu qu'on prenne de soin de mêler avec le vice quelque couleur de vertu , il pourra, sans trop se cacher et presque sans se contraindre , paraître avec honneur dans le monde. Il n’est pas besoin d’emprunter le masque d’une vertu sévère , ni le fard d’une hypocrisie trop étudiée, le moindre mélange sufllt, la plus légère teinture d’une vertu trompeuse et falsidée impose aux yeux de tout le monde , concilie de l’honneur au vice ; et ii ne faut pas pour cela beaucoup d’industrie.

Ceux qui ne sc connaissent point en pierreries sont trompés par le moindre éclat : et le monde se connaît si peu en vertu solide , que la moindre apparence éblouit sa vue. C’est pourquoi il ne s’agit presque plus parmi les hommes d’éviter les vices, il s’agit seulement de trouver des noms et des prétextes honnêtes. Pousser ses amis à quelque prix que ce soit, venger hautement ses injures, [ s’élever par des voies iniques , tous ces désordres passeront pour bienfaisance, grandeur d'âme, noblesse de sentiments , dès qu’on saura les décorer de ces beaux titres ]. Le nom et la dignité d'homme de bien se soutiennent plus par esprit et par industrie , que par probité et par vertu ; et on est en effet assez vertueux et assez réglé pour le monde, quand on a l’adresse de se ménager et l’invention de se couvrir.

Eieyi ubjectus esse in domo Dci mei. Je ne veux point de cette gloire qui donne du prix au vice , [ et qui couronne les actions les plus détestables]. Comment pourrions-nous recevoir la gloire que le monde donne au vice, nous qui ne recevons pas celle qu’il donne à la vertu? Ce n’est pas la vertu des temps , mais la vertu de l'Évangile [qui doit être l’objet de vos désirs et de votre application ]. Vous apprendrez la vertu selon la règle, en détruisant ces vertus et ces qualités que le monde admire, cette hauteur de courage, cette grandeur d’âme, ces ingénieuses curiosités, cette pénétration d'un esprit subtil et perçant. Tout cela étant corrigé, on s’en servira toutefois [ avantageusement dès qu’on le convertira au culte de son Dieu. Ou n’aura plus de courage que pour porter la croix de Jésus, plus de grandeur d’âme que pour se renoncer sol-méme, plus de curiosité que pour apprendre à se bien connaître. Mais voyez, par des exemples qui vous touchent de plus près, quel est 1e malheur de ceux qui sont domines par l’amour de la gloire].

Les personnes de votre sexe, quel est leur égarement quand la gloire les possède? Je ne daignerais ici vous représenter la faiblesse de celles qui mettent toute leur gloire dons la parure ;

qui s’imaginent être assez ornées, quand elles amassent autour de leur corps ce qu’il y a de plus curieux ou de plus rare dans l’art ou dans la nature ; ■ Comme si c’était là , dit saint .\ugustin , le

• souverain bien et la véritable gloire de l’homme,

• que tout ce qu’il a soit riche et précieux , excepté

• lui-même: > Quasi hoc sit hominis maximum bonum habere omnia bona, prœter seipsum

Parlons plutôt de celles qui. Hères par leur beauté ou par la supériorité de leur génie, sont d’autant plus captives de la gloire, qu’elles pensent que pour l’acquérir elles n’ont besoin que de leurs personnes et de leurs propres avantages. C’est par là qu'elles prétendent se faire un empire, qui se.soutient de soi-même sans aucun secours emprunté. Ah! le malheureux empire! Et peuvent-elles en être orgueilleuses , quand elles songent à quel joug et à quelle honte les destinent leurs propres captib? Et toutefois, elles se flattent de cette souveraineté. En effet, l’image en est éclatante. Les hommes ne méprisent rien tant que la flatterie et la servitude. Pour elles, on peut descendre à tout ce que la servitude a de plus bas , et la flatterie de plus servile et de plus rampant, jusqu’à les traiter de divinités; et ce titre, que les flatteurs n’ont jamais donné aux plus grands monarques sans offenser les oreilles des courtisans les plus dévoués, se prodigue tons les jours à ces Idoles , avec l'applaudissement de tout le beau monde. Pour elles enfin, on croit tout permis ; et le monde , tant II est aveugle et sensuel , exeuse en leur faveur non-seulement la folie et l’extravagance, mais encore le crime et la perfidie ; tout est permis pour leur plaire et les servir.

Quelle est après cela leur vanité et leur empo^ tement? C’est ce queje n’entreprends pas de vous expliquer. Aussi mettent-elles toute leur vertu dans leur fierté. Le dirai-je dans cettechaire?leur chasteté même est un orgueil : elles craignent plutêt d’abaisser leur gloire, que de souiller leur vertu et leur innocence. Ce n’est pas leur honnêteté qu’elles veulent conserver, mais leur supériorité et leurs avantages. Et certes, si elles ainaaient la vertu , se plairaient-elles à faire naître tant de désirs qui lui sont contraires? et les verrions-nous sc piquer non moins de corrompre I dans les autres la chasteté, que de la garder en elles-mêmes? C’est par là qu’elles se rendent I coupahles de l’idolâtrie publique. J’appelle ainsi i les attachements criminels qui déshonorent la face du christianisme et mettent tant de fausses divinités en la place du Dieu véritable. Tertullien disait autrefois aux sculpteurs, qui fabriquaient les idoles : Tu colis idola, qui facis

' Dt Civit. Dti , llb. III • cap. I , I. tu . roi. (>9. «

uiyiii^eü uy v.: ■ ' '>lt;

POUR UNE PROFESSION

uteolipossint' : «Ta es coupable du crime d’a-

• dorer les idoles, toi qui es cause qu'on les peut

• adorer. ■ Et, vous, superbes beautés, vaines Idoles du monde, pensez-vous être innocentes de l’idolâtrie que vous faites régner sur la terre? C’est vous qui ornez l’idole, vous qui parez l'autel profane, vous-mêmes qui recevez l’encens et agréez le sacriûce d’abomination. Bien plus, vous ne fabriquez pas seulement l’idole, comme ceux dont parle 'TertulUen ; mais vousmêmes vous êtes l’idole que le monde adore ; et non-seulement le soin de vous montrer et de plaire, mais encore ces complaisances, et cette gloire cachée, et ce secret triomphe de votre cœur dans les damnables victoires que vous remportez , en attirent sur vous tout le crime.

Ah ! cachons-nous à jamais dans la maison de notre Dieu : Elegi abjectus esse in domo Dei mei. Assez et trop longtemps nous avons étalé au monde les attraits de l’esprit et du corps. Cette belle parole , qu'un historien ecclésiastique a recueillie de la bouche du grand saint Martin , doit vous servir de règle. Il disait , au rapport de Sulpice Sévère, que « le triomphe de la modestie et

• la dernière perfection de l’honnêteté dans votre

• sexe, c’est de ne se pas laisser voir ; > Prima virtus , et coasummata Victoria , est non videri *. Que votre vertu soit un mystère entre Dieu et vous : eutrez dans le cabinet, et fermez la porte sur vous. Il est temps de se cacher avec Jésus- Christ : il est temps non de paraître , mais de se cacher ; non de dominer , mais de dépendre ; non de s’élever au-dessus des autres , ma is de se mettre aux pledsdetous;non de se pousser aux premiers rangs dans le siècle , mais de tenir le dernier dons la maison de votre Dieu.

