III
Dans le dessein que je me propose de faire aujourd'hui le pancgjriquc du plus illustre des prédicateurs, et du plus ïélé des apAtres , je ne puis vous dissimuler que je me sens moi-même étonné de la grandeur de mon entreprise. Quand je rappelle à mon souvenir tant de peuples que Paul a conquis , tant de travaux qu'il a surmontés, tant de mj'stères qu'il a découverts, tant d'exemples qu'il nous a laissés d'une charité consommée, ce sujet me paraît si vaste, si relevé, si majestueux, que mon esprit se trouvant surpris, ne sait ni où s'arrêter dans cette étendue , ni que tenter dans cette hauteur, ni que choisir dans cette abondance; et j'ose bien me persuader qu'un ange même ne suffirait pas , pour louer cet homme du troisième ciel.
Mais ce qui m'étonne le plus, c'est que cet amour mêlé de respect que je sens pour le divin Paul , et duquel j'espérais de nouvelles forces dans un ouvrage qui tend à sa gloire, s'est tourné ici contre moi , et a confondu longtemps mes pensées ; parce que , dans la hante idée que j'avais conçue de l'apiUre, je ne pouvais rien dire qui lui fut égal , et 11 ne me permettait rien qui fût au-dessous.
Que me reste-t-il donc , chrétiens, apres vous avoir confessé ma faiblesse et mon impuissance, sinon de recourir à celui qui a inspiré à saint Paul les paroles que j’ai rapportées : Cum injirmor, tune paient sum, • Je suis puissant, lors- . que je suis faible? ■ Après ces beaux mots de mon grand apêtre, il ne m'est plus permis de me plaindre; et je ne crains pas de dire avec iui, que . je me plais dans cette faiblesse, . qui me promet un secours divin : Plaeeo mihi in infirmilatibus. Mais pour obtenir cette grâce , il nous faut encore recourir â celle dans laquelle ie mystère ne s’est accompli qu’après qu’elle a reconnu qu'il passait ses forces ; c'est la bienheureuse Marie , que nous saluerons en disant, Ave.
Parmi tant d'actions glorieuses, ettaiitdcchosc.^
extraordinaires , qui se présentent ensemble à ma vue , quand je considère l'histoire de l’incomparable docteur des Gentils, ne vous étonnez pas, chK'tiens, si laissant à port ses miracles et scs hautes révélations , et cette sagesse tonte divine et vraiment digne du troisième ciel, qui paraît dans ses écrits admirables, et tant d'antres sujets illustres qui rempliraient d'abord vos esprits de nobles et magnillques idées , je me réduis à vous faire voir les Infirmités de ce grand apôtre, et si c’est sur ce seul objet que je vous prie d’arrêter vos yeux. Ce qui m’a porté à ce choix , c’est que, devant vous prêcher saint Paul, je me suis senti obligé d'entrer dans l’esprit de saint Paul luimême, et de prendre scs sentiments. C'est pourq uoi l’ayant entendu nous prêcher avec tant de zèle, qu'il ne sc glorifie que dans ses faiblesses, et que ses infirmités font sa force : Cum enim infirmer, tune potens sum , je suis les mouvements qu'il m’inspire , et je médite son panégyrique , en tâchant de vous faire voir ces faiblesses toutes puissantes,par lesquelles il a établi l'Église, renversé la sagesse humaine, et captivé tout entendement sous l'obéissance de Jésus-Christ.
Entrons donc, avant toutes choses, dans le sens de cette parole, et examinons les raisons pour lesquelles le divin Paul ne se croit fort que dans sa faiblesse : c’est ce qu'il m’est aisé de vous faire entendre. Il se souvenait , chrétiens , de son Dieu anéanti pour l’amour des hommes; il savait que si ce grand monde, et ce qu'il enferme en son vaste sein, est l'ouvrage do sa puissance, Il avait fait un monde nouveau , un monde rachète par son sang, et régénéré par sa mort, c'est-à-dire, sa sainte Eglise, qui est l'œuvre de sa faiblesse. C'est ce que regarde saint Paul ; et après ces grandes pensées, il jette aussitôt les yeux sur luimême. C'est là qu'il admire sa vocation : il se voit choisi dès l’éternité , pour être le prédicateur des Gentils; et comme l'Église doit être formée de ces nations infidèles , dont il est ordonné l'apôtre, il s'ensuit manifestement qu'il est le principal coopérateur de la grâce de Jésus-Christ dans l’établissement de l’Église.
