‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 154 sur 273 · Reg. \iii · texte numérisé non relu

Reg. \iii

Cet homme , selon le eteur de Dieu , ne se mon* tre pas au dehors, et Dieu ne le choisit pas sur les

UK SAINT JOSEPH.

Jîl

apparences, ni sur le témoignage de la voix publique. Lorsqu'il envoya Samuel dans la maison de Jessc , pour y trouver David , le premier de tous qui a mérité cet éloge ; ce grand homme , que Dieu destinait à la plus auguste couronne du monde , n'était pas même connu dans sa famille. On présente , sans songer à lui , tous ses oloés au prophète ; mais Dieu, qui ne juge posé la manière des hommes , l'avertissait en secret de ne regarder pas à leur riche taille , ni a leur eontcnauec hardie : si bien que, rejetant ceux que l'on produisait dans le monde , il lit approcher celui que l'on envoyait paître les troupeaux ; et versant sur sa tête l'onction royale , il laissa ses parents étonnés d'avoir si peu jusqu'alors connu ce fils , que Dieu choisissait avec un avantage si extraordinaire.

Une semblable conduite de la Providence divine me fait appliquer aujourd'hui A Joseph , le fils de David , ce qui a été dit de David lui-méme. Le temps était arrivéque Dieu cherchàtun homme selon son cœur, pour déposer en ses mains ce qu'il avait de plus cher ; je veux dire la personne de son Fils unique , l'intégrité de sa sainte mère , le salut du genre humain, le secret le plus sacré de son conseil , le trésor du ciel et de la terre. Il laisse Jérusalem et les autres villes renommées ; il s'arrête sur Nazareth; et dans cette bourgade Inconnue II va choisir encore un homme inconnu , un pauvre artisan , Joseph en un mot , pour lui confier un emploi dont les anges du premier ordre se seraient sentis honorés , afin , messieurs , que nous entendions que l'homme selon le cœur de Dieu doit être lui-même cherché dans le cœur, et que ce sont les vertus cachées qui lerendent digne de cette louange. Comme je me propose aujourd'hui de traiter ces vertus cachées , c'est-à-dire , de vous découvrir le cœur du juste Joseph , j'ai besoin plus que jamais , chrétiens , que celui qui s'appelle le Dieu de nos cœurs ' m'éclaire par son Saint-Esprit. Mais quelle injure ferions-nous A la divine Marie , si ayant accoutumé en d'autres sujets de lui demander son secours, maintenant qu'il s'agit de son saint époux , nous ne nous efforcions de lui dire avec une dévotion particulière ; Atye.

C'est un vice ordinaire aux hommes, de se donner entièrement au dehors , et de négliger le dedans ; de travailler A la montre et A l’apparence , et de mépriser l’effectif et le solide ; de songer souvent quels ils paraissent , et de ne penser point quels ils doivent être. C'est pourquoi les vertus qui sont estimées, ce sont celles qui se mêlent d'af-

• Pt. m;i. as.

I faires , ctqui entrent dans le commerce des hommes : au contraire , les vertus cachées et intérieures, où le public n’a point de part, où tout se passe entre Dieu et l'homme , non-seulement ne sont pas suivies , mais ne sont pas même entendues. Et toutefois , c’est dans ce secret que consiste tout le mystère de la vertu véritable. En vain pensez-vous former un bon magistrat , si vous ne faites auparavant un homme de bien ; en vain vous considérez quelle place vous pourrez remplir dans la société civile , si vous ne méditez ; auparavant quel homme vous êtes en particulier.

! Si la société civile élève un édifice , l'architcctc fait tailler premièrement une pierre , et puis où la pose dans le bâtiment. Il faut composer un homme en lui-même , avant que de méditer quel rang on lui donnera parmi les autres ; et si l'on ne travaille sur ce fonds, toutes les autres vertus , si éclatantes qu'elles puissent être, ne seront que des vertus de parade, et appliquées par le dehors , qui n'auront point de corps ni de vérité. Elles pourront nous acquérir de l'estime , et rendre nos mœurs agréables ; enfin elles pourront nous former au gré et selon le cœur des hommes; mois il n’y a que les vertus particulières qui aient ce droit admirable, de nous composer au gré et selon le cœur de Dieu.