Comment pourrions-nous recevoir la gloire que le monde donne au vice, puisque nous ne voulons pas même recevoir celle qu’il donne à la vertu ?

• Gloriflez-moi vous-même , mon Père , parce que

• Je ne reçois point la gloire des hommes : • Cltiiificame tu, Pater^... claritatem ab hominibus non aecipio *. Non-seulement je ne la recherclie pas, mais même Je ne la reçois pas. Elle me veut donner le ehange, [et me priver du bien solide qui doit être l’unique objet de mon ambition]. Ainsi puissiez- vous , dans votre retraite , trouver Dieu qui seul vous contente , et rencontrer par sa grâce autant d'ornements dans vos mœurs , que vous en avez généreusement méprisé dans votre fortune ; [ car c’est lâ ce qu’exige la vio que vous

' Dt Jdolotat. n* 6.

* Sulpie. Srver. Ütniog. II, n* li- ) Jf>aH. «VII, &

* Jhid. f , U

embrassez] : Tampreliosa reguirilin moribus, quam contempsit in rebus'.

SECOND POINT

Mais, ma sœur, il faut prendre garde qn'cn méprisant la gloire des hommes, vous ne retombiez sur vous-même , et que vous ne receviez plus agréablement de vos propres mains cet encens que vous refusez de la main des antres. C’est un défaut ordinaire de l’esprit humain, après qu’il s’est élevé au-dessus des vices, au-dessus des désirs vulgaires, au-dessus des jugements et de l’estime des autres, de se plaire uniquement en soi-même. Et il faut ici vous expliquer tout le progrès de l’orgueil , par une excellente doctrine de saint Augustin’.

Il n’y a rien au-dessous do Dieu de plus noble que la créature raisonnable : d’oùils’ensuitqu’une âme vertueuse, qui se cultive elle-même, ne découvre rien sur la terre qui soit capable de la délecter plus qu’elle-même; et elle trouve d’autant plus à se plaire dans son propre bien, que le bien qu’elle recherche est plus excellent. C'est pourquoi , si l’on n’y prend garde attentivement, en épurant son jugement et son esprit, en réprimant les mauvaisdésirs et lesfaiblesses humaines, on nourrit en soi-même insensiblement une gloire cachée et intérieure , qui est d’autant plus à craindre, qu'il reste moins de défauts pour lui servir de contre-poids. Et, comme J’ai déjà dit, il ne faut point nous imaginer que nous avons évité cette maladie, quand nous avons méprisé l’estime des hommes ; car c'est alors que , nous renfermant et nous ramassant en nous-mêmes , nous sommes ordinairement encore plus livrés à notre amourpropre.

Ainsi en cet état , chrétiens , bien loin de mépriser la vaine gloire, au contraire nous en séparons pour nous le plus délicat et le plus exquis; nous en prenons le plus flu parfum, et tirons, pour ainsi dire , l'esprit et la quintessence de cet agréable poison. Car notre gloire est d’autant plus grande, qu’elle se contente d’elle-méme. Nous trouvons je ne sais quoi de plus An dans notre propre jugement , quand il a eu la force de s’élever au-dessus des jugements des autres; ce qui fait que nous en sommes et plus amoureux et plus jaloux. Et alors, quand il arrive que nous nous plaisons en nous-mêmes , nous nous y plaisons d’autant plus que rien ne nous plaît que nous. C’est ainsi que nous nous faisons des dieux en nous-mêmes.

En effet , ce qu’il y a de plus dangereux pour

■ BpUI. aJ DemcOiad. ill Âp. Oper. S. ^uptut. t. Il , n>. «Vit, cap. I, col. h.

' Coni. Jut. Uh. IV, cap. ili, n* 28, !. «, col.

Diÿiiizfcîu uy vjuu^It

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nous dans les lononges que l'on nous donne , n’est pas le péril d'étre flattés par la bonne estime des autres. Cette complaisance secrète que nous avons pour nous-mêmes, c’est ce qui fait notre plus grand mal ; c’est elle que les louanges et les approbations, qu’on donne à notre conduite ou à notre esprit, viennent fortifier dans le fond du cœui. Et certes, rien ne nourrit tant cette estime que nous avons de notre mérite , que fes applaudissements de ceux qui nous environnent; ce concours de leur opinion avec ia nétre fait un concert trop agréable pour nous. C’est ce concours de leur complaisance avec fa nétre qui fait que la nétre se croit bien fondée, et s'imprime avec pins de force. Cette même compinisance nous revient par pfusieurs endroits, et se réveille de toutes parts : quand nous la prenons toute seule, elle n’est pas moins dangereuse.

C’est, ma sœur, à cet excès qu’arrivent ceux qui ne se glorifient pas en Notre-Seigneur, selon le précepte de l’apétrc'. • Maudit l’homme qui • s’appuie et se plaît en l’homme ! > dit l’oracle de l’Écriture*. Et par là, dit saint Augustin^, celuilà est maudit de Dieu , qui se plaît ou se confie en lui-mème , parce que lui-méme est un homme ; de sorte qu’il ne suffit pas de vouloir être petit aux yeux de tous, si nous ne sommes petits à nous-mêmes, et si nous ne nous tenons les derniers de tous. « Chacun , par le sentiment d'une humi- « lité sincère, doit croire les autres au-dessus de « soi ; > /n humilitate superions sibi invicem arbitrantes^.

Étudiez vos défauts ; vous venez dans la religion pour vous détacher de vous-même. Séparée par l’obéissance de votre esprit propre et de vos propres lumières, vous commencerez à vous voir et à vous connaître dans une lumière supérieure.

La scienee la plus nécessaire à la vie humaine, c’est de se connaître soi-même. Et saint Augustin a raison de dire‘ qu’il vaut mieux savoir ses défauts, que de pénétrer tous les secrets des États , et de savoir démêler toutes les énigmes de la nature. Cette science est d’autant plus belle , qu’elle n’est pas seulement la plus nécessaire, mais la plus rare de toutes. Delicta fuis inteltijfif ‘î • Qui est-ce qui connaît ses fautes? » Nous jetons nos regards bien loin; et pendant que nous nous perdons dans des pensées infinies, nous nous échappons à nous-mêmes. Tout le monde connaît nos défauts : ils font la fable du peuple;

• JtTtm. XVII ,

> Enckirid. n* .10, t. vi, eol. 039.

« Pkitipp. Il, 3.

» Pt Trinit. Ilh. IV. n* 1 , t VIII , col. R09.

• P». XVÎ1I, 13.

nous seuls ne les savons pas, et deux choses nous en empêchent ; premièrement nous nous voyons de trop près; l’œil se confond avec l’objet ; noos ne sommes pas assez détachés de nous-mêmes pour nous considérer d’un regard distinct, et nous voir d’une pleine vue : secondement , et c’est le plus grand d^rdre , nous ne voulons pas nous connaître, si ce n’est par les beaux, endroits. Nous nous plaignons do peintre qui n’a pas su couvrir nos débuts; et nous aimons mieux ne voir que notre ombre et notre figure, si peu qu’elle semble belle, que notre propre personne, si peu qu’il y paraisse d’imperfection. Cette ignorance nous satisfait’; et par la même faiblesse qui fait que nous nous imaginons être sains quand nous ne sentons pas nos maux; assurés, quand nous fermons les yeux aux périls; riches, quand nous négligeons de voir l’enibarras et la confosfon de nos comptes et de nos affaires ; nous croyons aussi être parfaits quand nous n’apercevons pas nos défauts : quand notre conscience nous les reproche , nous nous étourdissons nous-mêmes.