Quels seront ses sentiments, chrétiens, dans une entreprise si haute, où la Providence l'appelle? l’exécutcra-t-il par la force? Mais, outre que la sienne n'y peut pas suffire , ie Saint-Esprit lui a fait connaître que la volonté du Père célc.stc, c’est que cet ouvrage divin soit soutenu par finfirmité : . Dieu, dit-il ‘ , a choisi ce qui est in- « firme, pour détruire ce qui est puissant. ■ Pur conséquent , que lui reste-t-il , sinon de consacrer nu Sauveur une faiblesse soumise et obéissante,
■ I. Cor.l.n.
Googit
DE SAINT PAUL
rt de confesser son inllrmlfc; afin d'étre le digne miuisti-e de ce Dieu , qui étant si fort par nature, s’est fait infirme pour notre saiut? Voiià donc la raison solide pour laqueile il se considère comme un instrument inutile , qui n’a de vertu ni de force qu’â cause de la main qui l’emploie ; et c’est pour cela, chrétiens, qu’il triomphe dans son impuissance , et qu’en avouant qu’il est faible , Il ose dire qu'il est tout-puissant : Cum enim infirmor, lune païens sum.
Mais pour nous eonvnincrc par expérience de la vérité qu'il nous prêche , il faut voir ee grand homme dans trois fonctions importantes du ministère qui lui est commis. Car ce n’est pas mon dessein, messieurs, de considérer aujourd'hui saint Paul dans sa vie particulière : je me propose de le regarder dans les emplois de l'apostolat, et je les réduis à trois chefs ; la prédication , les combats, le gouvernement ecclésiastique.
Entendez ceci, chrétiens, et voyez la liaison nécessaire de ces trois obligations dont le charge son apostolat. Car il fallait premièrement établir l’Église , et c’est ce qu'a fait la prédication : mais d'autant que cette Eglise n.nis»;inte devait cire des son berceau attaquée par toute la terre , en même temps qu'on l'établissait, il fallait se préparer à combattre ; et parce qu’un si grand établissement se dissiperait de lui-même, si les esprits n’étaient bien conduits, après avoir si bien aoutenu l’Église contre ceux qui l’attaquaient au dehors, il fallait la maintenir an dedans par le bon ordre de la discipline. De sorte que la prédication devait précéder , parce que la foi commence par l’ouie : apres, les combats devaient suivre ; car aussitôt que l’Évangile parut, les persécutions s'élevèrent : enfin le gouvernement ecclésiastiquedevaitassurerlescompiêtes,en tenant les peuples conquis dans l’obéissance par une police toute divine.
C’est , mes frères , A ces trois choses que se rapportent tous les travaux de l’apôtre ; et nous le pouvons aisément connaître par le récit qu’il en fait lui-même dans ce merveilleux chapitre onzième de la seconde aux Corinthiens. Il raconte premièrement ses fatigues et ses voyages laborieux ; et n'est-ce pas la prédication qui les lui faisait entreprendre, pour porter par toute la terre l’Évangile du Fils de Dieu? Il raconte aussi ses périls, et tant de cruelles persécutions qui ont éprouvé sa constance ; et voilà quels sont ses combats. Enfin , il ajoute à toutes ses peines les inquiétudes qui le travaillaient dans le soin de conduire toutes les Églises : SoUicitudo omnium Ecclesiarum • ; et c’est ce qui regarde le gouvernement.
Ainsi, vous voyez en peu de paroles tout ce qui occupe l’esprit de saint Paul : il prêche , H combat. Il gouverne; et, messieurs, le pourrezvous croire? il est faible dans tous ces emplois. Et premièrement , il est assuré que saint Paul est faible en prêchant , puisque sa prédication n’est pas appuyée, ni sur la force de l’éloquence, ni sur ces doctes raisonnements que la pbilosophie a rendus plausibles : A’on in persuasibilibus /tumanœ sapienliœ verbis'. S^ndement, il n’est pas moins clair qu’il est faible dans les combats ; puisque, lorsque tout le monde l’attaque, il ne résiste à scs ennemis qu'en s’abandonnant à leur violence; Facii sumus sicut oves occisionis' : il est donc faible en ces deux états. Mais peut-être que parmi ses frères, où la grâce de l’apostolat et l’autorité du gouvernement lui donnent un rang si considérable, ce grand homme paraîtra plus fort? Non, fidèles, ne le croyez pas : c’est là que vous le verrez plus infirme. Il se souvient qu’il est le disciple de celui qui a dit dans son Évangile, qu’il n’est pas venu pour être servi, mais afin de servir lui-même i : c’est pourquoi il ne gouverne pas les fidèles , en leur faisant supporter le joug d’une autorité superlie et impérieuse; mais il les gouverne par la charité, en SC faisant Infirme avec eux , Foetus sum injlrmis infinnus , et se rendant serviteur de tous, Omnium me servum/eci*. Il est donc infirme partout, soit qu’il prêche, soit qu'il combatte, soit qu'il gouverne le peuple de Dieu par l'autorité de l’apostolat; et ce qui est de plus admirable, c'est qu'au milieu de tant de faiblesse. Il nous dit d'un ton de victorieux, qu'il est fort, qu'il est puissant, qu’il est invincible : Cum enim infirmor, tune potens sum.
