‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 2 sur 273 · TT. — T. III · texte numérisé non relu

TT. — T. III

avec tant de pompe, est abolie par une loi plus auguste; les sacrifices desanimaux étant rejetés, le Saint-Esprit envoyé du ciel se fait lul-méme des hosties raisonnables et des sacrillccs vivants des coeurs des disciples.

Il est très-certain, bienheureuse Marie, que vous lûtes la principale de ces victimes; impétrvz-iious l'abondance du Saint- Esprit qui vous a mijourd'luii embrasée. Sainte mère de Jésus- Christ, vous étiez déjà tout accoutumée ù le sentir présent en votre Ame ; puisque déjà sa vertu vous avait couverte lorsque l'ange vous salua de la part de Dieu , vous disant : Ave, Maria.

Entrons d’abord en notre matière; elle est si haute et si importante, qu'elle ne me permet pas de perdre le temps à vous faire des avant-propos superflus. Je vous ai déjà dit, chrétiens, que la fête que nous célébrons en ce jour, c'est la publication de la loi nouvelle : et de IA vient que la prédication , par laquelle cette loi se doit publier, est commencée aujourd'hui dans Jérusalem, selon cette prédiction d'Isale ; - La loi sortira de Sion, - et la parole de Dieu de Jérusalem '. • Mais bien qu’elle dût être commencée dans Jérusalem , elle ne devait pas y être arrêtée : de là elle devait se se répandre dans toutes les nations et dans tous les peuples, jusqu'aux extrémités de la terre. Comme donc la loi nouvelle de notre Sauveur n’était pas faite pour un seul peuple, certainement il n'étoit pas convenable qu’elle fût publiée en un seul langage. C’est pounjuoi le texte sacré nous enseigne que les apôtres prêchant aujourd’hui, bien que leur auditoire fût ramassé d'une infinité de nations diverses, chacun y entendait son propre idiome et la langue de son pays. Par où le Saint-Esprit nous enseigne que si , à la tour de Babel, l'orgueil avait autrefois divisé les langues ', l'humble doctrine de l’Evangile les allait aujourd'hui rassembler ; qu'il n'y en aurait point de si

roim T.K Joun

Dieu ne fût enseignée ; que l’Église de J i sus Christ les parlerait toutes ; et que si , dans le Vieux Testament, il n’y avait que la seule langue hébraïque j qui fût l’interprète des secrets de Dieu , maintenant, par la grâce de l’Évangile, toutes les langues seraient consacrées, selon cet oracle de Daniel :

« Toutes les langues serviront au Seigneur •. » Par où vbus voyez, chrétiens, la merveilleuse conduite de Dieu , qui ordonne , par un très-sage oonseil , que la loi qui devait être commune à toutes les nations de la terre, soit publiée dés le premier jour en toutes les langues.

Imitons les saints apôtres , mes frères , et publions la loi de notre Sauveur avec une ferveur céleste et divine. Je vous dénonce donc , au nom de Jésus , que , par la descente du Saint-Esprit , vous n’êtes plus sous la loi mosaïque , et que Dieu vous a appelés à la loi de grâce : et ailn que vous entendiez quelle est la loi dont on vous délivre, et quelle est la loi que l’on vous impose, je vous produis l’apôtre saint Paul , qui vous enseignera cette différence. • La lettre tue , dit-il , et l’Esprit

• vivifie. • La lettre , c’est la loi ancienne ; et l’Esprit , comme vous le verrez, c’est la loi de grâce : et ainsi, en suivant l’apôtre saint PauP, faisons voir, avec l’assistance divine , que la loi nous tue par la lettre, et que la grâce nous vivifie par l’Esprit.

PBEUIEB POINT.

