II. XXVI
> Urul. V . 33; XVII , II. Pniv. IV, 37. U. IVX . 31
3 Sap I , lO.
Vous devezentendre, parce discours, que cette bienheureuse simplicité tant vantée dans les saintes Lettres , c’est une certaine droiture de cœur et une pureté d’intention ; et l’acte principal de celte vertu , c'est d’aller à Dieu de bonne foi , et sans s'en imposer à soi-même ; acte nécessaire et important , qu’il faut que je vous explique. Ne vous persuadée pas, chrétiens, que je parle ainsi sans raison : car si dans la voie de la vertu il y en a qui trompent les autres , beaucoup aussi se trompent eux-mêmes. Ceux qui se partagent entre les deux voies, qui veulent avoir un pied dans l’une et dans l’autre, qui se donnent tellement à Dieu, qu’ils ont toujours un regard au monde ; ceux-là ne marchent point en simplicité , ni devant Dieu ni devant les hommes , et n’ont point par conséquent de vertu solide. Ils ne sont pas droits avec les hommes, parce qu’ils imposent à leur vue par l’image d’une piété qui ne peut être que contrefaite , étant altérée par le mélange : Us ne sont pas droits devant Dieu , parce que , pour plaire à ses yeux , il ne suffit pas , chrétiens , de produire par étude et par artifice des actes de vertu empruntés, et des directions d’intention forcées.
Un homme engagé dans l’amour du monde, viole tous les jours les lois les plus saintes de la bonne foi, ou de l’amitié, ou de l’équité naturelle, que nous devons aux plus étrangers, pour salis faire à son avarice. Cependant sur une certaine inclination vague et générale, qui lui reste pour fa vertu, il s’imagine être homme de bien, et il en veut produire des actes : mais quels actes, ô Dieu tout-puissant? Il a oui dire à ses directeurs ce que c’est qu’un acte de détachement, ou un acte de contrition et de repentance : il tire de sa mémoire les paroles qui le composent , ou l’image des sentiments qui le forment. 11 les applique comme il peut sur sa volonté , car je ne puis dire autre chose , puisque son intention y est opposée ; et il s'imagine être vertueux; mais il se trompe, il s’abuse, il se joue de lui-même.
Pour se rendre agréable à Dieu, il ne suffit pas, chrétiens, de tirer par artifice des actes de vertu forcés, et des directions d’intention étudiées. Les actes de piété doivent naître du fond du cœur, et non pas être empruntés de l’esprit ou de lu mémoire. Mais ccu.x qui viennent du cœur, ne souffrent point de partage. > Nul ne « peut servir deux maîtres ■ : • Dieu ne peut souffrir cette intention louche , si je puis parler de la sorte, qui regarde de deux côtés en un même temps, l.es regards, ainsi partagés, rendent l’abord d’un homme choquant et difforme, et l’âme se défigure elle-même , quand elle tourne en deux
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DE SAINT JOSEPH
endroits ses intentions. • Il faut, dit le Fils de ■ Dieu ' , que votre œil soit simple ; • c’cst-à-dirc , que votre regard soit unique; et pour parler encore en tennes plus clairs, que l'intention pure et dégagée s'appliquant tout entière è ia même lin , le cœur prenne sincèrement et de bonne foi les sentiments que Dieu veut. Mais ce que j’en ai dit en général , se connaîtra mieux dans l’exemple.
Dieu a ordonné au juste Joseph de recevoir la divine Vierge comme son épouse fidèle , pendant que sa grossesse semble la convaincre ; de regarder comme son fils propre, un enfant qui ne le touche que parce qu’il est dans sa maison ; de révérer comme son Dieu , celui auquel II est obligé de servir de protecteur et de gardien. Dans ces trois choses, mes frères, où U faut prendre des sentiments délicats, et que la nature ne peut pas donner, il n’y a qu’une extrême simplicité qui puisse rendre le cœur docile et traitable. Voyons ce que fera le juste Joseph. Nous remarquerons, en son lieu , qu’à l’égard de sa sainte Épouse, jamais le soupçon ne fut plus modeste , ni le doute plus respectueux : mais enfin il était si juste , qu’il ne pouvait pas se désabuser sans que le ciel s’en mêlât. Aussi un ange lui déclare , de la part de Dieu, qu’elle a conçu de sou Saint-Esprit*. Si son intention eût été moins droite , s’il n eût été à Dieu qu'à demi, il ne se serait pas rendu tout à fait ; i 1 serait demeuré au fond de son âme quelque reste de soupçon mal guéri , et son affection pour la sainte Vierge aurait toujours été douteuse et tremblante. Mais son cœur, qui cherche Dieu en simplicité, ne sait point se partager avec Dieu ; il n’a point de peine à connaître que la vertu incorruptible de sa sainte Épouse méritait le témoignage du ciel. Il surpasse la foi d Abraham , bien qu’il nous soit donné dans les Écritures ’ comme le modèle de ia foi parfaite. Abraliam est loué dans les saintes Lettres, pour avoir cru 1 enfantement d’une stérile^ : Joseph a cru celui dune vierge, et il a reconnu en simplicité ce grand et impénétrable mystère de la virginité féconde
Mais voici quelque chose de plus admirable. Dieu veut que vous reccviei comme votre fils cet enfant de la pureté de Marie. Vous ne partagerex pas avec cette Vierge l’honneur de lui donner la naissance, parce que la virginité y serait blessée ; mais vous partagerez avec elle ces soins , ces veilles, ces inquiétudes par lesquelles elle élèvera ce cher fils : vous tiendrez lieu de père à ce saint enfant , qui n’en a point sur la terre ; et
■ Luc. XI , S4
* VtfUA. I, 30.
> Ritm, IV, II et Mq({.