Ah ! mes frères , ne voyez-vous pas la raison qui lui donne cette hardiesse? C’estqu'il sent qu’il est le ministre de ce Dieu, qui se faisant faible n’a pas perdu sa toute-puissance. Plein de cette haute pensée , il voit sa faiblesse au-dessus de tout. Il croit que ses prédications persuaderont, parce qu'elles n’ont point de force pour persuader; il croit qu’il surmontera dans tous les combats, parce qu'il n'a point d’armes pour se défendre ; il croit qu’il pourra tout sur ses frères dans l’ordre du gouvernement ecclésiastique, parce qu’il s’abaissera à leurs pieds , et se rendra l'esclave de tous par la servitude de la charité. Tant il est vrai que dans toutes choses il est puissant en ce qu’il est faible , puisqu’il met la force de persuader dans la simplicité du discours, puisqu'il n’espère vain-
' I. Citr. Il ,
* Rom. vm, M.
> Mttnh. XX . SH.
• I. Cor. IX, I», sa.
• II. Cor XI. S8.
•4CJ PANEGYRIQUE
cre qu'en soulTrant, puisqu'il fonde sur sa servitude toute l'autorité de son ministère. Voilà, messieurs, trois infirmités, dans lesquelles Je prétends montrer la puissance du divin apétre : soyez, s'il vous plait, attentifs, et considérez dans ce premier point la faiblesse victorieuse de ses prédications toutes simples.
PBEMIEB POINT.
Je ne puis assez exprimer combien grand, combien admirable est le spectacle que je vous prépare dans cette première partie. Car ce que les plus grands hommes de l'antiquité ont souvent désiré de voir, c'est ce que je dois vous représenter : saint Paul prêchant Jésus-Christ au monde, et convertissant les coeurs endurcis par ses divines prédications. Mais n'attendez pas , chrétiens , de ce céleste prédicateur, ni la pompe ni les ornements dont se pare l'éloquence humaine. Il est trop grave et' trop sérieux pour rechercher ces délicatesses ; ou , pour dire quelque chose de plus chrétien et de plus digne du grand apétre, il est trop passionnément amoureux des glorieuses bassesses du christianisme , pour vouloir corrompre par les vanités de l'éloquence séculière la vénérablesimplicité de l'Évangile de Jésus-Christ. Mais, afin que vous compreniez quel est donc ce prédicateur, destiné par la Providence pour confondre la sagesse humaine, écoutez la description que j'en ai tirée de lui-même dans la première aux Corinthiens.
Trois choses contribuent ordinairement à rendre un orateur agréable et efllcace; la personne de celui qui parle, la beauté des choses qu’il traite, la manière ingénieuse dont il les explique : et la raison en est évidente ; car l’estime de l’orateur prépare une attention favorable , les belles choses nourrissent l’esprit, et l'adresse de les expliquer d'une manière qui plaise les fait doucement entrer dans le cœur. Mais de la manière que se représente le prédicateur dont je parle, il est bien aisé déjuger qu'il n'a aucun de ces avantages.
Et premièrement, chrétiens, si vous regardez son extérieur, il avoue lui-même que sa mine n'est point relevée : Prœsentia corporis infirma ' ; et si vous considérez sa condition , il est pauvre, il est méprisable , et réduit à gagner sa vie par l’exercice d’un art mécanique. De là vient qu’il dit aux Corinthiens ; ^ J'ai été au milieu de vous > avec beaucoup decrainte etd’infirmités ’ : • d’où il est aisé de comprendre combien sa personne était méprisable. Chrétiens, quel prédicateur pour convertir tant de nations I
Mais peut-être que sa doctrine sera si plan-
* n. Cor. X , 10.
