‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 136 sur 273 · IM. XX\IT · texte numérisé non relu

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sauvé le peuple fidele , c'i'st la jalousie du IHcu des armées ; vous l’avez oui de sa propre bouche : Zelus Domini exercituumjaeict istud'. Mais il ne vous faut plus tenir en suspens ; il est temps d’expliquer un si grand mystère. Un excellent auteur de l’antiquité nous en va donner l’ouverture : ce grand homme , c’est Tertullien. Il dit que Dieu a recouvré sou imagé , que • le diable • avait enlevée, par une opération de jalousie : • Deus imaginemsuam, adiaboheaptam, œmuia operatione recuperavit *. Voilà peu de paroles, messieurs; mais elles renferment un sens admirable qu’il faut tâcher de développer.

Pour cela , il est nécessaire de reprendre les choses d’un plus haut principe , et de rappeler en votre mémoire la témérité de cet ange , qui , par nne audace inOnïe , a voulu s’égaler à Dieu , et se placer jusque dans son trône. Repoussé de sa main puissante , et précipité dans l’ablme, il ne peut quitter le premier dessein de son audace dé. mesurée, il se déclare hautement le rival de Dieu . Cest ainsi que Tertullien l’appelle ’ : Æmulus Dei; • le jaloux, le rival de Dieu. > Il se veut faire adorer en sa place ; il n’a pu occuper son trône, il lui veut enlever son bien. Il entre dans le paradis terrestre , furieux et désespéré : il y trouve l’image de Dieu , c’est-à-dire , l’homme , image chérie et blen-almée, que Dieu avait faite de sa propre main ; il la séduit , il la corrompt. Surprise par ses flatteries , elle s’abandonne à lui La parjure qu’elle est, l’ingrate et l’infidèle qu’elle est, au milieu des bienfaits de son époux , dans le lit même de son époux (pardonnez-moi la hardiesse de cette parole , que je ne trouve pa» encore assez forte pour exprimer l’indignité de cette action); dans le lit même de son époux, elle se prostitue à son rival. O insigne li^délitél Ô lâcheté sans pareille 1 Fallait-il quelque chose de plus que cette honteuse prostitution faite à la face de Dieu , pour l’exciter à la Jalousie ? Il s’y excite en effet. Mon épouse s’est fait enlever, mon Image s’est laissé corrompre, elle que j’avais faite avec tant d’amour, dont j’avais moimême formé tous les traits, que j’avais animée d’un souffle de vie sorti de ma propre bouche.

Que fera , mes frères , ce Dieu fort et Jaloux , irrité d’un si Infâme abandonnement? Que ferat-ll à celte épouse qui a méprisé un si grand amour, et offensé si fortement sa jalousie? Certainement il pouvait la perdre. Mais, ô jalousie miséricordieuse I il a mieux aimé la sauver. t> rival I Je ne veux point qu’elle soit ta proie ; je ne

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la puis souffrir en tes mains : ce spectacle indigne irrite mon cœur , et le provoque à Jalousie. Piqué de ce sentiiuent, il court après pour la retirer : il descend du ciel en la terre , pour chercher son épouse qui s’y est perdue. Il vient nous sauver des mains de Satan, jaloux de nous voir en sa puissance. Vous l’avez vu ces jours passés naître en Bethléem ; il vous a fait annoncer par ses anges qu’il était votre Sauveur : la jalousie du Dieu des armées a fait cet ouvrage. Certes , cette manière admirable dont 11 se sert pour nous retirer, montre assez , ai nous l’entendons , que c’est la jalousie qui le fait agir. Car considérez , je vous prie , qu’il n’envoie pas ses anges pour nous délivrer; Il y vient lui-méme en personne : Deus ipse veniet , et salvabit vos'. Et cela pour quelle raison , si ce n’est afin que nous comprenions que c’est à lui que nous devons tout; et que nous lui sonsacrions tout notre amour , comme nous tenons de lui seul tout notre salut.

C’est pourquoi nous voyons dans son Écriture qu’il n’est pas moins jaloux de sa qualité de Sauveur, que de celle de Seigneur et de Dieu. Écoutez comme il en parle, messieurs : Ego Dominus, et non est ultra Deus absque me : Deus Jusius 't salvans, non est prœter me • ; • Je suis le Sei-

• gneur, et il n’y a point d’autre Dieu que moi ;

• je suis le Dieu juste, et personne ne vous sau- ■ veraquemoi. • Il mesenahle que ce Dieu jaloux adresse sa voix, comme un amant passionnée à la nature humaine infldèle. O volage, 6 prostituée ! qui m’as quitté pour mon ennemi ; n’cst-ce pas moi qui suis le Seigneur? et il n’y a point de Dieu que moi. Regarde qu’il n’y a que moi qui te sauve ; et si tu m’as oublié après t’avoir créée , reviens du moins quand je te délivre. Voyez , mes frères, comme il est jaloux de la qualité de Sauveur. Et ailleurs, se glorifiant de l’ouvrage de notre salut : C’est moi , c’est moi, dit-il, qui l’ai (ait : ce ne sont ni mes anges , ni mes archanges , ni aucune des vertus célestes ; • c’est moi seul qui

• l’ai fait, c’est moi seul qui vous porterai sur mes ■épaules, c’est moi seul qui vous sauverai ; > Egofeci, egoferam, eg<?portabo, ego satvabo^. Tant il est jaloux de cette gloire, tant notre délivrance lui tient au cœur, tant il craint que nos affections ne se partagent I

Et c’est pour cette même raison qu’il nous fait , dit saint Cbrysostéme * , des présents si riches.

