‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 146 sur 273 · DE MADAME DE LA VALLIÈRE · texte numérisé non relu

DE MADAME DE LA VALLIÈRE

qu'à (lire, parce (lu'il fait tout ce qui lui plait pur sa seule parole , prononcera du haut de son trône , a lu fin des siècles, qu'il va renouveler toutes choses; et qu’en même temps on verra toute la nature changée faire paraître un monde nouveau pour les élus. Mais quand, pour nous prt'parer à ces nouveautés surprenantes du siecle futur, il agit secrètement dans les cœurs par son Saint- Esprit, qu'il les change, qu'il les renouvelle; et que, les remuant jusqu'au fond, il leur inspire des désirs jusqu'alors inconnus; ce changement n'est ni moins nouveau ni moins admirable. Et certainement, chrétiens, il n'y a rien de plus merveilleux que ces changements. Qu'avonsnous vu, et que voyons-nous? quel état, et quel état? Je n’ai pas besoin de parler, les choses parlent assez d'elles-mêmes.

Madame, voici un objet digne de la présence et des yeux d'une si pieuse reine. Votre Majesté ne vient pas ici pour apporter les pompes mondaines dans la solitude; son humilité la sollicite à venir prendre part aux abaissements de la v le religieuse; et il est juste que, faisant par votre état une partie si considérable des grandeurs du monde, vous assistiez quelquefois aux cérémonies ou on apprend à les mépriser. Admirez donc avec nous ces grands changements de la main de Dieu. Il n'y a plus rien ici de l’ancienne forme, tout est changé au dehors : ce qui se fait au dedans est encore plus nouveau : et moi , pour célébrer ces nouveautés saintes , je romps un silence de tant d'années , je fais entendre une voix que les chaires ne connaissent plus.

Afln donc que tout soit nouveau dans cette pieuse cérémonie , 6 Dieu ! donnez-moi encore ce style nouveau du Saint-E.sprit , qui commence a faire sentir sa force toute-puissante ' dans la liouehe des apôtres. Que je prêche comme un saint Pierre la gloire de Jésus-Christ crueilié; que je fasse voir au monde ingrat avec quelle impiété il le crucifie encore tous les jouis. Que je crucifie le monde ù son tour; que j'en efface tous les traits et toute la gloire; que je l’cnsevelis.se, que je l'enterre avec Jesiis-Christ; enfin que je fasse voir que tout est mort, et qu'il n'y a que Jésus-Christ qui vit.

Mes sœurs, demandez pour mol cette grâce : ce sont les auditeurs qui font les prédicateurs; et Dieu donne , par ses ministres, des enseignements convenables aux saintes dispositions de ceux qui écoutent. Faites donc, par vos prières, le discours qui doit vous instruire ; et obtenez-moi les lumières du Saint-Esprit, par l'intercession de la sainte Vierge : Aue, Maria.

• CeUil ta IroMèmc tète (te U PeulwsHe.

Nous ne devons pas être curieux de connaître distinctement ces nouveautés merveilleuses du siècle futur: comme Dieu les fera sans nous , nous devons nous en reposer sur sa puissance et sur sa sagesse. Mais il n'en est pas de même des nou- V eaut(^ saintes qu'il opi'-re au fond de nos cœurs. Il est écrit : • Je vous donnerai un cœur noii-

■ veau ' ; « et il est écrit : « Faites-vous un cœur « nouveau • : • de sorte que ce cœur nouveau qui nous est donné , c'est nous aussi qui le devons faire ; et comme nous devons y concourir par le mouvement de nos volontés, il faut que ce mouvement soit prévenu par la connaissance.

Considérons donc , chrétiens, quelle est cette nouveauté des cœurs, et quel est l'état ancien d'où le Saint-Esprit nous tire. Qu'y a-t-il de plus ancien que de s’aimer soi-même , et qu’y a-t-il do plus nouveau que d’être soi-même son persécuteur? Mais celui qui se persécute iui-mémc doit avoir vu quelque chose qu’il aime plus que luimême : de sorte qu’il y a deux amours qui font ici tontes choses. Saint Augustin les définit par ces paroles : Amor sut usque ad rontemptum Dei; amor Dei usque ad contemptum sut' : l’un est • l’amour de sol-même poussé jus(|u’au - mépris de Dieu ; - c’est cc qui fait la vie ancienne et la vie du monde : l’autre est • l’amour " de Dieu poussé jusqu’au mépris de soi-même; « c’est ce qui fait la vie nouvelle du christianisme, et cc (|ui , étant porté A sa |)crfection , fait la vie religieuse. Ces deux amours opposés feront tout le sujet de ce discours.

Mais, prenez bien garde, messieurs, qu'il faut ici observer plus que Jamais le précepte que nousdonne l’Ecclésiastique. • Lesage qui entend, • dit-IM, une parole sensée, la loue, et se l’ap-

■ plique a lui-même : » il ne regarde pas à droite et à gauche, A qui elle peut convenir; il se l'applique a lui-même, et fl en fait son profit. Ma sœur, parmi les choses que j’ai A dire, vous saurez bien démêler ce qui vous est propre. Fniteseii de même, chrétiens; suivez avec moi l’amour de sol-méme dans tous ses excès, et voyez jus- (|ii'A quel point il vous a gagnés par ses douceurs dangereuses. Considérez ensuite une âme qui, après s'être ainsi égarée, commence a revenir sur ses pas; qui abandonne peu A peu tout ce qu’elle aimait, et qui, laissant enfin tout audessous d’elle, ne se réserve plus que Dieu seul. Suivez-la dans tous les qias (|u'elle fait pour retourner a lui, et voyez si vous avez fait quelque progrès daus cette voie ; voilA ce que vous aurez

• f rrrA. sxxvi , M.

