‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 157 sur 273 · SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

SAINT BENOIT

Trois êlats et comme trois lieux ou nous avons «outume de nous arrêter dans le voyage de ertte vie , rt qui nous em> pêrliPiil d'arriver à nolrr patrie. Saint BctinitnncnUr, des sa ipunnsp, à êooiitrr la Aoix qui lui criait de sortir dcai sens. Sa vif admirable dans le dcsrrt. Que drvons>nous faire, a son imitation, lorsque le plaisir des æm cnromencc li se ré* veiller en nous? Fin et avantages de la loi de rotfélsaancp , prescrite par saint Benoit : de quelle manière ce saint l'a pratiquée Obligation duclinHlen deloq}ours avancer. Alleoliuo qu'a eue saint Benoit, de tenir sans cesse ses dl.sdples en lia* leiDC. Motifs qui doivent porter, même le» plus parfaits, à opérer leur salut avec crainte et tremblement

Egredere. Sors. Gen. xii, 1.

Le croirez- vous, mes frères, si je vous le dis, que toute la doctrine de l'Évangile , toute la discipline chrétienne , toute la perfection de la vie monastique est entièrement renfermée dans cette seule parole : Egndere, Sors. La vie du chrétien est un long et infini voyage , durant le cours duquel, quelque plaisir qui nous flatte, quelque compagnie qui nous amuse , quelque ennui qui nous prenne, quelque fatigue qui nous accable, aussitôt que nous commençons de nous reposer, une voix divine s'élève d'en haut qui nous dit sans cesse et sans relâche : Egredere, Sors; et nous ordonne de marcher plus outre. 'Telle est la vie chrétienne, et telle est par conséquent la vie monastique. Carqn’est-ce qu'un moine véritable et un moine digne de ce nom , sinon un parfait chrétien? Faisons donc voir aujourd'hni, dans le Père et le législateur, te modèle de tous I» moines, la pratique exacte de ce beau précepte, après avoir imploré le secours d’en haut, etc.

Dans ce grand et Infini voyage , où nous devons marcher sans repos, et nous avancer sans relâche; je remarque trois états et comme trois lieux , où nous avons coutume de nous arrêter. Ou bien nous nous arrêtons dans le plaisir des sens, ou bien dans la satisfaction de notre esprit propre, et dans l’exercice de notre liberté, ou bien enfin dans la vue de notre pcrfectiois. Voilà comme trois pays étrangers dans lesquels nous nous arrêtons, et ensuite nous n’arrivons pas en notre patrie.

Mais pour aller à la source, et rendre la raison profonde de ces trois divers égarements, considérons tous les pas, et remarquons les divers progrès que fait l'âme durant ce voyage. Ou nous ; nous arrkons au-dessous de nous, ou nous nous arrêtons en noos-roémes, ou nous nous arrêtons au-dessus de nous. Lorsque nous nous attachons I au plaisir des sens, nousnousarrétonsau-dessous de nous ; c’est le premier attrait de l'âme, encore

PANÉGVIUyUE

ignorante, lorsqu'elle commence son voyage. Kilo trouve premièrement en son chemin cette hasae région; elle y vuitdes fleuves qui coulent, lies fleurs qui se flétrissent du matin au soir ; tout y passe dans une grande inconstance. Mais dans ces fleuves qui s’écoulent, elle trouve de quoi rafraîchir sa soif ; cile promène ses désirs errants dans cette variété d'objets; et quoiqu'elle perde toujours ce qu'elle possède, son espérance flatteuse ne cesse de l'enchanter de telle sorte, qu’elle se plaît dans cette basse région. Etjreihtc. Surs ; songe que tu es faite à l'image de Dieu ; rappelle ce qu’il y a en toi de divin et d’immortel : veux-tu être toujours captive des choses inférieures? Que si elle obéit à cette voix , en sortant de ce pays, elle se trouve comme dans un autre , qui n'est pas moins dangereux pour elle ; c'est la satisfaction de son esprit propre. Nuis attraits que scs désirs, nulle règle que ses humeurs, nulle conduite que ses volontés. Elle n'est plus au-dessous d’elle ; elle commence A s’arrêter en elle-même : la voilà dans des objets et dans des attaches, qui sont plus convenables à sa dignité; et toutefois l'oracle la presse, et lui dit encore : Egredere , Sors. Ame, ne sens-tu pas, par Je ne sais quoi de pressant qui te pousse audessusde toi, que tu n'es pas faite pourtol-même? b'n bien infini t’appelle; Dieu même te tend les bras : sors donc de cette seconde région , c'està-dire, de la satisfaction de tou esprit propre.