O: sont ces vertus particulières, c’est cet homme de bien , cet homme au gré de Dieu et selon son cœur, que je veux vous montrer aujourd'hui en la personne du juste Joseph. Je laisse les dons et les mystères qui pourraient relever son panégyrique. Je ne vous dis plus, chrétiens, qu'il est le dépositaire des trésors célestes, le père de Jésus-Christ , le conducteur de son enfance , le protecteur de sa vie , l'époux et le gardien de sa sainte mère. Je veux taire tout ce qui éclate, pour faire l’éloge d'un saint , dont la principale grandeur estd’avoir été A Dieu sans éclat. Les vertus mêmes dont je parlerai ne sont ni de la société ni du commerce ; tout est renfermé dans te secret de sa conscience. Lasimplicité, le détachement, l’amour de la vie cachée sont donc les trois vertus du juste Joseph, que J'ai dessein de vous proposer. Vous me paraissez étonnés de voir l'éloge d'un si grand saint , dont In vocation est si haute , réduit à trois vertus si communes ; mais sachez I qu’en ces trpls vertus consiste le caractère de cet j homme de bien dont nous parlons ; et il m'est aisé ; de vous faire voir que c’est aussi en ces trois ver- : tus queconsiste le caractère du juste Joseph. Car, I mes sœurs , cet homme de bien , que nous consi- ' dérons , pour être selon le cœur de Dieu , il faut premièrement qu’il le cherche ; en second lieu , ■ qu'il le trouve; en troisième lieu, qu'il en jouisse. Quiconque cherche Dieu , qu'il cherche en sim-

PANÉGYRIQUK

jilicité celui qui ne peut aourTrir les voies détournées. Quiconque veut trouver Dieu , qu'il se détache de toutes choses , pour trouver celui qui veut être lui seul tout notre bien. Quiconque veut jouir de Dieu , qu’il se cache et qu’il se retire , pour jouir en repus , dans la solitude, de celui qui ne se communique point parmi le trouble et l’agitation du monde. C’est ce qu’a fait notre patriarche. Joseph, homme simple, a cherché Dieu; Joseph , homme détaché , a trouvé Dieu ; Joseph , homme retiré, ajoui de Dieu: c’est le partage de ce discours.

PBEMISB POINT.

Le chemin de la vertu n’est pas de ces grondes routes dans lesquelles on peut s’étendre avec liberté : au contraire , nous apprenons par les saintes Lettres que ce n’est qu’un petit sentier, et une voie étroite et serrée , et tout ensemble extrêmement droite : Semilajusli recta est, rectus catlisjusti ad ambulandum ' . Par où nous devons apprendre qu’il faut y marcher en simplicité, et dans une grande droiture. Si peu nonseulement que l’on se détourne , mais même que l’on chancelle dans celte voie , on tombe dans les écueils dont elle est environnée de part et d’autre. C’est pourquoi le Saint-Esprit voyant ce péril , nous avertit si souvent de marcher dans la voie qu’il nous a marquée , sans jamais nous détourner a droite ou ù gauche : Aon dectinabitis neque ad dexteram neque ad sinistrain ■ ; nous enseignant , par cette parole, que pour tenir cette voie, ilfautdressertellemcntson intention, qu’on ne lui permette jamais de se relâcher, ni défaire le moindre pas de côté ou d’autre.

C’est ce qui s’appelle dans les Écritures avoir le cœur droit avec Dieu , et marcher en simplicité devant sa face. C’est le seul moyeu de le chercher, et la voie unique pour aller à lui ; parce que, comme dit le Sage, « Dieu conduit le juste par • les voies droites : > Jusium deduxit üominus per lias rectas'- Car il veut qu’on le cherche avec grande ardeur ; et ainsi que l’on prenne les voies les plus courtes , qui sont toujours les plus droites : si bien qu’il ne croit pas qu’on le cherche , lorsqu’on ne marche pas droitement à lui. C’est iwurquoi il ne veut point ceux qui s’arrêtent, il ne veut poüitceux qui se détournent, il ne veut (Hiint ceux qui se partagent. Quiconque prétend partager son cœur entre la terre et le ciel , ne donne rien au ciel , et tout à la terre , parce que la terre retient ce qu’il lui engage, et que le ciel n’accepte pas ce qu’il lui offre.

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