* 1. Cor. U, 3.
Bible et si beUe, qu’elle donnera du crédit à cet homme si méprisé. Non, il n'en est pasde la sorte;
• Il ne sait, dit-il, autre chose que son Maître
• crucifié : « Aon judicavi me scire aliqttUlinter vos, nisiJesum Umstumethunccrucifixum'-.
c’est-à-dire, qu’il ne sait rien que ce qui choque, que ce qui scandalise, que cc qui parait folie et extravagance. Comment donc peut-il espérer que sesauditeurs soient persuadés?. Mois, grand Paul, si la doctrine que vous annoncez est si étrange et si difficile, cherchez du moins des termes polis, couvrez des fleurs de la rhétorique cette face hideuse de votre Évangile , et adoucissez son austérité par les charmes de votre éloquenee. A Dieu ne plaise, répond cc grand homme, que je mêle la sagesse humaine à la sagesse du Fils de Dieu : c’est la volonté de mon Maître que mes paroles ne soient pas moins rudes que ma doctrine parait incroyable : A'on l'n persuasibilitnis humanœ sapientiœ verbis C’est ici qu’il nous faut entendre les secrets de la Providence. Élevons nos esprits, messieurs, et considérons les raisons pour lesquelles le Père céleste achoisi ce prédicateur sans éloquence et sans agrément, pour porter par toute la terre, aux Romains, aux Grecs, aux Barbares, aux petits, aux grands, aux rois même l'Évangile de Jésus-Christ.
Pour pénétrer un si grand mystère , écoutez le grand Paul lui-même , qui , ayant représenté aux Corinthiens combien ses prédications avaient été simples, en rend cette raison admirable : c’est , dit-il , que « nous vous prêchons une sagesse qui
• est cachée , que les princes de ce monde n’onl
• pas reconnue ; » Sapienliam quœ abscomlita esti. Quelle est cette sagesse cachée? Chrétiens, c'est Jésus-Christ même. 1 1 est la sagesse du père ; mais il est une sagesse incarnée , qui , s'étant couverte volontairement de l'infirmité de la chair, s'est cachée aux grands de la terre par l’obscurité de ce voile. C'est donc une sagesse cachée ; et c'est sur cela que s'appuie le raisonnement de l'apôtre. Ne vous étonnez pas, nous dit-il, si prêchant une sagesse cachée, mes discours ne sont point ornés des lumières de l’éloquence. Cette merveilleuse faiblesse , qui accompagne la prédication , est une suite de l'abaissement par lequel mon Sau veur s’est anéanti ; et comme il a été humble en sa personne , il veut l'être encore dans son Évangile.
Admirable pensée de l’apôtre, et digne certainement d’être méditée. Meltons-la donc dans un plus grand jour, et supposons avant toutes choses que le Fils éternel de Dieu avait résolu do
* I. Cor. II. S.
• Ibid. 4.
I I. Cor.n, 7.
DE SAINT PAUL
pnraltrcaux liommeaen deux différcnlcs manières. Premièrement , il devait paraître dans la vérité de sn chair : secondement, il devait paraître dans la vérité de sa parole. Car, comme il était le Sauveur de tous, il devait se montrer à tous. Par conséquent , il ne suffit pas qu’il paraisse en un coin du monde : il faut qu’il se montre par tous les endroits où la volonté de son Père lui a préparé des fidèles : si bien que ce même Jésus , qui n’a paru que dans la Judée par la vérité de sa chair, sera porté par toute la terre par la vérité de sa parole.
C’est pourquoi le grand Origène n’a pas craint de nous assurer que la parole de l’Evangile est une espèce de second corps que le Sauveur a pris pour notre salut. Punis quem Dominus corpus suum esse dicil, verbum est nutritoriuin animarum Qu'est-ce à dire ceci , chrétiens? et quelle ressemblance a-t-il pu trouver entre le corps de notre Sauveur et la parole de son Evangile? Voici le fond de cette pensée : c’est que la sagesse éternelle, qui est engendrée dans le sein du père, s’est rendue sensible en deux sortes. Elle s’est rendue sensible en la chair qu’elie a prise au sein de Marie; et elle se rend encore sensible par les Écritures divines et par la parole de l’Évangile : tellement que nous pouvons dire que cette parole et ces Écritures sont comme un second corps tpi’elle prend, pour paraître encore à nos yeux. C'est là en effet que nous la voyons ; ce Jisus , qui a conversé avec les apôtres, vit encore pour nous dans son Évangile ; et il y répand encore , pour notre salut , la parole de vie étemelle.