Dans ce silence , dons cette retraite , envisagez vos défauts, connaissez exactement vos péchés : vous trouverez tous les jours de quoi vous déplaire a vous-même. • Dieu , ^t saint Augustin , à voulu,

• pour nous empêcher de tomber dans l’orgueil , •,que nous eussions un besoin continuel de la

• rémission des péchés ; > Ke superbi vivenmus , ut sub quotidiami peccatorum nmissüme vivamus'. Qni demande qu’on lui pardonne, ne croit pas mériter de gloire. C’est quelque chose de ferme et de vigoureux, [qui vous est nécessairej. Regardez ce qui reste à faire : vous n’avez rien moins que Jésus-Christ pour modèle ; [ ce qui vous oblige] d’oublier ce qui est derrière vous, et de vous avancer sans cesse vers ce qui est devant vous : Quœ nlro sunt obliviseens, ad ea quœ sunt priora extendens meipsum *. Telle est la posture de l’humilité : oubliant ce qui est derrière , et s’étendant au-devant de toute sa force , elle porte ses regards bien loin devant soi , dans la crainte qu’elle a de se voir soi-même , et considère toujours ce qui reste à foire, pour n’être jamais flattée de ce qu’elle a faiL

Enfoncez-vous donc anjonrd’hui dans une obscurité sainte : vous êtes morte par cesacriflee sons un glaive spirituel. Cachez à la droite ce que fait la gauche; que votre vie soit cachée avec Jésus-Christ ; soyez cachée an monde et A vousmême. Celui qui se plaît en soi-même, dit excellemment saint Jean-Cbrysostdme, et se glorifle en ses bonnes œuvres , ravage sa propre moisson, et détruit son propre édifice. C’est ce qni vous est

• Con/m Jut. lib. IV , cap. ni , n" JS , 1. 1 . eol. JOO,

’ Pkitipp. III, 13.

^le

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flguré par ce voile mystérieux , que votre illustre piélat va mettre sur votre tête ; vous allez être enveloppée et ensevelie dans une éternelle obscurité. Abaissez-vous donc sous la main sacrée de ce charitable et religieux pasteur, et dites avec le Psalmiste : • J’ai choisi d’étre humiliée et ■ anéantie dans la maison de mon Dieu. -

Mais, messieurs, ne semble-t-il pas que la présence d’une Allé de Henri le Grand , d’une reine si auguste et si grande * , donne trop d’éclat à cette cérémonie d'humiliation, à ce mystère d’obscurité sainte? Non, madame;Votre Majesté ne vient pas ici pour y apporter la gloire du monde , mais pour prendre part aux abaissements de la vie religieuse et humiliée. Le sang de saint Louis ne vous a pas seulement donné une grandeur auguste' et royale, mais encore vous a inspiré uue piété toute chrétienne ; et II est digne de vous, qu’étant obligée par votre rang à faire une si grande partie des pompes du monde , votre fui vous invite à assister aux cérémonies où l’un apprend à les mépriser.

Mais, messieurs, n’avez-vous pas remarqué encore qu’une autre reine nous manque? Anne, vous n’étes plus; puisque vous n’honorez pas de votre présence ce grand et religieux spectacle. Grande reine, si vous étiez, cette fille qui vous fut chère , dont vous connaissiez si bien la v ertu , qui a eu votre confiance jusqu’à votre dernier soupir, ne serait présentée à Dieu que de votre main. Et certes , il serait juste que l’ayant arrachée de cette maison , et l’ayant ôtée à Dieu pour un temps, vous-même lui rendissiez ce qu'il n'a fait que vous prêter.

Mais, messieurs, suis-je chrétien quand je parle comme je fais? Traiterai-je comme morte celle qui vit avec Dieu ; et croirai-je qu'elle nous manque aujourd'hui, parce qu’elle ne se montre pas a ces yeux mortels? Non , non ; il n'est pas ainsi. Nous avons ici plus d’une reine, s’il est vrai, comme nous enseigne la théologie, qu’on voit tout dans ce miroir infini de la divine essence. Si les âmes bienheureuses y découvrent principalement ce qui touche les personnes qui leur sont attachées par des liaisons particulières; ma sceur, Anne- Maurice d’Espagne, votre unique et chère maîtresse , vous voit du plus haut des deux : sans doute, elle a trop de part au sacriQce que vous faites. Après elle vous n’avez voulu servir que Dieu seul. Après lui avoir fermé les yeux, vous avez fermé pour jamais les vôtres aux folles vanités du siècle. Il semble que vous n’avez pas voulu même la survivre ; puisque , dans le même moment que cette âme pieuse a quitté le monde ,

UrnriFlte Harie de Frence, reine d'Angleterre.

SdT

vous l’avez aussi quitté : vous avez passé de sa cour dans le cloître , pour vous consacrer à une mort mystique et spirituelle. En sortant de cette cour si chrétieone, si sainte, si religieuse, vous avez cru qu’aucune maison n’était digne de vous recevoir que celles qui sont dédiées à votre Dieu ; et vous venez professer ici solennellement qu’une reine si puissante et si magniflque, après vous avoir honorée de son affection et comblée si abondamment de ses grâces , n’a pu néanmoins vous rendre heureuse. Et tant s’en faut que vous estimiez qu’elle ait pu faire votre bonheur par toutes ses largesses, qu’au contraire, mieux éclairée par les lumières de la foi , vous mettez votre bonheur à quitter géuéreusement tout ce qu’elle a pu faire pour vous, tout ce qu’une libéralité royale a voulu accumuler de biens sur votre tête. O pauvreté et impuissance des roisi qui peuvent faire leurs serviteurs riches , puissants , fortunés ; mais qui ne peuvent pas les faire heureux I Et certes , il n’appartient qu’à celui qui est lui-même le souverain bien , de donner la félicité.

Venez donc, ma chère sœur en Jésus-Christ , venez vous jeter entre ses bras ; venez vous cacher sons ses ailes , venez vous humilier dans sa maison. Recevez-la, monseigneur, au nombre des vierges sacrées, que votre haute sagesse et votre sollicitude pastorale sait si bien conduire dans la voie étroite. Donnez-lui , de ce coeur toujours pacifique et véritablement patenirl , votre sainte bénédiction , que je vous demande aussi pour moi-même, comme une authentique approbation de la doctrine que j’ai prêcbée. Ainsi soit-il.

SERMON

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PaàCflÉ LE JOUE DE L'tmBESIE.

Noces spirituelles qu’une lellgteuse célèbre eeec Jésus- Chri-it, eu Jour de se prolesslon. Qualités de ce divin Fpous. It'uu vient eet-il obUpé de se faire pauvre, pour acquérir ce titre de Roi. La pauvreté, l'unique dot qu'il eilge de son épouse ; pourquoi. Combien grand l'amour quil a eu pour : elle. Moyens qu’elle doit prendre pour conserver une aJTec- Uon ai Incoocevable. Précieuz effets de la virÿotté : transports que le Sauveur a toujours pour elle. Jalousie miséricordieuse qu’il a témoignée à son épouse ; avec quelle vlglianoe il observe toutes ses démarches. Soin qo’dlc doit avoir de se ganotir des effets d’une Jalousie si délicate.

reJirrunf nuptiœ Agnl , et umr rjui prœparavU St. Les noces de l'Agneau se vont célébrer, et son épouse s’eal

préparée. Apec, xii, 7.