Et , pour pénétrer le fond de notre passage , il faut examiner avant toutes choses quelle est cotte lettre qui tue, dont parle l’apôtre. Et premièrement U est assuré qu’il parle très-évidemmeut de la loi : mais d’autant qu’on pourrait entendre ce texte de la loi cérémonielle , comme de la circoncision, et des sacrifices dont l’observation tueIesâmes,ou même de quelques façonsde parler figurées qui sont dans la loi , et qui ont un sens très-pemicieux , quand on les veut prendre trop à la lettre; à raison de quoi on peut dire que la loi , en quelques-unes de ses parties , est une lettre qui tue : pour ne vous point laisser en suspens je dis que l’apôtre parle du Décalogue , qui est la partie de la loi la plus sainte. Oui , ces dix commandements si augustes qui défendent le mal si ouvertement; c’est ce que l’apôtre appelle la lettre qui lue, et je le prouve clairement par ce texte : car après avoir dit que la lettre tue; immédiatement après parlant de la loi , il l’appelle • un mi-

• nistère de mort taillé en lettres dans la pierre : ■ ministratio mortis, Utteris déforma ta in topidibus L Le ministère de mort , c’est sans doute la

< OilH VH, H.

* II- Cor. III , e

^ Ibtii 7.

lettre qui tue ; et la lettre taillée dans la pierre ; ne sont-ee pas les deux tables données à Moïse , où la loi était écrite du doigt de Dieu? C'est donc cette lui donnée â Moïse, cette lui si suinte du Décalogue, que l’apôtre appelle ministère de mort, et par conséquent la lettre qui tue. C’est pourquoi, dans répitre aux Romains , il l'appelle expressément • une loi de mort ■ » et une lui de damnation ; il ditquc • la force du pé-ché est dans lu loi’ ;

« que le pt'elié est mort sans la loi, et que la loi " lui donne la vie; que le péché nous trompe par « le commandement de la loi ’ , • et quantited’antres choses de même force.

Que dirons-nous ici, chrétiens? Quoi ! ecs paroles si vénérables : • Israël, je suis le Seigneur « ton Dieu ;tu n’aurns point d’autres dieux devant ■ moi* : •sont-elles donc une lettrequitue?ctiinc loi si sainte méritait-elle un pareil éloge de la bouche d’un apéitrc de Jésus-Christ? Tâchons de démêler ces obseurili’s, avec l’asslstanec de eet Esprit saint qui a rempli aujourd’hui les eu-urs des apôtres. Cette question est haute, elle est difficile; mais comme elle est imiMirtanlc à la piété. Dieu nous fera la grâce d’en venir â bout. Pour moi , de crainte de m’égarer, je suivrai pas â pas le plus éminent de tous lesdoeteurs , le plus profond Interprète du grand apôtre, je veux dire , l’ineomparabtc saint .\ugustin, qui explique divinement cette vérité dans le premier livre à Simplicien , et dans le livre de l’Esprit et de la lettre. Rendez-vous attentifs, chrétiens, à une instruction que j’ose appeler la base de la piété chrétienne.

Quand l’apôtre parle ainsi de la loi, quand il l’appelle une lettre qui tue et qui donne au péché de nouvelles forces, croyez qu’il ne songe pas à blâmer la loi; mais il déplore la faiblesse de la nature. SI donc vous voulez entendre l’apôtre; apprenez premièrement â connaître les langueurs mortelles qui nous accablent depuis la chute du premier père, dans lequel , comme dans la tige du genre humain , tonte la race des hommes a été gâtée par une corruption générale.

Et, pour mieux comprendre nos infirmités, considérons, avant toutes choses, quelle était la fin à laquelle notre nature était destinée. Certes, puisqu’il at ait plu à notre grand Dieu de laisser . tomlier sur nos âmes une étincelle de ce feu divin qui éclaire les créatures intelligeutcs, il est sans doute que nos actions devaient être conduites par la raison. Or il n’y avait rien de plus raisonnable que de consacrer tout cc que nous sommes à celui

* Rom. Ttl , fl.

• I. Cor. Xï. M.

* fl.w. vu, H, fl. II.

• Ih ul. y, 0, 7.