Il voit que nous recevons à pleines mains les présents de son rival qui nous séduit : il nous amuse par une pomme; il nous gagne par des biens

• Ibid. e *1.

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‘ I» gp. I, ad Cvr. H'^m. nrr , d' i, l. k, p. ii3-

trompeurs qui n ont qu'une légère apt'orence. Chrétiens, il en est Jaloux. Quoi, l’on préfère des présents si vains à tant de bienfaits si consldérâbles I Que fera-t-il, dit saint Chrysostôme ? Il fera coinme un amant passionné , qui , voyant celle qu’il recherche gagnée par les présents des autrrs prétendants, mulUpllerait aussi les siens sans mesure pour emporter le dessus , et la dégoûter des présenU des autres : ainsi fait le sauveur Jésus. Pourdétourner nos yeux et nos cœurs des libéralités trompeuses de notre ennemi, il redouble ses dons jusqu’à l’inOni, H nous donne son Esprit et sa grâce, il nous donne son trône et sa gloire , il nous donne son royaume et son héritage , il nous donne sa personne et sa vie il nous donne son corps et son sang. Et que ne nous donne-t-il pas î Voyez , voyez , dit-il , si cet autre prétendant que vous écoutez; voyez s’il pourra égaler une telle munificence. A quelque prix que ce soit , il est résolu de gagner nos eœurs ; et nous voudrions nous défendre d’une jalousie si obligeante I J’en ai dit assez pour vous faire voir que le Dieu sauveur est jaloux , et qu’il nous sauve par sa jalousie : Æmula operatione. Mais s’il en a l’ardeur et les transports, il en a «uvsi les regards et la vigilance.

Il a , ma sœur , des yeux de jaloux , toujours ouverU pour veiller sur vous, pour étudier tous vos pas, pour observer toutes vos démarches ; et sans m’engager dans de longues preuves d une vérité si constante , considérez seulement l’état où vous êtes. Et ces grilles , et cette clôture , et tant de contraintes différentes, n’est-ce pas assez pour vous faire comprendre combien sa jalousie est délicate? Il vous renferme soigneusement, il rend de toutes parts l’abord difficile , il obsenc jusqu’à vos regards ; et ce voile qu’il met sur votre tête, montre assez qu’il est jaloux et de ceux qu’on jette sur vous , et de eeux que vous jetez sur les autres. Il compte tous vos pas, il règle votre conduite jusqu’aux moindres choses : ne sont-cc pas des actions d’un amant jaloux? Il n'en fait pas ainsi à tous les fidèles; mais c'est que s’il est jaloux de tous les autres , il l’est beaucoup plus de ses épouses. Étant donc ainsi observée de près, pour vous garantir des effets d’une jalousie si délicate, il ne vous reste , ma ehère sœur , qu’une obéissance toujours ponctuelle, et un entier abandonnement de vos volontés. Marchez par la voie qu’il vous prescrit, par la règle qu’il vous a donnée : écoutez son ange qui vous avertit; ce sont vos supérieurs qui tiennent sa place. Vivant de la sorte, ma sœur , espérez tout de son amour , et n’appréhendez rien de sa jalousie. Il serait trop long de parler de l’obéissance ; ce mot suffira. Il faut finir par une réflexion sur la jalousie.

l’OliU UNli l'ROFKSSION

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Sachez donc que ce Dieu jaloux veut que ses fidèles le soient aussi , et qu’une sainte Jalousie nous soit comme un aipuillon , pour nous exciter à son service. Ecce venio cito ; Icne guod habes, vt nemo accipiat coronam tuam ' : • Je vicn-

• drai bientôt ; tenez fortement ce qui a été mis

• en vos mains , de peur que votre couronne ne

• soit donnée à un autre. » Pourquoi parle-t-il de la sorte? pourquoi nous destiner une couronne qui doit briller sur une autre tète? Que ne la destinait-il tout d'abord à eelui qui la devait enfin obtenir ? Pour nous exciter à la jalousie. C’est ainsi qu il a lait a l'èpard des Juifs. [ Us étaient le peuple choisi ; c'ét-tit à eux que les promesses avaient été faites, et ils devaient en recevoir i'accomplissement : mais leur incrédulité a suspendu à leur égard l’effet des miséricordes qui leur étaient réservées.] Dieu a appelé les Gentils pour exciter les Juifs à jalousie ; de peur qu’ils ne perdissent la place que tant d'oracles divins leur avaient promise. ■ l.eur chute est devenue une . occasion de salut aux Gentils ; afin que l’exem-