Ainsi , mes frères , elle arrivera à ce qu'il y a déplus relevéetde plus sublime, et commencera de s’unir à Dieu. Et alors ne lui sera-t-il pas permis de se reposer? Non ; il n’y a rien de plus dangereux : car c’est là qu’une secrète complaisance fhit qu’on s’endort dans la vue de sa propre perfection. Tout est calme, tout est soumis; toutes les passions sont vaincues, toutes les liumeurs, domptées; l’esprit même, avec sa fierté et son audace naturelle, abattu et mortifié : il est temps de se reposer. Non, non ; Egredere,SoTS. Il nous est tellement ordonné de cheminer sans relâche, qu'il ne nous est pas même permis de nous arrêter en Dieu : car quoiqu'il n’y ait rien au-dessus de lui à prétendre , il y a tous les Jours à faire en lui de nouveaux progrès, et il découvre, pour ainsi dire, tous les Jours à notre ardeur de nouvelles infinités. Ainsi nous renfermer dans certaines bornes, c’est entreprendre de resserrer l’immensité de sa nature.

Allez donc, sans vous arrêter Jamais; perdez la vue de toute la perfection que vous pouvez avoir acquise; marchez de vertus en vertus, si vous voulez être dignes de voir le Dieu des dieux en Sioii. Telle est la vie chrétienne; telle est l'institution monastique, conformément à laquelle

nous regarderons saint lienott dans une continuelle sortie de lui-même, pour se perdre saintement en Dieu. Nous le verrons premièrement sortir des plaisirs des sens, par la mortification et la pénitence : secondement , de Insatisfaction de l’esprit, par l'amour de la discipline et deia régularité monastique ; enfin sortir de la vue de sa propre perfection , par une parfaite humilité, et un ardent désir de croître ; c’est le sujet de ce discours.

PBEUIEB POINT.

Nous iisons de l'enfant prodigue, qu'en sortant de la maison paternelle, il fut en une région fort éloignée; /» regionem longinquam \ Cest l’image des égarements de notre âme, qui s’etant retirée de Dieu , ft qu'il est vrai qu'elle s’est perdue dans une région bien éloignée. Jusqu'à être captive des sens! Voyezaquelle hauteurelle devait être élevée. ■ L’homme avait été fait pour • être spirituel, même dans la chair ; . Qui futurus fuerat eliam came spirilualis Oui, créature chère, homme que Dieu a fait à sa res semblance, tu devais être spirituel, même dans le corps; parce que ce corps, que Dieu t’a donné, devait être régi jiar l'esprit : et qui ne sait que celui qui est régi , participe en quelque sorte à la qualité du principe qui le meut et qui le gouverne par l'impression qu’il en reçoit? Voilà [l’hcnreose condition] où l'âme était établie.

Mais, ô changement déplorable I la chair a pris le régime, et l’âme est devenue toute corporelle : Fieret eliam mente camalis'. Carqui ne voit par expérience que la raison , ministre des sens, et appliquée tout entière à les servir, emploie toute son industrie à raffiner leur goût, à irriter leur appétit, à leur assaisonner leurs objets, et ne se peut déprendre elle-même de ces pensées sensuelles? Voilà l’extrémité ; voilà l’exil ou l’âme a été reléguée. Peut-on rien imaginer de plus déplorable? Être dégradée au point de servir à celui à qui l’on devait commander avec un empiresouverain,quoide plus honteux I Mais une âme faite à l’image de son Dieu, si nobie qu'elle ne peut prétendre A rien moins qu'à la possession de son auteur, s'avilir jusqu’à se réduire dans la dépendance des sens, [pour y tronver son bonheur et sa perfection , quel affreux esclavage! qui peut concevoir l'extrémité de sa misère?]

Egredere , egredere : Sors , sors d'unesi infâme servitude et d’un bannissement si honteux : retire-toi de ces plaisirs trompeurs qui ne tendent

' LtiC. XV, 13.

• S. j4ug. fie Civ. Dei, Uh.x;r,cap. XT ; tfom. TU , ool. SM.

> Ibid.

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