Digitize^ *' L»i

DK LA PE^TECOTE.

dont la libéra’! té nous a enrichis; et partant, no' tre inclination la plus naturelledcvait être d'aimer et de servir Dieu ; c'est A quoi tout l'homme devait conspirer. D'où passant plus outre, je disque, les sens étant inférieurs ù l'intelligence, il fallait aussi que les biens sensibles le cédassent aux biens de l'esprit ; et ainsi , pour mettre les choses dans un bon ordre , les affections de l'homme devaient être tellement disposées, que l'esprit domintit sur le corps , que la raison l'emportât sur les sens , et que le Créateur fût préféré à la créature. Vous voyez bien qu'il n’y a rien de plus juste ; et si la nature humaine était droite , telles devraient être ses inclinations.

Mais, A Dieu, que nous en sommes bien éloignés t et que cette belle disposition est étrangement pervertie ; puisque , par le désordre de notre péché , nos inclinations naturelles se sont tournées aux objets contraires ! car certainement la plupart des hommes soit l’inclination naturelle. Or il n’est pas diflicile de voir qu’est-ce qui domine le plus dansle monde. La première vue, n’est-il pas vrai, c’est qu’il n’y a que les sens qui régnent, que la raison est opprimée et éteinte? elle n’est écoutée qu'autant qu’elle favorise les passions, nous n’avons d’attachement qu’à la créature; et si nous suivons le cours de nos mouvements, nous en viendrons bientAt à oublier Dieu. Qu'ainsi ne soit ! regardez quel était le monde avant que l’on y eût prêché l’Evangile. Où était en ce temps- là le régne de Dieu , et à qui est-ce qu’on présentait de l'encens 7 Qui ne sait que l’idolâtrie avait tellement infecté la terre, qu'il semblait que ce grand univers fût changé en un temple d'idoles? Qui n’est saisi d’horreur, en voyant cette multiplicité de dieux inventée pour rendre méprisable le nom de Dieu? qui ne voit en ce nombre prodigieux défaussés divinités l'étrange débordement de notre nature, qui renonçant à son époux véritable, à la manière d'une femme impudique , s’abandonnait à une inflnité d’adultères par une insatiable prostitution? Car il est très-certain que l’idolâtrie n’avait rien laissé d’entier sur la terre : c’était le crime de tout le monde; et encore que Dieu se fût réservé un petit peuple dans la Judée , toutefois nous savons que ce peuple, qui était le seul, dans toute la terre habitable, instruit dans la véritable religion , était si fort porté à quitter son Dieu , que ni ses miracles , quoique très-visibles ; ni ses promesses , quoique très-magniflques ; ni ses châtiments , quoique très-rigoureux , n’étaient pas capables de retenir cette inclination furieuse qu'ils avaient de courir après les idoles : tant il est vrai que le genre humain, par le vice de son origine , est devenu enclin naturellement à mépriser Dieu ; et voyez-le par une expérience

si universelle. Et d'ou vient cette inclination naturelle , si contraire à notre première institution , sinon de la contagion du premier péché, par lequel la source des hommes étant infectée , la corruption nous est passée en nature?

Ah! fidèles, ne craignons p-vs de confesser ingénument nos infirmités : que ceux-là en rougissent, qui ne savent pas le remède , qui ne connaissent pas le Libérateur. Pour nous, n’appréhendons pas de montrer nos plaies ; et avouons que notre nature est extrêmement languissante ; et comment pourrions-nous le nier? Quand nous voudrions le dissimuler ou le taire, toute notre vie crierait contre nous ; nos occupations ordinai res témoignent assez ou tend la pente de notre cœur. D’où vient que tous les sages s’accordent que le chemin du vice est glissant? d’où vient que nous connaissons par expérience : que non-seulement nous y tombons de nous-mêmes, mais encore que nous y sommes comme entraînés ? au lieu que pour monter à cette éminence , ou la vertu établit son trAne, il faut se roidir, et bander les nerfsavecune incroyable contention. Après cela, est-il malaisé de connaître où nous porte le poids de notre inclination dominante? et qui ne voit que nous allons au mal naturellement; puisqu’il faut faire effort pour nous en tirer, et que nous n’en pouvons sortir qu’avec peine? De là vient que la doctrine de l’Évangile, qui ne peut repaître que l’entendement, ne tient presque point à notre âme : au contraire, les choses sensibles y font de profondes impressions. J'en appelle , chré*tiens , à vos consciences. Quelquefois quand vous entendez discourir des mystères du royaume de Dieu , ne vous sentez-vous pas échauffés? vous ne concevez que de grands desseins : faut-il faire le premier pas de l'exécution , n'est-il pas vrai que le moindre souffle du diable éteint cette flamme errante et volage qui ne prend pas à sa matière? 1 1 est vrai : nous sentons je ne sais quel instinct en nous-mêmes , qui voudrait , ce nous semble , s'élever à Dieu ; mais nous sentons aussi un torrent de cupidités opposées , qui nous entraînent et qui nous captivent. De là les gémissements de l’autre ' et de tous les vrais serviteurs de Dieu , qui se plaignent qu’ils sont captifs ; et que , malgré tous leurs bons désirs , ils éprouvent continuellement en eux- mêmes une certaine résistance à la loi de Dieu, qui les presse et qui les tourmente. Et partant qui donc serait si superbe , qui , voyant l’apAtre saint Paul ainsi vivement attaqué , ne confesserait pas devant Dieu , dans l’humiliation de son âme, que vraiment notre maladie est extrême, et que les plaies de notre nature sont bien profondes?

