‹ Œuvres de Bossuet. Tome III, SermonsChapitre 3 sur 273 · DEUXIÈME POINT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME POINT

Je vous ni fait voir, chrétiens, par la doctrine de l'apôtre saint Paul, que lu grâce et la justice n'est point ]iar la lui; d'autant qu'elle ne fait qu’cflaircr l'esprit , et qu'elle n'est pas capable de changer le coeur. Mais, continue le même saint Paul , • ce qui était impossible à la lui, Dieu l'a

• fait lui-mème en envoyant son Fils, qui a ré- < pandu dans nus âmes l'esprit de In grâce, afin ■ que la justice de la loi s'accoinpill eu nous ' : • ce qui a fait encore dire à l'apôtre, que ■ main-

• tenant nous ne sommes plus sous la lui • Or pour cniendre plus clairement ce qu'il nous veut dire, considérons une belle distinction de saint Augustin. • C'est autre chose , dit-ll , d'ôtre sous

• la loi, et autre chose d'étre avec la lui. Car lu « loi, par son équité, n deux grands effets; ou « elle dirige ceux qui obeéssent , ou elle rend pu-

• nissables ceux qui se révoltent. Ceux qui rejet-

• tent la loi , sont sous la loi ; parce que encore

- qu'ils fassent de vains efforts pour se soustraire

• de sou domaine, elle les maudit, elle U's con- " damne , elle les tient pressr'S sous In rigueur de

• ses ordonnances : et p;ir conséquent ils sont sous

• la loi, et la loi les tue. Au contraire ceux qui > aecmnplissent la loi, ils sont ses amis , dit saint

• .\ugustin, ils vont avec elle ; parce qu'ils l'eni-

- brassnit, r|u'ils la suivent, (|u'ils l'uiinenti. - (les choses étant ainsi sU|q)osees, il s'ensuit que les

' St'tM. «i.cap. XI.

* Aom. vdi. 3, «.

» >1. If.

* .V Trurr. III, u" 3 , t. Iii, |>;irl. Il , toi d*k.

observateursde lu loi ne sont plus sous la loi comme esclaves, mais sont avec la loi comme amis. Et comme dans le Nouveau Testament l'e-prit de la grâce nous est élargi , par lequel la juslice de la loi peut être accomplie ; il est très-vrai , ce que dit l'apôtre , que • nous ne sommes plus sous la < loi ; ■> parce que si nous suivons eet esprit de grâee, la loi ue nous châtie plus comme notre juge ; mais elle nous eonduit comme notre règle : de sorte que si nous obéissons à la grâce, à laquelle nous avons été appelés, la loi ne nous tue plus ; mais plutôt elle nous donne la vie dont elle contient les promesses, d'autant qu'il est écrit :

• Fais ces choses et tu vivras ■. » D'où il s'ensuit très-évidemment que • c'est l'Esprit qui nous vi-

• ville : > car la cause pour laquelle la lettre tue, c'est qu'elle ne fait que retentir au dehors pour nous condamner. Ur l'esprit agit au dedans pour nous secourir : il va à la source de la maladie ; au lieu de cette brubde ardeur i|ui nous rend captifs des piaisirs sensibles , il inspire en nos coeurs cette chaste délectation des biens étemels : c'est lui qui nous rend amis de la loi ; parce que domptant la convoitise qui lui résiste , il fait que son équité nous attire. 'Vous voyez donc que c'est par l'esprit que nous sommes les amis du la lui , que nous sommes avec elle , et non point sous elle : et ainsi c'est l'esprit qui nous vivifie; d'autant qu'il écrit nu dedans cette loi qui nous tue, quand elle résonne seulement ou dehors.

C'est là, mes frères, cette nouvelle alliance que Dieu nous annonce par J érémie ’ . • Le temps « viendra, dit le Seigneur, que je ferai une nou- > vellc alliance avec la maison d'Israël, non point

• selon le pacte que j'avais juré à leurs pères ;

• mais voici l'alliance que je contracterai avec

• eux ; j'imprimerai ma loi dans leurs âmes , et ■ je l'écrirai en leurs cœurs; ■ il veut dire : La première loi était au dehors, la secondh aura toute sa force au dedans ; c'est pourquoi j'ai écrit In preinièro lui sur des pierres; et la seconde, je la graverai dans les cœurs. Bref, la première loi frap- IKint au dehors émouvait les âmes par la terreur, la .seconde les changera par l'amour; et |)our pénétrer au fond du mystère, dites-moi,qu'oi)èrc lu crainte dans nos cœurs? Elle les élonne, elle les eliranle, elle les secoue; niais je soutiens qu'il est impossible (pi'ellc les change , et la raison en est évidente : c'est que les sentiments que la crainte donne sont toujours eontmints. Le loup prêt n se ruer sur la bergerie , voit les bergers armés et les elnens eu garde : tout affame qu'il est , il se relire pour cette fois; mais iHiiir cela il n'en est pas moins furieux, il n'en aime |ius moins le car-

Page 1