Enrm , ma sœur, elle est arrivée eette heure désirée depuis si longtemps , en laquelle vous

POUR Uî<E PROFESSION.

serez ante avec Jésus-Christ par des noces spirituelles. Certainement il n'était pas juste de vous donner d'abord ce divin Époux , encore que votre cœur languit après lui ; il fallait auparavant embellir votre âme par une pratique plus exacte de la vertu , et éprouver votre foi par une longue suite de saints exercices. Maintenant que vous vous êtes ornée d'une manière digne de lui , et que votre noviciat vous a préparée à re bienheureux mariage, il n'est pas juste de le retarder, et nous allons en commencer la cérémonie : Venerunt nuptiœ Agni, et uxor ejus prœparavil se. En cet état, ma très-chère sœur, vous parler d'autre chose que de votre Époux , ce serait offenser votre amour; et je n'ai garde de commettre une telle faute. Parlons donc aujourd'hui du divin Jésus ; qu'il fasse tout le sujet de cet entretien. Considérons attentivement quel est cet Époux qu'on vous donne ; et pour joindre votre fête particulière avec celle de toute l'Église, tâchons de connaître ses qualités par le mystère de cette journée. Vous y apprendrez sa grandeur, vous y découvrirez son amour, et vous y verrez aussi sa jalousie.

Il est grand, n'en doutez pas, puisque c’est un roi. Les Mages le publient hautement : « Où « est né , disent-ils , le roi des Jui& ‘ ? > Et c'est pour honorer sa royauté , qu'ils viennent de si loin lui rendre leurs hommages. Ce roi vous aime d’un amour ardent , et il vous montre assez son amour par la bonté qu’il a eue de vous prévenir. l.es Mages ne le connaissaient pas, et il leur envoie son étoile pour les attirer. Il vous a été rechercher par la même miséricorde ; et il a fait luire sur vous , ainsi qu'un astre bénin , une inspiration particulière qui vous a retirée du monde pour vous unir à lui de plus près. Votre Epoux est donc un grand roi ; votre Époux vous aime avec tendresse; mais il faut encore vous dire qu’il vous aime avec jalousie.

Il appelle les Mages à lui ; mais il ne veut pas qu’ils retournent par la même voie , ni qu’lis aiment ce qu’ils aimaient auparavant Ainsi , en lui donnant votre cœur , détachez-vous aujourd'hui de toutes choses. S’il vous chérit comme un amant, il vous observe comme un jaloux; et le soin qu’il a pris d'avertir les Mages du chemin qu'ils devaient tenir, peut vous faire entendre, ma soeur, qu’il veille bien exactement sur votre conduite. Apprenez de là quel est cet Époux qui vous donne aujourd’hui la main. Vous voyez sa royauté par les hommages qu'on lui rend ; vous voyez son amour par l'ardeur de sa recherche ; vous voyez sa jalousie par le soin qu'il prend de

> «al(h. Il , s.

veiller sur vous , et de marquer si exaclemcnt toutes vos démarches.

O épouse de Jésus-Christ I profitez de In connaissance particulière qu’on vous donne de l'Epoux céleste auquel vous engagez votre foi. Il est roi; apprenez , ma sœur, qu'il faut soutenir vigoureusement cette haute dignité de son épouse. Il vous aime; prenez donc grand soin de vous rendre toujours agréable pour conserver son affection. Il est jaloux; apprenez de là quelle précaution vous devez garder pour lui justifier votre conduite. Voilà trois avis importants que j’ai a vous donner en peu de paroles : mais pour les rendre plus particuliers, et ensuite plus fructueux , il faut en faire l’application à la vie que vous embrassez , et aux trois vœux que vous allez faire.

Je vous ai dit qu'il faut prendre soin de soutenir la dignité dont il vous honore, de conserver l'amour dont il vous prévient, et de n’offenser pas la jalousie par laquelle il vous observe. Qu'il vous sera aisé d'accomplir ces choses par le secours de vos vœux I C'est un roi ; mais c'est un roi pauvre , qui a pour palais une étable , dont te trône est une croix. Pour soutenir la dignité d’épouse, il ne veut que l’amour de la pauvreté : il aime ; et ce qu’il aime , ce sont les âmes pures ; pour conserver son affecUon, l’agrément qu’il recherche, c’est la chasteté. Il est délicat et jaloux, et il veille de près sur vos actions : l’unique précaution qu’il vous demande, c'est la fidélité de l’obéissance. Dieu soit loué , mes sœurs , de m'avoir inspiré ces pensées, et de m'avoir donné le moyen de joindre , ainsi que je l’ai promis , l’action que vous allez faire avec le mystère que l’Église honore!

PBEMIEB POin

Il est bien vrai , mes sœurs, ce que Dieu nous dit avec tant de force par la bouche de son prophète Isaïe ' , que ses pensées ne sont pas les pensées des hommes, et que ses voies sont infiniment éloignées des nôtres. Le ciel n'est pas plus élevé par-dessus la terre , que les conseils de la sagesse divine le sont par-dessus les opinions et les maximes de notre prudence. Le mystère du Verbe fait chair , où nous voyons un renversement de toutes les maximes du monde, est une preuve invincible de cette vérité. Et sans vous raconter maintenant toutes les particularités de ce grand mystère , ce que j’ai à vous prêcher aujourd’hui suffira pour vous faire voir cet éloignement infini des pensées de Dieu et des nôtres. Car, mes sœurs, je prêche un roi pauvre, un

• />. Lï,«,

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roi que scs sujets ne connaissent pas : Sut eum non recepcrunl'; qui n'a par conséquent ni provinces qui iui obéissent, ni armées qui combattent sous scs étendards. Son trône , c’est une crèche , et son palais , une étable : c'est un monarque dans l’indigence, et un souverain dans l'opprobre. O ciel I ô terre I ô anges et hommes I étonnez-vous des abaissements du monarque qne nous adorons.

Mais nous voyons , messieurs , ordinairement que les pauvres s'associent des riches , pour chercher du secours à leur indigence. Il est dans l’usage des choses humaines qu’un pauvre qui se marie tâche de subvenir à sa pauvreté, en prenant une femme riche dont la dot le mette à son aise. Et voici mon sauveur Jésus , le plus pauvre de tous les pauvres, qui ne veut que des pauvres en sa compagnie, qui , se choisissant une épouse, ne veut pour dot qne sa pauvreté , et l'oblige à renoncer hautement à l’espérance de son héritage. Entendons ces deux vérités, et voyons quel est ce mystère.