Je sais que l’orgueilleuse sagesse du monde ne

' Kom. VII , S3.

l’oni LE JOLU

[•«Mitera pas cette humble «loclrinc du christianisme. La nature, (|Uoique impuissante, n’a jamais étt! sans flatteurs, qui i’imt enflee par de vains élo',;es; parce qu'en effet ils ont vu en cite quelque chose de fort excellent : mais ils ne se sont point aperçus qu’il en était comme des restes d’un édifice autrefois très-régulier et trèsmagDin<|ue, renversé maintenant et porté par terre; mais qui conserve encore dans sa ruine quelques vestiges de son ancienne grandeur et de la science de son architecte. Ainsi nous voyons encore en notre nature quoique malade, quoique disloquée, quelques traces de sa première institutiqn; et la sagesse humaine s’étant bien voulu tromper par celte apparence, encore qu’elle y remarquât des défauts visibles , elle a mieux ahné couvrir ses maux par l'orgueii , que de les guérir par rhumilitc. J’avoue même que les hommes, pour la plupart, ne remarquent pas, comme il faut, cette résistance dont nous parlons; mais combien y a-t-il de madades qui ne sentent [las leur infirmité! Cela, cela, fidèles, c’est le plus dangereux effet de nos maladies, que nous sommes réduits aux abois, et qu’une folle arrogance nous persuade que nous sommes en lionne santé ; c’est en cela que je suis plus malade , que je ne sais pas ilèplorer ma misère, ni implorer le secours du Libérateur; faible et altier tout ensemble, impuissant et présomptueux.

Et d’ailleurs je ne m’étonne pas, si, vivant comme nous vi vous , nous ne sentons pas la guerre éternelle que nous fait la concupiscence. Lorsque vous suivez en nageant le cours de la rivière qui vous conduit, il vous semble qu’il n’y a rien de si doux ni de si [uvisiblc ; n;ais si vous remontez contre l’eau , si vous vous opposez à sa chute , c’est alors , c’est alors que vous éprouvez la rapidité de son mouvement. Ainsi je ne m’étonne pas, chrétien, si menant une vie paresseuse, si ne faisant aucun effort pour le ciel , si ne songeant point à t’élever au-dessus de l’homme , pour commencer à jouir de Dieu , tu ne sens pas la résistance de la convoitise ; c’est qu’elle t’emporte toimême avec elle : vous marchez ensemble d’un même pas , et vous allez tous deux dans la même voie : ainsi son imiiétuoslté t’est imperceptible.

