‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 165 sur 273 · GI · texte numérisé non relu

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Et d'où vient cela, chrétiens? C'est que Paul a des moyens pour persuader que la Grèce n'enseigne pas, et que Rome n’a pas appris. Une puissance surnaturelle, qui se plaît de relever ce que les superbes méprisent, s'est répandue et mélce dans l'auguste simplicité de scs paroles. De là vient que nous admirons dans scs admirables Épltresune certaine vertu plusqu'humaine, qui pei'suade contre les règles, ou plutôt qui ne persuade pas tant, qu'elle captive les entendements; qui ne flatte pas les oreilles, mais qui porte ses coups droit au eccur. De même qu'on voit un grand lleuve qui retient encore , coulant dans la plaine, cette force violente et impétueuse , qu’il avait acquise aux montagnes d'où il tire son origine ; ainsi cette vertu céleste , qui est contenue dans les écrits de saint Paul, môme dans cette simplicité, do style conserve toute la vigueur qu’elle apporte du ciel, d'où elle descend.

C'est par cette vertu divine que la simplicité de l'apôtre a assujetti toutes choses. Elle a renversé les idoles, établi la croix de Jésus, persuadé à un million d'hommes de mourir pour en défendre la gloire; enfin, dans ses admirables Epttres, clic a expliqué de si grands secrets, qu’on a vu les plus sublimes esprits , après s’étre exercés longtemps dans les plus hautes spéculations où pouvait aller la philosophie, descendre de cette vaine hauteur, ou ils se croyaient élevés, pour apprendre à bégayer humblement dans l'école de Jésus-Christ, sous la discipline de Paul.

Aimons donc, aimons, chrétiens , la simplicité de Jésus;'aimons l'Evangile avec sa bassesse, aimons Paul dans son style rude, et profitons d'un si grand exemple. Ne regardons pas les prédications comme un divertissement de l'esprit; n'exigeons pas des prédicateurs les agréments de la rhétorique , mais la doctrine des Écritures. Que si notre délicatesse , si notre dégoût les contraint à chercher des ornements étrangers, pour nous attirer par quelque moyen à l'Évangile du sauveur J^us ; distinguons l'assaisonnement , de la nourriture solide. Au milieu des discours qui plaisent, ne jugeons rien de digne de nous que les enseignements qui édifient; et accoutumonsnous tellement à aimer Jésus-Christ tout seul dans la pureté naturel le de scs vérités toutes saintes, que nous voyions encore régner dans l’Église cette première simplicité , qui a fait dire au divin apôtre : Cum infirmor, tune potens sum : i Je • suis puissant, parce que je suis faible; > mes discours sont forts, parce qu'ils sont simples ; c'est leur simplicité Innocente qui a confondu la sagesse humaine. Mais , grand Paul , ce n'est pas nssez : la puissance vient au secours de la fausse sagesse; je vois les persécuteurs qui s'élèvent.

Après avoir fait des discours , où votre simplicité persuade, il faut vous préparer aux combats, où votre faiblesse triomphe; c'est ma seconde partie.

SECOND POINT

C’est donc un décret de la Providence, que pour annoncer Jésus Christ les paroles ne suffisent pas : il faut quelque chose de plus violent pour persuader le monde endurci. Il faut lui parler par des piales, il faut l'émouvoir pardusang; et c’est à force de souffrir, c’est par les supplices, que la religion chrétienne doit vaincre sa dureté obstinée C'est, messieurs, cette vérité, c'est cette force persuasive du sang épanché pour le Fils de Dieu , qu'il faut maintenant vous faire comprendre par l'exemple du divin apôtre ; mais pour cela, remontons à la source.

Je suppose donc , chrétiens , qu'encore que la parole du Sauveur des âmes ait une efficace divine, toutefois sa force de persuader consiste princi[>alcment en son sang; et vous le pouvez aisément comprendre par l'histoire de son Évangile. Car qui ne sait que le Fils de Dieu, tant qu’il a prêché sur la terre, a toujours eu peu de sectateurs, et que ce n’est que depuis sa mort que les peuples ont couru à ce divin Maître? Quel est , messieurs , ce nouveau miracle? Méprisé et abandonné pendant tout le cours de sa vie, il commence à régner après qu'il est mort. Ses paroles toutes divines, qui devaient lui attirer les respects des hommes , le font attacher à un bois infâme; et l'ignominie de ce bois, qui devait couvrir ses disciples d’une confusion éternelle , fait adorer par tout l'univers les vérités de son Évangile. N’cst-cc pas pour nous faire entendre que sa croix, et non scs paroles, devait émouvoir les cœurs endurcis, et que sa force de persuader était en son sang répandu, et dans scs cruelles blessures?

La raison d'un si grand mystère mériterait bien d’être pénétrée, si le .sujet que j'ai à traiter me laissait assez de loisir pour la mettre ici dans son jour. Disons seulement en peu de parolR>, que le Fils de Dieu s’était incarné, alin de porter sa parole en deux endroits différents : il devait parler à la terre, et il devait encore parler nu ciel, il devait parler à la terre par ses divines prédications; mais il avait aussi à parler au ciel par l'effusion de son sang, qui devait fléchir sa rigueur, en expiant les péchés du monde. C’est pourquoi l'apôtre saint Paul dit que « le sang du • sauveur Jé-sus crie bien mieux que celui d’A- ■ bel : • lUelius clamantcm quant Abel'] parce

• llrb. III, II.