» xvill.al.

■ /V Cil'. Dei, llb. XIV, dp. XXTlII, t. VII , col. 37s

• Ercl. XII , IS

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POtR LA PROFESSION

A considérer. Entrons d'abord nu fond de notre matière , je ne veux pas vous tenir iongtemps en suspens.

P8EUIEB POINT.

L'homme, que vous voyez si ottaeiié A luiméme par son amour-propre , n’n pas été créé avec ce défaut. Dans son origine, Dieu i'avait fait à son image : et ce nom d’image lui doit faire entendre qu'ii n’était point pour lui-méme; une image est toute faite pour sou original. Si un portrait pouvait tout d’un coup devenir animé, comme il ne se verrait aucun trait qui ne se rapportât à celui qu'il représente, il ne .vivrait que pour lui seul, et ne respirerait que sa gloire. Et toutefois ces portraits que nous animons , se trouveraient obligés â partager leur amour entre les originaux qu'ils représentent, et le peintre qui les a faits. Mais nous ne sommes point dans cette peine ; nous sommes les images de notre auteur, et celui qui nous a faits nous a faits aussi it sa ressemblance : ainsi en toutes manières nous nous devons A lui seul , et c'est A lui seul que notre âme doit être attachée.

En effet, quoique cette âme soit défigurée, quoique celte image de Dieu soit comme effacée par le péché , si nous en cherchons bien tous les anciens traits, nous reconnaîtrons, nonobstant sa corruption, qu’elle ressemble encore A Dieu, et que c’est pour Dieu qu’elle est faite. O âme , vous connaissez et vous aimez I c’est IA ce que vous avez de plus essentiel , et c’est par IA que vous ressemblez A votre auteur, qui n'est que connaissance et qu’amour. Mais la connaissance est donnée pour entendre ce qu’il y a de plus vrai , comme i’amour est donné pour aimer ce qu’il y a de meilleur. Qu’est-ce qu’il y a de plus vrai , que celui qui est la vérité même? et qu’y at-il de meilleur, que celui qui est la bonté même? L’âme est donc faite pour Dieu : c’est A lui qu'elle devait se tenir attachée , et comme suspendue , par sa connaissance et par son amour; c’est ainsi qu’elle est l’image de Dieu. Use connaît lui-méme, il s’aime lui-même , et c’est IA sa vie : et l’âme raisonnable devait vivre aussi en le connaissant et en l’aimant. Ainsi par sa naturelle constitution elle était unie A son auteur, et devait faire sa félicité de celle d’un être si parfait et si bienfaisant ; en cela consistait sa droiture et sa force. Enfin c’est par IA qu’elle était riche; parce que encore qu’elle n’eût rien de son propre fonds, elle possédait un bien infini par la libéralité de son auteur; c’est- A-dire, qu’elle le possédait lui-méme, et le possédait d’une manière si assurée , qu'elle n’avalt qu’a l’aimer persévéramment pour le posséder toujours; puisque aimer un si grand bien,

, c'est ce qui en assure la possession, ou plulAl , c'est ce qui la fait.

I Mais elle n'est pas demeurée longtemps en cet

état. Cette âme qui était heureuse, parce que Dieu l'avait faite A son image, a voulu non lui : ressembler, mais être absolument comme lui. Heureuse qu'elle était de connaître et d'aimer celui qui seconnatt et s’aime éternellement , elle a voulu , comme lui , faire elle-même sa félicité. Hélas , qu’elle s’est trompée , et que sa chute a été funeste I Elle est tomliée de Dieu sur elle-même. Que fera Dieu pour la punir de sa défection? Il lui donnera ce qu elle demande ; se cherchant elle-même, elle se trouvera elle-même. Mais en se trouvant ainsi elle-même , étrange confusion ! elle se perdra bientôt elle-même. Car voilé que déjà elle commence A se méconnaître ; transportée de son orgueil , elle dit : Je suis un Dieu , et je me suis faite moi-même. C'est ainsi que le prophète fait parler lésâmes hautaines, qui mettent leur félicité dans leur propre grandeur et dans leur propre excellence '.

En effet, il est véritable que pour pouvoir dire : Je veux être content de moi-même et me suffire A moi-même , il faut aussi pouvoir dire : Je me suis fait moi-même, ou plutôt. Je suis de moimême. Ainsi l'âme raisonnable veut être semblable A Dieu par un attribut qui ne peut convenir A aucune créature, c’est-A-dlre, par l’indépendance et par la plénitude de l’être. Sortie de son état , pour avoir voulu être heureuse Indépendamment de Dieu, elle ne peut ni conserver son ancienne et naturelle félicité, ni arriver A celle qu elle poursuit vainement. Mais comme ici son orgueil la trompe. Il faut lui faire sentir par quelque autre endroit sa pauvreté et sa misère. Il ne faut pour cela que la laisser quelque temps A ellemême; cette âme, qui s'est tant aimée et tant cherehée, ne se peut plus supporter. Aussitôt qu elle est seule avec elle-même, sa solitude lui fait horreur; elle trouve en elle-même un vide infini, que Dieu seul pouvait remplir : si bien qu’étant séparée de Dieu, que son fonds réclame sans cesse; tourmentée par son indigence, l’ennui la dévore, le chagrin la tue; il faut qu elle cherche des amusements au dehors : et jamais elle n’aura de repos, si elle ne trouve de quoi s'étourdir. Tant il est vrai que Dieu la punit par son propre déréglement , et que , pour s’être cherchée elle-même, elle devient elle-même son supplice. Mais elle ne peut pas demeurer en cet état, tout triste qu’il est ; il faut qu’elle tombe encore plus bas; et voici comment.

Représentez-vous un homme qui est né d.nM

’ Ezech. XXVllt,3;

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