Un saint Paul , un saint Paul la sentira mieux ; parce qu’il a scs affections avec Jésus-Christ : les inclinations charnelles le blessent, parce qu’il aime la loi du Sauveur ; tout ce qui s’y oppose , lui devient sensible. Aspirons â la perfection chrétienne : suivons un peu Jésus-Christ dans la voie étroite, et bientôt notre expérience noua fera reconnaître notre infirmité. C’est alors qu’étant fatigués par les opiniâtres oppositions de la convoitise, nous confesserons que les forces nous

manquent si la grâce divine ne nous soutient. Car enfin ce n’est pas un ouvrage humain de dompter cet ennemi domestique qui nous persécute si vivement, et qui ne nous donne aucun relâche. Étant ainsi déchirés en nous-mêmes, nous nous consumons par nos propres efforts ; plus nous pensons nous pouvoir relever par notre naturelle vigueur, et plus elle se diminue ; comme un pauvre malade moribond qui ne sait plus que faire; il s’imagine qu’en se levant il sera un peu allégé , il achevé de perdre son peu deforce parun tnivnil qu’il ne peut supporter, et, apri’s qu’il s'est Iteaiieoup tourmenté à traîner ses membres appesantis avec une extrême contention, il retombe, ainsi qu’une picrre,snusp«mls et sans mouvement, plus faible et plus impuissant que jamais. Ainsi en estil de nos volontés, si elles ne sont secourues par la grâce. Or la grâce n’est point par la loi : car si la grâce était p;>r la loi , c’est en vain queJe-sus- Ch rist serai t mort ; et ce grand scandale de la croi x serait inutile. C’est pourquoi l’évangéliste nous dit : • La loi a été donnée par Moïse ; mais la « grâce et la vérité a été faite par Jésus-Christ '. ■ D’ou je eonclus que, sous le Vieux Testament , tous ceux qui obéissaient à la grâce, c’était par le mérite de Jésus-Christ ;et de là ils appartenaient au christianisme, parce que Ja grâce ni la justice n’est ])oint par la loi. Et de là , pour revenir à mon te.xtc, j'infere avec l’api’ilrc : que • la lettre tue. - \oye7. si je prouverai bien ce que je prpjMtse, et renouvelez vos attentions.

Insistons toujours aux mêmes princip<-s. Et ainsi, pour revenir à notre passage, figurez-vous cet homme malade, que je vous dépeignais tout à l’heure; cet homme tyrannisé par ses convoitises , cct homme Impuissant à tout bien , ([Ui , schm le concile d’Orange, n’a rien de son cru que le • mensonge et le pi'ché * : - que produira la loi en cet homme, puisqu’elle ne peut lui donner la grâce? elle parle , elle commande , elle tonne , elle retentit aux oreilles d’un ton puissant et im|ièrieux; mais que sert de frappeur les oreilles , puisque la maladie est au coeur? Je ne craindrai point (le le dire : si vous n’ajoutez l’esprit de la grâce ; je ne craindnii point de le dire, tout ce bruit de la loi ne fait qu’étourdir le pauvre malade : elle l'effraye, elle l’épouvante; mais il vaudrait bien mieux le guérir, et c’est ce que la loi ne peut faire. Quel est donc l’avantage qu’apporte la loi? Elle fait counalire le mal; elle allume le flambeau devant le malade, elle lui montre le chemin de la vie : • Fais eeci et tu viéras, • lui dit-elle : //oc fuc et vives h Mais â quoi sert de montrer à ce

< Joan. t, 17.

» C<mr. .iruuiic. Il, can. 4MI, Inbb. t. IT, ool. 1670.

* Lvc. k , ‘iïi.

DE LA PENTECOTE.

I nuTre paralytique qui est au lit depuis trente-huit ans; à quoi sert que vous lui montriez l'eau miraculeuse qui peut le guérir? Hominem non habeo ' : • Je n'ai personne , • dit-il ; il est immobile , il faut le porter ^ et il est impossible que la lui le porte.