• pie des Gentils leur donndt de l’émulation pour « les suivre ; • Illorum delicto satus est Gentibus, ut iltos œmulentur. • Tant que je serai l’a- « pôtre des Gentils , dit saint Paul je travaille- - rai à rendre illustre mon ministère, pour > tâcher d’exciter de l'émulation dans l’esprit

• des Juifs qui me sont unis selon la chair , et

■ d’en sauver quelques-uns : • Quandiu ego sum Oenlium apostolus , ministerium meum honorificabo : si quomodo ad œmutandum provocem carnem meam, etsalvos faciam aliquosexiltis. Comme on père , dit saint Chrysostôme ^ , qui appelle son fils pour le caresser ; ce fils mutin et opiniâtre refuse ses embrassements, il en fait approcher un autre, et il attire par la jalousie celui que l’amour n’avait pas gagné. Que tel ait été le dessein de Dieu , il nous le déclare lui-méme formellement par la bouche de Mo'isc : • Ils m’ont,

• dit-il, piqué de jalousie, en adorant ceux qui

■ n’étaient point dieux , et ils m’ont irrité par « leurs vanités sacrilèges ; et moi je les piquerai

• aussi de Jalousie , en aimant ceux qui ne for-

• ment pas un peuple, et je les irriterai en substi-

■ tuant â leur place une nation insensée : <• Ipsi me provocaverunt in eo gui non erat Deus, et irritaverunt in vanitatibus suis; et ego provocabo eos in eo gui non est populus, et in gente stutta irrilabo iltos *.

Cet innocent artifice de sa bonté paternelle a été Inutile aàx Juifs. Dieu leur a voulu donner de

‘ Jpoc. Ml, II.

* XI, Il , t3, 14.

* Ih F.p. ad Rnm. Hom. xnii . n' 3, t. Il, p. 634.

' brut. XXXll, SI.

la jalonsie, pour les enflammer à le suivre ; ils l’ont refusé. Vive Dieu I dit le Seigneur, cette jalousie fera leur supplice. • Ce sera alors , leur dit Jésus- « Christ, qu’il y aura des pleurs et des grince- > raents de dents , quand vous verrez qu’Abra-

■ ham, Isaac, Jacob, et tous les prophètes seront « dans le royaume de Dieu , et que vous autres

• vous serez chassés dehors : • Ibi erit /têtus et stridor dentium. « Il en viendra d’orient et d’oc- « cident , du septentrion et du midi , qui auront

• place au festin dans le royaume de Dim : alors

■ ceux qui sont les derniers seront les premiers,

« et ceux qui sont les premiers seront les der- « niers; • Et venientab oriente, etoccidente, e.‘ aquilone, et austro, etaccumbent in regno Dei; et ecce runt novissimi gui erant primi, et sunt pritni qui erant novissimi ' . • Les enfants du « royaume seront jetés dans les ténèbres exté- « rieures ; » Fitii autem regni ejieientur in tenebras exteriores ’. La jalousie [leur fera alors sentir son aiguillon dans toute sa force], et ensuite la rage et le désespoir [achèveront de leur ronger le cœur; parce qu’ils connaîtront l’inutilité de tous leurs regrets ]: Ibi erit fletus et stridor dentium. L’un des grands supplices des damnés, sera de voir la place qui était destinée pour eux, [occupée par d’autres]. Que ce trône est auguste! que cette couronne est brillante! Elle était préparée pour moi , et je l’ai perdue par ce misérable plaisir d’un moment. Chrétien, où est ton courage?

« Tenez donc, ma sœur , fortement ce qui a été « mis entre vos mains, de peur que votre cou-

• ronne ne soit donnée à un autre : > Tene guod habes, ut nemo aeeipiat coronam tuam. La couronne de l’Epoux appartient , en quelque sorte, à l’épouse; ne la perdez pas : songez au mépris que l’on a pour une épouse répudiée. [Travaillez à soutenir cette haute dignité d’épouse de Jésus- Christ , par une vie entièrement dégagée des objets sensibles. Occupez-vous sans cesse des moyens de vous rendre de plus en plus digne de ses chastes embrassements , en évitant soigneusement tout ce qui pourrait blesser son œil jaloux. Vivez ainsi dans une continuelle attente de sa venue : soupirez avec ardeur après son retour ; n’ayez d’amour, de cœur, d’esprit, de mouvement que pour lui ; afin que , tout embrasée du désir de le posséder, vous méritiez, lorsqu’il paraîtra , d’entrer dans la salle des noces pour consommer éternellement ce bienheureux mariage que vous allez contracter avec lui.]

' Lut. iiii, », 20, 3a

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