Quoiqu'il soit assez extraordinaire de venir de la misère à la royauté, et qu'il le soit beaucoup plus d’étre pauvre et roi; toutefois il est véritable que nous avons des exemples de l'un et de l'autre , et que Dieu se plaît quelquefois â confondre l’arrogance humaine par de telles vicissitudes. Mais que , pour établir une royauté , il soit nécessaire de se faire pauvre; que la nécessité et l’indigence soient le premier degré pour monter au trône, c'est ce qui est entièrement inouï dans toutes les nations de la terre; et mon Sauveur s'était réservé de nous faire voir ce miracle. Car, mes frères, vous le savez , ou vous êtes fort peu informés des vérités de notre croyance ; vous savez que le Fils de Dieu , pour s’acquérir le titre de roi , a été obligé de se faire pauvre. Son Père lui promet que toutes les nations de la terre reconnaîtront son autorité, et qu’il les lui donnera pour son héritage*. Mais qui ne sait, parmi les (Idèles, que, pour monter sur ce trône qui lui est promis sur la terre , il a fallu qu'il desccodit de celui où il régnait dans le ciel ; que pour acquérir ce nouvel héritage, il a fallu quitter celui qui lui appartenait par sa naissance , et venir, parmi les hommes, faible et indigent, exposé à toute sorte de misères?

Vous le savez, chrétiens, et les mystères que nous célébrons, durant ces saints jours, ne vous permettent pas d'ignorer ce fondement du christianisme. Mais pour en savoir le secret , et pénétrer les causes d'un si grand mystère sous la con-

* Joon. II-

* /**. Il, «

duitede l’Écriture, nous remarquerons , s'il vous plaît, deux royautés en notre Sauveur. Comme Dieu , il est le roi et le souverain de toutes les créatures qui ont été faites par lui ; Omniaper ipsum '. Et outre cela, en qualité d'homme, il est roi en particulier de tout le peuple qu’il a racheté, sur lequel il s’est acquis un droit absolu, par le prix qu’il a donné pour sa délivrance. Voilà donc deux royautés dans le Fils de Dieu : la première lui est naturelle, et lui appartient par sa naissance ; la seconde est acquise , cl il l’a méritée par ses travaux. La premièredeces royautés, qui lui appartient par la création, n’a rien que de graud et d'auguste ; parce que c'est un apanage de sa naturelle grandeur, et qu’elle suit nécessairement son indépendance. Et pourquoi n'en est-il pas de même de celle qui est née par la rédemption? Saint Augustin vous le dira mieux que je ne suis capable de vous l’expliquer. Voici la raison que j’en ai conçue, par les principes de ce grand évêque. Puisque le Sauveur était né avec une telle puissance, qu’il était de droit naturel maître absolu de tout l'univers ; lorsqu’il a voulu s’acquérir les hommes par on titre particulier, nous devons entendre, messieurs, qu'il ne le fait pas de la sorte dans le dessein de s’agrandir, mais dans celui de les obliger.

En effet, dit saint Augustin, que sert-il au roi des anges de se faire le roi des hommes; an Dieu de toute la nature , de vouloir s’en acquérir une partie, sur laquelle il a déjà un droit absolu? Il n'augmente pas par là son empire; puisqu’en s’acquérant les lldèles, il ne s'acquiert que son propre bien , et ne se donne que des sujets qui lui appartiennent déjà ; tellement que, s’il recherche celle royauté , il faut conclure , dit ce saint évêque , que ce n’est pas dans une pensée d’élévation , mais par un dessein de condescendance; ni pour augmenter son pouvoir, mais pour exercer samiséricorde : JHynatioest, nonpnmotio ; miserationis indicium est, non poiestatis auijmentum *. Ainsi ne vous étonnez pas aujourd’hui , ô Mages ! qui venez l’adorer, si vous ne voyez en ce nouveau roi aucune marque de grandeur royale. C’est ici une royauté extraordinaire. Ce roi n’est pas roi pour s’élever; c’est pourquoi il ne cherche rien de ce qui élève : il est roi pour nous obliger, et c’est pourquoi il recherche ce qui nous oblige.

Et, mes frères, vous savez assez combien sa pauvreté y est nécessaire, puisque tous les oracles divins nous enseignent que nous ne devons être sauvés que par ses souffrances. Mais poussons encore plus loin cette vérité cliréticmte, et

* JwtM. 1 , 3.

* In Jtxin. Tract, l.i , n* 5 ; l- iti . fuirt. il, col, Wü.

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prouvons Invinciblement que c'est par le degré de la pauvreté que notre roi doit monter an tréne. Vous ie comprendrez sans dlRiculté , si vous considérez attentivement quel est le trône que l’on lui destine. Cberchons-le dans l'histoire de son Évangile : jetons les yeuxsur toute sa vie ; ne verrons-nous point quelque part le titre de sa royauté ; Sera-ce peut-être dans les synagogues, où il enseigne avec tant d’autorité? ou ne sera-ce point plutôt au Thabor, où 11 paraît avec tant d'éclat? au Jourdain , où le ciel s’ouvre sur lui? Où verrons-nous écrit : • Jésus de Nazareth, roi des ■< Juifs ■ ? • Ah ! mes frères; c’est sur sa croix ; et ce titre nous doit faire entendre que la croix est le trône de ce nouveau roi. Elle n’est pas seulement son trône , elle est la source de sa royauté. Car comme nous sommes un peuple racheté , il est notre roi par la croix qui a porté le prix de notre salut; comme nous sommes un peuple conquis, Poputus acquisitionis il est notre roi par la croix qui a été l’Instrument de sa conquête. Il se confesse roi dans sa passion : Ergo rex es tu't Et, ce qu’il n’a jamais avoué, quand il a paru comme Tout-Puissant par la grandeur de ses miracles, il commence à le publier, lorsqu'il parait le plus méprisable par sa qualité de criminel. Et pourquoi cela, je vous prie, si ce n'est afin que nous entendions que c’est sa croix et sa mort ignominieuse qui font l’établissement de sa royauté?

S’il est ainsi , s’il est ainsi , si tel est le dessein de Dieu , que mon maître doive régner par son supplice; ah! pauvreté, viens à mon secours; pauvreté, prête-lui la main. Il ne peut être roi sans son entremise : car considérez, âmes saintes, ce bel ordre des conseils de Dieu. Afin que Jésus-Christ fût notre roi , en qualité de sauveur, il fallait qu’il nous acquit; et pour nous acquérir, il fallait qu’il nous achetât; et pour nous acheter, il devait donner notre prix ; pour donner notre prix , il fallait qu’il fût rais en croix ; pour être mis en croix , il fallait qu’il fût méprisé ; et afin qu’il fût méprisé , ne fallait-il pas qu’il fût pauvre, qu'il fût faible, qu'il fût impuissant, abandonné aux injures , exposé à l’oppression et à l’injustice par sa condition misérable ? W doret pretium, pro nobis crucijixus est; ut erucifigeretur, contemptus est; ut contemneretur, humilis apparuit *. S’il eût paru aux hommes avec un appareil redoutable , qui aurait osé mettre la main sur sa personne? Ses gardes , ses sa-

■ Joam. xn, 10.

> 1. Pfir. Il , 0.

3 Joan. xvlll. 37.

t S. ^uguMl. lit Joint. Tract. IT, n* 3, ton). III, |>art. Il, col. 313.

teintes, comme il dit lui-même ' , ne l’auraientils pas délivré? S’il eût eu quelque crédit dans le monde, l’aurait-on traité si indignement? Mois comme il devait être crucifié , il a voulu être méprisé; et pour s’abandonner au mépris, il lui a plu d’être pauvre.