Mais la loi, direz-vous, n'a-t-elle donc aucune énergie? Certes, son énergie est tres-grande; niais très- pernicieuse à notre malade. Que faitelle? Elle augmente la connaissance, et cela même augmente le crime : elle me i ommande de la part de Dieu, elle me fait comprendre ses jugements. Avant la loi , je ne connaissais pas que Dieu fût mon juge , ni qu'il prit la qualité de vengeur des crimes; mais la lui me montre bien qu'il est juge, puisqu'il daigne bien être législateur. Mais enfin que produit cette connaissance? Elle fait que mon péché est moins c.\cusabic, et mn rébellion plus audacieuse. C'est pourquoi l'apétre nou.s dit que • le péché a abondé par la loi » qu'elle lui donne de nouvelles forces, • qu elle le - fait vivre’; • parce qu'à tous les autres péchés elle ajoute la désobéissance formelle, qui est le comble de tous les maux. De cette sorte, que fait la lui? Elle lie les transgresseurs par des malédictions étemelles; parce qu'il est écrit dans cette lui même : • Maudit est celui qui n'observe pas

• ce qui est commandé dans cc livre’. •

A présent, ne voyez-vous pas clairement toute la force du raisonnement de l'apôtre? car la loi ne nous touchant qu'au dehors , elle n'a pas la force de nous soulager; et sortant de la bouche de Dieu, elle a la force de nous condamner. La loi donc , considérée en cette manière , qu'est-ce autrechosc qu'une lettre qui ne soutient pas l'impuissance , mais qui condamne la rébellion ; • qui ■ ne soulage pas le malade, mais qui témoigne

• contre le pécheur? . Non adjuirix kgentium, sedtestis peccantium, dit saint Augustin ’ : mais cct excellent docteur passe bien plus outre, appuyé sur la doctrine du saint apôtre.

•Achevons de faire connaître à l'homme l'extrémité de sa raal.idic, afin qu'il sache mieux reconnaître la miséricorde infinie de son médecin. Nous avons dit que notre plus grand mal, c'e-st l'orgueil. Que fait le cominandemeut à un orgueilleux? Il fait qu'il se roidit nu contraire, comme une eau débordée qui s'irrite par les obstacles : et d’où vient cela? C'est à cause que l'orgiieilleux n’affecte rien tant que la liberté, et ne fuit rien tant que la dépendance : c'est pourquoi

' Joan. V, 7.

> H'fm. V, 20.

» Ihid. ru, 9.

< finât. \xvii, au.

* />c QH4r$t. tld Stmpitctan. lü» l, Quast. v, ir 7,

! 'I, ml. Hi.

il se ploit à secouer le joug; il aime la licence, parce qu'elle semble un débordement de la liberté. Notre âme donc étant inquiète , indocile et impatiente; la vouloir retenir par la discipline, c’est la précipiter davantage. Avouons la vérité , chrétiens; nous trouvons une certaine douceur dons les choses qui nous sont défendues : tel ne se souciera pas beaucoup de la chair, qui la trouvera plus délicieuse pendant le carême. Ijidéfense excite notre appétit, et jpar ce moyen fait naître un nouveau plaisir; et quelle est la cause de ce plaisir, si ce n’est celle que je viens de vous ra|>porter : c'est-à-dire, cette vainc ostentation d’une liberté indocile et licencieuse qui est si douce à un orgueilleux ; et qui fait que l'objet de ses passions > lui plait d'autant plus, qu'il lui est moins per- . mis? - Tantomagis libet , quanta minus licel, dit saint Augustin ‘ ; et c'est cc que veut dire l’apôtre aux Homains : • Le péché , prenant oc- ■ fusion du commandement, ni’a trompé, et m’a

- fait mourir ’. • Le péché prenant occasion du commandement, il m’a trompé par cette fausse douceur que la défense fait naître. Elle est vaine, elle est fausse , Il est vrai , mais très-cliarmante à une âme superbe; et c'est par erdte raison qu'elle trompe facilement. Reprenons donc maintenant ce raisonnement : la loi , par la défense , augmente le plaisir de mal faire, et par là excite la convoitise; la convoitise me donne la mort : et partant la loi me donne la mort , non point certes par elle-même , mais par la malignité du péché qui domine en moi. > En sorte que la concu-

- piscence est devenue, p.ar le commandement « même , une source plus abondante do péché ; « VI fiat supra modum peccans peccatum per mandatuin, continue le même saint Paul ’.