Apres cette belle doctrine, il est bien aisé de comprendre que la prédication des apôtres , soit qu’elle sorte toute vivante de la bouche de ces grands hommes, soit qu’elle coule dans leurs écrits, pour y être portée aux âges suivants, ne doit rien avoir qui éclate. Car, mes frères, n’entendez-vous pas , selon la pensée de saint Paul , que ce Jésus , qui nous doit paraître et dans sa chair et dans sa parole, veut être humble dans l’une et dans l’autre?
De là ce rapport admirable entre la personne de Jésus-Christ et la parole qu’il a inspirée. Lac est credentrbus , cibus est intelligentibus. Iæ chair qu’il a prise a été infirme , la parole qui le prêche est simple : nous adorons en notre Sauveur la bassesse mêlée avec la grandeur. Il en est ainsi de son Écriture, tout y est grand, et tout y est bas ; tout y est riche , et tout y est pauvre ; et en l’Évangile , comme en Jésus-Christ , ce que l’on voit est faible, et ce que l’on croit est divin. II y a des lumières dans l'un et dans l’autre ; mais
> la Mallk. Comm. n' SS , t. lu . p. SSS.
ces lumières dans l’un et dans l’autre sont enve- I loppées de nuages : en Jésus, par l'infirmité de la chair; et en l'Écriture divine, par lasimpiicité de la lettre. Cest ainsi que Jésus veut être prêché, et il dédaigne pour sa parole, aussi bien que pour sa personne, tout ce que les hommes admirent.
N’attendez donc pas de l’apôtre, ni qu’il vienne flatter les oreilles par des cadences harmonieuses, ni qu’il veuille charmer les esprits par de vaincs curiosités. Écoutez ce qu’il dit lui-même : ■ Nous prêchons une sagesse cachée ; nous prêchons • un Dieu crucifié. » Ne cherchons pas de vains ornements à ce Dieu , qui rejette tout l’éclat du monde. Si notre simplicité déplait aux superbes, qu’ils sachent que nous voulons leur déplaire, que Jésus-Christ dédaigne leur faste insolent , et qu'il ne veut être connu que des humbles. Abaissonsnous donc à ces humbles; faisons-leur des prédications, dont la bassesse tienne quelque chose de l’humiliation de la croix, et qui soient dignes de ce Dieu qui ne veut vaincre que par la faiblesse.
Cest pour ces solides raisons que saint Paul rejette tous les artifices de la rhétorique. Son discours, bien loin de couler avec cette douceur agréable, avec cette égalité tempérée que nous admirons dans les orateurs , paraît inégal et sans suite à ceux qui ne l’ont pas assez pénétré; et les délicats de la terre , qui ont , disent-ils , les oreilles fines, sont offensés de la dureté de son style Irrégulier. Mais , mes frères, n’en rougissons pas. Le discours de l’apôtre est simple ; mais ses pensées sont toutes divines. S’il ignore la rhétorique, s’il méprise la philosophie, Jésus-Christ lui tient lieu de tout ; et son nom qu’il a toujours à la bouche , ses mystères qu’il traite si divinement , rendront sa simplicité toute-puissante. Il ira, cet ignorant dans l’art de bien dire , avec cette locution rude, avec cette phrase qui sent l’étranger, il ira en cette Grèce polie , la mère des philosophes et des orateurs ; et malgré la résistance du monde , il y établira plus d’Églises , que Platon n’y a gagné de disciples par cette éloquence qu’on a crue divine. Il prêchera Jésus dans Athènes, et le plus savant de ses sénateurs passera de l’Aréopage en l’école de ce Barbare. 11 pousscracncore plus loin ses conquêtes , il abattra aux pieds du Sauveur la majesté des faisceaux romains en la personne d’un proconsul, et il fera trembler dans leurs I tribunaux les juges devant lesquels on le cHe. j Rome même entendra sa voix ; et un jour cette I ville maîtresse SC tiendra bien plus honorée d’une ' lettre du style de Paul , adressée à ses citoyens , : que de tant de fameuses harangues qu’elle a enten- ^ dues de son Cicéron.
rANÉG'ï'BIQDE