Regardez les degrés , mes sœurs, par où votre Époux monte dans son trône, ou plutôt par où votre Époux descend à son trône, à la royauté par la croix, û la croix par l'oppression, à l’oppression par le mépris, au mépris par la pauvreté. O pauvreté de Jésus, quejc t’adore aujourd'hui avec les Mages I tu es le sacré marchepied par où mon roi est allé au trône; c’est toi qui l’as conduit à la royauté, parce que c’est toi qui l’as menéjusque sur la croix. Et vous, ô Jésus, mon roi et mon maître; ahi que je comprends aujourd’hui tous les mystères de votre vie , par la royauté dont je parle I Je m’étonnais de vous voir dans une étable, sur de la paille, et dans une crèche : mon esprit éperdu ne pouvait comprendre tant de bassesse. Mais que tout cela vous sied bien I II faut un tel palais a un roi pauvre, un tel berceau â un roi pauvre, un tel appareil û un roi pauvre. Que cette couronne d’épines vous^est convenable I Que ce sceptre fragile est bien dans vos mains I Tout cela est digne d’un roi qui vient régner par la pauvreté. Et lorsque faisant votre entrée dans la ville de Jérusalem , vous êtes monté sur une énesse , ah I mes frères, qui ne rougirait d’un si ridicule équipage , si l’on n’était convaincu d’ailleurs qu’il est digne de ce roi pauvre , qui ne se fait pas roi pour s’agrandir, mais pour fouler aux pieds la grandeur mondaine?

Chère sœur, voilà votre Époux , voilà le toi que nous vous donnons. N’ayez pas de honte de sa pauvreté; elle abonde en biens infinis. Il ne méprise les biens de la terre qu’à cause de la plénitude des biens du ciel ; et sa royauté est d’antant plus grande , qu’elle ne veut rien de mortel. Ce n’est pas par impuissance , mais par dédain ; ce n’est pas par nécessité, mais par plénitude. • Il n’a pas besoin de nos biens : > Bonorum meorum non eges ’ ; et il ne lui convient pas, en sa dispensation selon la chair, [de les posséder. ] • Car, étant riche , il s’est fait pauvre pour . l’amour de nous : • Cum dives esset, propter nos egenus foetus est C’est pourquoi je vous ai dit au commencement, qu’il demande pour dot votre pauvreté. Pourquoi cela, âmes chrétiennes, si ce n’est , comme il nous a dit , que • son

* VaMA.

> Pi. XV , 5.

i lî Cor. YIII,9.

POUR UNE PROFESSION

< rayanme n'est pas de ce monde ■ ? > SI son royaume était de ce monde, il demanderait pour dot les biens do ce monde ; mais son royaume n’étant pas du monde , il ne vous estimera riche qu’en perdant tons les biens qne le monde donne. C’est par cette dot de la pauvreté que vous achetez son royaume.

Ce n’est pas sans raison qu’il ne donne la félicité, en qualité de royaume, qu’aux pauvres et à ceux qui souffrent. O Évangile , que tes mystères sont liés et que ta doctrine est suivie I Le tréne de Jésus-Christ, c’est la croix ; le premier degré, c'est la pauvreté. Il ne parle de royaume qu'à ceux qui sont ou sur le tréne de sa croix par les souffrances , on sur le premier degré par la pauvreté. Venez donc donner la main à ce Roi. Et vous, recevez-la, ô Jésus I recevez-la comme votre épouse, puisqu’elle consent d’être pauvre : donnez-lui partà votre royaume, puisqu'elle le mérite par son indigence. Nouveau mariage, mes soeurs, où le premier article que l'Époux demande, c’est que l’épouse qu’il a choisie renonce à son héritage ; où il l'oblige par son contrat à se dépouiller de tous ses biens , où il appelle ses parents , non point pour recevoir d'eux leurs biens temporels, mais pour leur quitter à jamais ce qu’elle pouvait espérer par sa succession. C’est ainsi que Jésus-Christ se marie ; parce qu’il est si grand par Ini-méme, que c’est se rendre indigne de lui que de ne se contenter pas de ses biens , et de désirer autre chose quand on le possède.

■ Oubliez votre peuple , et la maison de votre « père : » Obliviscere populum titum, et domutn pains fui ”. Vous voyez la condition sous laquelle Jésus-Christ vous reçoit ; voyez maintenant les moyens de vous conserver son amour : c’est ma seconde partie.

SECOND POINT

Il est temps , ma sœur, de vous faire voir l’amour qu’a pour vous votre Époux céleste; et comme l’amour d’un époux se fait paraître prineipalcment dans l’ardeur de la recherche, il faut vous montrer, en peu de paroles, de quelle sorte Jésus-Christ vous a recherchée. Vous découvrirez cette vérité dans l’étoile mystérieuse qui parait dans notre mystère, et à la faveur de sa lumière, vous verrez des marques sensibles de l’amour du divin Sauveur, et du désir qu’il a eu de vous posséder. Il y a trois choses dans cette étoile qui me paraissent fort considérables , et qui font merveilleusement pour notre sujet.

Premièrement, je remarque que cet astre ne

* Joan. XTBI, M.

* Pt. »L|T, II.

jette pas indifféremment sa lumière, et semble faire on choix des personnes sur lesquelles il répand ses rayons. Il ne luit pas par toute la terre : on ne le voit qu’en Orient, nous dit l’Évangile ; encore n’y parait-il qu'aux trois Mages. Et ce qui nous fait voir manifestement qne cette étoile éclaire avec choix et avec discernement des personnes, c’est qu’elle se cache sur Jérusalem , et qu’elle retire ses rayons de dessus cette ville ingrate. Secondement , cette belle étoile ne choisit pas seulement ceux qu’elle illumine, mais encore elle les attire. Elle montre aux Mages un éclat si doux, et je ne sais quelle lueur si bénigne, que leurs yeux en étant charmés, à peine se peuventils empêcher de la suivre : Vidimus stellam rjus, et venimus ' : . Nous l’avons vue , disent-ils, et « aossitêt nous sommes venus. > Enfin , non-seulement elle lesattire, mais encore elle les précède : Stellam quam viderant Magi, anlecedebateos Elle marche devant eux pour les conduire ; et afin de leur faire porter plus facilement les fatigues et les ennuis du voyage , elle remplit leurs cœurs d’une sainte joie : Videntes autem stellam , gavisi sunt gasidio magno^.

Voilà, ma sœur, les trois qualités de l'étoile qui nous apparaît : elle choisit, elle attire, et elle précède. Et vous reconnaissez à ces trois marques l'inspiration favorable par laquelle Jésus-Christ vous a appelée à l'heureuse dignité d’épouse. Cette inspiration , c'est votre étoile : elle s’est levée sur votre orient, c’est-à-dire, dès vos premières années; mais elle vous a paru par un choix exprès. Cette grâce, que Dieu vous a faite, n'a pas été donnée à tout le monde. Le Fils de Dieu nous a dit lui-même * que « tous

• n’entendent pas cette parole : • Von omnes copiant verbum istud. Qui est donc celui qui la peut entendre? • C’est celui, dit-il, à qui Dieu le « donne : > quibus datum est. Par conséquent, il vous a choisie; il vous a choisie entre mille. Combien a-t-il laissé de vos compagnes? Combien en a-t-on voulu appeler qui n’ont pas écouté cette voix ? Combien s’en est-il présenté , qu’il ne lui a pas plu de recevoir? Non Aos elegil Dominas^ :

• Ije Seigneur ne les a pas choisies. • Ses yeux ont daigné s’arrêter sur vous : pouvez-vous douter de son amour, après le bonheur de cette préférence?