Ne voyez-vous pas maintenant , plus clair que le jour, que non-seulement les préceptes du Décalogue, mais encore, par une conséquence infaillible, tous les enseignements de la loi, et même toute la doctrine de l'Evangile, si nous n'impétrons l’esprit de la grâce, ne sont qu'une lettre qui tue, qui pique la convoitise par la défense, et comble le péehé par la transgression? Et quelle est donc l'utilité de In loi? Ahic’est ici, mes frères, où il nous faut recueillir le fruit des doctes enseignements de l’apôtre. Ne croyons pas qu'il nous ait voulu débiter une doctrine si délicate à la manière des rhétorlclcns. Saint .Augustin a bien eompris sa pensée. 11 a voulu, dit-il, faire voir à l'homme combien était grande son impuissance, et combien déplorabicson infirmité ,

' De Sn'tri. Qu<rit. mt SoocôWo». Iib i , QuTat. V, iC 17, fut. ns.

» H>‘m. vu, tl,

POUR LE JOUR

puifqu’ane loi si juste et si taiute lui devenait un poison mortel ; « afin que , par ce moyen , nous ' reconnussions humblement qu'il ne sufQt pas

• i|ue Dieu noos enseigne, mais qu'il est né<^-

< snire qu'il noos soulage, ■ non tantum doctorem sibi esse necessarium , verum eliam adjulorem Deum Cest pourquoi le grand docteur des Gentils , après avoir dit de la loi toutes les choses que je vous ai rapportées , commence à se plaindre de sa servitude. « Je me plais , dit-il * ,

- à la loi de Dieu selon fbomme intérieur ; mais

> je sens une loi en moi-méme qui répugne à la

• loi de l'esprit, et me captive sous la loi du pé-

> ché : car je ne fais pas le bien que je veux ; mais

• je fais le mal que je hais. Malheureux homme

• que je suis, qui me délivrera de ce corps de ■> mort? La gréce de Dieu par Notre-Seigneur Jé-

< susChrist. • C'est Ut enfin , fidèles , c'est à cette grâce que notre impubsance doit noos conduire. La loi ne fait autre chose que noos montrer ce que nous devons demander à Dieu , et de quoi nous avons à lui rendre grâces; et c'est ce qui a fait dire à Saint Augustin ^ : • Faites ainsi, Sei-

• gneur ; faites ainsi Seigneur, miséricordieux : ■ commandez ce qui ne peut être accompli ; ou

• plutôt commandez ce qui ne peut être accompli

• que par votre grâce : afin que tout fléchisse de-

• vant vous ; et que celui qui se glorifie, se glorifie

• seulement en Notre-Seigneur. >

C'est là la vraie justice du christianbme; qui ne vient pas en nous par nous-mêmes, mais qui nous est donnée par le Saint-Esprit : c'est là cette justice qui est par la foi, que l'apôtre saint Paul élève si fort; non pas comme l'entendent nos adversaires, qui disent que toute la vertu de justifier consiste en la foi. Ils n'ont pas bien pris le sens de l'apôtre ; et je Je prouve démonstrativement en un mot que je vous prie de retenir, pour les combattre dans la rencontre. « Si, dit saint

- Paul * , j'ai toute la foi , jusqu'à transporter les

• montagnes, et que je n'aie pas la charité, je

- ne suis rien. > S'il n'est rien , donc il n'est pas juste , donc la foi ne justifie pas sans la charité : et toutefob il est véritable que c'est la foi de Jésus-Christ qui nous justifie ; parce qu'elle u'est pas seulement la base, mais la source qui fait découler sur nous la justice qui est par la grâce. Car, comme dit le grand Augustin , « ce que la

• loi commande, la foi Vimpétre: • Fidesimpelrat quod lex imperat La loi dit : • Tu ne convoi- ■ feras pas > la foi dit avec le Sage : « Je sais,

* De Spirii. et lift, n* 9, t. X, ool. S9.

* TU , 15 , XS, 33,34. 25.

i /» P$. CXTI1I, Smn. XTii, n* 3, t nr, col. 1350.

* I- Cor. XIII, 2.

* tu Pi. CXTiii, Serm. XTi, d*2, L ir, col. 1819.