DE SAINT PAUL

que le sang d'Abel demande vengeance, et le sang de notre Sauveur fait descendre la miséricorde. Jésus-Christ devait donc parler à son Père, aussi bien qu’aux hommes; au ciel, aussi bien qu'à la terre.

Mais il faut remarquer ici un secret de la Providence ; c’est que c'était nu ciel qu’il fallait parler, afin que la terre fût persuadée. Et cela, pour quelle raison? c'est que la grâce divine , qui devait amollir les cœurs, devait être envoyée du ciel. Par exemple, vous avez beau semer votre grain sur cette terre toute dc.sséchéc, vous recueillerez peu de fruit, si la pluie du ciel ne la rend féconde. Il en est à peu prés de même dans la vérité que je vousexplique. Lorsque mon Sauveur a parlé aux hommes, il a seulement semé sur la terre , et cette terre ingrate et stérile lui a donné peu de sectateurs : il faut donc maintenant qu'il parle à son Père ; il faut que , se tournant du côté du ciel, il y porte la voix de son sang. C'est alors , messieurs, c'est alors que la grâce toml>ant avec abondance, notre terre donnera son fruit : alors le ciel apaisé persuadera aisément les hommes ; et la parole qu’il a semée fructidera par tout Punivers. Delà vientqu'il aditlui-méme: Quand j'aurai été élevé de terre, quand j’aurai été mis en croix, quand j'aurai répandu mon sang, je tirerai à moi toutes choses : Omniatraham ad metp.ium'\ nous montrant, par cette parole, que sa force était en sa croix , et que son sang lui devait attirer le monde.

Cette vérité étant supposée , je ne m'étonne pas, chrétiens, que l’Église soit établie par le moyen des persécutions. Donnez du sang, bienheureux apÂtre; votre Maître lui donnera une voix capable d'émouvoir le ciel et la terre. Puisqu'il vous a enseigné que sa force consiste en sa croix, portez-la par toute la terre, cette croix victorieuse et toute-puissante; mais ne la portez pas imprimée sur des marbres inanimés, ni .sur des métaux irusensi blés; portez-la sur votre corps même, et abandonnez-lc aux tyrans, afin que leur fureur y puis.se graver une image vive et naturelle de Jesus-Christ crucifié.

C’est ce qu’il va bientôt entreprendre : il ira par toute la terre. Chrétiens , pour quelle raison ? c’est afin, nous dit-il lui-méme, • c’est afin de • porter partout la mort et la croix de Jésus, im- “ primée en son propre corps : > Mortijicationem Jesu in corpore nosiro circumferenles ' ; et c'est peut-être pour celte raison qu'il a dit ces belles paroles, écrivant aux Coiossiens: Adimpleo rn çuœ désuni pastionum Chrisli' : > Je veux,

* Joan. ifl , n.

» If. Cor. îV, 10.

* Cotos. I, S4.

BOMirr. — T. III.

4Cm

• dit il, accomplir ce qui m.vnque aux souffrances - de Jésus-Christ. . Que nous dites- vous, ô grand Paul? Peut-il donc manquer quelque chose au prix et à la valeur infinie des souffrances de votre Maître? Non, ce n’est pas là sa pensée. Ce grand homme n’ignorc pas que rien ne manque à leur dignité; mais ce qui leur manque, dit-il, c'est que Jésus n’a souffert qu'en Jéru.snlem; et comme sa force est toute en sa croix, il faut qu’il souffre par tout le monde , afin d'attirer tout le monde. C’est ce que l'apôtre voulait accomplir. LesJuifsont vu la croix de son Maître; il lavent ' montrer aux Gentils, dont il est le prédicateur.

Il va donc , dans cette pensi-c, du levant jusqu'au couchant, de Jérusalem jusqu'à Rome, portant partout sur lui-méme la croix de Jésus, et accomplissant scs souffrances; trouvant partout de nouveaux supplices, faisant partout de nouveaux fidèles, et remplissant tant de nations de son sang et de l'Évangile.

Mais je ne croirais pas, chrétiens, m'étre acquitté de ce que je dois à la gloire de ce grand apôtre, si, parmi tant de grands exemples que nous donne sa belle vie, je ne choisissais quelque action illustre, où vous puissiez voir en particulier combien scs souffrances sont persuasives. Considérez donc ce grand homme fouetté à Philippes par main de bourreau ' , pour y avoir prêché Jésus-Christ; puis jeté dans l'ob^urité d'un cachot , ayant les pieils serrés dans du bois qui était entrouvert par force et les pressait ensuite avec violence; quicepeudant triomphant de joie de sentir si vivement en lui-méme la sanglante impression de la croix , avec Silas son cher compagnon , rompait le silence de la nuit en offrant à Dieu , d'une âme contente , des louanges pour ses supplices , des actions de grâces pour sra blessures. Voilà comme il porte la croix du Sauveur ; et aussi, dans ec même temps, le Sauveur lui veut faire voir une merveilleuse représentation de ee qui s'est fait à la sienne. Là du sang, et ici du sang; là, messieurs, • la terre a trem- " blé et ici elle tremble encore : Terra; motus factus est magnus * ; là les tombeaux ont été ouverts, qui sont comme les prisons des morts, et des morts sont ressuscités * ; ici les prisons sont ouvertes, qui sont les tombeaux obscurs des hommes vivants : Aperia sunt omnia ostia': et pour achever cette ressemblance, là celui qui garde la croix du Sauveur le reconnaît pour le Fils de Dieu , Vere Filius Dei erat istr* -, et ici

■ Mrt. vTi , as et s«jq.

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* Àft. XVf, M.

* Matih. ixvn. fi2.

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