Ce serait peu de vousavoir choisie : jamais vous n'eussiez suivi ce choix bienheureux , s’il ne vous avait attirée. Nul ne vientà lui, qu’il ne lui donne :

■ HfûUk. Il , s .

* nid. t.

3 nid. 10.

* ibid. ux , 11.

* Santek. iii , 37.

POUR UNE PROFESSION

Sâî

nul ne peut venir, qu'il ne l'attire. Tâchez de ra|)|)cler en votre mémoire le moment auquel il vous a touchée. Quelle lumière vous parut tout a coup? Quel attrait inopiné du bien étemel arracha de votre cœur l'amour du monde , et vous le lit regarder avec mépris? C’est l'étoile qui vous |>arait, c'est l'inspiration qui vous attire. Que si peut-être il est arrivé que vous n'ayez pas senti si distinctement tous ces mouvements admirai)les : mais , ma sœur , connaissez votre Epoux , et sachez qu'il agit en nous d'une manière si délicate, que souvent le cœur est gagné avant même qu'il s’en aperçoive. Et s'il ne vous avait attirée de cette manière forte et puissante , à laquelle , dit saint Augustin ’ , nulle dureté ne résiste, par combien de vaines délices le monde vous aurait-il amollie? par combien d'erreurs dangereuses se serait-il efforcé de vous séduire? par combien de fausses lumières aurait-il tâché de vous éblouir? Mais l’étoile de Jésus-Christ, je veux dire son inspiration et sa grâce, a eu un éclat plus fort et une lumière plus attirante. Vous l’avez vue ; elle vous a charmée ; vous êtes venue nussitAt : Vidimus et venimus; et Jésus est prêt â vous recevoir. Heureuse d’avoir été si soigneusement recherchée, et si fortement attirée I

Toutefois l’amour du divin Époux a fait quelque chose de plus en votre faveur. En vain sa lumière et sa grâce vous eût excitée â venir? vous n’eussiez pu continuer un si grand voyage, si le même astre qui vous l'a fait entreprendre ne vous eût précédée durant votre course. I.>aissez les raisonnements éloignes, et jugez-cn par l’expérience de votre noviciat. Autant de pas que vous avez faits, la grâce a toujours marché devant vous , et votre volonté n’a fait que la suivre : Pedtssequa, non prœvia voluntate , dit saint Augustin*. Autrement, ma très -chère sœur, l>armi tant de tentations qui vous environnent, votre voionté chancelante serait tombée à chaque moment; le bruit et le tumulte du monde vous eût empêchée de prêter l’oreille aux caresses de votre Epoux, qui parle en secret; l'éclat et la pompe du monde, qui frappe les sens et les éblouit de près, aurait effacé à vos yeux la lumière modeste et tempérée de la simplicité religieuse ; la mollesse et les délices du monde vous auraient rendue trop insupportable votre vio pénitente et mortifiée. Votre Époux ne l’a par permis : son étoile, qui vous avait excitée, non-seulement a voulu vous accompagner , mais encore marcher devant vous; afin que vous ne pussiez la perdre de vue ; Antecedebat eos; et la joie

' Joan Tl. 41.

» /><• PræJfsi. &incl. VIII . n” 13, (. X , roi. “90.

* Piuitiii. tlp. (XTvxu, II" lu, t II, col. atn.

dont elle a rempli votre cœur, s’est répandue si abondamment dans toutes les puissances de votre âme, qu’elle a noyé et abtmé la joie de ce monde, qui s’efforçait à tout moment de lever la tête.

Ainsi, ma sœur, ayant surmonté les difflcultésdu voyage , je veux dire les peines du noviciat , la conduite de cette étoile vous a enfin amenée où était l’enfant ; Staret supra ubi erat puer'. C’est la , c’est là qu’elle vous arrête. Entrez , et vous trouverez le ^vin Jésus prêt à recevoir vos présents et à vous donner les siens ; c’est-à-dire , à vous donner sa foi et à recevoir la vAtre , et à s’unir avec vous par un éternel mariage. Qui vit jamais un amour pareil , ni une recherche si ardente ? Il vous a choisie entre mille : de peur que vous manquassiez à le suivre, il a pris soin de vous attirer. Qui pourrait assez admirer son assiduité infatigable? Il ne vous a pas quittée un moment ; et dans tous les pas que vous avez faits, il a toujours marché devant , pour vous ouvrir le chemin plus libre , marquant le sentier que vous deviez suivre, par un trait d’une lumière céleste. Combien devez-vous faire d’efforts , combien rechercher d’agréments, pour vous conserver à jamais une affection si ardente?

C'est ici qu'il faut vous dire un secret de la grâce que je vous prêche , et de l’amour du Fils de Dieu que je vous annonce. C’est que son amour ne continue pas ainsi qu’il commence ; et la différence consiste en ce point , que pour commencer a nous aimer , il ne nous demande point de mérites ; mais pour le continuer , il nous en demande. Saint Augustin vous le dira mieux. • Il

• a aimé notre âme, dit ce saint évêque, toute < laide qu’elle était par ses crimes; mais il l’aai-

• mée , poursuit-il , afin de l’emhellir par les hou-

• nés œuvres : - Fados dilexit , ut pulchros faceret Et ailleurs , plus élégamment : « Il nous

• a aimés, nous dit-il, dans le temps que nous lui

• déplaisions; mais c’était afin de produire en

• nous ce qui est capable de lui plaire : • Displicenies amati sumus, utesset in nobis unde placeremus *. Il vous a choisie , ma très-chère sœur, par un amour gratuit, par une bonté prévenante, par un pur effet de miséricorde. Comme il a voulu venir de lui-même , il n’a point fallu d'agrément pour l’attirer; mais il en faut nécessairement pour le retenir. Mais quelles grâces, quels agréments pourront vous conserver cet Époux céleste, qui est lui-même si accompli, et le plus beau des enfants des hommes* ?

< Matih. Il , 9.

» /fl Joan. Tracf. x, n* 19, t. iii, part- II, col. 374.

* Ibiil. Trvii. ai, n* & , col. 755.

4 Ps. xi.iv. 3.

iizeu üy Cjuu^I

l’OUR L'.NE l’UülESSION.

Il faut vous ilirc encore en un mot que vous ne ninuquerez janinls d'a^rcment pour lui , tant que vous aurez soin de conserver pure la virginité clirétienne que vous lui vouez aujourd'hui. Si vous voulez entendre, mes SŒurs, combien la virginité lui est agréabie, vous n’avez qu'à méditer attentivement les mystères que nous honorons durant ces saints jours. Quel est le sujet de ces fêtes? qu'est-ce que l’Église nous y repre-sente? lin Dieu qui descend sur la terre : c'est la sainte virginité qui a eu la force de l'attirer. Un Dieu qui naît d’une femme. Ex mulicre ' : mais la sainte virginité i’a purifiée , afin que le Saint-Esprit opérât sur elie. Un Dieu qui prend une chair humaine : mais il ne l’aurait pas revêtue , si cette chair n’eût été ornée de toute la pureté d’un sang virginal. Et, de peur que vous ne croyiez que c’est trop flatter la virginité que de lui attribuer un si grand ouvrage, tâchons d'éclaircir cette vérité par un beau principe tiré de la doctrine des Pères.