* Atmj. Vil, 7.

. ô grand Dieu , et je le confesse, que personne > ne peut être continent, si vous ne le faites '. » Dieu dit par la lot ; • Fais ce que j'ordonne ; • la foi répond à Dieu : « Donnez, Seigneur, ce que

• vous ordonnez *. > La foi fait naître l'humilité, et l'humilité attire la grâce , « et c’est la grâce

• qui justifie • Ainsi notre justification se fait par la fol, la foi en est la première cause; et en cela nous différons du peuple charnel qui ne considérait que l'action commandée , sans regarder • le principe qui la produit. Quand ils lisaient la loi , ils ne songeaient à antre chose qu’à faire ; et ib ne pensaient point qu'il fhllait auparavant demander. Pour nous , nous écoutons , à la vérité , ce que Dieu ordonne ; mais la foi en Jésus-Christ nous enseigne que c'est de Dieu même qu'il le faut attendre. Ainsi notre justice ne vient pas des œuvres en tant qu'elles se font par nos propres farces ; elle naît de la foi , • qui , opérant par la « charité , fructifie en bonnes œuvres, • comme dit l’apôtre *.

En effet, croire en Jésus-Christ n’est-ce pas croire au Sauveur, au Libérateur? et quand nous croyons au Libérateur, ne sentons-nous pas notre servitude? quand nous confessons le Sauveur, ne confessons-nous pas que nous sommes perdus ? Ainsi, reconnaissant devant Dieu que nous sommes perdus en nous-mêmes, nous courons à Jésus-Christ par la foi , cherchant notre salut en lui seul : c'est là cette foi qui nous justifie, si nous croyons, si nous confessons que nous sommes morts, et que c'est Jésus-Christ qui nous rend la vie. Chrétien , le crois-tu de la sorte : le croyons-nous alusi, chrétiens? Si tu ne le crois pas, tu renies Jésus-Christ pour Sauveur; Jésus n'est plus Jésus , et toute la vertu de sa croix est anéantie. Que si nous confessons cette vérité , qui n'est pas un article particulier, mais qui est le fondement et la base qui soutient tout le corps du christianisme; avec quelle humilité, avec quelle ardeur, avec quelle persévérance devonsnous approcher de notre grand Dieu , pour rendre grâce de ce que nous avons , et pour demander ce qui nous manque I Que ma peine serait heureusement employée, si l'humilité chrétienne, si le renoncement A nous-mêmes , si l'espérance an Libérateur, si la nécessité de persévérer dans une oraison soumise et respectueuse, demeuraient aujourd'hui gravées dans vos âmes par des caractères ineffaçables! Prions, fidèles, prions ardemment; apprenons delà loi combien nous avons besoin de la grâce. Écoutons le saint concile de

■ Siv. TIII.JI.

* S. Ju^. Ub. X, cap t. t, i<^4.

» Tit. III. 7

* Cal. T, 6 Colou. 1, 10.

1)K LA PEISTKCOTE.

Trentr qui assure qu'en eummandant « Dieu nous i

• avertit de faire ee que nous pouvons, et de de-

• mander ce que nous ne pouvons pas > Entendons , par cette doctrine , qu'il y a des choses que nous |>ouvons, et d'autres que nous ne pouvons pas; et si nous ne les demandons , elles ne nous seront pas données. Ainsi nous demeurerons impuissants, et notre impuissance n'excusera point notre crime : nu contraire nous serons doublement coupables , en ce que nous serons tombés dans le crime pour n'avoir pas voulu demander la urÂce. Combien donc est-il nécessaire que nous priions, ainsi que de misérables nécessiteux qui ue peuvent vivre que par aumùnes! C'est ce que prétend l'apôtre saint Paul , dans cet humble raisonnement que j'ai tilebé de vous expliquer : il nous montre notre servitude et notre impuissanei^ ; afin que les fidèles étant effrayés par les menaces delà lettre qui tue, ils recourent par la prière u l'Esprit qui nous vivifie. C'est la dernière partie de mon texte , par laquelle je m'en vais conclure en |)cu de paroles.

Page 1