Ils nous représentent la virginité comme une espèce de milieu entre les esprits et les corps ; et saint Augustin l'entend de la sorte, lorsqu’il parle en ces termes des vierges sacrées : « Elles ont ,

• dit-il, en la choir quelque chose qui n'est pas

• de la choir, >et qui tient de l’ange plutût que de l'homme ; Uabent aliquUl jam non carnis in came ’. Les esprits et les corps , voilà les extrémités opposées : la virginité , voila le milieu qui participe de l'une et de l'autre. Elle est en la chair, dit saint Augustin ; c'est par là qu'elle tient aux hommes : mais elle a, dit-il, dons la chair quelque chose qui n’est p.as de la choir ; c'est par la qu’elle touche aux anges : tellement qu'elle est le milieu entre les esprits et les corps. C’est une perfection des hommes; mais c’est un écoulement de la vie des anges. Et ce beau principe étant supposé , je ne m'étonne pas , chrétiens , si la sainte virginité est intervenue pour unir, dans le mystère de l’Incarnation ,Ja divinité à la chair. Il y avait trop de disproportion entre In corruption de nos corps , et la beauté immortelle de cet esprit pur ; tellement que , pour mettre ensemble deux natures si éloignées, ii fallait auparavant trouver un milieu dans lequel elles s’approchassent.

Il est tout trouvé , chrétiens ; et la sainte virginité peut faire ce grand effet par son entrentise. Et s’il m’est |>ermls aujourd’hui d’expliquer un si grand mystère par l'exemple des choses sensibles, j’en trouve quelque crayon imparfait dtms la lumière qui nous éclaire. Il n’est rien de plus

• Ctntat. n , 4.

* l>e niwln yiryinit. n* 12 , t. Vl , col. 31B.

DObbLCT. — TOMK III.

opposé que la lumière et les corps opaques. Iji lumière tombant dessus ne les peut jamais pénétrer, parce que leur obscurité la repousse : il semble, au contraire, qu’elle s’en retire en réfléchissant scs rayons. Mais lorsqu’elle rencontre un corps transparent, elle y entre, elle s’y unit, parce qu'elle y trouve l'éclat et la transparence qui approche de sa nature , et a quelque chose de sa clarté. Ainsi nous pouvons dire, messieurs, que la divinité du Fils de Dieu , voulant s'unir à un corps mortel, demandait en quelque façon que la virginité se mit entre deux, pareequ’ayant quelque chose de spirituel , elle a pu préparer la chair à être unie à cet esprit pur.

Je ne le dis pas de moi-même : c’est un saint évêque d’Orient qui m’a donné ouverture à cette pensée ; et voici ses propres paroles , tirées fidèlement de son texte. • C’est , dit-il ■ , la virginité « qui fait que Dieu ne refuse pas de venir vivre ■> avec les hommes : c’est elle qui donne aux - hommes des ailes pour prendre leur vol du côte

• du ciel ; et étant le lien sacré de la familia-

• rité de l'homme avec Dieu , elle accorde par

• son entremise des choses si éloignées par na- . turc. • S'il est ainsi, et n'en doutons pas, puisque de si grands hommes le disent, puisque nous le voyons par tant de raisons ; ne croyez pas , ma très-chère soeur, que vous puissiez jamais manquer d'agrément pour Jésus votre époux eéleste, tant que vous porterez en vous-même ce qui l’a attiré du ciel en la terre. La bonté de Dieu est sans repentance ; ce qu’il aime, il l’aime toujours; et ayant chcrclié une fois avec tant d'ardeur la pureté virginale, il a toujours pour elle le même transport. Et aussi voyons-nous dans son Écriture qu’il la veut toujours avoir en sa compagnie : • Car les vierges suivent l'Agneau par- . tout ; • Sequunlur Agnum quocumgue ierit Soyez donc vierge d’esprit et de corps; [veillez sur votre cœur et tous vos sens , pour les maintenir dans une intégrité parfaite]. Ainsi un cliaste agrément vous conservera ce que la grâce de votre Époux vous a aeeordé : vous aurez toujours son affection , et vous n’offenserez pas sa jalousie. Il faut encore parler en un mot de cette jalousie de l'Époux céleste, et c’est par où je m’en vais conclure.

TBOISIÈHE POIXT.

Que Dieu soit jaloux , chrétiens , il s’en vante si souvent dans son Écriture, qu'il ne nous permet pas de l'ignorer. C’est une des qualités qu’il se donne dans le Décalogue : • Je suis, dit-il, le . Seigneur ton Dieu , Dieu fort et jaloux : • Deus

' s. C.rrrt. TCttu. Orat. de Virg. c.ip. 11, t. m , p. IIS, 116.

* ,Z/wc. VII , 4.

■ogle

POCR UNE PROFESSION.

luu.f, Jorlit cl zelutcs'. El cette <pialité de jaloux est si naturelle à Dieu, qu elle fait un de ses noms , comme il est écrit en l’Exode : Dominus zclotes nomen ejus ’ : « Son nom est le Seigneur • jaloux.» Il parait donc assez que Dieu est jaloux , et peu de personnes l’ignorent. Mats que l’ouvrage de notre salut , que le mystère de rédemption , que nous honorons durant ces saints jours, soit un effet de sa jalousie , c’est ce que vous n’avez pas peut-être encore entendu, et qu’il est nécessaire que je vous explique, puisque mon sujet m’y conduit.

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Dieu qui nous en assure , en termes exprès, par la bouche de son prophète Isaie : De Jérusalem exibunt reliifuice, et satvatio de monte Sion : zelus Domini pxerciluum faciet istud * : ■ Dans les ruines de

■ Jérusalem il restera un grand peuple que Dieu " délivrera de la mort ; le salut paraîtra en la « montagne de Sion : la jalousie du Dieu des ar-

■ mécs fera cet ouvrage. • Après des paroles si claires , il n’est pas permis de douter que le mystère de notre salut ne soit un effet de jalousie : mais de quelle sorte cela s’accomplit. Il n’est pas fort aisé de le comprendre. Car, mes soeurs, que la jalousie du Dieu des armées le porte à châtier ceux qui le méprisent , je le conço’is sans difDcullé ; c’est le propre de la jalousie. Et je remarque aussi dans les saintes Lettres que Dieu c’y parle guère de sa jalousie, qu’il ne nous fasse en même temps craindre ses vengeances. ■ Je . suis un Dieu jaloux, dit le Seigneur : • Dew forlis, ae/otes; et il ajoute aussitôt après : • vengeant » les iniquités des pères sur les enfants : • nfritans iniguitales patrum in JUios *. • Dieu est . jaloux , dit Moïse; • et il dit dans le même Heu que • Dieu est un feu consumant ; l’ardeur de sa ja- . lousie brûle les pécheurs : » Dominus Deus'tuus ignis consumons est, Deus temuialor*. Et le prophète Nahum a joint ces deux choses : ■ L« . Seigneur est un Dieu jaloux ; et le Seigneur est • un Dieu vengeur t • Deusœmulatoret ulciscens Dominus^, tant ces deux qualités sont inséparables!

Que s’il est ainsi , chréUens , se peut-il faire que nous rencontrions le principe de notre salut dans la jalousie, qui semble être la source des vengeances? Et après que le prophète a uni un Dieu jaloux et un Dieu vengeur, oserons-nous espérer de trouver ensemble un Dieu jaloux et un Dieu sauveur? Néanmoins il est véritable : ce qui a

< Bxod. w , b.

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